23 février 2012

Naissance d'un pont - Maylis de Kerangal

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Folio

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Verticales - août 2010 - 

Folio - janvier 2012 - 330 pages

Prix Médicis 2010

Quatrième de couverture :
« À l’aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c’est un autre homme qui sort des bois, c’est un homme hors de lui, c’est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d’acier, irise les nappes d’hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte. » 

Ce livre part d’une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d’un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d’une dizaine d’hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, « à l’américaine », qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court.

Auteur : Maylis de Kerangal est l’auteur de Je marche sous un ciel de traîne (2000), La vie voyageuse (2003) et Corniche Kennedy et d’un recueil de nouvelles, Ni fleurs ni couronnes (2006). Elle a conçu une fiction en hommage à Kate Bush et Blondie, Dans les rapides (2007). Elle est par ailleurs membre de la revue Inculte. Naissance d’un pont a été couronné par le Prix Médicis en 2010.

Mon avis : (lu en février 2012)
Lors de la sortie de ce livre à la Rentrée Littéraire 2010, j'étais curieuse de découvrir ce livre du fait de son sujet. Les ponts m'ont toujours fascinée, en particulier à partir du moment où pour mon travail j'ai eu l'occasion de les « ausculter », de les surveiller et de découvrir la technicité d'un pont.

Aussi, lorsque Livraddict a proposé ce partenariat avec Folio, je n'ai donc pas hésité.

Ce livre raconte la construction d'un pont suspendu dans la ville imaginaire de Coca en Californie. C'est le projet un peu fou du maire de Coca, pour faire briller sa ville en pleine expansion. Il veut faire construire un pont majestueux qui relierait le centre-ville aux quartiers de l'autre côté du fleuve, proche de la forêt. Le livre commence avec la première réunion du projet et cela se termine le jour de l'inauguration du pont. La construction du pont est un prétexte pour raconter la vie des hommes et des femmes qui participent au chantier, ils sont très différents, ils viennent de pays ou de régions différentes, chacun a son rôle, ils sont tous importants pour la réussite du projet.
Le lecteur est à la fois spectateur de l'avancement du chantier et de l'évolution des différents personnages. Au cours du livre, l'auteur revient également sur la naissance de la ville imaginaire de Coca, l'arrivée des pionniers et leur rencontre avec les populations indigènes.
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre sans doute à cause du style avec des phrases longues et des descriptions très détaillées. Au début du livre, l'auteur passe également en revue la plupart des personnages et c'est un peu lassant.

Mais lorsque la construction proprement dite du pont commence, j'ai bien aimé le livre. A travers la vie du chantier et les histoires de chacun des participants, le lecteur découvre l'impact que ce pont a ou aura sur la vie des habitants de la ville de Coca, sur son économie, son écologie, son paysage.
J'ai aimé suivre les différents personnages en même temps que l'avancement des travaux : Georges Diderot, l'ingénieur chef de projet expérimenté et talentueux, Sanche Alexandre Cameron, le grutier, Summer Diamantis, jeune femme, ingénieur spécialiste du béton, Duane Fisher et Budy Loo deux indiens équilibristes, Mo Yun ouvrier émigré de Chine, Katherine Thoreau, Soren Cry, Seamus...

Le côté technique de la construction du pont m'a également intéressé même si les descriptions sont plus littéraires que techniques...
Côté style, j'ai un double avis, je n'ai pas aimé les phrases longues et les descriptions trop détaillées avec accumulation d'adjectifs. Mais j'ai également aimé la poésie de certaines descriptions du fleuve, de la nature, de l'architecture du pont...  

J'ai finalement eu un bon moment de lecture avec ce livre qui privilégie le côté humain et donne une vision avec des points de vue très différents de la construction d'un ouvrage d'art exceptionnel, c'est un livre qui nous fait réfléchir sur la politique, l'écologie, le travail, le social...

Merci à Livraddict et aux éditions  Folio pour ce partenariat.

Extrait :(page 93)
C'est le premier jour du pont, le premier matin. L'aube polaroïde. Les noirs qui s'éclairent et les blancs qui foncent, la pigmentation progressive de tous les verts – fluo, émeraude, pistache, Véronèse, amande, anis, absinthe, turquoise, Hollywood chewing-gum, épinard et malachite, anglais, céladon -, bientôt fixée sur la rétine, et le fleuve est là, souple, les plis calmes, de longues herbes fluorescentes s'y étalent en surface, des taillis dérivent, des bidons, des bouteilles : l'eau est laiteuse et sale.
Diderot a fait un tour du site principal, la plateforme Pontoverde qui est désormais son domaine, surface de cinq kilomètres carrés cimentée, bétonnée, défrichée, ouverte sur le fleuve par un long quai vide, et striée de rails qui relient entre eux hangars, ateliers de construction, d'entretien et de réparation, baraquements des équipes, bureau d'études, cantines, vestiaires. Et maintenant, il fume un Lusitania. De profil, il a vraiment un gros nez, le torse proéminent, ses Ray-Ban sont relevées sur son front et sa chemise dépasse du pantalon, il est d'attaque, il est exactement dans son élément et au fond de sa poche, sa main bat contre sa jambe un tempo secret. C'est l'heure pleine, heure d'avant le branle-bas, heure du silence avant la bataille et minute du skieur posté au portillon de la course – évaluer la piste avant de s'élancer, visionner le tracé, récapituler les difficultés, les virages, les bosses, les creux, la plaque de verglas derrière la douzième porte, repérer les zones d'accélération possibles, l'exact fléchissement des genoux qu'il faudra opérer pour sauter puis planer dans la dernière courbe, les exactes propulsions du torse, balancement de tête, position de bras -, heure du souci météorologique, et là-dessus Diderot a ses préférences, sait ce qu'il lui faut : du climat continental, des hivers secs et rudes, des étés chauds. Pour un homme comme lui, il n'est rien de pire que la pluie, le vent, l'orage, rien de pire que la boue.

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16/50 : Kentucky
Soren Cry est originaire du Kentucky

Posté par aproposdelivres à 08:48 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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