06 avril 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? [214]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ? 

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Joseph - Marie-Hélène Lafon 
La dernière fugitive - Tracy Chevalier 
Danser les ombres - Laurent Gaudé

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Un océan d'amour - Lupano (BD - PriceMinister)
Comment Thomas Leclerc, 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu tom l'éclair, de Paul Vacca (Belfond

Que lirai-je la  semaine prochaine ?

La Surface de réparation - Alain Gillot (Babelio - Flammarion)
La coloc - Jean-Philippe Blondel
Le Syndrome du pire - Christoffer Carlsson (Babelio - Ombres)

Bonnes lectures et bonne semaine !

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04 avril 2015

Danser les ombres - Laurent Gaudé

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danser les ombres Actes Sud - janvier 2015 - 249 pages

Quatrième de couverture :
En ce matin de janvier, la jeune Lucine arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annoncer un décès. Très vite, dans cette ville où elle a connu les heures glorieuses et sombres des manifestations étudiantes quelques années plus tôt, elle sait qu'elle ne partira plus, qu'elle est revenue construire ici l'avenir qui l'attendait. Hébergée dans une ancienne maison close, elle fait la connaissance d'un groupe d'amis qui se réunit chaque semaine pour de longues parties de dominos. Dans la cour sous les arbres, dans la douceur du temps tranquille, quelque chose frémit qui pourrait être le bonheur, qui donne l'envie d'aimer et d'accomplir sa vie. Mais, le lendemain, la terre qui tremble redistribue les cartes de toute existence... Pour rendre hommage à Haïti, l'île des hommes libres, Danser les ombres tisse un lien entre le passé et l'instant, les ombres et les vivants, les corps et les âmes. D'une plume tendre et fervente, Laurent Gaudé trace au milieu des décombres une cartographie de la fraternité, qui seule peut sauver les hommes de la peur et les morts de l'oubli.

Auteur : Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaulé publie son oeuvre, traduite dans le monde entier, chez Actes Sud. Il est notamment l'auteur de La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens, prix des Libraires), Le Soleil des Scorta (2004, prix Goncourt, prix Jean-Giono), La Porte des Enfers (2008), Ouragan (2010) et Pour seul cortège (2012).

Mon avis : (lu en mars 2015)
Laurent Gaudé nous raconte les histoires de différents personnages vivant à Haïti, en janvier 2010, nous sommes quelques jours avant le terrible tremblement de terre. Il y a Lucine qui est de retour à Port-au-Prince après cinq ans d'absence, Saul, "bâtard" qui n'a pas terminé ses études de médecine mais qui est prêt à soigner les pauvres, Firmin, ancien tonton macoute, le vieux Tess, qui habite une ancienne maison close, ses amis Domitien Magloire, dit Pabava, Jasmin Lajoie et Facteur Sénèque, Lily, une jeune fille riche et malade, Viviane Kénol, Ti Sourire, une future infirmière...
Le quotidien de tous ses hommes et ses femmes n'est pas facile mais l'amitié, la solidarité les aident à avancer dans la vie.

Et tout à coup c'est le tremblement de terre.
J'ai bien aimé la partie avant le tremblement de terre, Laurent Gaudé arrive à faire ressentir la beauté, l'atmosphère et l'âme des lieux. Tous nos sens sont en éveil. Les histoires des différents personnages sont prenantes et attachantes. 
Après le tremblement de terre, tout devient chaos et j'ai eu plus de mal à suivre l'auteur dans son récit devenu lui aussi chaotique... Difficile de comprendre ce qui est arrivé, qui est encore vivant, qui est devenu une ombre...
Ce roman est très bien écrit et c'est un très bel hommage au pays et aux habitants d'Haïti.

Merci à Babelio et le Prix Relay des voyageurs lecteurs pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Il avait fait chaud toute la journée et les commerçants de la rue Veuve contemplaient l’artère désespérément vide en se demandant ce qui les retenait encore ici à cette heure où il était quasiment certain qu’il ne viendrait plus personne. Toute la journée, Lucine s’était essuyé le cou avec le mouchoir mauve que lui avait offert sa nièce – la petite Alcine. Elle était restée accroupie derrière son échoppe en bois, sous l’ombre des arcades des belles maisons construites après le grand incendie, s’épongeant le front, pensant, comme tous les autres, à ce qu’elle ferait à manger ce soir. Toute la rue était prise de langueur. Même la vieille Goma – que les enfants du quartier appelaient Mam’ Popo sans que l’on sache d’où venait ce surnom – était muette. D’ordinaire, elle régnait sur le marché avec l’autorité de sa gouaille et de ses kilos, haranguant le chaland dans une langue qui faisait s’esclaffer les commerçants jusqu’au Ciné Pigaille…
— Flacon, parfum after-shave, approche-toi chéri, ça vient de Paris…
— Je n’ai pas une gourde(1), Mam’ Popo…
— Qui parle d’argent, malotru, je te parle d’amour, moi !
— Hey, Mam’ Popo, ma femme sera pas contente…
— Tais-toi, mon nègre, ta femme sera ravie si tu sens bon Paris !
Même Mam’ Popo, en ce jour, était muette, immobile, les lèvres molles, la jupe tombante entre ses cuisses ouvertes, suant lentement d’ennui sur le trottoir. C’était comme si toute la rue attendait que la doyenne donne le signal du départ en lançant un de ses jurons préférés, “Cornecul, on dirait que la mer a pété tellement il fait chaud aujourd’hui !”, pour tout remballer. Alors les plus pressés seraient rentrés chez eux, les autres auraient descendu la rue, calmement, jusqu’au bâtiment de la douane près du port, pour aller boire un peu d’eau, contempler le ciel et essayer de comprendre ce qui avait produit une telle chaleur. Mais Mam’ Popo ne jurait pas, ne bougeait pas, ne semblait plus qu’une masse immobile et les commerçants restaient prisonniers de leur accablement.
C’est Lucine qui le vit la première. D’abord, elle crut être victime d’une vision, cligna des yeux, s’essuya le front et regarda à nouveau. Mais les cris lui firent comprendre quelle ne s’était pas trompée. En une seconde, les commerçants sortirent de leur torpeur. Toutes les têtes se tournèrent vers le haut de la rue.
— Regardez !…
— Vous avez vu ?…
Un être avançait, au milieu de la chaussée, avec une démarche syncopée – mi-danse, mi-titubement d’ivrogne. Il avait le torse nu et brillait sous le soleil. Son corps était recouvert d’une sorte de poix qui dessinait chacun de ses muscles – décoction de sirop de canne et de poudre de charbon peut-être, comme on en utilisait lors du carnaval –, à moins que ce ne fut sa véritable peau, naturellement huilée et scintillante. Il portait sur la tête une cagoule découpée dans une épaisse toile de jute, surmontée de deux cornes de bœuf, ce qui lui donnait une silhouette de Belzébuth. Si c’était un déguisement, il l’avait emprunté tout entier à celui des Lansetkods, ces figures de carnaval qui d’ordinaire vont en groupe, terrorisent les passants, font des pompes au milieu de la rue et essaient d’attraper les badauds pour les engluer de mélasse. Mais ce n’était pas jour de carnaval ni même la saison des raras(2), et si cet homme s’était déguisé, il était fou ou s’était trompé de ville… Ulysse, le vieux vendeur de paniers, fut le premier à l’interpeller.
— Qu’est-ce que tu fais là, mauvaise blague ?

(1) Monnaie haïtienne
(2) Défilés spontanés qui précèdent Pâques

 

 Challenge Petit Bac 2015 
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Musique (3)

 

Déjà lu du même auteur :

La_porte_des_Enfers La porte des enfers   le_soleil_des_scorta Sous le soleil des Scorta

la_mort_du_roi_tsongor  La mort du roi Tsongor Eldorado_Laurent_Gaud_  Eldorado ouragan Ouragan 

 

 

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02 avril 2015

La dernière fugitive - Tracy Chevalier

Lu en partenariat avec les éditions Folio

la derniere fugitive la derniere fugitive_folio

Quai Voltaire - octobre 2013 - 384 pages

Folio - février 2015 - 392 pages

traduit de l'américain par Anouk Neuhoff

Titre original : The last runaway, 2013

Quatrième de couverture :
1850. Après un revers sentimental, Honor fuit les regards compatissants des membres de sa communauté quaker. Elle s'embarque pour les Etats-Unis avec sa soeur, Grace, qui doit rejoindre son fiancé. A l'éprouvante traversée s'ajoute bientôt une autre épreuve : la mort de Grace, emportée par la fièvre jaune. Honor décide néanmoins de poursuivre son voyage jusqu'à Faithwell, une petite bourgade de l'Ohio. C'est dans cette Amérique encore sauvage et soumise aux lois esclavagistes, contre lesquelles les quakers s'insurgent, qu'elle va essayer de se reconstruire. Portrait intime de l'éclosion d'une jeune femme, témoignage précieux sur la vie des quakers et le «chemin de fer clandestin» - ce réseau de routes secrètes des esclaves en fuite -, La dernière fugitive confirme la maîtrise romanesque de l'auteur du best-seller La jeune fille à la perle.

Auteur : Tracy Chevalier est américaine et vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Spécialiste des romans historiques et des portraits de femmes, elle est l'auteur du Récital des anges (2002), de La Dame à la Licorne (2003), de La Vierge en bleu (2004), de L'Innocence (2007), de Prodigieuses créatures (2010) et de La Jeune Fille à la perle (2000) adapté au cinéma par Peter Webber en 2002, et interprété par Scarlett Johansson.

Mon avis : (lu en mars 2015)
J'ai beaucoup aimé ce livre qui nous raconte l'histoire de Honor Bright, une jeune quaker anglaise qui émigre aux États-Unis dans les années 1850. Son fiancé l'ayant quitté pour une jeune fille n'appartenant pas à la communauté, Honor décide d'accompagner sa soeur Grace promise à voisin qui est déjà parti en Amérique. Tout commence avec la difficile traversée de l'Atlantique en bateau, Honor va être malade tout au long du voyage et comprend dès son premier pas sur la terre d'Amérique qu'elle ne fera certainement jamais la route inverse. Ensuite, c'est le long voyage pour rejoindre l'Ohio qui sera endeuillée par la mort de Grace emportée par la fièvre, cette dernière ne rejoindra jamais son futur mari... Honor se retrouve donc seule dans un pays différent de l'Angleterre, elle va rencontrer Belle, une femme modiste, dont la vie est à l'opposée de la sienne si calme et pieuse... A travers l'histoire d'Honor, nous découvrons l'Amérique de 1850, la communauté quaker, le travail minutieux et artistiques des quilts (patchwork), et les « chemins de fer clandestins », réseaux de routes secrètes tracées par les esclaves pour rejoindre les terres libres du Canada. 
Tracy Chevalier réussit avec brio ce nouveau livre, les personnages sont nombreux, attachants et l'intrigue captivante.

Merci Anna et les éditions Folio pour cette lecture passionnante et instructive.

Extrait : (début du livre)
Elle ne pouvait pas revenir en arrière. Quand Honor Bright avait brusquement annoncé à sa famille qu’elle allait accompagner sa sœur Grace en Amérique – quand elle avait trié ses objets personnels, ne gardant que le nécessaire, quand elle avait fait don de tous ses patchworks, quand elle avait dit au revoir à ses oncles et tantes, et embrassé ses cousins et cousines et ses neveux et nièces, quand elle était montée dans le coche qui allait les arracher à Bridport, quand Grace et elle s’étaient donné le bras pour gravir la passerelle du bateau à Bristol –, tous ces gestes, elle les avait effectués en se disant en son for intérieur : Je pourrai toujours revenir. Sous cette pensée, toutefois, était tapi le soupçon que dès que ses pieds auraient quitté le sol anglais, sa vie serait irré- vocablement transformée.
Au moins l’idée de rentrer un jour adoucit-elle les semaines qui précédèrent son départ, telle la pincée de sucre ajoutée en secret à une sauce pour en dompter l’acidité. Cette idée lui permit de rester calme, et de ne pas pleurer comme le fit son amie Biddy lorsqu’elle lui donna le quilt qu’elle venait de terminer : un patchwork de losanges marron, jaunes et blanc cassé assemblés en étoile de Bethléem à huit branches, surpiqué de motifs de harpes, sans oublier la bordure de plumes pour laquelle elle était connue. La communauté lui avait offert un quilt de l’amitié dont chaque bloc avait été confectionné et signé par une amie ou une parente différente, or elle n’avait pas la place pour les deux courtepointes dans sa malle. Le quilt de l’amitié n’était pas aussi bien exécuté que le sien, mais naturellement c’était celui-là qu’elle devait emporter. « Il est mieux en ta possession, pour te faire penser à moi, avait insisté Honor alors que son amie en pleurs tentait de lui rendre de force le quilt étoile de Bethléem. Des couvre-pieds, je pourrai en faire d’autres dans l’Ohio. »
Pour ne pas penser au voyage lui-même, Honor tendit plutôt son esprit vers sa destination, à savoir la maison en bardeaux dont son futur beau-frère avait envoyé des croquis à Grace dans ses lettres de l’Ohio. « C’est une maison solide, même si elle n’est pas bâtie dans la pierre à laquelle tu es accoutumée, avait écrit Adam Cox. La plupart des maisons ici sont en bois. C’est seulement quand une famille s’est bien établie et ne risque plus guère de repartir qu’elle construit une maison en briques.
« Elle est située au bout de Main Street, à l’entrée du village, poursuivait-il. Faithwell est encore un petit bourg, avec une quinzaine de familles d’Amis. Mais il va grandir, par la grâce de Dieu. Le magasin de mon frère se trouve à Oberlin, une ville plus importante à cinq kilomètres de distance. Lui et moi espérons le transporter à Faithwell une fois que l’agglomération sera assez grosse pour accueillir une boutique de drapier. Ici on appelle cela un “magasin de nouveautés”. Il y a beaucoup de mots nouveaux à apprendre en Amérique. »
Honor ne se voyait pas vivre dans une maison en bois, qui brûlait à toute vitesse, gauchissait pour un rien, émettait des grincements et des gémissements, mais ne procurait aucun sentiment de permanence, contrairement à la brique ou la pierre.
Elle avait beau s’efforcer de restreindre ses inquié- tudes à sa crainte de vivre dans une maison en bois, elle ne pouvait s’empêcher de penser à la traversée sur l’Adventurer, le navire sur lequel elles franchiraient l’Atlantique. Honor connaissait bien les bateaux, comme tout résident de Bridport. Elle accompagnait de temps en temps son père au port quand une cargaison de chanvre arrivait. Elle était même déjà montée à bord, et avait regardé les marins ferler les voiles, enrouler les cordages et laver les ponts. Mais elle n’avait jamais pris la mer. Un jour, quand elle avait dix ans, son père avait emmené la famille passer la journée dans le village d’Eype, et Honor, Grace et leurs frères étaient allés faire un tour en canot à rames. Grace avait adoré naviguer : elle avait poussé des cris perçants, ri à gorge déployée et fait semblant de tomber à l’eau. Honor, quant à elle, s’était agrippée au rebord de la barque pendant que ses frères ramaient, s’évertuant à ne pas paraître affolée par le tangage, et par l’étrange et désagréable sensation de ne plus avoir la terre ferme sous ses pieds. Elle avait regardé sa mère qui arpentait la plage avec sa robe foncée et son bonnet blanc, impatiente de voir ses enfants revenir sains et saufs. Après cette expérience, Honor avait fui les bateaux.

Déjà lu du même auteur : 

prodigieuses_cr_atures  Prodigieuses créatures la_jeune_fille___la_perle La jeune fille à la perle 

la_vierge_bleu La Vierge en bleu

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