25 mars 2014

Sans oublier - Ariane Bois

 Lu en partenariat avec les éditions Belfond

1612732420320522014big Belfond -février 2014 - 248 pages

Quatrième de couverture :
Lorsqu'elle apprend l'accident qui a coûté la vie à sa mère, une jeune femme voit sa vie exploser. Tout se délite et s'obscurcit dans le ciel de sa mémoire. L'onde de choc atteint ses enfants et son mari. Pour enrayer cette chute libre, il lui faut partir, tenter de se retrouver pour sauver les siens.

Récit d'un crash intime, d'une fugue maternelle sur les traces d'un silence familial, Sans oublier raconte comment, pour devenir mère, il faut d'abord cesser d'être une fille.
Une écriture intense qui réconcilie de façon saisissante la noirceur du deuil et la rage de vivre.

Auteur : Grand reporter au sein du groupe Marie-Claire et critique littéraire pour le magazine Avantages, Ariane Bois a déjà publié deux romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009 ; J'ai Lu, 2010) et Le Monde d'Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J'ai Lu, 2014). Tous deux ont été salués par la critique et par des prix littéraires, et traduits en plusieurs langues.

Mon avis :  (lu en mars 2014)
La narratrice est une jeune femme, mariée, mère de deux jeunes enfants Claire, 5 ans, et Simon, 3 ans. Tout s'effondre autour d'elle lorsqu'elle apprend le décès de sa mère dans un accident d'hélicoptère en Sibérie. Malgré la présence de ses proches autour d'elle, elle n'arrive pas à sortir de son chagrin, prostrée, elle passe ses journées à dormir. Elle est incapable de s'occuper de ses enfants, de revenir dans la vie du quotidien... Elle sera hospitalisée quelques temps mais sans grand résultat. « Le deuil est une guerre et je suis en train de la perdre. Vaincue, sans avoir pris les armes. La mort vous pille, vous insulte et en sus vous fait les poches, ne laissant qu'une enveloppe vide. » Sa dépression la fait stagner jusqu'au jour où fuyant sa maison, elle se retrouve en Haute-Loire dans le village du Chambon-sur-Lignon.
Je venais de lire un autre livre qui évoquait également la dépression avec "Au pays des kangourous" de Gilles Paris, mais le point de vue était différent puisque c'était l'enfant qui racontait la dépression de son papa. 
J'ai donc trouvé "Sans oublier" plus proche d'un témoignage que d'un roman. Même si j'ai connu le deuil de la mère, impossible pour moi de comprendre l'effondrement totale de cette jeune femme, les circonstances étaient différentes et surtout mes réactions complètement opposées. J'ai trouvé un peu long les passages autour de la dépression. Et puis cinquante pages avant la fin du livre est arrivé un rebondissement qui m'a paru complètement plaqué... Malgré tout, cette épisode du Chambon-sur-Lignon, m'a rendu la narratrice sympathique. L'auteur explore les relations mère-fille et la difficulté pour une fille de perdre sa mère. La fille, étant elle-même mère, doit s'affranchir de sa propre mère, prendre confiance en elle et recommencer à vivre son rôle de mère auprès de ses enfants... Un roman plein d'émotions qui invite les lecteurs à la réflexion.

Merci Jérémy et les éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce livre et rencontrer son auteur.

Autre avis : Lasardine

Extrait : (début du livre)
Elle m'a juste dit : «J'ai peur d'avoir froid là-bas», et puis aussi : «Quelques jours seulement, ma chérie, c'est promis.» Je me souviens de lui avoir répondu : «Fais attention aux pingouins quand tu traverseras la banquise.» Pas drôle, même si, ce matin-là, elle partait en reportage en Sibérie pour le magazine qu'elle dirigeait. J'ai entendu le bruit du combiné que l'on raccrochait. Je parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, celui où les gens ne communiquaient que par téléphone fixe. Ce téléphone raccroché fut, comme on dit, le dernier signe de vie de ma mère.

Je travaillais huit heures par jour dans une agence de pub tenue par des décérébrés, neuf stations de métro, dix-huit avec le retour, passage par la case Franprix, avant de retrouver mes petits, une fille de bientôt six ans et un garçon de trois ans, juste à temps pour les coucher, et attendre l'Homme, qui rentrait fourbu de ses journées dans une compagnie d'assurances à la Défense.

L'après-midi de l'appel, pour la première fois depuis longtemps, j'avais fait l'école buissonnière. Séché, comme au temps du lycée. Une angine diplomatique soignée à la potion magique Deneuve dans le dernier Téchiné. Chez mes parents trônait la photo d'une petite fille dans une chaise haute, recevant la becquée de la main d'une créature mutine assise dans un lit aux draps bousculés. Sa blondeur éclabousse tout, Catherine époque Le Sauvage, avec ses bras nus, son teint de coquillage, des seins en forme de mangue et un sourire à impressionner la pellicule, en tout cas mon père qui photographie la scène. À chaque nouveau film, je me précipitais, comme à une réunion de famille. L'intimité en moins, c'était un plus.

De ce vendredi de mai, je n'ai pas le souvenir d'une intuition particulière, plutôt un sentiment d'angoisse diffus. Un état devenu habituel chez moi, une seconde peau depuis la maternité. Le poids des responsabilités, le sentiment écrasant de ces vies à protéger m'empêchaient parfois de respirer. Ce jour-là cependant, je n'étais pas la seule à retenir mon souffle. Un fou furieux retenait en otage une classe de maternelle dans une école de Neuilly, et la France entière avait le mal de mère. C'était la première fois qu'une telle chose arrivait dans ce pays, et nous étions assez naïfs pour croire qu'elle ne se reproduirait pas sous d'autres formes, sous d'autres latitudes. Impossible d'imaginer les fusillades dans les collèges américains, les commandos à l'école de Beslan, les tueries d'élèves en Chine, à Rio et même à Toulouse. Nous restions innocents. Mais je m'égare.

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Posté par aproposdelivres à 09:21 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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