mémé Iconoclaste éditions - janvier 2014 - 162 pages

Quatrième de couverture :
« Mémé, c'est ma mémé, même si ça ne se dit plus.

Mémé me manque. Ses silences, ses mots simples au Scrabble, sa maison enfouie sous les pommiers et son buffet d'avant-guerre. Ce texte est subjectif, partial, amoureux, ce n'est pas une enquête, ce n'est pas une biographie, c'est ce que j'ai vu, compris ou pas, ce que j'ai perdu et voulu retenir, une dernière fois. Mémé, c'est mon regard de gamin qui ne veut pas passer à autre chose. »
Voici le portrait qu'à plus de quarante ans Philippe Torreton fait de celle qui fut le personnage central de son enfance, un portrait tendre et nostalgique, construit par petites touches comme la mémoire, où chacun retrouvera sa grand-mère ou celle dont il a rêvé.

Auteur : Philippe Torreton mène une brillante carrière de comédien entre théâtre et cinéma. Il a reçu de nombreux prix dont un César du meilleur acteur en 1997. Il est aussi l'auteur de Comme si c'était moi (2004) et du Petit lexique amoureux du théâtre (2009).

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Voilà un livre très émouvant, c'est une très belle déclaration d'amour de Philippe Torreton à sa "Mémé". Une mémé "à l'ancienne" qui portait des blouses, qui faisait des confitures, du cidre, qui élevaient des poules, des lapins...
Il est question de l'enfance, des souvenirs, du temps qui passe, des odeurs, des sons, des saveurs, tous nos sens sont en éveil.
Un joli moment de tendresse, chacun d'entre nous retrouvera des souvenirs de sa relation privilégiée avec sa grand-mère, son grand-père... C'est une écriture simple, juste et sensible. Merci pour cette "madeleine" pleine de nostalgie.
Plus personnel que La première gorgée de bière de Philippe Delerm mais tout autant universelle.

Extrait : (début du livre)
Je dormais près de mémé. J'étais petit, un bésot, et après des semaines d'hôpital, de peau grise et fatiguée, les docteurs ayant jugé que le danger était loin, le loup parti, je pouvais réapprendre à me tenir debout et profiter enfin des jouets qui s'accumulaient sur ma table de chevet. Mes parents m'ont confié à mémé, à charge pour elle de remettre des couleurs dans mes pupilles, du solide dans le ventre, de la confiance dans les bras et de l'impatience dans les jambes.
Mémé dormait à côté de moi, tout près même, dans une chambre à côté de la mienne. Nous étions au bout de la maison, côté ouest, celui qui reçoit la Normandie pluvieuse en pleine face, une étrave de bateau. Ma chambre était si petite que les cloques d'humidité du papier peint empiétaient vraiment sur le volume disponible, juste la place pour un édredon glacé, un placard et une machine à coudre à pédale. Quatre murs mouillés ceinturaient mon lit, les forces du dehors les avaient repoussés jusqu'à ses abords immédiats, il fallait se faufiler pour aller dormir, pieds de profil et torse de face en évitant de toucher la sueur froide des murs. Je veillais sur ma grand-mère, pendant qu'elle veillait sur moi, ce fut mon premier emploi, gardien de nuit de mémé.
Ma mission consistait à l'écouter dormir. Je veillais tel un chien de berger sur un troupeau de ronflements broutant son sommeil afin qu'ils n'aillent pas s'égarer dans le suspect, dans le silence terrible qui précède les catastrophes. Je devais analyser sa respiration, en déduire la qualité de sa nuit, ma hantise était le suspendu. Parfois entre deux trémolos, une apnée inquiétante arrêtait ma vie. Il ne fallait pas qu elle meure mémé, pas tout de suite.
Ronfle ! Je t'en supplie !
Et les ronflements reprenaient, merci Nott, déesse de la nuit.
Je ne voulais pas qu elle meure avant mes vingt ans, car à vingt ans on est grand, on est un homme et un homme c'est dur à la peine, mémé il faut tenir ! À vingt ans, j'ai repoussé la « date de mort acceptable » à trente. Quand elle a arrêté de respirer pour de bon, j'en avais quarante et je n'étais toujours pas devenu un homme.

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"Famille" (5)

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