noir septembre Mirobole éditions - avril 2015 - 346 pages

traduit du danois par Frédéric Fourreau

Titre original : Sort sensommer, 2006

Quatrième de couverture : 
Septembre touche à sa fin dans la ville portuaire d’Århus au Danemark. Un soir, Anna, une jeune mère célibataire, ne rentre pas de son jogging quotidien dans les bois. Au matin, on trouve son corps sur un lit de feuilles mortes au milieu d’une clairière, la gorge tranchée, un bouquet de ciguë séchée étalé sur la poitrine… Une mauvaise rencontre ? Mais bientôt le commissaire Daniel Trokic et son équipe découvrent un lien entre Anna et un brillant chercheur en psychiatrie disparu huit semaines plus tôt.
De fausses pistes en rebondissements, la police criminelle d’Århus n'est pas au bout de ses peines…
Inger Wolf livre avec ce polar rythmé, Grand prix du thriller danois, une formidable autopsie des folies humaines.

Auteur : Après avoir travaillé comme traductrice, Inger Wolf, aujourd’hui 40 ans, a publié son premier thriller en 2006 et a aussitôt remporté le Danish Detective Academy’s Debutant Award. Elle est traduite dans les pays nordiques mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne.

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Cela faisait quelques temps que j'avais envie de découvrir cette auteur danoise. Ce livre est son troisième roman traduit en France, mais j'ai découvert en écrivant ce billet que c'était le premier qu'Inger Wolf avait écrit...
Århus au Danemark, c'est la fin septembre et le corps d'une jeune femme est retrouvé dans les bois. Elle est nue, égorgée avec un bouquet de fleurs sur la poitrine. Est-ce un simple viol ? Pourquoi cette mise en scène ? Voilà quelques questions que vont se poser les enquêteurs : le commissaire Daniel Trokic, danois d'origine croate, Jasper son bras droit, Lisa spécialiste en informatique qui vient de rejoindre la Criminelle. Le lecteur suit l'enquête au plus près de la police. L'intrigue est bien construite, rythmée, avec comme il se doit ses fausses pistes et ses rebondissements. Dans l'enquête, rien n'est spectaculaire, tout est crédible, les enquêteurs sont attachants. J'ai beaucoup aimé ce roman policier et je lirai certainement sans tarder les deux autres déjà traduits en français.

Extrait : (début du livre)
Les fleurs vénéneuses immaculées s’étalaient en éventail sur la poitrine nue de la jeune femme. Dans la lumière de l’aube, des gouttes de rosée luisaient à la surface des tiges tachetées de rouge qui frémissaient sous l’effet de la brise. Un peu plus loin, un setter irlandais sortit sa truffe du tas de feuilles mortes où elle était enfouie, releva sa tête brune et se mit à renifler l’air du sous-bois. Tout à coup, une odeur attira son attention et il en remonta lentement la piste. La jeune femme gisait nue au milieu de la clairière qui s’étirait entre le bois de hêtres et une plantation de jeunes sapins. Elle reposait sur un lit de feuilles mortes, de fougères, de bolets et de balsamine flétrie. Ses bras et ses jambes étaient étendus de part et d’autre de son corps et ses yeux fixaient le ciel, comme si elle faisait un rêve éveillé. Le chien la flaira en promenant son museau sur son ventre. Soudain, il se figea. Son maître venait de l’appeler. Il tourna le regard vers le sentier, puis de nouveau vers la femme, indécis, et finit par aboyer.
La clairière qui s’étendait devant le commissaire de la police criminelle Daniel Trokic baignait dans une humidité glaciale. À chaque expiration, son souffle se transformait en un petit nuage au contact de l’air. Un silence de cathédrale s’était abattu sur la forêt dès l’instant où il avait franchi au volant de sa Peugeot la barrière rouge qui, d’ordinaire, préservait ces lieux des bruits de moteurs de la civilisation. Le son étouffé des basses du groupe de métal Rammstein s’échappait par sa vitre à demi baissée et se mêlait à la brume. Pourtant, aucun des hommes présents sur place ne lui fit la moindre remarque à ce propos au moment où il les rejoignit sur la scène de crime après s’être faufilé sous la bandelette en plastique bicolore. Soit parce qu’ils n’avaient pas prêté attention à la musique, soit parce qu’ils l’avaient trouvée de circonstance. Il eut l’impression de débarquer dans un endroit vierge et sauvage où aucun être humain n’avait encore mis les pieds. Cette nuit-là, il avait fait un rêve étrangement prémonitoire. À propos d’une forêt envahie par des lapins gris cendré. Un rêve désagréable et récurrent auquel il avait été arraché par la sonnerie de son téléphone lorsque l’officier de garde l’avait appelé pour l’informer qu’on venait de découvrir un cadavre. Torben Bach, le médecin légiste, portait des gants en latex et des couvre-chaussures en plastique bleu ciel, de même que les deux techniciens de la police scientifique chargés de prendre des clichés et de procéder aux relevés. 

« Qui est-ce ? leur demanda Trokic.
— On l’ignore pour l’instant, répondit l’un des techniciens. On n’a trouvé aucune pièce d’identité sur elle. »
Près de Trokic, une jeune femme reposait sur le dos, ses cheveux blonds étalés telle une auréole autour de son visage. Ses yeux – l’un marron, l’autre bleu – fixaient un point perdu dans les profondeurs du bois, éteints et exsangues, comme recouverts d’une mince pellicule laiteuse. Trokic eut envie d’étendre une couverture sur elle.
Cependant, ce qui lui sauta aux yeux en contemplant la défunte, ce fut la poignée de fleurs blanchâtres – rassemblées de façon trop désordonnée pour former un véritable bouquet – qui avait été déposée sur sa poitrine. Cette mise en scène lui parut pitoyable et grotesque à la fois. Était-elle censée représenter une mariée ?

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