terezin Presses de la Cité – août 2011 – 330 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Havet i Theresienstadt, 2007

Quatrième de couverture :
« Je suis là, les yeux fermés, et autour de moi je sens l'océan et le soleil et l'écume des brisants et les vagues qui me font osciller d'avant en arrière, d'arrière en avant. Quand je m'éveille, l'océan n'est plus là. Le fracas que j'entends est celui des roues du train à bestiaux, le flux et le reflux du wagon qui grince et tangue. »

Dès son arrivée en 1943 à Terezin, Daniel Faigel, jeune médecin danois hanté par un lourd passé, se retrouve plongé en enfer. Présentée par les nazis comme une "colonie juive modèle", la ville sert en réalité de zone de transit vers des camps d'extermination. Affecté à l'hôpital du ghetto, Daniel passe ses journées à essayer d'arracher à la mort et aux déportations quelques-uns de ses patients. Parmi eux se trouve Ludmilla. L'amour qui naît entre eux leur donne la force de supporter un quotidien ponctué par la peur de faire partie du prochain convoi, dont on sait intuitivement qu'on ne reviendra pas. Comme tous les habitants du ghetto, les deux amants vont bientôt devoir prendre part à une gigantesque mascarade orchestrée par les nazis : l'embellissement du camp en vue d'une inspection de la Croix-Rouge. Saisissant tableau de la vie dans un camp qui servit de vitrine à la propagande nazie, ce roman, écrit dans une langue limpide, met en scène le destin de deux êtres happés par l'histoire, qui s'accrochent à l'espoir, coûte que coûte.

Auteur : Né en 1970, le Danois Morte Brask est directeur artistique d'une agence de publicité. Auteur de plusieurs documents, il signe avec Terezin Plage son premier livre de fiction.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Voilà un livre beau et émouvant évoquant un sujet difficile.
Lors de la commémoration du 50e anniversaire de la déportation, le jeune Morten Brask rencontre l'écrivain Ralph Oppenheimer, rescapé du camp de Terezin au nord de Prague. Cette rencontre l'ayant fortement marqué, Brask décide de faire de cette histoire vraie un roman.
Dans ce lieu historique mais terrible, Morten Brask nous raconte l’histoire d’amour de Daniel Faigel un jeune médecin Danois avec Ludmilla une jeune femme tchèque. Tous deux sont juifs, ils ont été déportés dans un camp de concentration un peu particulier : Theresienstadt ou Terezin.
Ce camp a été organisé par la Gestapo en novembre 1941 dans la forteresse et ville de garnison de Terezín, aujourd'hui en République tchèque. Ce camp est présenté par les nazis au monde extérieur comme une colonie juive modèle. En 1943, cinq cents juifs sont déportés depuis le Danemark et la Croix-Rouge du pays va insister pour aller voir sur place les conditions de vie de ses ressortissants. Les nazis vont alors utiliser ses visites pour faire bonne impression. Ils vont faire construire de faux magasins et cafés pour donner l'impression d'un semblant de confort, ils y réaliseront même un film de propagande.
Dans la réalité, comme dans les autres camps la vie est difficile, il faut lutter contre le froid, la faim, la maladie… Il y a aussi les listes qui annoncent les noms de ceux devront partir par  le prochain convoi vers Auschwitz ou Treblinka.

Daniel travail à l'hôpital "Hohen Elbe" du ghetto. Sa situation de médecin lui donne quelques privilèges pour supporter plus facilement le quotidien. Lors d'une visite dans le baraquement des femmes pour donner des soins à une vieille dame, Daniel fait la rencontre de Ludmilla et son cœur se met à vibrer, et ensemble ils vont peu à peu s'apprivoiser, une belle histoire d'amour va naître...
En parallèle à sa vie au camp, Daniel revient sur ses souvenirs d'enfance entre un père juge assez autoritaire et une mère fragile et malade, il évoque souvent le bord de la mer proche de sa maison natale dans la région de Copenhague. C'est pour lui une manière de s'évader et de pouvoir tenir.

Un livre qui se lit facilement, et qui est très documenté sur le camp de Terezin. Tout y est décrit avec précision la vie du camp en particulier les différentes odeurs toutes plus repoussantes les unes les autres…
Un premier roman réussi !

Extrait : (début du livre)
Je suis de nouveau au bord de la mer. Tout est exactement comme je me le rappelle. L’océan et la plage, le soleil et la grande maison en rondins noircis au goudron avec sa longue véranda ; je me souviens de tout dans les moindres détails. L’escalier qui mène à la galerie, et sa rampe étroite. La troisième marche qui grince quand on descend vers la grève. La digue de pierres polies par les marées sur lesquelles je me suis blessé en tombant à la fin de l’été 1924. Les rochers sont comme dans mon souvenir. Le sable, le sable chauffé par le soleil et qui va de la digue jusqu’au rivage. Les oiseaux de mer aux pattes raides et aux becs allongés, qui picorent dans les congères d’algues échouées. Les vagues qui lèchent le rivage, s’étirent, essayant en vain d’atteindre les oiseaux, puis refluent, déçues, et meurent sous la lame suivante. Je n’ai rien oublié. Je suis revenu sur cette plage d’hier, et je cours, heureux bondissant au-dessus des goémons. Je me jette à l’eau, les embruns me giflent de leurs gouttelettes glacées. Je nage, je nage, le plus loin possible, au-delà de la troisième lagune où mon père m’interdit d’aller, et me laisse tomber dans l’océan froid et salé. Il m’embrasse, m’immerge dans son astringente verdure. Je nage, je plonge dans sa froidure, frotte mon ventre contre son fond sablonneux, traverse les rais de lumière oblique, brasse jusqu’à ce que mes poumons crient grâce et m’obligent à remonter. J’explose le miroir de la surface où se reflète le soleil. Le sel me brûle les yeux, je les ferme et jouis de la chaleur de l’air sur ma poitrine. Je suis là, les yeux fermés, et autour de moi je sens l’océan et le soleil et l’écume des brisants et  les vagues qui me font osciller d’avant en arrière, d’arrière en avant.

Quand je m’éveille, l’océan n’est plus là. Le fracas que j’entends est celui des roues du train à bestiaux, le flux et le reflux du wagon qui grince et tangue. Chaque embranchement des rails se répercute à travers les lattes du plancher et martèle ma colonne vertébrale.

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