09 mars 2013

L'atelier des miracles - Valérie Tong Cuong

l_atelier_des_miracles Jean-Claude Lattès - janvier 2013 - 264 pages

Présentation éditeur : 
Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge. 
Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac. 
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles. 
Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux.

Auteur : Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans dans la communication avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié sept romans et de nombreuses nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Mariette, Monsieur Mike et Millie sont trois abîmés de la vie. Mariette est professeur d'histoire-géo mariée à un homme politique, mère de deux adolescents, elle n'en peut plus et elle craque en giflant un élève qui la provoquait depuis des semaines, et ce dernier fait une chute dans un escalier. Millie veut faire une croix sur son passé et lorsqu'elle se retrouve à l'hôpital après l'incendie de son immeuble, elle va simuler une amnésie. Monsieur Mike est un ancien militaire devenu SDF, il se retrouve à l'hôpital après une agression. Tous les trois vont être accueilli à l'Atelier par Jean un personnage assez mystérieux. C'est un lieu où ils pourront se poser, se reposer, se reconstruire... où ils pourront espérer se donner une deuxième chance dans le vie.
Ce livre est une très jolie histoire pleine d’humanité, d'optimiste et de fraîcheur avec des personnages attachant. C'est également une réflexion sur le bénévolat et l'aide aux autres car les intentions de Jean ne sont pas si désintéressées que cela... Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre) 
L'odeur acre, violente, s'insinuait dans chaque espace libre de mon corps, me piquait le nez et la gorge, assaillait mon cerveau englué de sommeil de ses rafales hargneuses.
Je refusais de me réveiller. Je voulais dormir jusqu'au bout de la nuit et, tant qu'à faire, jusqu'au bout du week-end. Passer directement du vendredi soir au lundi matin, sans respirer, sans rêver, sans penser, d'une seule traite, d'une seule lutte.
Comme un enfant maladroit traverse la piscine sous l'eau, poussé par le maître nageur et les huées de ses camarades, épuisant ses ultimes réserves d'air pour atteindre le bord opposé, caressant la mort, l'admettant déjà. Puis soudain, agrippant de ses doigts tendus la pierre poreuse, regonfle ses poumons et surgit en s'ébrouant, à la fois étourdi et reconnaissant d'avoir survécu.
La toux brûlante m'arrachait à la nuit. J'ai entrouvert les yeux. Face à moi, une longue langue de fumée sombre se mouvait en silence à travers la fenêtre entrebâillée, léchant le papier peint jauni jusqu'au plafond.
Le feu ! Mon corps s'est soulevé dans un spasme, je n'étais plus sûre d'être éveillée, j'avais l'esprit scindé en deux, une moitié criant, Eh bien voilà, Millie, c'est l'heure des comptes, l'heure de vérité, celle de payer et de les rejoindre car après tout il faut bien que quelqu'un expie ! L'autre moitié se rebellant, refusant, Ne pas faire de lien hâtif, fuir les signes, les concordances, la psychologie de comptoir, cet incendie est le fruit du hasard, forcément, un accident, une pure coïncidence, alors se concentrer et agir, puisque le feu tue.

Je m'étais écroulée quelques heures plus tôt sur le canapé-lit, titubante, toute habillée, pas démaquillée, même pas les dents brossées. Incapable de faire un geste supplémentaire, à bout de forces.
J'étais pourtant intransigeante sur les règles de soin et d'hygiène. Je me lavais les mains cent fois par jour et les cheveux à chaque douche. Je me frottais à la pierre ponce, vérifiais mes ongles à tout instant, traquais la poussière matin et soir, lessivais entièrement le sol une fois par semaine. Au bureau - lorsque j'avais un emploi -, armée de lingettes désinfectantes commandées par cartons, je nettoyais tout ce qui se trouvait à ma portée. Rédigeais des check-lists : vider les pots à crayons des éclats de mine, ranger les tiroirs, vérifier les agrafeuses après chaque usage, débrancher les imprimantes en fin de journée. Il m'était même arrivé de faire les vitres, un jour où j'avais terminé mon travail en avance. Une initiative peu appréciée par la directrice de l'agence d'intérim qui m'avait sèchement mise en garde : si je tenais à demeurer dans ses fichiers, il faudrait m'en tenir aux tâches de secrétariat décrites dans mon contrat. Des laveurs de carreaux et des femmes de ménage, l'agence en avait plein ses registres.
Cette société me fournissait les deux tiers de mes missions : je m'étais donc excusée platement et avais réservé mes pulsions purificatrices à une sphère strictement privée.

Posté par aproposdelivres à 11:05 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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