11 mai 2013

La part du feu - Hélène Gestern

la_part_du_feu Arléa - janvier 2013 - 219 pages

Quatrième de couverture :
Ma fille aura vu l'archive d'un mouvement
dont plus personne ne se souvient.
Ces gens et ces événements ne sont
que des abstractions pour elle.
Elle ne fera jamais le lien.


À la suite d'une révélation qui la bouleverse, Laurence Emmanuel comprend que sa vie est peut-être moins simple qu'elle ne le pensait.
Elle décide d'en apprendre davantage sur le passé de ses parents. Très vite, ses recherches l'amènent sur la piste d'un militant d'extrême gauche, Guillermo Zorgen, qui a défrayé la chronique dans les années 70 avant de sombrer dans l'oubli. Qui était cet homme ? Un idéaliste dans une époque troublée ou un dangereux pyromane ? 
Et surtout : quels liens entretenait-il avec les parents de Laurence ?

Auteur : Née en 1971, enseignante-chercheuse en linguistique au CNRS, Hélène Gestern vit et travaille à Nancy. "Eux sur la photo" (2011), son premier roman a été primé plusieurs fois.

Mon avis : (lu en mai 2013)
J'avais beaucoup aimé "Eux sur la photo" le premier roman d'Hélène Gestern, j'étais donc curieuse de découvrir celui-ci. 
Laurence découvre à l'âge de 35 ans que celui qu'elle a toujours considéré comme son père n'est pas son père biologique. Un an plus tard, elle découvre dans des papiers de sa mère des coupures de journaux puis des lettres qui concerne un certain Guillermo Zorgen révolutionnaire de gauche, personnage fascinant et passionné. A travers le passé de ses parents, Laurence part secrètement en quête de son histoire, elle cherche le lien qu'ils peuvent avoir avec Guillermo, elle interroge les proches de ce dernier...
La forme et la thématique sont assez proches du premier livre d'Hélène Gestern, une partie d'un secret de famille est révélée et l'héroïne se lance dans une enquête poussée et minutieuse à partir d'articles de presse, d'anciennes lettres... Ici Laurence cherche un père et nous lecteurs, nous découvrons le monde de l'extrême-gauche anarchiste et violente des années 1970 avec idéaux et conscience politique. La mécanique fonctionne bien le récit est passionnant, à aucun moment le rythme faiblit et l'écriture est juste.
J'ai apprécié ce livre qui se lit facilement mais « Eux sur la photo » reste mon préféré.

Extrait : (début du livre)
J'ai appris la nouvelle de mon adoption il y a un peu plus de deux ans, presque par hasard. Mon père venait de se couper avec un couteau de cuisine, une profonde entaille à la main. Le sang dégouttait sur le carrelage blanc. Ma mère le regardait, consternée : il est vrai qu'il n'est pas très adroit, mais ses gestes à elle sont plus incertains encore depuis le début de sa maladie. C'est donc désormais à son mari qu'incombe la préparation des repas, un apprentissage difficile à soixante-deux ans passés. Souvent, Jacques se trompe. Parfois, comme ce jour-là, il se blesse.
J'ai pensé, en attrapant un torchon, puis en calant des épaisseurs de coton sous une bande Velpeau pour tenter d'endiguer l'hémorragie, que la vieillesse de mes parents était tout sauf simple. Puis j'ai accompagné mon père, stoïque, aux urgences de l'hôpital. Là-bas, nous avons attendu près d'une heure - qui m'a paru un siècle - avant d'être pris en charge par une jeune interne.
Pendant tout ce temps, Jacques n'a pas desserré les lèvres. C'est un homme qui parle peu et se plaint encore moins. Pourtant je voyais le sang, qui sourdait du bandage serré, ramper en mauvaise fleur rouge sur le blanc du linge. Quand, d'un seul coup, la ruche médicale a essaimé autour de lui et l'a emmené dans une salle d'examen, j'ai suivi le mouvement. Pendant que l'interne, qui avait assis Jacques sur un lit, défaisait rapidement le pansement imbibé de sang et préparait le matériel de suture («eh bien, vous ne vous êtes pas raté», a-t-elle lancé avec une intonation guillerette tout à fait déplacée), une infirmière a commencé la liturgie des interrogatoires hospitaliers : identité, âge, numéro de Sécurité sociale, antécédents, allergies, groupe sanguin. A toutes ces questions, mon père a répondu d'une voix monocorde, sauf à la dernière. A son énoncé, j'ai remarqué que son visage, déjà très pâle, avait changé de couleur, comme s'il virait au gris. Un éclat de panique a traversé son regard et il est resté muet. «Vous connaissez votre groupe sanguin, monsieur ?», a répété l'infirmière.
Le silence s'est épaissi dans la pièce surchauffée, saturée par l'odeur des antiseptiques.
L'infirmière s'est tournée vers moi : « Et vous, vous le savez ? »

Déjà lu du même auteur :

eux_sur_la_photo1 Eux sur la photo 

Challenge Petit BAC 2013
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"Couleur"

Posté par aproposdelivres à 16:03 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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