04 octobre 2013

Le premier qui pleure a perdu - Sherman Alexie

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Albin Michel - septembre 2008 - 288 pages

traduit de l'anglais (américain) par Valérie Le Plouhinec

Illustations de Ellen Forney

Titre original : The absolutely true diary of a part-time indian, 2007

National Book Award 2007

Quatrième de couverture : 
"Vous savez ce qui arrive aux gogols sur la réserve ? On se fait tabasser. Au moins une fois par mois. Eh ouais, je fais partie du Club du Coquard du Mois..."
Le garçon qui parle ainsi est Junior, un Indien Spokane. Né tout cassé tout tordu, il accumule les handicaps : myope, maigre et premier de la classe. En vrai, Junior est drôle et assez lucide pour savoir qu'il n'aura aucun avenir s'il reste avec les siens. Il décide alors d'aller à l'école des Blancs, voir ailleurs s'il y est. Admis au prestigieux lycée de Reardan, Junior quitte la réserve. Comme il est né. En éternel optimiste.
Best-seller aux USA, ce roman " presque autobiographique " parle de mille choses sans tabou et avec un humour ravageur : l'amour, l'amitié, l'exclusion, la faim et surtout l'espoir.

Auteur : Sherman Alexie est né en 1966 à Wellpinit sur la réserve des Indiens Spokanes, dans l'État de Washington. Ce jeune auteur a déjà publié une dizaine d'ouvrages dont trois romans, Indian BluesIndian KillerFlight et plusieurs recueils de nouvelles - dont La Vie aux trousses et Phoenix Arizona, adapté avec succès au cinéma par Chris Eyre et Sherman Alexie. Il est d'ores et déjà le lauréat d'une douzaine de prix dont le National Book Award Jeunesse pour Le premier qui pleure a perdu. Sherman Alexie vit aujourd'hui à Seattle. 

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Junior est un jeune Indien Spokane, il est né et a toujours vécu dans une Réserve. Il n'a pas la vie facile car depuis sa naissance il cumule les handicaps, il est né avec une drôle de tête, une mâchoire déformée et des yeux de travioles. Il est depuis toujours le souffre-douleur de ses camarades, on se moque de lui, on lui donne des coups de poings. Seul Rowdy est son seul ami, il le protège depuis sa petite enfance. Sinon, Junior se réfugie dans la lecture et le dessin. Mais à 14 ans, lorsqu'il fait son entrée au lycée et lorsqu'on lui donne un livre de géométrie portant le nom de sa mère, donc vieux de plus de trente ans, il prend conscience de la pauvreté de la Tribu et décide de ne pas se laisser faire. Il demande à intègrer le prestigieux lycée de Reardan, un lycée de Blancs, situé à trente-cinq kilomètres de sa maison. Avec humour et ténacité, il va montrer à tous son courage, sa force et réussir à prendre en main son destin.

Ce livre se lit très facilement, Junior nous raconte avec beaucoup d'humour et d'autodérision son combat quotidien, dans la réserve, on le traite de "pomme" : rouge à l'extérieur et blanc à l'intérieur... il est vraiment très touchant. On comprend également un peu mieux la vie des Indiens dans une Réserve, la pauvreté, les dégâts de l'alcool... Ce livre est édité dans une collection jeunesse, mais il est également intéressant pour les adultes...

Un grand Merci à Canel qui m'a offert ce livre à l'occasion du Swap Nouvel An 2013 organisé par Hérisson.

Autres avis : Canel, Saxaoul

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Je suis né avec de l’eau sur la tête.

Bon d’accord, ce n’est pas tout à fait vrai. En fait, je suis né avec trop de liquide céphalo-rachidien à l’intérieur du crâne. Mais « liquide céphalo-rachidien », c’est tout simplement le terme savant qu’emploient les médecins pour parler d’huile de cervelle. Et l’huile de cervelle fonctionne dans les lobes comme l’huile de moteur dans une voiture. Elle fait tourner l’ensemble rapidement et sans accroc. Mais moi, bizarre comme je suis, je suis né avec trop d’huile dans le crâne, elle est devenue pâteuse, vaseuse, gluante, et tout ce qu’elle a fait c’est embourber le mécanisme. Le moteur qui me permettait de penser, de respirer et de vivre a ralenti et s’est enlisé.
Mon cerveau se noyait dans l’huile.
Mais cela donne à toute l’histoire un petit air rigolo et farfelu, un peu comme si mon cerveau était une frite géante, donc il me semble plus sérieux, plus poétique et plus juste de dire : « Je suis né avec de l’eau sur la tête. »
Bon, d’accord, vous allez me dire que ce n’est pas très sérieux non plus comme manière d’en parler. C’est peut-être vrai que toute l’histoire est rigolote et farfelue.
Mais à votre avis, est-ce que ma mère, mon père, ma grande sœur,mes cousins, mes oncles et mes tantes ont trouvé ça drôle quand les médecins ont ouvert mon petit crâne et aspiré toute cette eau en trop avec un minuscule aspirateur ?
Je n’avais que six mois et normalement j’aurais dû y rester pendant l’opération. Et même si, d’une manière ou d’une autre, je survivais au mini-aspi, en principe mon cerveau devait être gravement endommagé par le processus, et moi, je devais rester un légume toute ma vie.
Visiblement j’ai survécu à l’opération, sinon je n’écrirais pas ceci. Mais j’ai toutes sortes de problèmes physiques qui résultent directement des dégâts dans mon cerveau.
Tout d’abord, je me suis retrouvé avec quarante-deux dents.
Un être humain typique en a trente-deux, vu ? Moi, quarantedeux.
Dix de plus que d’habitude.
Dix de plus que la normale.
Dix dents au-delà de l’humain.
En poussant, mes dents ont pris tellement de place que je pouvais à peine fermer la bouche. Je suis allé au Service indien de la Santé pour m’en faire arracher afin de pouvoir manger normalement, et non comme un vautour baveux. Mais le Service indien de la Santé ne remboursait les gros travaux dentaires qu’une fois par an, donc j’ai dû me faire arracher mes dix dents en trop le même jour.
Et en plus, notre dentiste blanc croyait que les Indiens sentaient deux fois moins la douleur que les Blancs, donc il nous donnait moitié moins de Novocaïne.
Un beau salopard, hein ?
Le Service indien de la Santé remboursait aussi les lunettes une fois par an et ne proposait qu’un modèle : des grosses en plastique noir, moches comme tout. Mon cerveau bousillé me rendait myope d’un œil et presbyte de l’autre, donc mes lunettes moches étaient tout de traviole, puisque j’avais les yeux de traviole. J’ai des migraines parce que mes yeux sont carrément ennemis, vous voyez, comme s’ils avaient été mariés mais ne pouvaient plus se blairer. Et j’ai commencé à porter des lunettes à trois ans, si bien que quand je me baladais sur la réserve, j’avais l’air d’un pépé indien de trois ans.
Ah oui, et aussi, j’étais maigre. Si je me mettais de profil, je disparaissais. Mais mes mains et mes pieds étaient gigantesques. En CE2, je chaussais du 46 ! Avec mes grands pieds et mon corps de crayon, j’avais l’air d’un L majuscule quand je marchais dans la rue. 
Et j’avais un crâne énorme.
C’était quelque chose à voir.

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Le Mois Américain

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44/50 :  Washington

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