les_pays Buchet Chastel – septembre 2012 – 208 pages

Quatrième couverture :
À la porte de Gentilly, en venant de la gare, on n’avait pas vu de porte du tout, rien de rien, pas la moindre casemate, quelque chose, une sorte de monument au moins, une borne qui aurait marqué la limite, un peu comme une clôture de piquets et de barbelés entre des prés.

Fille de paysans, Claire monte à Paris pour étudier. Elle n’oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie. Les Pays raconte ces années de passage.

Auteur : Marie-Hélène Lafon vit à Paris. Elle est professeur de lettres classiques. Tous ses romans, dont L'Annonce (prix Page des libraires 2009)

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Ce livre se divise en trois parties : Claire vient du Cantal, elle a passé toute son enfance à la ferme. Son premier voyage à Paris, c'est à l'occasion du Salon de l'Agriculture. Elle est adolescente, elle est venue avec son père et son frère et le dépaysement est totale.
Quelques années plus tard, Claire est venue faire ses études à Paris, étudier le latin et le grec à la Sorbonne. Travailleuse et solitaire, elle découvre un monde où il faut intégrer de nombreux codes totalement inconnus pour quelqu'un de son origine et de son milieu.
Claire a maintenant la quarantaine, elle vit seule à Paris, elle s'est éloignée de ses origines et Paris est devenu son pays. Quelques jours par an, elle reçoit son père et son neveu venus passer quelques jours à Paris.

Le titre « les pays » fait allusion à l'expression populaire pays pour désigner une personne issue de la même origine géographique et la même identité culturelle, et qui se rencontrent en dehors de ce contexte régional.

C'est très bien écrit même si certaines phrases sont tellement longues que l'on en perd le fil. Il y a de nombreuses descriptions précises et évocatrices. Ce livre est intéressant, mais j'en attendais plus d'émotion. Je suis restée à l'extérieur du livre, et par moment je l'ai trouvé long et ennuyeux. Dommage.

Extrait : (début du livre)
On resterait partis quatre jours. On logerait à Gentilly, dans la banlieue, on ne savait pas de quel côté mais dans la banlieue, chez des sortes d'amis que les parents avaient. C'était le début de mars, quand la lumière mord aux deux bouts du jour, on le voit on le sent, mais sans pouvoir encore compter tout à fait sur le temps, sans être sûr d'échapper à la grosse tombée de neige, carrée, brutale, qui empêche tout, et vous bloque, avec les billets, les affaires et les sacs préparés la veille, au cordeau, impeccables alignés dans le couloir; vous bloque juste le jour où il faut sortir, s'extraire de ce fin fond du monde qu'est la ferme. On n'y passe pas, on ne traverse pas, on y va, par un chemin tortueux et pentu, caparaçonné de glace entre novembre et février quand il n'est pas capitonné de neige grasse ou festonné de congères labiles ; on s'enfonce, le chemin est comme un boyau, entre les noisetiers ronds et les frênes et d'autres arbres dont personne ne dit le nom, parce que l'occasion manque de nommer les choses, et pour qui, pourquoi, qui voudrait savoir. On prendrait le train à Neussargues, un train direct, sans changement jusqu'à Paris. Changer eût été difficile, voire exorbitant, ou périlleux ; à trois, on n'aurait pas su au juste où aller dans la gare de Clermont que l'on ne connaissait pas, où il aurait fallu prendre un souterrain, monter et descendre des escaliers, repérer un quai, en traînant les bagages, sans rien oublier sans rien perdre, surtout le gros sac bleu du père où étaient les cadeaux pour les amis, fromages, de deux sortes, cantal et saint-nectaire, et cochon maison, boudin terrine rôti saucisses, de quoi nourrir cinq personnes pendant quatre jours et plus. Le père aurait préféré partir en voiture ; jusqu'à Clermont c'est facile, il sait il l'a déjà fait, ensuite on se lance, on aurait suivi les panneaux, Paris est toujours indiqué. Le père avait insisté au téléphone, en janvier quand on s'était souhaité la bonne année et que le voyage avait vraiment été décidé. Cette fois c'était bon, on ne reculerait plus, depuis le temps qu'il s'en parlait, de ça, de venir à Paris quelques jours au moment du Salon, on devrait pouvoir s'arranger pour les bêtes à la ferme et partir à peu près tranquille, avec les gamins, les deux plus jeunes, la fille et le garçon, Claire et Gilles, qui n'avaient jamais vu la tour Eiffel. Au téléphone on n'entendait pas ce que disaient les amis de Gentilly, elle d'abord la femme, Suzanne, et lui ensuite Henri, l'homme, le Parisien le vrai, qui était né là-bas et avait l'accent pointu. On n'entendait que les paroles du père mais on comprenait que Suzanne avait appelé Henri, pour la voiture, pour expliquer au père qu'il n'imaginait pas, qu'il ne pouvait pas imaginer comment c'était d'arriver à Paris en voiture quand on n'avait pas l'habitude, et les directions dans tous les sens, les camions, les motos qui se faufilaient partout, il fallait savoir, ou suivre quelqu'un au moins la première fois, et encore même comme ça c'était difficile.

 

Challenge 4% Littéraire 2012

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