Lu dans le cadre du Challenge
 
"Écoutons un livre"
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Audiolib - novembre 2014 - 5h59 - lu par Edouard Baer

Grasset - août 2015 - 336 pages

Quatrième de couverture :
« Il arrive un moment, dans certains pays, à certaines époques, où les hommes semblent attendre un événement important et tragique qui permettrait de résoudre tous les problèmes. Ces périodes sont généralement nommées : avant guerre. Elles sont assez mal choisies pour tomber amoureux. En 1940, à New York, un écrivain débutant nommé Jerry Salinger, vingt et un ans, rencontre Oona O’Neill, quinze ans, la fille du plus grand dramaturge américain. Leur idylle ne commencera vraiment que l’été suivant... quelques mois avant Pearl Harbor. Début 1942, Salinger est appelé pour combattre en Europe et Oona part tenter sa chance à Hollywood. Ils ne se marièrent jamais et n’eurent aucun enfant. »

Auteur : Romancier, Frédéric Beigbeder est notamment l’auteur de L’amour dure trois ans(1997), qu’il a porté à l’écran en 2012, 99 francs (2000), Windows on the World (2003, prix Interallié) et Un roman français (2009, prix Renaudot). Il est également feuilletoniste au Figaro Magazine et directeur de la rédaction du magazine Lui.

Lecteur : Comédien, auteur, metteur en scène, Édouard Baer marque ses succès desa personnalité aux facettes changeantes, drôle, lunaire, féroce ou tendre. Ses lectures toutes de finesse et d’émotion retenue, le placent au premierplan des très grandes voix françaises.

Mon avis : (écouté en mars 2015)
J'ai mis du temps à lire ce livre pour plusieurs raisons, je n'avais pas spécialement envie de le lire, car je trouve cet auteur assez exaspérant et Edouard Baer a une voix que je n'apprécie pas spécialement.
Connaître la vie d'Oona et de Salinger était prometteur mais l'intrusion permanente de la vie de Frédéric Beigbeder dans ce livre est vraiment horripilant !
Finalement, j'ai fini par m'habituer à la voix du lecteur et à l'oublier. J'ai bien aimé tous les passages concernant Oona et Salinger mais les apartés de l'auteur sur sa petite vie n'apportent absolument rien à cette jolie histoire amoureuse que je ne connaissais pas et que j'ai pris plaisir à découvrir
Dans ce livre audio pas de bonus avec un entretien avec l'auteur... De toute façon, il est déjà inclu dans le livre...

Autres avis : Sylire , Laure

Extrait : (début du livre)
Au printemps de l’année 1980, les habitués du Paley Park de New York furent témoins d’une scène assez inhabituelle. Une longue limousine noire se gara devant le jardin public ; il devait être aux alentours de quinze heures. Le chauffeur de la voiture ouvrit la portière à une passagère d’une soixantaine d’années, vêtue d’un tailleur blanc et portant des lunettes de soleil, qui descendit lentement du véhicule. La dame demeura immobile un instant, tritura nerveusement son collier de perles, comme si elle priait avec un chapelet, puis se dirigea vers le coin gauche du parc. S’avançant lentement vers le mur d’eau, sous les arbustes, la femme riche retira de son sac à main quelques morceaux de porcelaine brisée. Son comportement devint alors très étrange. Elle s’agenouilla sur le sol et se mit à creuser frénétiquement la terre, de ses ongles manucurés. Un mangeur de hot dog se demanda pourquoi cette chiffonnière fouillait les plates-bandes au lieu de chercher des victuailles dans la poubelle, située à l’autre extrémité du square. Sur le moment, il n’y prêta pas attention mais il lui sembla bien que la sexagénaire enterrait sa porcelaine cassée dans un trou et tassait de ses mains une motte de terre par-dessus, à quatre pattes sous le jardin vertical, comme un enfant dans un bac à sable. Ceux qui finissaient de déjeuner à ciel ouvert furent encore plus stupéfaits lorsque la bourgeoise se releva, les mains pleines de terre, et remonta dignement dans sa Cadillac. Malgré ses lunettes noires, on pouvait déceler sur son visage la satisfaction du travail bien fait. Elle avait l’air d’une excentrique comme on en voit parfois dans les rues de New York, surtout depuis la démocratisation des barbituriques. Le chauffeur referma la portière, fit le tour du véhicule, s’installa au volant et la longue berline glissa sans bruit vers la 5e Avenue.
« J’ai envie de raconter une histoire. Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ? »

Au début des années 2010, je me suis aperçu que je ne voyais plus personne de mon âge. J’étais entouré de gens qui avaient tous vingt ou trente années de moins que moi. Ma petite amie était née l’année de mon premier mariage. Où étaient passés ceux de ma génération ? Leur disparition avait été progressive : la plupart étaient occupés par leur travail et leurs enfants ; un jour, ils avaient cessé de sortir de leurs bureaux ou de leurs maisons. Comme je changeais souvent d’adresse et de téléphone, mes vieux amis n’arrivaient plus à me joindre ; certains d’entre eux mouraient parfois ; je ne pouvais m’empêcher de penser que ces deux tragédies étaient peut-être liées (quand on ne me voyait plus, la vie s’arrêtait). La pénurie de contemporains dans mon entourage avait peut-être une autre explication : je fuyais mon reflet. Les femmes de quarante ans m’angoissaient avec leurs névroses identiques aux miennes : jalousie de la jeunesse, cœur endurci, complexes physiques insolubles, peur de devenir imbaisable, ou de l’être déjà. Quant aux hommes de mon âge, ils ressassaient des souvenirs de vieilles fêtes, buvaient, mangeaient, grossissaient et perdaient leurs cheveux en se plaignant de leur épouse, ou de leur célibat, sans discontinuer. Au mitan de leur vie, les gens ne parlaient que d’argent, surtout les écrivains.

J’étais devenu un authentique gérontophobe. J’avais inventé une nouvelle sorte d’apartheid : je ne me sentais bien qu’avec des êtres dont j’aurais pu être le père. La compagnie des adolescents m’obligeait à des efforts vestimentaires, me forçait à adapter mon langage et mes références culturelles : elle me réveillait, me galvanisait, me rendait le sourire. Pour dire bonjour, je devais faire glisser ma paume sur la paume de mes jeunes interlocuteurs, puis fermer mon poing pour taper le leur, et ensuite frapper ma poitrine du côté gauche. Une simple poignée de main aurait trahi la différence de génération. De même, je devais éviter les plaisanteries datées, par exemple ne pas dire que je ramais comme Gérard d’Aboville (« Qui ça ? »). Lorsque je croisais des camarades de classe, je ne les reconnaissais pas ; souriant poliment, je prenais vite la fuite : les êtres de mon âge étaient décidément bien trop vieux pour moi. J’évitais soigneusement les dîners en ville avec des couples mariés. Toutes les obligations bourgeoises me faisaient peur, en particulier les réunions de quadragénaires en appartement de couleur taupe avec bougies parfumées. Ce que je reprochais aux gens qui me connaissaient, c’était précisément cela : me connaître. Je n’aimais pas qu’on sache qui j’étais. Je voulais retrouver ma virginité à 45 ans. Je ne sortais que dans des bars neufs pour enfants décoiffés, des boîtes de nuit lisses et plastifiées, aux toilettes privées de souvenirs, des restaurants à la mode dont mes vieux complices apprendraient l’existence deux ou trois ans plus tard, en feuilletant Madame Figaro. Parfois je draguais une jeune fille qui finissait par m’expliquer, avec un regard attendri, que sa mère était dans le même rallye que moi. Unique concession à la vieillesse : je ne tweetais pas. Je ne comprenais pas l’intérêt d’envoyer des phrases à des inconnus alors qu’on peut les rassembler dans des livres.

Je reconnais que mon refus de fréquenter ceux de mon âge était un refus de vieillir. Je confondais jeunisme et jeunesse. Ce qu’on voit sur chaque ride du visage de ses proches, c’est sa propre mort au travail. Je pensais sincèrement qu’en ne fréquentant que des adolescents qui parlaient de Robert Pattinson plutôt que de Robert Redford, j’allais vivre plus longtemps. C’était du racisme antimoi. On peut jouer les Dorian Gray sans cacher un portrait maléfique dans son grenier : il suffit de se laisser pousser la barbe pour ne plus apercevoir son vrai visage dans le miroir, d’être disc-jockey de temps à autre avec ses vieux 45 tours, de porter des tee-shirts suffisamment larges pour qu’on n’y distingue pas le ventre qui pousse, de refuser de mettre des lunettes pour lire (comme si un homme qui lit un livre en le tenant à bout de bras pouvait rajeunir), de se remettre au tennis en survêtement American Apparel anthracite à liséré blanc, de poser en photo dans les vitrines des magasins Kooples, de danser avec des surfeuses mineures au Blue Cargo d’Ilbarritz, et d’avoir la gueule de bois tous les jours.

Au début des années 2010, j’étais devenu incollable sur la biographie de Rihanna ; c’est dire si ma situation était préoccupante.
Trois ans plus tôt, dans une cafétéria de Hanover, New Hampshire, j’étais tombé sur cette photographie d’une adorable morte.

 Challenge Petit Bac 2015 
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Challenge 7% Rentrée Littéraire 2014 
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