9782752909985-e581c Phébus - avril 2014 - 150 pages

Quatrième de couverture : 
Octobre 1918. La guerre s’achève. Toussaint rentre chez lui. Il va retrouver Jeanne, sa femme, et la petite fille qu’il n’a pas vue grandir. Mais ce n’est pas du fond des tranchées qu’il revient, c’est de l’hôpital du Val-de-Grâce, service des gueules cassées.
Pour Jeanne, ouvrière fleuriste, ce retour signifie le début d’un nouveau combat. Si pendant quatre ans elle a su affronter l’absence, la peur et les privations, le silence de l’homme qu’elle aime et le bandeau que nuit et jour il garde sur le visage seront des ennemis autrement plus cruels.
Le chemin qu’ils vont parcourir tous deux, ensemble et séparément, Angélique Villeneuve le livre ici avec pudeur, cherchant l’éblouissement dans l’ombre et les fleurs dans l’hiver.

« Elle voudrait pouvoir approcher Toussaint, lever vers lui un visage clair, elle voudrait n’avoir qu’un seul sentiment et ne rien inventer, et puis voilà que tout s’embrouille, rien n’est comme elle a prévu et elle n’a rien prévu, pas voulu y penser, pas pu croire qu’un jour ça allait vraiment arriver. »

Auteur : Angélique Villeneuve, qui a vécu en Suède et en Inde, est née en 1965 à Paris où elle habite aujourd’hui.

Mon avis : (lu en mai 2014)
C'est grâce à la blogosphère que j'ai eu envie de découvrir ce livre. Et j'ai beaucoup aimé.
En 1914, lorsque la guerre a été déclarée, Jeanne et Toussaint étaient un jeune couple d'ouvriers parisiens avec un bébé de 7 mois. Toussaint part au front et Jeanne élève seule leur petite fille, en travaillant à domicile : elle confectionne des fleurs artificielles. La vie n'est pas facile car la pénurie est là pour se nourrir, se chauffer. Toussaint et Jeanne échangent entre eux par l'intermédiaire de quelques lettres. Fin 1916, Toussaint est blessé à Verdun et il restera hospitalisé jusqu'en octobre 1918. En janvier 1917, il envoie sa dernière lettre à Jeanne avec les mots suivants :  « Je veux que tu viennes pas. »
L'histoire commence en octobre 1918, le soir du retour de Toussaint. L'homme a bien changé, il ne parle pas, le visage dissimulé sous un bandeau : Toussaint est une Gueule cassée. Tout en gérant son difficile quotidien, Jeanne va tenter de renouer avec son mari qui est devenu un étranger. 

Une histoire très touchante qui nous plonge dans la vie quotidienne des civils à Paris durant la Première Guerre Mondiale et sur le regard qui était porté sur les Gueules cassées. 

Autres avis : AifelleClaraCathuluAntigone, Gambadou, Sylire

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Elle n'entend rien. Ne pressent rien. ça lui arrive d'un coup.
La petite est étendue sur le lit, elle fait la morte et Jeanne, à genoux, trempe le bord du torchon dans un fond d'eau, attrape un bras.
Comme chaque fois, Léonie tente d'échapper à la toilette. Inerte, aussi lourde que son jeune corps le lui permet, elle cligne des yeux, son nez se plisse et sa lèvre, légèrement tirée vers le haut et découvrant deux dents écartées, laisse jaillir la pointe brillante d'une langue piquetée de blanc.
Jeanne se redresse et examine l'enfant dans la semi-obscurité de la pièce.
Léonie.
Léo.
Ce qui lui reste.

Les mains de Jeanne sont étourdies d'ouvrage, son dos lui tire. Et tandis qu'elle ferme les yeux, relâche les épaules et la tête, tout l'air retenu lui sort d'un jet, en un cri rauque dont, à l'écouter, on ne saurait dire s'il est d'aise ou de douleur.
Au sol, à travers l'étoffe épaisse de la jupe, un mince objet sous sa rotule roule de droite et de gauche, sans doute la tige tordue d'un cep avec lequel, rentrant de l'école un peu plus tôt, la petite a joué distraitement.
Il va falloir allumer la lampe.

 Challenge Petit Bac 2014
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"Moment/temps" (7)