la marche de mina la marche de mina_babel

Actes Sud - janvier 2008 - 317 pages

Babel - février 2011 - 315 pages

traduit du japonais par Rose-Marie Makino

Titre original : Mina no kôshin, 2006

Quatrième de couverture : 
Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est revue pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa. Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle. La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent. intitulé la formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.

Auteur : Yoko Ogawa est l'une des plus brillantes romancières du Japon d'aujourd'hui. Ses romans sont traduits dans le monde entier. Elle a obtenu les prix les plus prestigieux de son pays.

Mon avis : (lu en novembre 2014)
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu du Yoko Ogawa et après ma déception avec Hôtel Iris, j'ai passé un très bon moment avec La marche de Mina. En 1972, Tomoko, douze ans, est confiée pour un an à son oncle et sa tante. Elle nous raconte son séjour dans la belle demeure de Kobe avec sa cousine Mina. Dès son arrivée, elle est surprise et éblouie par cette famille qu'elle ne connaissait pas. La grand-mère Rosa est allemande, Mina de santé fragile est une petite fille précoce qui vit entourée de livres, elle collectionne les boîtes d'allumettes illustrées, le cousin Ryuichi est parti faire ses études en Suisse, l'oncle dirige une usine d'eau minérale et s'absente périodiquement, la tante est assez discrète. Il y a également les domestiques avec Madame Yoneda, intendante indispensable dans cette maison. Enfin, il y a Pochiko l'animal domestique de la famille... c'est une hippopotame nain, dernière rescapée du zoo qui avait été créé sur la propriété.  
Tomoko et Mina vont devenir très complices, elles vont se passionner pour l'équipe de volley du Japon puis pour les Jeux Olympique. L'écriture est très belle, c'est un roman de nostalgie, d'enfance, d'initiation. J'ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
La première voiture dans laquelle on m’a transportée après ma naissance était un landau arrivé de la lointaine Allemagne à travers les mers, avec une frise de laiton ciselé appliquée tout autour. La nacelle était soutenue par un entrelacs de courbes élégantes et un tissu de dentelle tapissait généreusement l’intérieur doux comme du duvet. Le guidon bien sûr, mais aussi les soufflets de la capote et les ferrures des roues étaient étincelants. L’oreiller où je posais ma tête était brodé d’un “Tomoko” en lettres enluminées rose pâle.

Il avait été envoyé à ma mère par ma tante comme cadeau de naissance. Le mari de ma tante avait pris la suite de son père à la tête d’une société de boissons et sa mère était allemande. On pouvait faire le tour de la famille, non seulement il n’y avait personne pour avoir des liens avec l’étranger, mais aucun d’entre nous n’avait même jamais pris l’avion, si bien que lorsqu’on l’évoquait dans la conversation, on ajoutait toujours, comme si cela faisait partie de son nom : “Celle qui s’est mariée avec quelqu’un de l’étranger.”
À l’époque, mes parents et moi vivions tous les trois dans une maison en location de la banlieue d’Okayama, et certainement que ce landau était ce qui avait le plus de valeur dans notre mobilier. Sur une photographie prise devant la maison, le landau, disproportionné par rapport à l’aspect de la vieille maison de bois, tient à peine dans le jardin exigu, et on le remarque plus que le bébé qui devrait tenir le rôle principal. Lorsque ma mère le poussait sur les routes de campagne, tous les gens qu’elle croisait se retournaient, et lorsqu’il s’agissait de familiers, il paraît qu’ils s’approchaient pour le toucher ici ou là. Ils s’extasiaient alors en disant : “Quel magnifique landau !” puis s’en allaient sans dire s’ils trouvaient mignon le bébé à l’intérieur.
Malheureusement, je ne me rappelle plus s’il était confortable. Lorsque je me suis rendu compte de ce qui se passait autour de moi, c’est-à-dire lorsque je suis devenue trop grande pour prendre place à bord du landau, celui-ci trônait déjà au milieu du débarras. La dentelle qui avait un peu jauni gardait des taches du lait que j’avais régurgité, mais il n’avait rien perdu de son élégance d’antan. Même entouré de jerricanes en plastique ou de rouleaux de stores en bambou, il continuait à dégager un parfum de lointain pays étranger.
Tout en respirant ce parfum, j’aimais laisser vaguer mon imagination à propos de mon enfance. En réalité, j’étais une princesse d’un pays lointain enlevée par un serviteur renégat qui m’avait abandonnée avec le landau dans la forêt. Si l’on enlevait les fils qui avaient brodé le nom “Tomoko”, on trouverait certainement dessous trace de mon véritable nom laissée par l’aiguille. Elizabeth ou Angela… Pour inventer ce genre d’histoire, le landau remplissait un rôle important.
Le véhicule qui me transporta ensuite dans le monde extérieur fut la bicyclette de mon père. Une bicyclette noire, sans aucun ornement, qui émettait un grincement triste. En comparaison du landau de fabrication allemande, il fallait bien admettre qu’elle était plutôt austère. Mon père tous les matins attachait son sac sur le porte-bagages et partait travailler dans une administration. Les jours de congé, il m’installait sur ce même porte-bagages pour m’emmener au jardin public.
Je me souviens encore des sensations que me procurait cette bicyclette. Les solides mains qui me soulevaient avec aisance, le dos imprégné d’odeur de cigarette, le courant d’air généré par les roues.
— Accroche-toi bien. Ne me lâche pas, hein.

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"Prénom" (13)