Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Folio

indignation indignation_folio

Gallimard - septembre 2010 - 195 pages

Folio - février 2012 - 237 pages

traduit de l'américain par Marie-Claire Pasquier

Titre original : Indignation, 2008

Quatrième de couverture :
Nous sommes en 1951, seconde année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans, intense et sérieux, d'origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l'Ohio. Il a quitté l'école de Newark, dans le New Jersey, où habite sa famille. Il espère par ce changement échapper à la domination de son père, boucher de sa profession, un homme honnête et travailleur, mais qui est depuis quelque temps la proie d'une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé. Fierté et amour, telles sont les sources de cette peur panique. Marcus, en s'éloignant de ses parents, va tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue de lui, pleine d'embûches, de difficultés et de surprises.
Indignation, le vingt-neuvième livre de Philip Roth, propose une forme de roman d'apprentissage : c'est une histoire d'audace et de folie, d'erreurs et de tâtonnements, de résistances et de révélations, tant sur le plan sexuel qu'intellectuel. Renonçant à sa description minutieuse de la vieillesse et de son cortège de maux, Philip Roth poursuit avec l'énergie habituelle son analyse de l'histoire de l'Amérique - celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles - et de son impact sur la vie d'un homme jeune, isolé, vulnérable.

Auteur : Philip Roth est né à Newmark, aux États-Unis, en 1933. Il vit dans le Connecticut.
Son premier roman, Goodbye, Columbus, lui vaut le National Book Award en 1960, prix qui lui est de nouveau décerné en 1995 pour Le Théâtre de Sabbath. Il a reçu à deux reprises le National Book Critics Award, en 1987 pour La contrevie et en 1992 pour Patrimoine. Le prix Pulitzer et, en France, le prix du Meilleur Livre étranger ont couronné Pastorale américaine. Le PEN Faulkner Award a récompensé les romans Opération Shylock et La tache, également distingué par le prix Médicis étranger en 2002. Entre autres récompenses, Le complot contre l’Amérique a été consacré Meilleur livre de l’année par le New York Times Book Review.

Mon avis : (lu en juin 2012)
C'est le deuxième livre que je lis de Philip Roth, avant d'avoir ce blog, j'avais déjà lu La Tache.
Dans "Indignation", Philip Roth fait une critique sans concession de l'Amérique des années 50. Il raconte l'histoire d'un jeune américain d'origine juive, Marcus Messner. Pour échapper à l'emprise de son père trop protecteur, Marcus, étudiant de dix-neuf ans, choisit de quitter le domicile familiale à Newark, dans la banlieue de New York, pour aller étudier au Winesburg College dans l'Ohio. Nous sommes au début des années 1950, pendant la guerre de Corée.
Fils d'un modeste boucher kasher, son ambition est de sortir major de sa promotion pour être officier et éviter de se retrouver en premières lignes pour la guerre en Corée. Enfant unique, très bon élève, il préfère le calme, la solitude pour s'adonner pleinement à ses études. Il est parti de chez lui pour échapper aux folles angoisses de son père et le voilà plongé dans le monde d'une université américaine conservatrice qu'il ne comprend pas et dont il n'accepte pas toutes les règles. Il est également décontenancé par son aventure amoureuse avec Olivia Hutton, une jeune étudiante.

Voilà un roman facile et très agréable à lire. Les personnages sont attachants et fouillés. L'atmosphère de l'époque et la vie universitaire américaine y sont bien décrites.

Un des moments les plus fort du livre, c'est la confrontation entre Marcus et le doyen Caudwell. Marcus n'a pas peur d'exprimer son indignation en face, en particulier il proteste  contre l'obligation pour tous les étudiants d'assister à l'office religieux. Il part dans un discours et un réquisitoire digne d'un futur avocat avec une conclusion inattendue...

Je me suis laissée porter par cette histoire dont je ne savais pas où elle aller me mener... J'avais quelques pressentiments sur l'issue de l'histoire mais ce sont vraiment les toutes dernières pages qui donnent à ce livre toute sa force...

Le titre « Indignation » fait référence à l'hymne national chinois "La Marche des Volontaires" que Marcus Messner se chante sans fin dans la tête pour supporter l'office religieux obligatoire.

Je remercie beaucoup Livraddict et Folio pour m'avoir permis de découvrir ce livre de Philip Roth.

Extrait : (page 109)
« Je proteste contre le fait d'être obligé de suivre l'office religieux quarante fois d'ici la fin de mes études si je veux obtenir mon diplôme, monsieur le doyen. Je ne vois pas au nom de quoi l'université aurait le droit de me forcer à écouter, ne serait-ce qu'une fois, un pasteur, quelle que soit sa confession, ni à écouter, ne serait-ce qu'une fois, un hymne chrétien s'adressant à une divinité chrétienne, étant donné que je suis un athée qu'offensent profondément, à dire vrai, les pratiques et les croyances des religions établies. » Je ne pouvais plus m'arrêter, malgré l'immense faiblesse que je ressentais. « Je n'ai pas besoin des sermons des moralistes professionnels pour me dicter ma conduite. Je n'ai certainement pas besoin d'un Dieu pour cela. Je suis parfaitement capable de mener une existence morale sans en attribuer le mérite à des croyances impossibles à prouver, défiant la raison, des croyances qui, pour moi, ne sont rien de plus que des contes de fées pour enfants auxquels adhèrent les adultes et qui ne sont pas plus fondées, en réalité, que le fait de croire au Père Noël. Je suppose que vous connaissez, monsieur le doyen, les écrits de Bertrand Russell. Bertrand Russell  éminent mathématicien et philosophe anglais, a été l'année dernière lauréat du prix Nobel de littérature. L'un des ouvrages pour lesquels on lui a attribué le prix Nobel est un essai de grande diffusion écrit à partir d'une conférence faite en 1927, intitulée "Pourquoi je ne suis pas chrétien". Connaissez-vous cet essai, monsieur le doyen ?
- Rasseyez-vous, je vous prie », dit le doyen.
Je fis ce qu'il me disait mais sans m'arrêter de parler. « Je vous demande si vous connaissez cet essai très important de Bertrand Russell. Apparemment, la réponse est non. Il se trouvé que moi je le connais, parce que lorsque j'étais capitaine de l'équipe de débatteurs de mon école, je m'étais donné pour tâche d'en apprendre par cour des passages entiers. Je ne l'ai toujours pas oublié, et je me suis juré que je ne l'oublierais jamais. Cet essai, ainsi que d'autres du même genre, contient les arguments de Russell, non seulement contre la conception chrétienne de Dieu, mais contre celles que professent toutes les grandes religions du monde, que Russell trouve tout à la fois erronées et dangereuses. Si vous lisiez son essai - et au nom de l'ouverture d'esprit, je vous conjure de le faire , vous vous apercevriez que Bertrand Russell, l'un des logiciens les plus réputés du monde, en plus d'être philosophe et mathématicien, réfute avec une logique indiscutable l'argument de la cause première, l'argument de la loi naturelle, l'argument du dessein intelligent, les arguments moraux en faveur d'une divinité, et l'argument du remède à l'injustice. Pour vous donner deux exemples. Premièrement, pour montrer qu'il ne peut y avoir aucune validité dans l'argument de la cause première, il dit : "Si tout doit avoir une cause, alors Dieu doit avoir une cause. S'il existe quelque chose qui n'ait pas de cause,ce peut être aussi bien le monde que Dieu." Deuxièmement, quant à l'argument du dessein intelligent, il dit : "Pensez-vous que si l'on vous donnait l'omnipotence et l'omniscience et des millions d'années pendant lesquelles perfectionner votre univers, vous ne pourriez rien produire de mieux que le Ku Klux Klan ou les fascistes ? " Il discute aussi les défauts de l'enseignement du Christ, tel qu'il est présenté dans les Évangiles tout en remarquant qu'historiquement il est extrêmement douteux que le Christ ait jamais existé. Le défaut moral le plus sérieux qu'il trouve à reprocher au Christ, c'est le fait qu'il croie à l'existence de l'Enfer. Russell écrit :"Je n'ai personnellement pas le sentiment que quelqu'un de profondément humain puisse croire au châtiment éternel." Et il reproche au Christ sa fureur vindicative contre ceux qui refusent d'écouter ses sermons. Il discute avec une totale franchise la façon dont les Églises ont retardé le progrès humain et comment, à force d'insister sur ce qu'elles choisissent d'appeler moralité, elles infligent à toutes sortes de gens des souffrances inutiles et non méritées. La religion, déclare-t-il, est fondée principalement sur la peur - la peur de l'inconnu, la peur de la défaite, et la peur de la mort. La peur, dit Bertrand Russell, engendre la cruauté, il n'est donc pas étonnant que cruauté et religion aillent de pair depuis des siècles. Conquérir le monde par l'intelligence, dit Russell, plutôt que d'être soumis comme des esclaves par la terreur que suscite le fait d'y vivre. Toute la conception de Dieu, conclut-il, est une conception indigne d'hommes libres. Telles sont les pensées d'un lauréat du prix Nobel renommé pour ses contributions à la philosophie, sa maîtrise de la logique et de la théorie de la connaissance, et je suis en total accord avec ses idées. Les ayant étudiées, y ayant réfléchi, j'ai l'intention de vivre en les appliquant, ce qui, vous l'admettrez certainement, monsieur le doyen, est mon droit le plus strict. »

 

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