11 avril 2013

Tabloid City - Peter Hamill

tabloid_city Balland - novembre 2012 - 416 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Roche

Titre original : Tabloid City, 2011

Quatrième de couverture :
Sam Briscoe, septuagénaire élégant aux faux airs d’Inspecteur Harry est le rédacteur en chef du New York World, l’un des tabloïds mythiques de la Grosse Pomme qui vit ses dernières heures : le compte à rebours est en route et dans très peu de temps, la version papier va disparaître au profit d’une version online. La fin d’une époque, au grand dam de Sam. Mais cette nuit-là, alors qu’il boucle son ultime édition, un fait divers d’une violence inouïe va bouleverser son chemin de fer. Et sa vie. Cynthia Harding, une « socialite » très introduite dans les milieux de l’art et de la culture, est sauvagement assassinée. Son assistante, Mary-Lou, partage son sort. Il en faut beaucoup pour déstabiliser un vieux briscard comme Sam. Seulement, Cynthia, c’est la seule femme qu’il ait jamais aimée… Tandis qu’il traverse cette nuit et cette journée pas comme les autres, on suit les parcours croisés d’un flic, Ali, l’époux de Mary-Lou, de leur fils Malik, fondamentaliste islamiste, et de bien d’autres encore…Les voilà lancés dans une course folle à travers New-York, ville-héroïne du roman, peinte comme une sorte de Gotham City fantomatique, une ruche foisonnante, où chaque personnage est pris entre les mouvements permanents d’une ville qui ne s’arrête jamais, et les conflits qui l’habitent.

 

Auteur : Pete Hamill vit à New York. Il est écrivain, journaliste (notamment au New York Daily News), éditeur, et scénariste. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres, dont plusieurs best-sellers.

Mon avis : (lu en avril 2013)
C'est avec ce livre que s'achève pour moi l'aventure du jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2013, il a été sélectionné dans la catégorie policier mais pour moi, c'est plutôt une étude sociale qu'un roman policier.
L'histoire se passe sur 24 heures, cela commence à minuit, à New-York dans la salle de rédaction du tabloïd New York World avec Sam Briscoe son rédacteur en chef. 
Heure par heure, minutes par minutes, le livre suit une quinzaine de personnages à différents endroit, dans différents milieux de New-York dont les destins sont liés ou vont être liés malgré eux... En toile de fond, il y a la fin de la presse papier au profit du web pour cause économique. Il y aura quand même deux scènes de crime qui justifiera le côté polar...
Il y a donc Sam Briscoe le journaliste à l'ancienne, son indispensable secrétaire Helen Loomis, Bobby Fonseca, le jeune journaliste, Consuelo Mendoza, une mère mexicaine en situation irrégulière, Josh Thompson, vétéran d’Irak devenu SDF, Cynthia Harding, important membre de la communauté, sa fille adoptive Sandra Gordon, d'origine jamaïcaine, a réussi sa carrière professionnelle, Myles Compton un financier poursuivi par le FBI, Ali Watson, un flic new-yorkais de la Brigade antiterroriste, son fils Malik Shahid est un intégriste islamique...
J'ai lu ce livre comme je regarde une série télévisée, séquence par séquence le lecteur passe d'un personnage à l'autre, et découvre un New-York différent de celui des touristes, un New-York de la pauvreté, de l'immigration clandestine, de la violence, de la crise économique, de la montée de l'islamisme, un New-York qui ne s'arrête jamais... Avec ce livre, j'ai aimé découvrir l'envers du décors de cette ville patchwork qui me fait toujours rêver.

Extrait : (début du livre)
Minuit. Sam Briscoe, salle de rédaction du New York World, 100 West Street

Lui, c'est Briscoe. Soixante et onze ans. Un mètre quatre-vingts, quatre-vingt-dix kilos. Ici, c'est la salle de rédaction du dernier quotidien du soir de New York. Il en est le rédacteur en chef. On l'aperçoit qui se faufile dans un coin. Il a un pardessus en travers de l'épaule gauche et tient sa veste par le col. Les manches de chemise sont retroussées deux fois au-dessous des coudes, soigneusement. Noeud desserré, sa cravate pend, ajoutant deux traits d'un rouge profond aux bandes verticales de ses bretelles écarlates.
Il se déplace vivement, comme il en a depuis longtemps l'habitude. Peut-être pour échapper aux embuscades des journalistes ou des correcteurs susceptibles de venir quémander une augmentation, un jour de congé, une avance... Ou seulement s'informer, surtout en ce moment, des rumeurs de rachat et de licenciements. Sa coupe en brosse tourne au gris fer. Il a le visage fin et buriné, rasé de près. Les poches sombres sous ses yeux témoignent des longues années passées à travailler de nuit. Dans la vaste salle aux vingt-six bureaux, presque vide, quatre journalistes et trois relecteurs jettent un coup d'oeil épisodique aux quatre écrans de télé branchés sur New York 1, CNN, Fox et MSNBC. Un cinquième écran est éteint. Briscoe n'en regarde aucun. Il va droit vers un certain Matt Logan, assis au desk info géné, au centre de la longue pièce. Les autres bureaux sont collés les uns aux autres, formant une sorte de muret. Tous vides.
- On a la une ? demande Briscoe.
Logan sourit et passe une main dans son épaisse chevelure blanche. Par-dessus l'épaule de Briscoe, il lance un regard contemplatif vers la grande pièce. Briscoe pense : Nous vivons dans la capitale du néant. Logan a cinquante et un ans et, d'une certaine manière, ses cheveux drus et blancs le rajeunissent. Comme un diadème couronnant son visage glabre.
- Le gosse n'a pas fini son papier, fait Logan en désignant sa gauche. Tu devrais peut-être lui rappeler qu'on bosse pour un quotidien.
En entendant la réplique, l'une des plus vieilles du métier, Briscoe grommelle. Il se dit qu'elle est toujours d'actualité. Il regarde le gosse, Fonseca, qui plisse les yeux devant son écran d'ordinateur et ne voit plus rien d'autre que les gens qu'il a interviewés quelques heures plus tôt, très loin de la rédaction. Briscoe se penche à son tour par-dessus l'épaule de Logan, lève un oeil vers la grosse horloge verte à quatre faces suspendue au plafond, legs du World de Pulitzer. Il pense : On a encore beaucoup de temps.
- Qu'est-ce qu'on a d'autre ? interroge-t-il en jetant son manteau et sa veste sur un moniteur éteint. Sur le bureau sont étalées les premières éditions des journaux du matin. Le Times, le Post, le News. Logan clique sur une page qui propose quatre possibilités de une. Briscoe pense : Je suis si vieux. Il se souvient quand on taillait dans le bois les caractères du titre de une, c'était dans l'ancienne salle de composition du Post, un peu plus bas sur West Street. Il entend comme s'il y était le martèlement assourdi des linotypes. Revoit les linotypistes, sourds et muets, qui communiquent par signes. Et Paul Sann au marbre, qui coupe les articles de sa main ferme de rédacteur en chef. Pour détacher les lignes de plomb du bas des articles, il se sert d'un pied à coulisse.
Tout le monde fumait. Écrasait son mégot par terre. Il faisait chaud. Ça gueulait. Les sandwichs venaient du grec voisin. Envolé à jamais, tout ça.
 
Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection policier
Jury Avril

Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
catégorie "Même pas peur" : 35/12

 50__tats
40/50 :  New-York

Challenge New-York 2013
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  Challenge Petit BAC 2013
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"Objet"

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