14 juin 2012

La Part de l'autre d’Éric-Emmanuel Schmitt

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Albin Michel - décembre 2005 – 518 pages

Livre de poche – septembre 2003 – 503 pages

Quatrième de couverture :
« 8 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. 
Que se serait-il passé si l'Ecole des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde... »

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.
Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine. Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. 

Mon avis : (lu en juin 2012)
J’avais envie depuis longtemps de découvrir ce livre et je ne regrette pas d’avoir enfin fait. Voilà un livre surprenant et culotté… Ecrire autour du sujet Hitler est toujours délicat, Éric-Emmanuel Schmitt a imaginé qu’Adolph.H réussisse son examen pour l’école des Beaux-Arts de Vienne et l’Histoire du monde aurait alors été différente.
Pour sa forme, la narration alterne entre des paragraphes racontant l’histoire d’Hitler et celle d’Adolph H. On connaît la vie d’Hitler tout d’abord sans un sou, devenu caporal avec la Croix de fer durant la Première Guerre Mondiale, puis c’est le dirigeant du parti national-socialiste qui devient un dictateur fou…
Son double,  Adolph H. va rencontrer Freud et celui-ci va l’aider à se libérer de ses névroses. Il va devenir un grand artiste du mouvement surréaliste, il va vivre des passions, son existence sera riche et accomplie et alors l'Histoire est  radicalement modifiée…

Ce livre est passionnant du point de vue historique car très bien documenté  mais il force également  le lecteur à s’interroger sur lui-même et son propre parcours de vie.

A la fin de la version de poche, on trouve des extraits du journal qu’Éric Emmanuel Schmitt a tenu pendant la rédaction du roman. C’est très intéressant car on découvre que l’écriture de ce livre a été difficile pour l’auteur.

Cette lecture a été tour à tour dérangeante, surprenante et passionnante. Un roman très réussi.


Extrait : (début du livre)
— Adolf Hitler : recalé.
Le verdict tomba comme une règle d'acier sur une main d'enfant.
— Adolf Hitler : recalé.
Rideau de fer. Terminé. On ne passe plus. Allez voir ailleurs. Dehors.
Hitler regarda autour de lui. Des dizaines d'adolescents, oreilles cramoisies, mâchoire crispée, le corps tendu sur la pointe des pieds, les aisselles mouillées par l'affolement, écoutaient l'appariteur qui égrenait leur destin. Aucun ne faisait attention à lui. Personne n' avait remarqué l'énormité qu'on venait d'annoncer, la catastrophe qui venait de déchirer le hall de l'Académie des beaux-arts, la déflagration qui trouait l'univers : Adolf Hitler recalé.
Devant leur indifférence, Hitler en venait presque à douter d'avoir bien entendu. Je souffre. J'ai une épée glacée qui me déchire de la poitrine aux entrailles, je perds mon sang et personne ne s'en rend compte ? Personne ne voit le malheur qui me plombe ? Suis-je seul, sur cette terre, à vivre avec autant d'intensité ? Vivons-nous dans le même monde ?
L'appariteur avait fini la lecture des résultats.

[...]

Voilà ce qui se passait ce 8 octobre 1908. Un jury de peintres, graveurs, dessinateurs et architectes avait tranché sans hésiter le cas du jeune homme. Trait malhabile. Composition confuse. Ignorance des techniques. Imagination conventionnelle. Cela ne leur avait pris qu'une minute et ils s'étaient prononcés sans scrupule : cet Adolf Hitler n'avait aucun avenir.
Que se serait-il passé si l'Académie des beaux-arts en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, à cette minute précise, le jury avait accepté Adolf Hitler ? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie mais elle aurait aussi changé le cours du monde. Que serait devenu le vingtième siècle sans le nazisme ? Y aurait-il eu une Seconde Guerre mondiale, cinquante-cinq millions de morts dont six millions de Juifs dans un univers où Adolf Hitler aurait été un peintre ?

— Adolf H.: admis.
Une vague de chaleur inonda l'adolescent. Le flux du bonheur roulait en lui, inondait ses tempes, bourdonnait à ses oreilles, lui dilatait les poumons et lui chavirait le cœur. Ce fut un long instant, plein et tendu, muscles bandés, une crampe extatique, une pure jouissance comme le premier orgasme accidentel de ses treize ans.

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Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...  

mr_ibrahim_ldp_2012 Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran 

les_10_enfants Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus

 Challenge Eric Emmanuel Schmitt

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 Baby Challenge Contemporain - Livr@ddict 2012
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15 /20   Médaille de bronze

 

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13 juin 2012

Chroniques de l'asphalte 1/5 - Samuel Benchetrit

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Julliard – octobre 2005 – 187 pages

Pocket – février 2007 – 187 pages

Quatrième de couverture :
Qu'en est-il du jeune auteur dont on a dit, à la sortie de son premier roman Récit d'un branleur, qu'il " était à la littérature ce que les Sex Pistols ont été au rock " ? 
Samuel Benchetrit ne s'est pas calmé. Après des aventures au cinéma (Janis et John, réalisé en 2003) et au théâtre (Moins deux, pièce créée en 2005, connaît actuellement un succès considérable au théâtre Hébertot), il revient aujourd'hui en librairie avec un projet tout à fait déraisonnable : raconter, en cinq livres, les trente premières années de sa vie. 
Il aurait pu attendre d'avoir soixante ans pour faire le point. Il n'avait pas envie. Voici donc le premier volume : son enfance. 

Auteur : Né en 1973, Samuel Benchetrit est écrivain, acteur, auteur de pièces de théâtre, scénariste, réalisateur et metteur en scène. Il a publié trois volumes de nouvelles (placées sous le titre général de « Chroniques de l’asphalte ») et Le cœur en dehors (2009).

Mon avis : (lu en juin 2012)
Livre qui se lit très facilement et très rapidement. Samuel Benchetrit raconte son enfance en banlieue à travers des tranches de vie dans un HLM, une histoire pour chaque étage, du 1er au 12ème avec même pour terminer le toit de l'immeuble.
Le narrateur c'est le jeune Samuel, c'est écrit avec le ton d'un adolescent, un langage parlé, avec des gros mots et de l'argot. C'est à la fois naïf et sans retenue, il balance toutes les petites histoires de l'immeuble. Il est question de racisme, d'échec scolaire, de sexe, de drogue, d'espoir et de désespoir. C'est à la fois plein d'humour et de cruauté, cela dépeint la réalité de la vie de toute une société d'une tour du Val-de-Marne. Il y a beaucoup de tendresse de la part de l'auteur pour les habitants de cette cité.
Le résultat est un livre plein d'humanité.

Merci à Pimousse4783 qui m'a offert ce livre lors du Swap Les Vertes Années organisé par Valérie

Autres avis : InColdBlog

Extrait : (page 27)
Au début, la famille Bouteille habitait au neuvième. Et puis la mère, je crois qu'elle s'appelait Suzanne, enfin madame Bouteille, elle a eu une sclérose en plaques. Alors plus sa maladie avançait et plus ils descendaient d'étage dans l'immeuble. Faut dire qu'elle avait vraiment du mal à marcher et avec l'ascenseur toujours en panne c'était pas évident. Monsieur Bouteille, qui je crois s'appelait Georges ou peut-être Joseph, je dis ça parce que tout le monde l'appelait Jojo, arrivait facilement à changer d'appartement vu que lui-même travaillait pour la ville. En fait, toute la famille y travaillait. C'étaient les éboueurs. 
Jojo conduisait le camion et restait toujours derrière son volant à écouter des noms de chevaux (Marquis du Maquis, Black Angel, Lady Like...) pronostiqués dans les courses qui l'intéressaient plus tard dans la journée. Quand Jojo jetait un coup d'œil dans son rétro, il pouvait voir Titi et Neness, ses jumeaux, charger la benne à ordures, pendant que Marco, son aîné, restait accroché au camion, occupé à faire marcher le broyeur.
Nous, on les voyait tous les matins à l'école. C'est pas qu'on les croisait pendant leur tournée. Non. Ils déposaient Dédé, un de mes meilleurs amis, le dernier des Bouteille, encore trop jeune pour travailler sur le camion.
Quand Dédé descendait de la benne, il était plutôt gêné, faut dire que tout le monde se foutait de sa gueule. Et comme sa seule façon de s'en tirer c'était la dignité, il nous disait à chaque fois :
- Ça va... Y a pas de honte !
Dédé, c'était le type le plus gentil de la Terre. Il était serviable, généreux, disait tou­jours des trucs agréables aux gens, ne parlait jamais mal aux filles et faisait tout pour bien travailler en cours, bien qu'il était le plus mauvais de l'école. Et s'il était un peu plus con que les autres, c'était pas de sa faute. Fallait plutôt aller regarder du côté des mélanges dans sa famille. Parce que la mère et le père de Dédé, ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, et la légende disait qu'ils étaient deux frère et sœur débiles qui n'avaient pas trouvé mieux qu'eux pour se marier.

 

Déjà lu du même auteur : le_coeur_en_dehors Le cœur en dehors

 Challenge Objectif PAL Swap
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9/37

Challenge le nez dans les livres
challenge_le_nez_dans_les_livres

La reine des lectrices 9/6


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11 juin 2012

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [81]

BANNIR
(c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ou publié la semaine dernière ?

les_le_ons_du_mal_p alabama_moon combien 

Les leçons du Mal – Thomas H. Cook
Alabama Moon – Watt Key
Combien ? - Douglas Kennedy
La Part de l'autre - Éric-Emmanuel Schmitt 

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

La mort indienne - Karin Fossum (Norvège)

Que lirai-je cette semaine ?

La muraille de lave - Arnaldur Indidason 
Au lieu-dit Noir-Étang... - Thomas H. Cook 

Bonne semaine et bonne lecture.

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09 juin 2012

Combien ? - Douglas Kennedy

En librairie depuis le 3 mai 2012

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Belfond 

combien Belfond – mai 2012 – 312 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Cohen

Titre original : Chasing Mammon : Travels in Pursuit of Money, 1992

Quatrième de couverture :
Noël 1990. Douglas Kennedy, alors écrivain fauché de 35 ans londonien d’adoption, est de retour à New York. La raison de ce pèlerinage : l’écriture d’un livre de voyage sur l’argent et les marchés financiers. N’y connaissant rien aux actions et aux investissements, notre auteur se lance dans une quête épique, à la poursuite du Dieu argent et de tous ses disciples… . 
Et Kennedy de nous entraîner à New York, dans le Wall Street des yuppies, ex-gloires des années 80 ; dans la bourse de Casablanca, vaste analogie du souk ; dans les salles de marché futuristes et surréalistes de Sydney ; à Singapour, ville-pays toute entière vouée au culte de la toute-puissance de l’argent et de la consommation ; à Budapest, en pleine transition du communisme à l’économie de marché ; et Londres, la nouvelle Jérusalem. 
Une galerie de personnages riches, autant de visages, de masques et d’interprétations de l’argent. Une passionnante comédie humaine qui garde tout son sens aujourd’hui, à une époque où l’argent, même décrié, fascine plus que jamais, en restant le point de référence qui fait tourner le monde. En avoir ou pas, telle est la question…

Auteur : Douglas Kennedy vit entre Paris et Londres. Auteur des récits de voyage Au pays de Dieu (2004) et Au-delà des pyramides (2010), il s’est imposé avec, entre autres, L’homme qui voulait vivre sa vie (1998, réédition en 2005), La Poursuite du bonheur (2001), Les Charmes discrets de la vie conjugale (2005), La Femme du Ve (2007), Piège nuptial (2008), Quitter le monde (2009) et Cet instant-là (2011), tous parus chez Belfond et repris par Pocket. 

Site de l'auteur : http://www.facebook.com/Douglas.Kennedy.France

Mon avis : (lu en juin 2012)
Ce livre a été écrit par Douglas Kennedy en 1992, il n'est publié en France que vingt ans plus tard.
Ce livre n'est pas un roman, mais le témoignage du voyage de Douglas Kennedy dans le monde de la finance. Quand il commence la rédaction de ce livre, Douglas Kennedy a trente-cinq ans, il n'est pas encore célèbre et ne connait absolument rien à la finance. Tout commence avec des retrouvailles quinze après la fin de leurs études, en Douglas Kennedy et des camarades d'université. Ils travaillent tous à Wall Street sauf lui. Il les interroge sur leurs parcours et leurs envies  et découvre des parcours différents. Il décide alors de faire le tour du monde de la finance et après New-York il part pour Casablanca, Sydney, Singapour, Budapest et Londres. Chercher à gagner de l’argent, c’est souvent vouloir être reconnu pour quelque chose, mais cela ne rend pas toujours heureux…
Ce livre a été écrit il y a vingt ans, et il est complètement d'actualité. Le lecteur découvre une galerie de personnages qui travaillent dans la finance, chacun a son parcours, ses aspirations et cette façon de découvrir le monde et la finance est plutôt originale.

Je n’avais pas compris avant de recevoir le livre que ce n’était pas un roman et j’avais peur d’avoir du mal à lire ce livre. Au contraire, ce livre se lit très facilement car Douglas Kennedy sait raconter des histoires. 

Je remercie beaucoup Pauline et les éditions Belfond pour ce partenariat.

Extrait : (page 25) 
C'est Noël à New York et je suis dans un train qui se traîne vers le nord le long de l'Hudson, en route pour rendre visite à un ancien ami de faculté qui se fait huit cent cinquante mille dollars par an. Ben a trente-cinq ans comme moi, c'est un sous-produit de la classe moyenne américaine comme moi, il est marié comme moi, mais lui a des enfants, quatre pour être exact. Contrairement à moi, aussi, il a passé les quatorze dernières années de son existence à Wall Street et il gagne beaucoup d'argent. Vraiment beaucoup.
Je ne l'ai pas revu depuis 1976, et il y a une raison très simple à cela : à l'exception de rapides allers-retours à New York, je ne suis pas souvent retourné aux États-Unis, ces quatorze dernières années. Grâce à la poignée d'anciens camarades d'université qui habitent la même île brumeuse que moi, j'ai cependant été tenu informé de l'irrésistible ascension sur la place financière new-yorkaise qui a fait de lui l'un des traders les plus en vue à Wall Street aujourd'hui. On m'a dit qu'il s'y entend comme personne pour négocier les obligations, sans parler de sa capacité à rester fermement campé sur l'escalator professionnel qui ne cesse de monter. Je sais également qu'il a épousé une fille qui était avec nous sur les bancs de la fac, Sally, laquelle a travaillé un temps dans l'édition avant de s'engager sur la voie post-féministe des grossesses en série et de la vie de banlieue.
Aucune de ces données concernant la trajectoire de Ben ne m'a surpris, lorsqu'elles m'ont été communiquées. Le trait de caractère qui m'avait le plus marqué chez lui était son assurance, la certitude avec laquelle il envisageait son avenir. Non qu'il ait jamais exprimé l'ambition de se faire une place à Wall Street ; au contraire, fidèle à l'esprit du début des années 1970, il voulait que l'on garde pour soi son «plan de vie», même si je ne pense pas qu'il en ait eu un très défini. Il avait en revanche une certaine fermeté d'esprit, une caractéristique très appréciée dans la société américaine. Il était intelligent, raisonnable, cultivé sans jamais faire étalage de son savoir. Ambitieux, il savait que «jouer pour gagner» était un impératif incontournable de notre culture tout en étant assez malin pour comprendre que ses aspirations devaient toujours rester dissimulées sous le masque d'une bonhomie à toute épreuve. Il avait à peine dépassé les vingt ans qu'il manifestait déjà ce mélange de gravité patriarcale et de populisme facile que cultive tout sénateur américain, parce qu'il sait que cela inspire confiance à ses électeurs. Instinctivement, il avait aussi compris que, au sein d'une culture souvent taxée d'artificielle, une certaine authenticité patricienne était considérée comme une vertu. Mais il n'avait pas à faire beaucoup d'efforts pour parvenir à ce but : il était sans additifs et chez lui l'emballage correspondait rigoureusement au contenu.

 

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27/50 : New York (3)

Challenge New York en littérature

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08 juin 2012

Prix Littéraire des Lectrices de ELLE

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Depuis hier soir, je suis excitée comme une puce...
J'ai reçu une lettre du Prix Littéraire des Lectrices de ELLE m'annonçant  
que je faisais partie des 120 lectrices-jurées du Prix des Lectrices 2013 ! ! !

Depuis deux ans, j'avais postulé à plusieurs jurys et jusqu'à aujourd'hui,
j'avais fait "choux blanc"... 

Je me réjouie de cette nouvelle expérience même si cela m'engage à lire beaucoup de livres :

28 livres du mois d'août à la mi-avril !

10 romans, 9 policiers et 9 essais !

 

 

 Edit 11/06 : Pour les initiés, je fais partie du jury de Janvier

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07 juin 2012

Alabama Moon – Watt Key

alabama_moon Bayard Jeunesse – octobre 2010 – 454 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Maïca Sanconie

Titre original : Alabama Moon, 2006

Quatrième de couverture :
Depuis sa naissance, Moon vit avec son père dans la forêt d'Alabama ; il sait chasser sa propre nourriture, se repérer grâce aux étoiles, faire du feu sous la pluie... Aussi, quand il se retrouve orphelin, il se promet de continuer à vivre en-dehors du système, comme Pap et lui l'on toujours fait.
Pourtant, malgré sa farouche détermination, le garçon est obligé d'affronter le monde extérieur. Et s'il sait tout de la vie sauvage, Moon a beaucoup à apprendre de l'humanité...

Auteur : Albert Watkins Key, Jr., publiant sous le nom de Key Watt, est un auteur primé de fiction du Sud. Il a grandi et vit actuellement dans le sud de l'Alabama avec son épouse et sa famille. Watt a passé beaucoup de son enfance à chasser et à pêcher dans les forêts de l'Alabama. Cela lui a inspiré son premier roman, Alabama Moon qui a obtenu de nombreux prix et qui a été traduit en sept langues. 

Mon avis : (lu en juin 2012)
J'ai emprunté ce livre à la Bibliothèque à la suite du Café Lecture de vendredi dernier. C'est un livre destiné aux adolescents mais qui se lit très bien pour un adulte.
Moon a dix ans lorsqu'il se retrouve tout seul au milieu de la forêt. Il vient de voir mourir son père et de l'enterrer. Il n'a peur de rien car son père lui a tout appris pour vivre dans la forêt loin des hommes et de la société. Il sait poser des pièges pour se nourrir, faire du feu, se diriger avec les étoiles, il sait se défendre contre quelqu'un trois fois plus grand que lui... Orphelin, ne voulant pas rester seul, il veut aller Alaska rejoindre des hommes qui vivent également dans la nature. Mais, il va être très rapidement arrêté par la police et envoyé dans un foyer pour enfants. Peu habitué à être enfermé, très vite il décide de s'enfuir en compagnie de deux camarades Hal et Kit. Hal veut retrouver son père, Kit est un orphelin à la santé fragile, il a trouvé en Moon un vrai ami. Ils partent tous les trois vivre en forêt grâce à l'expérience de Moon. Cela ne va pas durer très longtemps car Hal préfère partir retrouver son père tandis que Kit tombe malade, pour le sauver Moon va devoir sortir de la forêt et remettre à plus tard ses projets d'Alaska. Lors de sa première arrestation, Moon s'était battu avec Sanders, un policier qui depuis a décidé de se venger et de l'envoyer en prison. Pour lui échapper, Moon va utiliser toute son astuce et sa débrouillardise...

Une histoire très belle et touchante avec Moon un jeune garçon terriblement attachant. Le lecteur passe du rire aux larmes, c'est un excellent roman pour adolescents comme pour adultes.

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Alabama Moon a été adapté au cinéma en 2009 avec John Goodman, Clint Howard et réalisé par Tim McCanlies. Ce film n'est jamais sorti en France. 

Extrait : (début du livre)
Juste avant de mourir, Pap m'a assuré qu'il ne m'arriverait rien tant que je ne dépendrais de personne. Que je me sentirais peut-être seul pendant un moment mais que ça passerait. J'avais dix ans, et il m'avait appris tout ce qu'il fallait pour vivre dans la forêt. Je savais poser des pièges pour me nourrir et confectionner moi-même mes vêtements. Je savais me guider aux étoiles et faire du feu quand il pleuvait. Pap me pensait même capable de battre à plates coutures quelqu'un de trois fois ma taille. Il ne s'inquiétait pas pour moi.
Ça m'a pris pratiquement une matinée pour le mettre dans la brouette et le hisser jusqu'au bosquet de cèdres, sur la butte. Je l'ai enterré à côté de maman. De là, on voit en contrebas la rivière Noxubee, couleur café au lait. C'était la mi-janvier. Le vent plaquait mes cheveux en arrière et des nuages gris s'insinuaient entre les arbres. Toute la forêt ruisselait. J'ai senti la solitude dont Pap m'avait parlé me serrer l'estomac et monter jusqu'à ma gorge.
Je n'avais pas mis de croix sur la tombe. A ma connaissance, Pap ne croyait pas en ce genre de trucs. La seule chose qui permettait d'identifier la tombe de maman, c'était le léger creux à l'endroit où la terre s'était tassée sur son corps, et la date, 1972, gravée sur une grosse pierre calcaire à côté. Je ne me souviens pas de son visage. Seulement d'une deuxième présence dans le lit, la nuit, qui me tenait chaud de l'autre côté. Pap disait que maman lui faisait penser à une mésange, et c'est ainsi qu'elle reste dans mon esprit.

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Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman

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27/50 : Alabama

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"

 


 

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05 juin 2012

Les leçons du Mal – Thomas H. Cook

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Points

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Seuil – mars 2011 – 356 pages

Points – janvier 2012 – 376 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

Titre original : Master of the Delta, 2008

Quatrième de couverture :
Le mal se donne-t-il en héritage ? Peut-on sauver les gens d'eux-mêmes ? Telles sont les questions que Jack Branch, professeur dans un lycée du Mississippi dans les années 1950, pose à ses élèves. Parmi eux, Eddie Miller est tenu à l'écart, écrasé par le poids de son ascendance : il est le fils du "tueur de l'étudiante". Jack lui suggère de fouiller son passé et de mener l'enquête sur son père. Peu à peu, ils découvrent un monde chargé de violence où Bien et Mal se confondent : un monde de ténèbres.

Auteur : Thomas H Cook, né en 1947, est salué comme l'un des plus grands auteurs de sa génération. Il a écrit une vingtaine de romans, dont The Chatham School Affair (Au lieu-dit noir-étang TP, à paraître au Seuil), qui a remporté le prestigieux prix Edgar Allan Poe en 1997.

 

Mon avis : (lu en mai 2012)
J'ai découvert Thomas H. Cook avec son livre Les Feuilles mortes que j'avais beaucoup aimé. Lorsque Livraddict nous a proposé ce partenariat avec les éditions Points pour ce livre, je n'ai pas hésité pour le solliciter et j'ai été super contente de l'obtenir.
Voilà un roman policier très original et vraiment prenant. L'histoire se situe dans le vieux Sud des États-Unis, dans une petite ville du Mississippi où vivent deux sociétés que tout oppose. Le narrateur, Jack Branch revient sur son passé de jeune enseignant et des évènements qui se sont passés en 1954.
Jack Branch est issu d'une famille de la Haute société habitant le quartier des Plantations, il a une relation particulière avec son père ancien professeur reconnu. Les élèves de Jack Branch viennent pour la plupart du quartier défavorisé des Ponts, il leur donne des cours sur le Mal.
Une de ses élèves, Sheila disparaît et l'un de ses camarades, Eddie est injustement soupçonné et rejeté par tous. En effet, ce dernier est le fils du « tueur de l'étudiante » mort en prison quinze ans plus tôt. Eddie Miller est un garçon solitaire, un peu naïf, Jack se prend d'affection pour lui et va l'aider à mener à bien ses recherches sur son père.

Dès le début de ce roman le lecteur comprend que cette histoire va se terminer sur un drame, mais impossible avant la conclusion du livre de deviner ce qu'il va réellement se passer, j'ai imaginé plusieurs scénarios possible et... la fin a été inattendue !
Avec cette histoire, l'auteur nous décrit l'état d'esprit de cette société américaine des années 50 dans le Vieux Sud, il veut également nous faire réfléchir sur l'hérédité et bien sûr à travers les cours de Jack composés de nombreux exemples historiques ou littéraires nous découvrons le Mal.
J'ai cependant deux petites réserves concernant ce livre : En premier lieu, durant tout le livre, nous passons du passé au présent et parfois on peut être un peu perdu... car rien n'indique le changement d'époque. De même la révélation finale du drame, n'est pas si claire que cela, j'ai du relire plusieurs fois les dernières pages pour m'assurer que j'avais bien compris.

J'ai vraiment aimé ce livre, ce style de roman policier où la psychologie des personnages est au centre de l'intrigue me plaît vraiment beaucoup.

Un très grand Merci à Livraddict et aux éditions Points pour m'avoir permis de découvrir ce livre. J'ai dans ma PAL le dernier livre de Thomas H. Cook publié en France, Au lieu-dit Noir- Étang que j'ai très envie de lire sans tarder.

Extrait : (début du livre)
Gâté par le sort, je n'ai pas su voir les ténèbres ni ce qu'elles dissimulaient. Jusqu'au moment fatidique, le mal s'est tenu à distance, circonscrit à de simples notes de cours sur les crimes perpétrés par des armés, des foules et des individus sanguinaires, auteurs d'actes abominables que j'exposais avec passion à mon auditoire d'élèves captifs.
Il n'y avait donc rien de surprenant à ce que, ce matin-là, j'aie pensé au vieux roi Hérode, aux tourments que furent les siens quand, à la fin de sa vie, ses organes génitaux gangrenés grouillaient de vers. C'était le symbole de la culpabilité châtiée, d'infections méritées par un oppresseur, et je supposais que, pendant le semestre suivant, je trouverais bien l'occasion de le placer dans l'un de mes cours.
C'était une belle matinée d'avril 1954, un peu moins d'un siècle après le début d'un conflit qui, à son terme, avait rendu orphelins la moitié des enfants du Sud.
J'avais vingt-quatre ans et, depuis trois ans, enseignais au lycée de Lakeland. A l'époque, là comme partout ailleurs, il existait une ligne de démarcation entre les races et les classes sociales, matérialisée par un splendide secteur des Plantations, où mon père habitait toujours, et un nouveau quartier sud où se concentraient artisans et commerçants locaux dans de modestes maisons de plain-pied accolées les unes aux autres le long de petites rues bordées d'arbres. Les ouvriers qui travaillaient dans les quelques usines de la ville résidaient dans une zone du nom de Townsend, qui consistait en de petites maisons bâties sur des terrains tout aussi petits pouvant tout de même contenir un soupçon de pelouse. Un peu plus à l'est, on trouvait la catégorie de gens pour qui, selon l'histoire ancienne, l'auberge affichait toujours complet, et qui vivait dans le quartier connu sous le nom des Ponts.

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Déjà lu du même auteur : 

les_feuilles_mortes_p Les feuilles mortes

 

50__tats
26/50 : Mississipi

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04 juin 2012

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [80]

BANNIR
(c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ou publié la semaine dernière ?

l_ame_du_chasseur les_larmes_de_l_assassin 

L'âme du chasseur – Deon Meyer 
Les larmes de l'assassin – Thierry Murat Anne-Laure Bondoux 
La chambre mortuaire - Jean-Luc Bizien (LC pour le 18 juin avec Valérie et Karine) 

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Les leçons du Mal - Thomas H. Cook (Partenariat Livraddict)
Alabama Moon - Watt Key 

Que lirai-je cette semaine ?

La muraille de lave - Arnaldur Indidason 
Combien ? - Douglas Kennedy (Partenariat éditeur)
Au lieu-dit Noir-Étang... - Thomas H. Cook 
La Part de l'autre - Éric-Emmanuel Schmitt 

Bonne semaine et bonne lecture.

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02 juin 2012

Les larmes de l'assassin – Thierry Murat Anne-Laure Bondoux

les_larmes_de_l_assassin Futuropolis – février 2011 – 128 pages

Présentation de l'éditeur :
Paolo est un enfant sauvage. Il vit comme une bête dans une ferme misérable et isolée, avec ses parents qui ne s’occupent pas de lui au fin fond du Chili. Un jour, un homme arrive jusqu’à la ferme. C’est Angel Allegria, un truand, un escroc, un assassin. Il tue les parents de Paolo, mais un sursaut de sa conscience l’empêche de tuer Paolo. L’assassin s’installe dans la ferme, refuge idéal pour un homme traqué par la police. Contre toute attente, une relation complexe naît entre lui et l’enfant. Ils s’apprivoisent. Lorsqu’un autre voyageur arrive, l’équilibre est rompu. Paolo va jusqu’à appeler l’assassin « Papa » pour déstabiliser l’assassin et ainsi sauver le voyageur. Pour Paolo c’est le début d’un apprentissage de l’existence qui se fera au gré d’un voyage vers la ville et d’autres rencontres humaines.

Auteurs :
Anne-Laure Bondoux a 40 ans. Elle est née et vit en banlieue parisienne. Après un bac littéraire, elle entame une licence de lettres modernes. Rédactrice dans la presse jeunesse (Bayard Presse), elle décide de se consacrer à l'écriture à plein temps en 2000. Elle a publié 8 romans, dont Pépites, Le Temps des miracles et Les Larmes de l'assassin, qui a déjà été primé plus de vingt fois !

Thierry Murat a 45 ans. Il vit dans les Landes. Après des études d'arts appliqués à Poitiers, il devient graphiste et se passionne pour l'illustration.
2002 : parution de son premier livre jeunesse, Kontrol 42. Cinq autres titres suivront dont Dieux, Pensées en suspension et autres points.
Parallèlement, il se lance dans la bande dessinée. 2004: Elle ne pleure pas elle chante, avec Amélie Sarn et Corbeyran. 2006: Ysoline, sur un scénario de Rascal. 2008: Le Poisson-chat avec Arnaud Floc'h.

Mon avis : (lu en juin 2012)
J'ai découvert le roman Anne-Laure Bondoux en 2007 et cela été pour moi un vrai coup de cœur.

J'avais donc très envie de découvrir cette adaptation en bande-dessinée. J'y ai retrouvé toute l'atmosphère de ce coin perdu du Chili, des paysages grandioses, des terres de cailloux, arides, balayées par les vents, des ciels changeants...
Le dessin est sobre, épuré en noir sur des fonds de couleurs minérales (ocre, sable, gris, bleu, marron), le texte est concis, il va à l'essentiel.
Quand à l'histoire, je reprends ici un extrait de mon billet sur le roman. « Paolo Poloverdo habite avec ses parents dans une ferme isolée à l'extrême sud du Chili. Angel Allegria, un assassin en fuite, arrive par hasard sur cette terre aride, tue les parents du petit garçon et s'installe avec lui. Alors qu'ils apprennent à vivre ensemble et qu'une étrange relation se développe entre eux, un troisième homme, Luis Secunda, riche, exilé et érudit, vient partager leur solitude. Poussés par la nécessité d'acquérir du bétail, tous les trois entreprennent vers Valparaiso un voyage au cours duquel les deux adultes vont se disputer l'affection de l'enfant. » 
Il me semble cependant que Thierry Murat est pris quelque liberté pour la partie finale... Ce qui me donne très envie de relire le roman...

Très belle adaptation, mais je vous encourage vraiment de lire également le roman.

Extrait : 

les_larmes_de_l_assassin_p1 les_larmes_de_l_assassin_p6

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Déjà lu d'Anne-Laure Bondoux :

les_larmes_de_l_assassin Les larmes de l'assassin P_pites Pépites 

le_temps_des_miracles Le temps des miracles

 



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01 juin 2012

L'âme du chasseur – Deon Meyer

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : ÂME

l_ame_du_chasseur lameduchasseur l_ame_du_chasseur_points2006 l_ame_du_chasseur_collector

Seuil – janvier 2005 – 422 pages

Points – décembre 2005 - 472 pages

Points – janvier 2006 – 480 pages

Points collector – janvier 2011 -

traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet

Titre original : The Heart of the Hunter, 2002

Quatrième de couverture : 
Véritable force de la nature, « P'tit » Mpayipheli s'est refait une vie honorable après sa mise au chômage par les services secrets sud-africains lorsque la fille d'un vieux camarade de lutte lui demande son aide : son père a été enlevé et ses ravisseurs menacent de le tuer si elle ne leur livre pas la rançon bien particulière qu'ils exigent. Que faire ? Renouer avec un passé de meurtres et de corruption qu'il a eu du mal à mettre derrière lui pour sauver son ami ou le laisser tomber pour protéger sa nouvelle existence ? Il n'hésite pas et les ennuis commencent : derrière le kidnapping, c'est en effet tout autre chose qui se joue et l'oblige à jouer son va-tout. Superbe course poursuite à travers une Afrique du Sud toujours en proie à ses vieux démons. L'Âme du chasseur a été salué comme un grand livre par le maître du policier américain Michael Connelly.

Auteur : Deon Meyer, né à Paarl le 4 juillet 1958, est un auteur de romans policiers originaire d'Afrique du Sud. Il écrit en afrikaans. Il passe son enfance à Klerksdorp, dans la province du Nord-Ouest, région des mines d'or.
Il a fait ses études à l'université de Potchefstroom avant de travailler comme journaliste pour Die Volkablad, quotidien afrikaner de Bloemfontein. Son premier roman paraît en 1994, mais il n'est pas traduit en anglais. Ses œuvres suivantes ont été traduites dans plusieurs langues. Elles reflètent la diversité culturelle de l'Afrique du Sud contemporaine, ses tensions et ses efforts pour vaincre le sous développement. Meyer est marié et père de quatre enfants, il vit actuellement à Melkbosstrand une petite ville de la municipalité du Cap, sur la côte ouest, à 35 km au nord du Cap.

Mon avis : (lu en mai 2012)
C’est la première fois que je lisais un livre de cet auteur.
Thobela Mpayipheli est un ancien tueur de l'ANC, formé par les Pays de l'Est. Depuis que Nelson Mandela est arrivé au pouvoir en Afrique du Sud, il a changé de vie. Il a rencontré Miriam et son fils Pakamile, il a un travail comme homme à tout faire dans un garage et il suit des cours par correspondance, il aspire à une vie tranquille. Mais lorsque Monica, la fille de Johnny Kleintjes, vient lui demander de l'aide pour sauver son père, il ne peut refuser car il a une dette d'honneur envers lui. Il va renouer avec le passé et les ennuis vont commencer. Il va s'en suivre une sorte de road movie haletant à travers l'Afrique du Sud jusqu'en Zambie avec embûches et péripéties pour Thobela.
Un roman riche en émotions, où le lecteur découvre de superbes paysages d'Afrique du Sud mais aussi une société sud-africaine donc les codes ont évolués avec la démocratie naissante de l'Afrique du Sud.
Au fil des pages de ce roman, dans des flash-backs il est question de services secrets d'ici ou d'ailleurs, des luttes raciales d'hier entre Boers, Anglais et Xhosas...
L'histoire est palpitante, le contexte passionnant et le personnage de Thobela Mpayipheli vraiment attachant. Une belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Il se tenait derrière l’Américain. Pratiquement collé à lui dans le métro bondé, l’esprit très loin de là, sur la côte du Transkei, où les vagues gigantesques viennent se briser dans un bruit de tonnerre.
Il se revoyait assis sur l’éperon rocheux d’où il contemplait la houle, sa progression linéaire à la surface de l’océan Indien, impressionné par ce long voyage solitaire qui s’achève en un déferlement sur les côtes accidentées du continent noir.

Entre deux lames règne un silence parfait, quelques secondes de calme absolu. Le moment est si tranquille qu'il entend la voix de ses ancêtres - Phalo et Rharhabe, Nquika et Maqoma, son sang, sa source, son refuge. Son heure venue, lorsqu’il sentira la lame effilée lui ôter la vie, c’est là qu’il retournera, il le sait. A ces moments suspendus entre deux fracas.
Il reprit peu à peu conscience, presque avec précaution. Vit qu’ils n’étaient plus qu’à quelques minutes de Saint-Michel. Pencha à demi la tête vers l’oreille de l’Américain. Ses lèvres, là, aussi proches que celles d’un amant.
- Tu sais où on va après la mort ? lui demanda-t-il d’une voix de basse, dans un anglais fortement teinté d’accent africain.
Son ennemi se ramassa sur lui-même, larges épaules voûtées, nuque contractée.
Il attendit calmement que l’homme se retourne dans la cohue compacte du wagon. Il attendit de voir ses yeux. C’était le moment auquel il aspirait. La confrontation, le défi qu’on lance. Son instinct l’y poussait, c’était sa vocation, son accomplissement. Le guerrier venu des plaines d’Afrique, muscles bandés pour cet instant. Son cœur s’accéléra, la sève guerrière courut dans ses veines, la divine folie du combat prit possession de lui.
Le corps pivota en premier, sans hâte, puis ce fut la tête et enfin les yeux. Regard perçant du prédateur sans crainte, sûr de lui, amusé même, un sourire sur les lèvres minces. Etrange intimité, à quelques centimètres l’un de l’autre.   

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Métier"

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