Lu en partenariat avec StoryLab éditions

et la colère Storylab édition - juin 2014 - 45 pages

Présentation éditeur :
« 
Et la colère monta dans un ciel rouge et noir » est l'histoire d'un homme tiraillé entre sa bonté naturelle et son désir de vengeance.
Professeur de littérature dans une favela de Rio, supporter du mythique club de football Flamengo, Henrique Da Silva est le témoin désabusé de la préparation de la Coupe du monde dans son pays. À quelques jours du coup d’envoi, une dernière bavure militaire va faire basculer sa vie.
Celui que l’on surnomme « Le Professeur » ne veut plus être une victime. Il se laisse envahir par la colère, la sienne, celle de tout un pays.

Auteur : Hafid Aggoune est né à Saint-Etienne en 1973 avec le vert des yeux de sa mère et du légendaire maillot stéphanois. Après son bac, il quitte sa ville natale pour vivre à Lyon, finance des études supérieures par différents petits emplois, tout en écrivant de la poésie, un important journal et ce qui deviendra son premier roman.
En 2002, après avoir vécu à Aix-en-Provence et à Venise, il choisit de s’installer à Paris. Deux ans plus tard, il publie Les Avenirs aux éditions Farrago, un premier roman salué par la critique et récompensé par le prix de l’Armitière et le prestigieux prix Félix Fénéon. En 2013, une édition revue et corrigée de ce livre est publiée aux éditions StoryLab.
Hafid Aggoune est l’auteur de trois autres romans : Quelle nuit sommes-nous ? (éd. Farrago/Verdier), Premières heures au paradis (éd. Denoël) et Rêve 78 (éd. Gallimard/coll. Joëlle Losfeld).

Mon avis : (lu en juin 2014)
Ce livre numérique est l'occasion de découvrir les éditions StolyLab qui proposent des fictions et des documents d'actualité à lire en moins d'une heure. C'est un beau récit sur la colère d'un père de famille brésilien qui fait écho à la colère grandissante des Brésiliens face aux abus et aux aberrations occasionnés par la Coupe du monde de football 2014. Henrique Da Silva est professeur de littérature dans la favela de la Maré, veuf. A quelques jours du coup d'envoi de la Fête du Football Mondial, Luiz son petit garçon est à l'hôpital, il a reçu une balle dans le dos lors d'une manifestation... 
Un bon moment de lecture qui nous rappelle que ce Mondial de Football a un peu oublié le jeu et les plus pauvres pour les contrats juteux !

Merci Claire et StoryLab éditions

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Extrait : (début du livre)
Henrique Da Silva poussa le moteur de sa Monza comme jamais il ne l'avait fait. Le soleil lui faisait face et ne touchait plus l'horizon. La Chevrolet qu'il s'était offert pour fêter le quatrième titre national du C.R. Flamengo, il y a vingt ans, continuait sa course aveugle à toute allure, sans défaillir. Sur le siège passager, les livres et un Beretta étaient maculés de sang. Les amortisseurs étaient mis à rude épreuve. Chaque virage donnait lieu à un dérapage qui aurait plus à son fils Luiz. Agité par l'adrénaline, Henrique était persuadé d'avoir fait les bon choix.
Quelques heures avant, celui que l'on surnommait depuis son adolescence le « Professeur » avait attrapé le sac de sport de son fils Luiz, celui aux couleurs de Flamengo, ouvert le cadenas de son tiroir de bureau pour en extirper le 9 mm et une liasse de billets (toutes ses économies à vrai dire). Mais avant de jeter le tout au fond du sac, il découvrit le maillot du dernier macth de Luiz, pas lavé, avec sa sueur, son odeur, traces qu'il ne pourrait plus effacer, celle d'une vie où son petit pouvait encore courir, heureux, plein de vie et de vitesse, aussi rapide sans qu'avec le ballon aux pieds. Henrique dût lutter pour contenir les larmes, ce qui le rendit plus déterminé que jamais et crispa d'avantage une machoire carnassière que ses nerfs ne desserraient plus.
Après avoir quitté le parking de l'école et jeté le sac dans le coffre, le Professeur repensa aux sermons de son épouse à propos de la faible puissance des phares. La nuit allait tomber sans prévenir et la vieille Chevrolet faisait regretter de ne pas avoir pris au sérieux les remarques d'Isabella toutes ces années. Il conduisait prudemment, ce n'était pas le moment de sortir de la route ou de se perdre. Au bout du fil, l'homme avait été clair : détruire et jeter le téléphone avec lequel il l'avait contacté, être à l'heure et seul.
Après avoir filé dans une nuit sans lune, il arriva, les yeux fatigués à cause des maudits phares défaillants. La baraque, située au Nord, en lisière de forêt, était  perdue au milieu des vapeurs d'humidité et semblait déserte. Il laissa volontairement la Chevrolet dans une impasse, loin de l'entrée. Il descendit de la voiture et prit l'arme du coffre. Pour la première fois depuis qu'il avait ramassé le Berretta, il marchait armé et, tout en approchant de la construction où vivait l'homme, il serrait la crosse dans la poche gauche de son blouson, incapable de contrôler le doigt qui en titillait les formes — par le biais d'un jeune de la favela, Maicom, un ancien élève qui lui rendait certains services, il n'avait eu aucun mal à trouver les balles pour le charger ; là où il avait grandi et enseignait désormais, il était plus facile de trouver un lance-roquettes qu'un roman d'Hemingway.
Henrique traversa un jardin jonché de pinhas sèches qui lui rappelèrent son fils. Depuis ses trois ans, Luiz collectionnait tout ce qui sortait de terre ou tombait des arbres, avec une prédilection particulière pour ces pommes de pin typiques qui finissaient par ressembler à des fleurs une fois déshydratées. La flore qui entourait Rio était si riche que le petit n'avait jamais fini d'enrichir son herbier. Par reflexe, le Professeur en ramassa quelques-unes et les glissa dans la poche libre de son blouson. Même si Luiz avait peu de chance de remarcher un jour et quoique le sort lui réserve, sa collection continuerait à s'agrandir.

   Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (10)