Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : OMBRE

le_jeu_des_ombres Albin Michel - septembre 2012 - 253 pages

traduit de l'américain par Isabelle Reinharez

Titre original : Shadow tag, 2010

Quatrième de couverture : 
Rythmé à la manière d’un thriller sombre et tragique, le Jeu des ombres est un huis-clos hypnotique, sans doute le livre le plus personnel de Louise Erdrich. Portrait d’un mariage et d’une famille sur le point de voler en éclat, d’un homme et d’une femme en proie à la violence d’un face-à-face, c’est aussi une réflexion sur les cicatrices qu’une histoire collective douloureuse peut laisser sur les individus. 
Gil est un peintre reconnu qui doit son succès à Irene, sa femme, un écrivain qui a longtemps été son modèle. Quand elle découvre que son mari lit son journal intime, Irene décide d’en rédiger un autre, qu’elle met cette fois-ci en lieu sûr. Elle y livrera sa vérité, se servant du premier comme d’une arme pour manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence, qui va révéler le côté obscur de chacun des personnages. En faisant alterner les journaux d’Irene et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Auteur :  Karen Louise Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls, dans le Minnesota, d'une mère ojibura (famille des Chippewa), donc amérindienne, et d'un père germano-américain. Elle grandit dans le Dakota du Nord, aux États-Unis, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.
Louise Erdrich est, avec Sherman Alexie, l'une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d'outre-Atlantique. Si elle écrit, c'est pour réinventer la mémoire déchirée de ces communautés qui, aux confins des Etats-Unis, vivent sur les décombres d'un passé mythique. Louise Erdrich vit aujourd’hui dans le Minnesota. 

Mon avis : (lu en janvier 2013)
Le couple de Gil et Irène bat de l'aile. Gil est un artiste peintre possessif qui a depuis toujours comme seule modèle et sujet de ses toiles Irène sa femme. Irène est écrivain, elle a laissé sa carrière de côté pour élever leurs trois enfants, Florian, Riel et Stoney. Maintenant, elle étouffe, et lorsqu'elle découvre que son mari lit en secret son journal intime, elle décide de réagir à sa façon. Tout en continuant à écrire dans son carnet rouge, Irène commence en parallèle un carnet bleu qu'elle enferme dans un coffre à la banque. Le carnet bleu devient son vrai journal intime et elle utilise le rouge pour manipuler petit à petit son mari, elle utilise sa jalousie, elle glisse des détails insignifiants pour le faire douter, le rendre fou et l'obliger à la quitter...
Les extraits des deux carnets d'Irène alternent avec la narration à la troisième personne dont on connaîtra l'identité à la fin du livre. Le lecteur découvre petit à petit l'histoire du couple, de la famille, l'atmosphère est pesante, tendue. Les enfants sont des spectateurs impuissants et inquiets quand à l'issu du couple de leurs parents. Et le lecteur est impatient et curieux de connaître le dénouement de cette histoire...
J'ai aimé la construction du roman, les trois enfants du couple sont très attachants. Le personnage d'Irène est ambivalent, on comprend sa situation, mais sa manipulation est finalement assez cruelle...  

Extrait : (début du livre)
2 novembre 2007 
CARNET BLEU

Maintenant, j'ai deux agendas. Le numéro un, c'est le Mémento Journalier à couverture rouge et cartonnée, semblable à ceux dans lesquels j'écris depuis 1994, quand nous avons eu Florian. Tu m'as offert le premier pour que j'y consigne ma première année dans mon rôle de mère. C'était vraiment adorable de ta part. J'écris dans ce genre de carnets depuis ce temps-là. Ils sont tous cachés au fond d'un tiroir, dans mon bureau, sous un tas de bolducs et de papier cadeau. Le dernier en date, celui qui t'intéresse à présent, je le garde tout au fond d'un classeur métallique plein de vieux relevés bancaires, de chéquiers d'anciens comptes oubliés, le genre de choses que nous nous jurons chaque année de passer à la déchiqueteuse, mais que nous finissons par fourrer dans des dossiers. Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t'es mis à le lire pour découvrir si je te trompais.
Le second, que l'on pourrait appeler mon véritable agenda, c'est celui dans lequel je suis en train d'écrire. Aujourd'hui, j'ai pris la voiture pour me rendre à l'agence bancaire de la Wells Fargo, installée dans les beaux quartiers de Minneapolis, sous le Sons of Norway Hall, le centre culturel norvégien. Je me suis garée sur le parking clients, je suis entrée, j'ai franchi deux doubles portes vitrées et descendu un escalier en colimaçon. J'ai tapé sur une clochette de comptoir et une certaine Janice est apparue. Elle m'a aidée à acquérir un coffre de taille moyenne. J'ai payé en liquide pour une année de location et apposé ma signature, trois fois pour vérification, sur la fiche. J'ai pris la clé que Janice m'a tendue. Elle s'est munie de celle qui fait la paire avec la mienne et m'a menée dans la salle des coffres. Une fois le mien extrait de son emplacement dans le mur, elle m'a ouvert un des trois petits cabinets privés, chacun ne contenant rien de plus qu'une étagère fixée à hauteur de bureau et une chaise. J'ai fermé la porte de ma salle privée et sorti ce carnet bleu du grand sac en cuir noir que tu m'as offert pour Noël. Dix ou quinze minutes se sont écoulées avant que je parvienne à commencer. J'avais le coeur qui battait tellement fort. J'étais incapable de dire si ce que je ressentais était de la panique, du chagrin, ou, allez savoir, de la joie.

Dès que le vrombissement de la voiture d'Irène fut englouti par le vacarme continu et assourdi de la ville, Gil se redressa. La serviette dont il se servait pour se protéger les yeux glissa. Il s'allongeait souvent sur le divan de son atelier quand il avait besoin de se reposer les yeux, et il lui arrivait de s'assoupir. Il pouvait dormir là une heure durant, mais le plus souvent il se réveillait en sursaut au bout d'une quinzaine de minutes, revigoré et très étonné, comme si on l'avait plongé dans la fraîcheur d'un ruisseau souterrain. Il s'assit en tâtonnant à la recherche de ses lunettes, qu'il posait parfois en équilibre sur sa poitrine. Les ovales métalliques avaient en effet fini par terre. Il les récupéra, les accrocha derrière ses oreilles. Ses cheveux drus étaient implantés bas sur son front et il les rabattit en arrière, lissa et rattacha sa courte queue de cheval grise. Il s'avança vers le tableau de sa femme et l'observa. Il avait des yeux rapprochés, froids, curieux et sombres. Il pressa la jointure d'un de ses doigts contre son menton. Ses joues maigres étaient mouchetées de peinture jaune.

Déjà lu du même auteur :

la_chorale_des_maitres_bouchers_p La Chorale des maîtres bouchers la_mal_diction_des_colombes La malédiction des colombes

omakayas Omakayas love_medecine_p Love Medecine la_d_capotable_rouge La décapotable rouge

Challenge 5% Littéraire 2012

  logochallenge2  
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50__tats

38/50 : Dakota du Sud
Gil a passé son enfance à Rapid City

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013
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