19 avril 2016

Le lagon noir - Arnaldur Indridason

le lagon noir Métailié - mars 2016 - 317 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Titre original : Kamp Knox, 2014

Quatrième de couverture :
Reykjavík, 1979. Le corps d'un homme vient d'être repêché dans le lagon bleu, qui n'est pas encore aussi touristique qu'aujourd'hui. La victime serait tombée d'une très grande hauteur, peut-être a-t-elle été jetée d'un avion. En découvrant qu'il s'agit d'un ingénieur qui travaille à la base américaine de Keflavik, l'attention de la police se tourne vers de mystérieux vols secrets effectués entre le Groenland et l'Islande. Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Conscients des risques qu'ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l'aide d'un officier de la base. En parallèle, Erlendur travaille sur une vieille affaire non résolue : une jeune fille disparue sur le chemin de l'école, quarante ans plus tôt. Les témoins disent qu'elle sortait avec un garçon de Camp Knox, un quartier pauvre, où les gens vivent dans les baraquements abandonnés par les soldats américains après l'occupation de l'Islande. Le petit ami ne sera jamais retrouvé et les parents mourront sans savoir ce qu'il est advenu de leur fille. Erlendur est contacté par une tante qui lui demande de trouver la vérité. Erlendur a trente ans et vient de divorcer. Le personnage est plus jeune, plus ouvert et bien moins désillusionné et sombre que dans l'avenir que nous lui connaissons. Il travaille depuis peu à la brigade d'enquêtes criminelles sous les ordres de Marion Briem et ne cache pas ses positions contre la présence américaine sur le sol islandais. Indridason construit un univers particulier, un personnage littéraire de plus en plus complexe ; peu à peu le roman noir est absorbé par la littérature et la qualité de l'écriture.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est d'abord journaliste et critique de films puis il se consacre à l'écriture à partir de 1997. Il est l'un des écrivains de romans noirs les plus connus en Islande et dans les 37 pays où ses livres sont traduits. Il a reçu le prix Clef de verre du Skandinavia Kriminalselskapet à deux reprises : en 2002, pour La Cité des jarres, et en 2003, pour La Femme en vert. Son roman L'Homme du Lac a reçu le Prix du Polar européen Le Point 2008 et La Femme en vert le Grand Prix des lectrices de Elle Policier 2007 ainsi que le Prix du livre Insulaire Fiction 2006. Arnaldur Indridason a également reçu le Prix d'honneur du festival les Boréales en 2011 et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Voilà une nouvelle enquête d'Erlendur lors de ses débuts de policier avec Marion Briem son mentor. Nous sommes en 1979 et le corps d'un homme a été trouvé dans le Lagon Bleu, il semble qu'il soit mort après un chute d'une très grande hauteur. La victime était un ingénieur qui travaillait sur la base militaire américaine de Keflavík.

En parallèle, Erlendur mène seul une enquête sur une affaire non résolue vieille de plus de 30 ans, la disparition d'une jeune fille sur le chemin de l'école. Ce chemin longeait Camp Knox, un quartier pauvre, où les gens vivent dans des baraquements abandonnés datant de l'occupation de l'Islande par les soldats américains.
Ces intrigues est donc l'occasion de revenir sur l'histoire proche de l'Islande et l'occupation américaine durant la Guerre Froide. Jusqu’en septembre 2006, Keflavík hébergeait la base militaire américaine qui assurait la protection du pays. En effet, l’Islande est l’un des seuls pays au monde à ne pas avoir d’armée. Pour sa protection, le parlement avait voté l’adhésion à l’OTAN et, en 1951, les troupes américaines qui étaient stationnées ici depuis le début des années 1940 entrèrent en possession de la base aérienne. 
Comme d'habitude, j'ai beaucoup aimé cette lecture à la fois intructive et distrayante. Erlendur jeune est moins sombre que d'habitude et l'intrigue est toujours aussi captivante et réussie. Découvrir l'Islande à travers cet auteur est toujours aussi passionnant !

Extrait : (début du livre)
Un vent violent soufflait sur la lande de Midnesheidi. Venu du nord et des hautes terres désertes, il franchissait les eaux agitées du golfe de Faxafloi, puis se précipitait, glacial et mordant, sur les ondulations du paysage, sau­poudrant d’une fine couche de neige les plantes rases, transies et prostrées, qui dépassaient à peine des roches et des blocs de pierre. La végétation à la merci de la mer et du vent du nord livrait une lutte incessante. Seules les plantes les plus endurcies parvenaient à survivre ici. La clôture dépas­sant de l’étendue désolée délimitait le périmètre de la base militaire américaine et sifflait sous l’effet des bour­rasques qui s’abattaient sur les murs gigantesques du hangar à avions, au sommet de la lande. Le vent redoublait d’in­tensité aux abords du bâtiment, comme exaspéré par cet obstacle, puis continuait sa route à travers la nuit. 
Ses hurlements résonnaient dans l’immense construction, l’une des plus grandes d’Islande. Cette dernière abritait les avions radar et d’autres avions militaires, des f-16 et des Hercules, ces gigantesques cargos. On y assurait la main­­­te­nance de la flotte aérienne des troupes affectées à l’aéro­port de Keflavik. Des treuils fixés à des axes qui cou­raient le long du plafond servaient à déplacer les pièces déta­chées. Struc­ture d’acier d’une superficie de 17 000 mètres carrés, le hangar tournait le dos au nord et ses deux portes, orientées à l’est et à l’ouest, avaient l’envergure des plus gros avions du monde. La hauteur de plafond était verti­gineuse, équi­va­lente à celle d’un bâtiment de huit étages. C’était la clef de voûte de l’activité de la 57e division aéro­­portée de l’armée américaine basée sur la lande de Midnesheidi.
En ce moment, le hangar fonctionnait au ralenti. On y installait un nouveau système anti-incendie. À l’extrémité nord, aussi gigantesque que tout le reste, un échafaudage spécialement renforcé atteignait le plafond où on installait le long des poutres d’acier des tuyaux équipés de puissants sprinklers à quelques mètres d’intervalle. 
Placé sur des roues qui le rendaient mobile, c’était un assemblage de petites plateformes, équipé en son centre d’un escalier qui montait jusqu’au plafond où travaillaient les plombiers et leurs apprentis. Tuyaux, écrous et combi­naisons de travail s’entassaient au sommet, ainsi que des caisses à outils, des pinces de toutes tailles et de toutes sortes, propriétés des artisans islandais venus travailler ici. La plupart des chantiers entrepris sur le périmètre de la base militaire étaient confiés à des locaux.
Le silence régnait à l’exception des lamentations du vent. Tout à coup, on entendit comme un souffle au sommet de l’échafaudage. Un tuyau atterrit en bas et rebondit avec fracas. Puis, un second souffle, plus mat, se fit entendre et un corps s’abattit sur le sol. L’impact s’accompagna d’un étrange bruit sourd et étouffé, comme si un gros sac de toile était tombé du plafond. Enfin, le silence revint et il n’y eut plus que les hurlements du vent.

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Islande

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