27 août 2013

Autumn Laing – Alex Miller

Lu dans le cadre de La Rentrée Littéraire 2013 Libfly
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autumn_laing Phébus – août 2013 – 420 pages

traduit de l'anglais (Australie) par Françoise Pertat

Titre original : Autumn Laing, 2011

Quatrième de couverture :
« C’est ici que tout a commencé il y a cinquante-trois ans. »
C’est ici, dans la moiteur des environs de Melbourne, qu’Autumn Laing, née Gabrielle Louise Ballard, connut l’unique passion de son existence. 
Au crépuscule de sa vie, Autumn, solitaire et revêche, raconte comment la tendresse qui la liait à son mari, Arthur, homme de loi intègre fréquentant la bohème des années trente, fut balayée par sa relation avec Pat Donlon. Peintre génial, fascinant d’égoïsme, il révolutionna autant son quotidien que l’art de son pays. Entre eux, la passion est physique, l’amour incandescent, le désir dévastateur. Car face à la folie créatrice de l’artiste, la muse n’est rien qu’un souffle vite emporté, une image vite oubliée.
Après le magistral Lovesong, Alex Miller prouve qu’il est sans conteste l’un des plus grands prospecteurs des sentiments amoureux, en offrant une vision de l’amour avec ses zéniths et ses gouffres, son tumulte et ses silences.

Auteur : Alex Miller est né en 1936 à Londres. Australien d’adoption, il fut tour à tour garçon de ferme, magasinier, carillonneur, dresseur de chevaux, universitaire, dramaturge et enseignant, avant de publier en 1988 son premier livre. Auteur de dix romans, tous encensés par la critique, c’est avec Landscape of Farewell (2007), Lovesong (Phébus, 2012) et surtout Autumn Laing qu’il acquiert définitivement le statut d’écrivain majeur de son pays. Il reçoit en 2007 le Manning Clark Cultural Award pour sa contribution au rayonnement de la littérature australienne à l’étranger.

Mon avis : (lu en juillet 2013)
« Ils sont tous morts, et moi je suis vieille et décharnée. C’est ici que tout a commencé il y a cinquante-trois ans. » Voilà les premières phrases de ce livre. La narratrice, c'est Autumn Laing, elle a 85 ans et elle vit seule à Old Farm environs de Melbourne en Australie. Après avoir aperçu en ville, Edith Dolon qu'elle n'avait plus vu depuis plus de cinquante ans, Autumn est renvoyée vers son passé et elle se met à raconter ses souvenirs. Dans les années 30, Autumn et Arthur Laing s'occupaient de la promotion d'artistes australiens. En 1938, ils font la connaissance de Pat Dolon, un jeune peintre plein d'ambition. Pat est marié avec Edith. Entre Autumn et Pat une vraie complicité s'installe qui deviendra une passion. Autumn a dix de plus que Pat mais elle l'inspira l'artiste en herbe. Le lecteur suit en alternance le présent et le passé d'Autumn, il découvrira peu à peu la suite de cette passion.
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre, sans doute car l'auteur prend son temps pour installer l'intrigue et les différents protagonistes. Ensuite, j'ai été embarquée par le récit de cette histoire d'amour, intéressée également par le côté artistique sans oublier la découverte des grands espaces australiens décrit formidablement par Alex Miller. 
Cette histoire est une fiction même si l'auteur ne se cache pas avoir été inspiré par la vie de Sunday Reed (Autumn Laing) et du peintre Sidney Nolan (Pat Dolon).

Merci à Libfly et Le Furet du Nord pour m'avoir permis de découvrir ce livre à l'occasion de l'opération On vous lit tout.

Note : ♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Ils sont tous morts, et moi je suis vieille et décharnée. C’est ici que tout a commencé il y a cinquante-trois ans. Ici, où j’ai trouvé refuge à l’ombre de l’ancienne écurie aux planches gondolées et disjointes en cet après-midi de janvier étouffant. J’avais trente-deux ans. je m’y protège du soleil et de la fumée. L’odeur du papier brûlé m’a suivie. De la fumée bleue danse dans les lames de soleil qui découpent des formes dans l’obscurité, imitant en cela l’œuvre d’un certain peintre que nous admirions autrefois. Que de choses cachées et étouffées en cet endroit! La maison des morts, voilà le nom que je devrais lui donner. À l’ombre où est ma place. Ne riez pas. C’est une vieille angoisse chez moi, ce besoin de fouiller les immondices de la pointe de ma sandale, à les bousculer dans l’espoir (ou la terreur) d’y dénicher quelque chose. je ne suis plus une femme. vous allez vite comprendre pourquoi. La boucle de mon nu-pieds gauche s’est cassée la nuit dernière, alors que je tirais mon matelas sous la véranda en quête d’un peu de fraîcheur. La fraîcheur, je ne l’ai pas trouvée, par contre mon pied a buté contre la marche. je n’ai plus de force dans les jambes. Mes jambes! Du temps de ma peau lisse, je l’ai séduit en lui découvrant par intermittence mes cuisses nacrées, tandis que je l’observais, fou de désir de me toucher, pendant que moi je fondais. Rien ne pouvait nous arrêter à l’époque.

Hier, je l’ai croisée dans la rue. Et la nuit dernière, je n’ai pas fermé l’œil à cause d’elle. L’air me brûlait les poumons à deux heures du matin. J’ai alors envisagé de descendre jusqu’à la berge, pour m’étendre sur l’herbe sous les mimosas, afin d’y trouver du réconfort. Mais je n’en suis plus capable. La dernière fois que je suis allée au fleuve remonte au moins à quinze ans. Si je pouvais y retourner, je m’y étendrais nue, comme de son temps. Le corps blanc, immobile et froid au clair de lune, maintenant. Sur le dos (« toujours prête », selon l’expression consacrée de Pat), le cerveau en ébullition, à penser à ma vie et à la leur. Sa vie à lui et sa vie à elle. Il ne me reste guère plus que la peau et les os. Non, c’est drôle. C’est comme ça qu’il faut l’entendre. Riez donc si cela vous fait plaisir! je n’ai jamais reproché un rire à quiconque. Dieu seul sait combien les occasions sont rares.

Jusqu’à ma rencontre d’hier avec Edith, j’étais prête à devenir ce cadavre blanc sur la rive. C’est vrai, c’est ce que je voulais. Le moyen d’en finir, je l’ai au fond du tiroir de ma table de chevet. Mais au lieu de mourir la nuit dernière, j’ai rafistolé ma sandale avec le ruban de soie mauve entourant la boîte de chocolats bon marché offerte par cette femme minable venue me voir hier. Était-ce hier? Était-ce avant, ou après ma rencontre avec Edith? Peu importe. Elle – je parle de la femme aux chocolats, et non d’Edith – a garé sa voiture près de la porte principale, puis a contourné la propriété pour entrer par le portail de derrière et faire son apparition parmi les rhododendrons, telle une intime de notre ancien cercle. Elle m’a surprise, la chemise de nuit relevée jusqu’à la taille, à trois heures de l’après-midi, en train de me soigner les cors. Il me faudrait un gros chien. Ou un fusil. Un pied posé sur le rebord en brique, à l’autre bout du bassin à poissons (sans poissons), elle me souriait en me tendant son cadeau de pacotille. Toute vêtue de lin blanc immaculé. Énorme, elle transpirait à grosses gouttes. Le corps idéal pour dévaler la colline jusqu’au fleuve. C’est ce à quoi j’ai pensé en la regardant.

 Challenge 1% Rentrée Littéraire 2013
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2/6

  Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

Posté par aproposdelivres à 06:35 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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