le_convoi_de_l_eau le_convoi_de_l_eau_babel

Actes Sud – janvier 2009 – 173 pages

Babel – mai 2011 – 176 pages

traduit du japonais par Yutaka Makino

Titre original : Mizu no soretsu, 1976

Quatrième de couverture :
Un homme étrange s’engage au sein d’une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d’une vallée mal connue, se révèlent les contours d’un hameau, mais les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte: le village sera englouti sous les eaux. Au cours de ce terrible chantier, le destin de cet homme entre en résonance avec celui de la petite communauté condamnée à l’exil. A la veille du départ qui leur est imposé, il observe les premières silhouettes alignées sur le sentier escarpé. Elles sont innombrables et portent sur leur dos un singulier fardeau. Des images de toute beauté, inoubliables.

Auteur : Né en 1927 à Tokyo, Akira Yohimura s'est inspiré de vieilles légendes, de faits divers ou de l'histoire récente de son pays pour construire une oeuvre distinguée au Japon par de prestigieux prix littéraires et publiée en France par Actes Sud. Il est décédé en 2006.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Ce livre m'a été conseillé lors du dernier « Café Lecture » de la Bibliothèque.
Tout d'abord, j’aime beaucoup la superbe couverture du livre. J’ai été attiré par ce livre d'une part pour cette histoire autour de la construction d’un barrage et d'autre part par cet auteur Japonais, littérature que je connais très mal.
Ce livre n'est pas un roman mais un récit.
Le narrateur a un passé d'assassin, après son séjour en prison, il est devenu ouvrier et il travaille pour la construction d'un barrage dans la haute montagne.
Perdu au milieu d'une vallée lointaine, il existe un petit village où les gens vivent en accord avec la nature. Ce village a longtemps été  ignoré du monde.
La « civilisation » a décidé de construire un barrage à proximité du petit village, la tranquillité pour la vallée va être terminée et à terme les villageois vont devoir quitter leurs maisons, leurs terres car tout sera inondé. Le récit nous raconte la confrontation entre ces deux mondes, entre la modernité et les traditions, entre le bruit, l'agitation et la sérénité.
Le style est très poétique et les descriptions magnifiques et précises de la nature nous donnent une bonne idée de  l'atmosphère des lieux. Mais le personnage du narrateur est ambivalent et dérangeant, il évoque tout au long du livre son crime avec une certaine froideur et malgré tout dans les dernières pages du livre il va oser un geste d'empathie. 
Un livre étonnant qui ne m'a pas totalement émerveillée. 

Extrait : (début du livre)
De l’avant de la file nous parvint un joyeux tumulte.
Les voix qui s’élevaient dans la pénombre de la forêt déclenchèrent les cris aigus et les battement d’ailes d’oiseaux sauvages.
Nous avions tous attendu cet instant avec impatience.
Nous nous sommes arrêtés, avons levé la tête, avant de repartir au pas de course.
Nous ne sentions plus le poids des sacs, ni nos jambes complètement engourdies. Malgré notre impatience, nous n’avancions pas comme nous le voulions, notre marche était pénible. Nos corps étaient tirés subitement vers l’avant ou vers l’arrière, exactement comme si la traction d’un long convoi au démarrage nous parvenait, et nous ne pouvions pas marcher selon notre propre volonté. C'était dû à l'épaisse corde qui nous reliait tous au niveau des hanches, mesure de sécurité indispensable pour éviter les dangers de la marche en montagne. 
Le tumulte augmentait en se rapprochant. Mais comme les ouvriers situés à l'avant étaient restés arrêtés, à l'arrière, nous nous bousculions sur le sentiers forestier en écoutant ces cris de joie.
Bientôt autour de moi des voix irritées se firent entendre, adressées à l'avant de la file :
- Avancez, avancez.
La file se remit en mouvement.
La fin de la forêt était déjà visible au bout du chemin. Là-bas il y avait les rayons lumineux du soleil, et nos yeux alors que nous venions de traverser la sombre forêt étaient éblouis comme à la sortie d'un tunnel.
L'alignement des arbres s'interrompait sur un côté, et nous avons débouché dans les rayons lumineux. Nous étions arrivés à flanc de montagne et notre champ visuel s'ouvrait soudain. 

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