23 janvier 2015

Le journal malgré lui de Henry K. Larsen - Susin Nielsen

henry k larsen Helium - août 2013 - 239 pages

traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

Titre original : The Reluctant Journal of Henry K. Larsen, 2012

Quatrième de couverture : 
Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. (...) Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tâchés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis 1969. Nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose parfois des questions orientées. 
Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. « Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde. » Alors, il bat en retraite.
Après le terrible drame qui a frappé Henry et sa famille, et les conséquences qui en ont découlé, l'adolescent a déménagé à Vancouver avec son père. Les voici en tête à tête, dans cette ville où ils ne connaissent personne. Tout est à reconstruire : même la mère de Henry, victime d'une grave dépression, est restée à Port Salish...
Bien qu'il déteste franchement l'idée d'écrire dans un journal, comme le lui a conseillé son thérapeute, tout comme il se refuse à se faire de nouveaux amis, le garçon finit par s'ouvrir, malgré lui... Au fil des jours, il trouve même du plaisir à coucher ses pensées sur le papier et à reconstituer, entre gravité et humour, entre souvenirs terribles et lueurs d'espoir, les événements qui ont marqué sa vie pour toujours.
Un roman lumineux et inoubliable qui place le lecteur en empathie avec un héros bouleversant.
Ce livre a reçu le Governor General's Literary Avrard, le plus prestigieux prix canadien anglais pour les romans adolescents.

Auteur : Susin Nielsen est scénariste, showrunner et auteur pour la jeunesse. Elle vit Vancouver. 
Elle a fait ses débuts à la télévision sur la série Degrassi en 1980. Elle a ensuite adapté plusieurs épisodes en livres, se rapprochant ainsi de son voeu d'écrire des romans pour les adolescents. En 2006, Susin Nielsen a enfin réalise son voeu en écrivant Moi, Ambrose, roi du Scrabble, son premier roman original pour adolescents. En 2010 a suivi Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?

Mon avis : (lu en janvier 2015)
Un terrible drame a frappé la famille d'Henry. Et depuis quelques mois, avec son père, il a déménagé dans un petit appartement à Vancouver. Une fois par semaine, il va voir Cecil, son psychologue car depuis  "ÇA", il n'arrive pas à exprimer ses émotions. Cecil lui a donc donné un cahier et lui a conseillé d'écrire son journal. Le lecteur découvre donc l'histoire d'Henry à travers son journal. Il y raconte ses états d'esprits, son quotidien à l'école, dans ce nouvel appartement... A l'école, il y a Farley un garçon faisant partie des "ringards de l'école" et qui colle Henry malgré lui, il a la même passion pour le catch qu'Henry. Il y a également Alberta une fille malpolie et habillée en "récup"... A l'appartement, il y a Karen, la voisine un peu trop présente, qui semble draguer son père ou Monsieur Atapattu qui leur apporte souvent à manger des plats indiens épicés et délicieux.
Ce livre est un vrai coup de coeur, Henry est touchant et attachant, le lecteur aimerait tellement qu'il arrive à se remettre après le drame qui a bouleversé sa famille, qu'il arrive à se faire des vrais amis, qu'il se tourne vers le futur.

Extrait : (début du livre)
VENDREDI 18 JANVIER


LE SAVIEZ-VOUS ? Le mot « psychologie » vient du grec « psyché ». Il signifie étude de l'esprit.
Je voudrais bien qu'on arrête d'étudier le mien, d'esprit. C'est trop glauque, de faire ça. Mais papa dit que je n'ai pas le choix.
Cecil n'a pas une tête de psychologue, cela dit. Déjà, il s'appelle Cecil. Sur sa porte, au centre médical, il y a une plaque en plastique marquée Dr Levine, mais quand je l'ai appelé ainsi, au début de notre première séance, il m'a tout de suite dit : « Je t'en prie, appelle-moi Cecil. » En rentrant, j'ai cherché l'origine de son prénom, et devinez un peu ce que ça veut dire : « Qui voit mal ou est aveugle ».
Ça s'annonce bien !
Cecil a les cheveux gris et longs, attachés avec un chouchou. Un chouchou ! Aujourd'hui, pour notre troisième séance, il portait encore un tee-shirt tie-and-die, violet cette fois. Dis donc, Cecil, j'ai eu envie de lui dire, les années soixante ont appelé, elles voudraient récupérer leur look !
Il me pose beaucoup de questions du genre : « Que ressens-tu dans ces moments-là ? », comme si nous étions sur un plateau de télévision et non dans la vraie vie. Il dit beaucoup « sapristi », aussi. Exemple : « Sapristi, c'est la deuxième fois en deux semaines que tu arrives avec un quart d'heure de retard ! »
Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. Enfin, il est payé par la province de Colombie-Britannique, mais ça ne doit pas aller chercher bien loin. Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tachés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis i960.
Nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose parfois des questions orientées. Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. « Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde. » Alors, il bat en retraite.
C'est à cause de cette voix de robot que je me suis retrouvé ici. Après toute l'histoire avec maman, à Noël, mes «furies» sont revenues et je me suis mis à parler comme un robot vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et même jusqu'au déménagement à Vancouver. L'intérêt de parler robot, c'est que cela permet de tout dire sans exprimer la moindre émotion. Il-suffit-de-prendre. Une-voix. Totalement-monocorde. Ça m'aide. Mais au bout de huit jours de robot-Henry, mon entourage craquait complètement et papa m'a pris rendez-vous pour une première séance. Ensuite, il a voulu que je continue, même si entre-temps j'étais redevenu le bon vieux Henry normal.
Cecil essaie toutes ses astuces - et il en a peu - pour me faire parler de ÇA. Par exemple : la semaine dernière, j'ai dit, comme ça, en passant, que j'aimais bien écrire. Donc, aujourd'hui, il m'a donné ce cahier. « J'ai pensé que ça te plairait d'avoir un espace privé où consigner tes pensées et tes sentiments, m'a-t-il dit. Le diarisme peut être une pratique très thérapeutique.»
Je lui ai répondu que je ne pensais même pas que « diarisme » soit un mot existant. En rentrant, j'ai flanqué le cahier à la poubelle.
Bon, d'accord, je suis retourné le chercher un peu plus tard ; mais c'est uniquement parce que je m'ennuyais.
Ce qu'il y a, voyez-vous, c'est que Cecil est au courant de ÇA. Il a eu une longue conversation avec mon père avant ma première séance, et je suis prêt à parier mon poster du Danois qu'il s'est empressé ensuite de googler toute l'histoire. Et une fois qu'il a eu fini de lire tout ce qu'il pouvait trouver, je parie qu'il s'est demandé pourquoi mes parents ne m'avaient pas envoyé en thérapie immédiatement après ÇA, il y a sept mois et demi.
Je le vois d'ici : « Sapristi ! Ils ont mis le temps ! »

Challenge Petit Bac 2015 
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