12 mars 2013

Indigo - Catherine Cusset

Lu dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 
Sélection mars

indigo Gallimard - janvier 2013 - 320 pages

Quatrième de couverture : 
Un festival culturel rassemble pendant huit jours en Inde quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d'eux et les confronte avec leur passé. Cette semaine bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, dans le Sud, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vive où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait partout sentir la menace terroriste. Une Inde où leur jeune accompagnateur indien déclare ouvertement sa haine des États-Unis. Une Inde où n'ont pas cours la légèreté et la raison françaises, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l'orage est couleur indigo. Tout en enchaînant les événements selon une mécanique narrative précise et efficace, ce nouveau roman de Catherine Cusset nous fait découvrir une humanité complexe, tourmentée, captivante.

Auteur : Catherine Cusset vit à Londres. Elle a récemment publié Le problème avec Jane (1999), Grand Prix des Lectrices de Elle 2000 , La haine de la famille (2001), Confessions d'une radine (2003), Amours transversales (2004), Un brillant avenir (2008), Prix Goncourt des Lycéens 2008 .

Mon avis : (lu en mars 2013) 
Géraldine, française mariée à un indien musulman, organise un festival culturel à Trivandrum dans le sud de l’Inde et reçoit plusieurs intellectuels comme Roland Weinberg, Raphaël Eleuthere et Charlotte Greene.
Roland est un philosophe de 64 ans, essayiste, séducteur. Il est accompagné de sa jeune et belle compagne italienne Renata. Il connaît bien l’Inde et espère profiter du voyage pour renouer avec Srikala une femme qu’il a connu il y a 28 ans.
Charlotte a 47 ans, professeur de littérature à l'université et cinéaste, mariée, mère de 2 enfants, elle vit à Manhattan. Elle espère secrètement revenir sur les traces de sa meilleure amie Debarati qui a vécu à Cochin et qui est morte il y a six mois.
Raphaël Eleuthère est un jeune écrivain, ténébreux, il a écrit un roman autobiographique sur son enfance tourmentée.
Avec ce voyage en Inde, nous allons suivre ces quatre personnages et leurs préoccupations, c'est comme une parenthèse dans leur vie ou un tournant...
Un livre très bien écrit et qui se lit bien mais je regrette que l'Inde soit seulement présente en arrière-plan et que l’on ressente assez peu l’ambiance de ce pays, cela manque de chaleur et d’exotisme. Cette histoire tourne surtout autour d’une analyse psychologique très fine des personnages occidentaux.

Extrait : (début du livre)
On ne passe plus. Alerte à la bombe." 
Le policier surgit au moment où Charlotte tendait sa carte d'embarquement à l'employé de l'aéroport qui gardait l'accès à la douane. 
Elle vit approcher d'autres policiers. "Je suis en transit entre New York et Delhi et je risque de rater mon avion. On embarque, regardez." 
Elle pointa du doigt l'heure sur la carte. Le jeune flic au nez en trompette reculait d'un pas quand deux personnes accoururent. Il dressa la paume et barra le passage. 
"S'il vous plaît ? reprit Charlotte d'une voix implorante. 
- Vous ne comprenez pas ? On ferme le périmètre." 
Le couple asiatique derrière elle tenait des propos inquiets dans une langue étrangère. Sans leur arrivée intempestive, le policier cédait. 
"Il y en a pour combien de temps ? 
- Un quart d'heure. 
- Vous êtes sûr ? Il y a deux ans j'ai raté un avion avec mes filles à cause d'une alerte à la bombe : il a décollé à la seconde où l'alerte a pris fin. 
- Aucun avion ne décolle. Les démineurs arrivent. Reculez, madame." 
Inutile d'argumenter. Les gens s'agglutinaient autour des policiers vers qui montait un brouhaha de questions anxieuses. Ils barrèrent le passage d'une bande jaune, comme si un crime avait eu lieu. Autant profiter de ce quart d'heure pour respirer un peu d'air frais avant de passer la journée dans l'avion. Charlotte franchit la porte à tambour. Il faisait froid et elle frissonna dans son manteau trop léger, qui lui serait utile à Delhi où la température descendait la nuit jusqu'à huit degrés. Par contre, trente-cinq degrés à Trivandrum, à l'autre extrémité de l'Inde, dans le Kerala au nom poétique où on les expédiait mardi. La valise n'avait pas été facile à faire. 
L'Inde. Elle y serait ce soir, et poserait le pied pour la première fois sur le continent asiatique. 
Un homme debout près d'elle alluma une cigarette, dont la fumée parvint à ses narines. Elle se déplaça à l'autre bout du banc métallique. A New York c'était encore le coeur de la nuit ; Adam et les filles dormaient profondément. Elle avait somnolé trois ou quatre heures mais ne sentait pas la fatigue. Elle était à Paris, dans la ville où elle avait grandi, et où elle ne faisait que passer. Seule, pour la première fois depuis dix ans. En sortant de l'avion tout à l'heure, elle avait aspiré une bouffée de liberté grisante. Pas d'enfant à réveiller et à porter, pas de doudou à ramasser, pas de poussette à déplier. Seule. Elle regarda autour d'elle. Le ciel était gris clair, les trottoirs gris foncé, les piliers de béton qui soutenaient la route en hauteur, gris souris, et les murs du terminal 2C de l'autre côté, gris-beige. Tout gris, hormis les panneaux d'Europcar vert vif. Sans doute tous les aéroports au monde étaient-ils gris, mais il y avait ici quelque chose de spécifiquement français : la ligne droite de la route portée par les piliers de béton, les bâtiments bas avec leurs toits plats aux motifs géométriques ? Quelque chose de plus petit, lisse et soigné qu'à New York. Et l'odeur, grise aussi, différente de celle de New York, une odeur intime qu'elle reconnaissait instantanément. Chez elle. 
De la grisaille surgit une image : Debarati, le dos très droit, ses cheveux noirs tombant sur ses épaules, assise nue dans la baignoire du Crillon et lavant ses chaussettes en nylon noir qu'elle avait enfilées sur ses avant-bras comme des gants de femme fatale. Deb illuminant de sa beauté la salle de bains en marbre du palace qui ressemblait la minute d'avant à une prison dorée. Deb poussant un cri de protestation en entendant le clic de l'appareil photo, avant même de voir Charlotte sur le seuil : "Non ! T'es chiante !" Deb éclatant de rire. 
C'était il y a quinze ans. A peine arrivée à Paris et descendue au Crillon, Charlotte s'était demandé ce qu'elle faisait là avec ce groupe de milliardaires américains cacochymes qui avaient fait le voyage depuis New York en jet privé et qu'émoustillait l'accent français de leur jeune conférencière. De sa chambre à mille euros la nuit, elle avait appelé son amie, qui avait débarqué une demi-heure après, vêtue d'un jean moulant et d'un perfecto plein de petites fermetures éclair lui donnant davantage l'air d'une prostituée de luxe que d'une étudiante américaine en histoire de l'art qui faisait des recherches en France. Charlotte s'était sentie revivre. 
Elle avait appelé Deb au secours ; Deb était accourue. 

Déjà lu du même auteur :

 un_brillant_avenir_p Un brillant avenir

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Challenge Petit BAC 2013
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11 mars 2013

C'est lundi que lisez-vous ? [116]

BANNIR
(c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux semaines ? 

 TH968 shenzhen heureux_les_heureux le_roi_n_a_pas_sommeil fin_de_mi_temps_pour_le_soldat_Billy_Lynn 
l_atelier_des_miracles blanche_neige_doit_mourir

Dernière nuit à Twisted River – John Irving (Livre audio)
Shenzhen - Guy Delisle (BD)
Heureux les heureux - Yasmina Reza (Prix Relay des Voyageurs)
Le Roi n'a pas sommeil - Cécile Coulon 
Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn - Ben Fountain (Babelio)
L'atelier des miracles - Valérie Tong Cuong 
Blanche-Neige doit mourir - Nele Neuhaus (Grand Prix Elle 2013)

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Indigo - Catherine Cusset (Prix Relay des Voyageurs)

Que lirai-je cette semaine ?

Joseph Anton - Salman Rushdie (Grand Prix Elle 2013) 
Eléments incontrôlés - Stéphane Osmont (Prix Relay des Voyageurs)
Celui que tu cherches - Amanda Kyle Williams (partenariat)

Bonne semaine et bonnes lectures.

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10 mars 2013

Blanche-Neige doit mourir - Nele Neuhaus

blanche_neige_doit_mourir Actes Sud - octobre 2012 - 400 pages

traduit de l'allemand par Jacqueline Chambon

Titre original : Schneewittchen muss sterben, 2010

Quatrième de couverture :
Une femme est tombée d'un pont sur une voiture. Selon un témoin, elle aurait été poussée. L'enquête conduit Pia Kirchhoff et Oliver von Bodenstein à Altenhain où la victime, Rita Cramer, a vécu avant son divorce d'avec un certain Hartmut Sartorius. Onze ans plus tôt, deux jeunes filles du village avaient disparu sans laisser de trace. Sur la foi de maigres indices, un garçon de vingt ans, Tobias Sartorius, avait été arrêté et condamné à dix ans de prison. Or, depuis quelques jours, Tobias est revenu chez son père à Altenhain... Dans le village, Pia et Bodenstein se heurtent à un mur de silence. Mais bientôt une autre jeune fille disparaît et les habitants accusent Tobias Sartorius, même si ce dernier a toujours clamé son innocence. Les preuves manquent, la police piétine et certains villageois semblent bien décidés à prendre les choses en main. Dans ce deuxième roman du duo Pia-Bodenstein, Nele Neuhaus construit une fois de plus une intrigue millimétrée autour des non-dits et de l'atmosphère étouffante d'un petit village allemand. Procédant par dévoilements successifs, elle démonte patiemment les mécanismes d'une erreur judiciaire et analyse magistralement le fonctionnement de ces fascinantes machines à broyer les individus que sont parfois la justice et les préjugés. Succès colossal à sa sortie, Blanche-Neige doit mourir s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires outre-Rhin. Depuis, Nele Neuhaus règne sans partage sur le domaine du "Krimi".

Auteur : Née en 1967 à Münster, en Westphalie, Nele Neuhaus, a grandi à Taunus, près de Francfort. Après ses études, elle travaille dans une agence de publicité puis se met à écrire des romans policiers qui rencontrent aussitôt un succès immédiat. Déjà paru Flétrissure (2011).

Mon avis : (lu en mars 2013)
Altenhain est un petit village allemand proche de Francfort où y a dix ans deux jeunes filles Laura et Stefanie ont disparues. Tout accuse alors Tobias qui était le petit ami de Stefanie et l'ex de Laura. Pourtant, cette fameuse nuit, Tobias avait beaucoup bu et il ne se souvient de rien.
Lorsque le livre commence, Tobias rentre chez lui après avoir purgé sa peine. Toute sa famille a été brisée par cette condamnation, son père a fermé son restaurant, ses parents se sont séparés et Altenhain, refuse le retour de l'enfant du pays. En quelques jours, les restes du corps de Laura est découvert dans une ancienne cuve sur un aéroport désaffecté et la mère de Tobias est poussée d'un pont. Les enquêteurs Pia Kirchhoff et à Oliver von Bodenstein vont alors s'intéresser au passé et revenir sur les évènements dix ans plus tôt. L'atmosphère est pesante, le silence est de mise. J'ai trouvé cette histoire captivante et l'intrigue très bien construite, avec du rythme, des rebondissements, de nombreuses fausses pistes et un suspense haletant. J'ai pris du plaisir à lire et découvrir ce roman policier. Une découverte très plaisante.

Autres avis : Canel, Jostein, Nadael

Extrait : (début du livre)
L’escalier de fer rouillé était étroit et raide. Il tâta le mur pour trouver l’interrupteur. Une seconde après l’ampoule de vingt-cinq watts éclaira l’endroit d’une lumière chiche. La lourde porte de fer s’ouvrit sans bruit. Il en huilait régulièrement les charnières pour qu’elles ne grincent pas quand il venait la voir. Un air chaud mêlé à une odeur sucrée de leurs fanées l’accueillit. Il ferma soigneusement la porte derrière lui, éclaira et resta un moment immobile. La grande pièce, environ dix mètres de long et cinq de large, était simplement meublée, mais elle avait l’air de s’y sentir bien. Il alla vers l’appareil stéréo et appuya sur la touche Play. La voix rauque de Bryan Adams remplit la pièce. Lui-même n’appréciait pas beaucoup la musique, mais elle aimait le chanteur canadien et il tenait compte de ses goûts. S’il devait la garder cachée, au moins que rien ne lui manque. Comme d’habitude, elle ne dit rien. Elle ne lui parlait pas, ne répondait jamais à ses questions mais cela ne le dérangeait pas. Il poussa de côté le paravent qui partageait discrètement la pièce en deux. Elle était allongée, silencieuse et belle sur le lit étroit, les mains croisées sur la poitrine, la longue chevelure s’élargissant comme un noir éventail autour de sa tête. À côté du lit étaient posées ses chaussures, sur la table de nuit un bouquet de lilas blanc se fanait dans un vase de verre.
— Hello, Blanche-Neige, dit-il à voix basse.
La sueur perlait à son front. La chaleur était à peine supportable, mais elle aimait ça. Même avant elle avait vite froid. Il parcourut du regard les photos qu’il avait accrochées pour elle à côté de son lit. Il voulait lui demander s’il devait en accrocher d’autres. Mais il devait attendre le moment approprié pour que cela ne la blesse pas. Il s’assit prudemment au bord du lit. Le matelas s’inclina sous son poids et un instant il crut qu’elle avait bougé. Mais non. Elle ne bougeait jamais. Il tendit la main et la posa sur sa joue. Sa peau, au cours des années, avait pris une teinte jaune. Au toucher, elle était dure comme du cuir. Comme toujours, elle avait les yeux fermés et si sa peau n’était plus aussi douce et rose, sa bouche était aussi jolie qu’avant, lorsqu’elle lui avait parlé et lui avait souri. Il resta assis un moment à la regarder. Jamais le désir de la protéger n’avait été plus fort.
— Je dois partir, dit-il enin à regret. J’ai beaucoup à faire. 
Il se leva, prit le bouquet fané et s’assura que la bouteille de Coca-Cola sur la table de nuit était pleine.
— Tu me dis si tu as besoin de quelque chose, n’est-ce pas ?
Parfois son rire lui manquait et cela le rendait triste. Naturellement, il savait qu’elle était morte, mais il trouvait plus simple de faire comme s’il ne le savait pas. Il n’avait jamais entièrement abandonné l’espoir d’obtenir un sourire d’elle.

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Sélection policier 
Jury Mars

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 Challenge Thriller 
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catégorie "Même pas peur" : 30/12

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09 mars 2013

L'atelier des miracles - Valérie Tong Cuong

l_atelier_des_miracles Jean-Claude Lattès - janvier 2013 - 264 pages

Présentation éditeur : 
Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge. 
Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac. 
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles. 
Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux.

Auteur : Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans dans la communication avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié sept romans et de nombreuses nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Mariette, Monsieur Mike et Millie sont trois abîmés de la vie. Mariette est professeur d'histoire-géo mariée à un homme politique, mère de deux adolescents, elle n'en peut plus et elle craque en giflant un élève qui la provoquait depuis des semaines, et ce dernier fait une chute dans un escalier. Millie veut faire une croix sur son passé et lorsqu'elle se retrouve à l'hôpital après l'incendie de son immeuble, elle va simuler une amnésie. Monsieur Mike est un ancien militaire devenu SDF, il se retrouve à l'hôpital après une agression. Tous les trois vont être accueilli à l'Atelier par Jean un personnage assez mystérieux. C'est un lieu où ils pourront se poser, se reposer, se reconstruire... où ils pourront espérer se donner une deuxième chance dans le vie.
Ce livre est une très jolie histoire pleine d’humanité, d'optimiste et de fraîcheur avec des personnages attachant. C'est également une réflexion sur le bénévolat et l'aide aux autres car les intentions de Jean ne sont pas si désintéressées que cela... Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre) 
L'odeur acre, violente, s'insinuait dans chaque espace libre de mon corps, me piquait le nez et la gorge, assaillait mon cerveau englué de sommeil de ses rafales hargneuses.
Je refusais de me réveiller. Je voulais dormir jusqu'au bout de la nuit et, tant qu'à faire, jusqu'au bout du week-end. Passer directement du vendredi soir au lundi matin, sans respirer, sans rêver, sans penser, d'une seule traite, d'une seule lutte.
Comme un enfant maladroit traverse la piscine sous l'eau, poussé par le maître nageur et les huées de ses camarades, épuisant ses ultimes réserves d'air pour atteindre le bord opposé, caressant la mort, l'admettant déjà. Puis soudain, agrippant de ses doigts tendus la pierre poreuse, regonfle ses poumons et surgit en s'ébrouant, à la fois étourdi et reconnaissant d'avoir survécu.
La toux brûlante m'arrachait à la nuit. J'ai entrouvert les yeux. Face à moi, une longue langue de fumée sombre se mouvait en silence à travers la fenêtre entrebâillée, léchant le papier peint jauni jusqu'au plafond.
Le feu ! Mon corps s'est soulevé dans un spasme, je n'étais plus sûre d'être éveillée, j'avais l'esprit scindé en deux, une moitié criant, Eh bien voilà, Millie, c'est l'heure des comptes, l'heure de vérité, celle de payer et de les rejoindre car après tout il faut bien que quelqu'un expie ! L'autre moitié se rebellant, refusant, Ne pas faire de lien hâtif, fuir les signes, les concordances, la psychologie de comptoir, cet incendie est le fruit du hasard, forcément, un accident, une pure coïncidence, alors se concentrer et agir, puisque le feu tue.

Je m'étais écroulée quelques heures plus tôt sur le canapé-lit, titubante, toute habillée, pas démaquillée, même pas les dents brossées. Incapable de faire un geste supplémentaire, à bout de forces.
J'étais pourtant intransigeante sur les règles de soin et d'hygiène. Je me lavais les mains cent fois par jour et les cheveux à chaque douche. Je me frottais à la pierre ponce, vérifiais mes ongles à tout instant, traquais la poussière matin et soir, lessivais entièrement le sol une fois par semaine. Au bureau - lorsque j'avais un emploi -, armée de lingettes désinfectantes commandées par cartons, je nettoyais tout ce qui se trouvait à ma portée. Rédigeais des check-lists : vider les pots à crayons des éclats de mine, ranger les tiroirs, vérifier les agrafeuses après chaque usage, débrancher les imprimantes en fin de journée. Il m'était même arrivé de faire les vitres, un jour où j'avais terminé mon travail en avance. Une initiative peu appréciée par la directrice de l'agence d'intérim qui m'avait sèchement mise en garde : si je tenais à demeurer dans ses fichiers, il faudrait m'en tenir aux tâches de secrétariat décrites dans mon contrat. Des laveurs de carreaux et des femmes de ménage, l'agence en avait plein ses registres.
Cette société me fournissait les deux tiers de mes missions : je m'étais donc excusée platement et avais réservé mes pulsions purificatrices à une sphère strictement privée.

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03 mars 2013

Quelques jours de vacances...

Quelques jours de pause pour mon blog...

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et quelques jours de vacances direction le Sud-Ouest de la France !

avec de nombreux livres dans mes bagages...

 

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02 mars 2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn - Ben Fountain

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traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Lederer

Titre original : Billy Lynn's long halftime walk, 2012

National Book Critics Circle Award 2013

Quatrième de couverture :
Un accrochage avec des insurgés irakiens, trois minutes quarante trois de pure violence filmées par Fox News, désormais en boucle sur YouTube, et les huit survivants de la compagnie Bravo deviennent du jour au lendemain les enfants chéris de l’Amérique. Les stars de la « Tournée de la Victoire », montée pour ranimer la flamme du soutien à la guerre, qui doit se clôturer par leur présence à la mi-temps du grand match de football de Thanksgiving à Dallas, aux côtés d’un célébrissime groupe pop.
Mais rien ne va se dérouler comme prévu. Perdu entre les richissimes propriétaires et les joueurs du club des Cowboys, les sponsors, un vieux producteur hollywoodien et une pulpeuse pom-pom girl évangéliste, Billy Lynn, dix-neuf ans, héros malgré lui, ne pense, comme ses frères d’armes, qu’à une seule chose : profiter au maximum de ses derniers jours de permission. Repartira-t-il pour l’Irak laissant derrière lui ses illusions et son innocence.
Un livre ravageur sur le monde d’aujourd’hui : le Catch 22 de la guerre d’Irak.

Auteur : Ben Fountain s'est fait connaître avec son premier livre, Brèves rencontres avec Che Guevara (2008), un recueil de nouvelles couronné par le Prix PEN/Hemingway et salué par la presse aux Etats-Unis comme en France.
Publié aux Etats-Unis en mai 2012, Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn a reçu un accueil enthousiaste de la critique et figure en bonne place dans les listes de prix. Les droits cinéma du roman ont été cédés.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Huit soldats d'une compagnie ayant survécu à une attaque près de Bagdad et l'embuscade été filmé par la télévision américaine sont de retour aux États-Unis. Ils sont devenus brutalement les héros de l'Amérique et participent malgré eux à la « Tournée de la Victoire » à travers le pays. Ils sont censés donner envie à la population de soutenir la guerre.
Le livre commence sur la dernière journée de cette « Tournée de la Victoire ». C'est jour de Thanksgiving et la compagnie Bravo sera présentés à tous au Texas Stadium de Dallas, pendant la mi-temps du match de football américain entre les Cowboys et les Bears. Ils participeront à un show en compagnie des pom pom girls et de Beyoncé... Rien que ce programme est surréaliste !
Au début, j'ai eu un peu de mal à apprécier ce livre, le style m'a dérouté. Ensuite je m'y suis habituée et j'ai trouvé ce livre beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air... L'auteur dénonce l'égoïsme, le cynisme, l'hypocrisie du patriote américain... Durant cette journée il se passe beaucoup de choses dans ce stade... Entre les spectateurs, les footballeurs, les dirigeants, les organisateurs de la manifestation, les sponsors et bien sûr les huit soldats, c'est toute l'Amérique qui est représentée.
Ben Fountain s'attache plus particulièrement à Billy Lynn, 19 ans, devenu soldat pour éviter la prison après avoir démoli une voiture. Durant cette journée, tout en profitant au maximum du moment festif, Billy pense à la guerre et à Shroom, l'un de ses compagnons mort lors de l'attaque. Il doute sur le bienfondé de cette guerre, sur l'accueil sur-médiatisé qu'il leurs est fait...
Ce livre révèle le vrai décalage qu'il y a entre la population américaine, sa vision de la guerre, des soldats patriotes... et les soldats eux-même qui reviennent du front, qui ont été confrontés réellement à la guerre, qui ont vu la mort de près et qui s'apprêtent à retourner en Irak. Sont-ils vraiment des stars ? Ne les utilise-t-on pas simplement pour faire de la propagande politique ?

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Les hommes de Bravo n'ont pas froid. C'est une journée de Thanksgiving fraîche et venteuse, et la météo annonce de la neige fondue et de la pluie glacée pour la fin de l'après-midi, mais les Bravo se sont bien réchauffés à coups de Jack Daniel's-Coca grâce à la lenteur légendaire de la circulation lors d'une journée de match et grâce au minibar de la limousine. Cinq verres en quarante minutes, c'est sans doute un peu beaucoup, mais Billy a besoin de se remettre les idées en place après le hall de l'hôtel où des bandes de citoyens reconnaissants shootés à la caféine ont fait du trampoline sur sa gueule de bois. Un homme surtout s'est attaché à lui, une espèce de minet pâle et spongieux engoncé dans un jean amidonné et des bottes de cow-boy tape-à-l'oeil. «J'ai pas fait mon service, lui a confié le type, se balançant sur les talons et agitant un gobelet géant Star-bucks, mais mon grand-père était à Pearl Harbor, et il m'a raconté toute l'histoire», après quoi, il s'est embarqué dans un discours décousu sur la guerre, Dieu et la nation, tandis que Billy laissait courir, laissait les mots tourbillonner et se télescoper dans son cerveau

                                                                terrRiste
                                                                                                   liberté
                           mal
                                                                                                         onzeseptembre 
                                                                           onzeseptembre
                                    onzeseptembre
           troupes
                                                                    courrraje 
                                                                                                 soutien
                               sacrifice
                                                                           Bush
                                                                                                                         valeurs
                     Dieu

Manque de pot, Billy va se payer le siège en bordure d'allée au Texas Stadium, et donc se taper ce genre de rencontres pendant la majeure partie de l'après-midi. Il a la nuque raide. Il a mal dormi cette nuit. Chacun des cinq Jack-Coca l'a enfoncé plus profondément dans le trou, mais la vue de la longue limousine garée devant l'hôtel, le paquebot Hummer d'un blanc de neige muni de six portières de chaque côté et de vitres teintées, a éveillé en lui des désirs fiévreux. «Qu'est-ce que j'avais dit !» a hurlé le sergent Dime en cognant sur le minibar, et tous de s'extasier devant le superbe aménagement intérieur, mais une fois l'espoir de guérison rapide envolé, Billy s'est abîmé dans une noire déprime.
«Billy, dit Dime. Tu décroches.
- Non, sergent, répond aussitôt Billy. Je pensais juste aux pom-pom girls des Dallas Cowboys.
- Brave garçon.» Puis, levant son verre, sans s'adresser à personne en particulier, le sergent reprend sur le ton de la conversation : «Le commandant Mac est gay.»
Holliday pousse un cri. «Merde, Dime, il est assis à côté de nous !»
Et en effet, le commandant McLaurin, installé sur la banquette arrière, regarde Dime en manifestant toute l'émotion d'un flétan sur un lit de glace.

Challenge Petit BAC 2013
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"Prénom"

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40/50 :  Texas

 

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01 mars 2013

Le Roi n'a pas sommeil - Cécile Coulon

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : ROI

le_roi_n_a_pas_sommeil Viviane Hamy - janvier 2012 - 143 pages

Quatrième de couverture :
« Ce que personne n'a jamais su, ce mystère dont on ne parlait pas le dimanche après le match, cette sensation que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies sous les draps, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les familles, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que personne n'a pu savoir, c'est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras lui avait passé les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise. »

Tout est là : le mutisme, le poids des regards, l'irrémédiable du destin d'un enfant sage, devenu trop taciturne et ombrageux. Thomas Hogan aura pourtant tout fait pour exorciser ses démons - les mêmes qui torturaient déjà son père.
Quand a-t-il basculé ? Lorsque Paul l'a trahi pour rejoindre la bande de Calvin ? Lorsqu'il a découvert le Blue Budd, le poker et l'alcool de poire ? Lorsque Donna l'a entraîné naïvement derrière la scierie maudite ?
La sobriété du style de Cécile Coulon - où explosent soudain les métaphores - magnifie l'âpreté des jours, communique une sensation de paix, de beauté indomptable, d'indicible mélancolie.
Méfiez-vous des enfants sages, écrit par une jeune fille de vingt ans, avait plus qu'impressionné les lecteurs. Ils seront éblouis par Le Roi n'a pas sommeil.

Auteur : Cécile Coulon est née en 1990. Elle poursuit ses études de Lettres Modernes à Clermont-Ferrand. À dix-sept ans, elle publie un premier roman (inspiré de L’ Éducation sentimentale de Flaubert), Le Voleur de vie, puis un recueil de nouvelles Sauvages. Outre Steinbeck, Maupin, Bret Easton Ellis, Proust, elle est passionnée de cinéma (Pasolini, La Nuit du chasseur, The Big Lebowski, L’Année dernière à Marienbad, etc ...) et de musique (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Ramones).

Mon avis : (lu en février 2013)
J'avais entendu de ce livre à sa sortie, lorsque la jeune auteur avait été invitée à La Grande Librairie, j'avais noté le titre de son livre dans ma LAL et le rendez-vous Un mot des titres est l'occasion toute trouvé pour le découvrir.
Nous sommes dans les États-Unis des années 30, dans une région forestière et rurale. Le livre s'ouvre sur l'issue sombre de l'histoire avec l'arrestation de Thomas Hogan et la douleur de sa mère. L'auteur revient alors sur la genèse du récit.
Thomas Hogan est le fils de Mary et William. Contrairement à son père qui est une force de la nature, c'est un jeune enfant frêle et fragile. William est autoritaire et bourru, il meurt assez jeune à la suite d'un accident de travail. Thomas va alors grandir seul avec sa mère, enfant timide et sage, à l'adolescence il est mal dans sa peau, une révolte gronde en lui...
Un récit sombre, une très belle écriture et un livre plutôt sympathique.

Extrait : (début du livre)
Ce que personne n'a jamais su, ce mystère dont on ne parlait pas le dimanche après le match, autour d'une bière fraîche, cette sensation que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies sous les draps, ce poids, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les familles, les écoliers, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que personne n'a pu savoir, c'est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras était venu lui passer les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise.

Ce type, uniforme neuf et godasses de mirliton, ne souriait pas. Il portait les deux boucles de métal pendues à sa ceinture comme des boules de Noël à la branche d'un sapin. Thomas n'était qu'une fripouille de plus, une espèce de charognard qu'il aurait fallu tuer dans l'oeuf.
Bingo. Je vais l'envoyer dans un endroit où tu pourras tâter des barres de fer toute la sainte journée. Tu dois payer. Crois-moi, si j'en avais eu l'occasion, je t'aurais dérouillé depuis longtemps.

Personne n'a jamais su.

Quand la mère de Thomas s'est précipitée hors de chez elle, sa robe à moitié défaite, ils n'ont pas vraiment compris.
Elle a crié plus fort que les sirènes de toutes les casernes de la région. Le vieux Puppa, assis sur son fauteuil délabré, n'a pas bougé d'un pouce ; ses yeux sont restés clos, sa bouche émettait de drôles de grincements : les gonds d'une porte de saloon. Puppa connaissait Mary depuis sa plus tendre enfance. Ils avaient joué au billard, trouvé des planques pour fumer leurs premières cigarettes, mangé des hamburgers avec les autres poulettes de la ville.
Ils s'étaient frottés les uns contre les autres sur des couvertures qui sentaient le sapin et le whisky frelaté.
Elle criait à la manière d'un poulain qu'on égorge. Quand sa voix s'était muée en un hennissement de désespoir, les souvenirs du vieillard avaient surgi d'un coup d'un seul. Ils chuchotaient, bourdonnaient en lui telles des abeilles autour d'un pissenlit. Tandis que Mary perdait les pédales au milieu de la rue principale, Puppa s'était rendu compte qu'il ne savait pas pourquoi Thomas avait pris le mauvais tournant au moment où tout lui souriait. Il n'y avait aucune raison, se disait-il, pour que cette histoire se termine ainsi.

 

Posté par aproposdelivres à 06:40 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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