29 septembre 2012

Bois sauvage – Jesmyn Ward

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

bois_sauvage Belfond – août 2012 – 336 pages

traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre

Titre original : Salvage the Bones, 2011

Quatrième de couverture :
Couronnée par le National Book Award, une œuvre violente et bouleversante, aux accents faulknériens. Dans la chaleur étouffante d'un Mississippi pauvre et oublié de tous, l'histoire d'une famille fracassée par une des plus grandes catastrophes de l'histoire des États-Unis. 

Esch Baptiste, quatorze ans, observe. Elle voit son père tenter de s'extirper des vapeurs de l'alcool pour consolider leur masure ; elle voit Randall, son frère aîné, s'entraîner sans relâche au basket, dans l'espoir de décrocher une bourse sportive, d'échapper enfin à Bois Sauvage , à cette misère; elle voit Skeet, le cadet, voler de la nourriture pour China, son pitbull adoré, sa championne de combats ; elle voit Junior, le petit dernier, chercher un peu de tendresse et d'attention ; elle voit leur mère, morte en couches, qui veille sur eux malgré tout ; et puis elle voit son corps qui change, ce secret dont elle ne peut parler à personne, ce bébé qu'elle n'attendait pas. 

Dans dix jours, un ouragan va frapper le golfe du Mexique. Mais cet ouragan n'est pas un ouragan comme les autres, c'est Katrina, la mère de tous les ouragans. Telle Médée dont Esch lit et relit l'histoire, Katrina est venue pour tuer...

Auteur : Jesmyn Ward, trente-cinq ans, est née à DeLisIe, dans l'État du Mississippi, et vit aujourd'hui en Alabama. Elle est issue d'une famille nombreuse, dont elle fut la première à bénéficier d'une bourse pour l'université. Son premier roman, Where the Line Bleeds (à paraître en 2013) lui a valu d'être remarquée par la critique américaine. Mais c'est avec Bois Sauvage qu'elle va rencontrer la reconnaissance internationale en remportant le National Book Award 2011, récompense littéraire suprême aux États-Unis. 

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Nous sommes à Bois Sauvage dans le Mississippi, douze jours avant l'arrivée de l'ouragan Katrina. La narratrice Esch, 14 ans, nous raconte au jour le jour le quotidien de sa famille.
La maman est morte en mettant au monde Junior le petit dernier qui a maintenant 8 ans.
Le père alcoolique ne songe qu'à clouer des planches de bois sur les ouvertures de la maison avant l'arrivée de la tempête. Âgé de 16 ans, le fils aîné Randall s'entraîne sans relâche au basket, il espère être sélectionné par l'équipe universitaire. Le second Skeet, 15 ans, ne vit que pour sa chienne pitbull China, celle-ci vient de mettre au monde sa première portée qui devrait rapporter de l'argent. Esch doit s'occuper des tâches ménagères, elle rêve du grand amour et vient de découvrir qu'elle est enceinte. C'est un huis-clos familiale dans un climat de plus en plus pesant au sens propre comme au sens figuré... Les personnages sont attachants et haut en couleur. Le style est simple et souvent parlé puisque la narratrice n'a que quatorze ans, malgré tout il y a quelques passages plein de poésie « Le soleil s'est couché pendant que Skeeter et moi on cherchait du bois, les couleurs explosaient, le soleil a coulé entre les arbres, et le ciel s'est vidé comme l'eau dans un tuyau. Il est devenu tout délavé, tout blanc, puis bleu marine et noir. »

Merci à Jérémy et aux éditions Belfond pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
China se bat contre elle-même. Si je savais pas, je croirais qu'elle veut manger ses pattes. Et qu'elle est folle. Ça, c'est un peu vrai. À part Skeet, elle laisse personne la toucher. Quand elle était bébé, avec sa grosse tête de pitbull, elle volait toutes les chaussures de la maison. Les tennis que maman nous achetait, noires pour pas qu'elles salissent trop vite, celles qui gardent leurs formes si on les brosse pas. Maman a pas eu de bol avec ses vieilles sandales plates, oubliées dans un coin, tellement pleines de terre rouge qu'elles étaient roses. On les reconnaissait plus. China cachait toutes nos pompes sous les meubles, derrière les toilettes, elle en faisait des tas et elle dormait dessus. Dès qu'elle a pu trotter, elle descendait le perron pour les planquer dans les rigoles. Impossible de lui reprendre : autant déraciner un arbre. Aujourd'hui, elle vole plus, elle donne, elle va nous faire des petits.
C'est rien comparé à ce qu'a souffert maman en accouchant de Junior. Comme nous, il a vu le jour dans la chambre des parents, au milieu de la clairière que son père a créée de ses mains avant de nous construire notre maison. On l'appelle maintenant la Fosse. J'avais huit ans, je suis la seule fille de la famille, et j'avais rien pu faire. Papa dit que maman voulait pas qu'on l'aide, que Randall et moi étions sortis vite, sous l'ampoule nue au-dessus du lit, alors elle pensait que ça serait pareil avec Junior, mais elle se trompait. Elle est restée accroupie à hurler jusqu'au bout. Junior est né violet comme un hortensia : la dernière fleur de sa vie. Quand papa lui a montré, maman l'a effleuré du bout des doigts, comme si elle avait peur de la flétrir, sa fleur, d'éparpiller le pollen. Elle refusait d'aller à l'hôpital. Papa l'a portée jusqu'à la voiture, le sang coulait à ses pieds, on l'a jamais revue.
China fait ce pour quoi elle est faite : elle se bat. Contre nos chaussures, contre les autres chiens, contre ses chiots aveugles, trempés, qui poussent vers la sortie. Elle sue beaucoup et les garçons l'observent, tout contents. Je vois papa derrière la fenêtre de la remise. Sa tête brille comme les truites qui filent au soleil sous la surface de l'eau. Tout est calme. Il fait lourd. Ça sent la pluie, mais il pleut pas. Pas d'étoiles dans le ciel, rien que la Fosse et ses ampoules nues.
- Reste pas devant l'entrée, ça l'énervé. Skeeter est le portrait de son père, très noir, petit et mince. À seize ans, il a un corps musclé, plein de nœuds. C'est le cadet de la famille, mais le plus grand pour China. Elle connaît que lui.
- Mais non, elle s'en fout, répond Randall.  

 

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Le mois américain

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34/50 : Mississipi

Challenge 1% Littéraire 2012

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5/7

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Végétal"

 

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Sélection Jury de Janvier

La sélection de mon Jury est arrivée dans ma boîte aux lettres

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Il s'agit de 7 livres à lire en environ 7 semaines

3 romans :

Une partie de chasse - Agnès Desarthe (L’Olivier)
La déesse des petites victoires - Yannick  Grannec (Anne Carrière)
Certaines n’avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka (Phébus)  

2 documents :

La vie sans fards - Maryse Condé (JC Lattès)
Réanimation - Cécile Guilbert (Grasset)

2 romans policier :

 La ville des serpents d’eau - Brigitte Aubert (Seuil)
Freezing - Clea Koff (Héloïse d’Ormesson)

Je dois rendre ma "copie" pour le 22 novembre.

"Certains n’avaient jamais vu la mer" me fait très envie, l'auteur était présente le week-end dernier au Festival America et j'avais déjà prévue de découvrir ce livre.

J'ai déjà lu des livres de Maryse Condé : "Segou" il y a plus de 20 ans et "En attendant la montée des eaux" il y a un ou deux ans.

Sinon, je ne connais pas les autres livres ! J'ai hâte de les découvrir...

A suivre...

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 

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