10 janvier 2012

Tout, tout de suite – Morgan Sportès

tout_tout_de_suite Fayard – août 2011 – 378 pages

Prix Interallié 2011

Quatrième de couverture :
Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une autopsie: celle de nos sociétés saisies par la barbarie.
En 2006, après des mois de coups tordus et d’opérations avortées, une petite bande de banlieue enlève un jeune homme. La rançon
exigée ne correspond en rien au milieu plutôt modeste dont ce dernier est issu. Mais le choix de ses agresseurs s’est porté sur lui
parce que, en tant que Juif, il est supposé riche. Séquestré vingt-quatre jours, soumis à des brutalités, il est finalement assassiné.
Les auteurs de ce forfait sont chômeurs, livreurs de pizzas, lycéens, délinquants. Certains ont des enfants, d’autres sont encore mineurs. Mais la bande est soudée par cette obsession morbide: «Tout, tout de suite.»
Morgan Sportès a reconstitué pièce par pièce leur acte de démence. Sans s’autoriser le moindre jugement, il s’attache à restituer leurs dialogues confondants d’inconscience, à retracer leur parcours de fast-foods en cybercafés, de la cave glaciale où ils retiennent leur otage aux cabines téléphoniques d’où ils vocifèrent leurs menaces, dans une guerre psychologique avec la famille de la victime au désespoir et des policiers que cette affaire, devenue hautement «politique», met sur les dents.

Indigence intellectuelle et morale au milieu de l’indigence architecturale et culturelle: il n’y a pas de mot pour décrire l’effroyable
vide que la société a laissé se creuser en son sein, et qui menace de l’aspirer tout entière. Pas de mot. Il fallait un roman.

Auteur : Morgan Sportès est né en 1947 à Alger. Ses livres sont traduits en de nombreuses langues (espagnol, italien, portugais, grec, japonais, thaï, allemand, russe, polonais, chinois…). L'Appât a également été porté à l’écran par Bertrand Tavernier.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Difficile de définir ce livre comme un roman. Bien que Morgan Sportès ait changé les noms des personnages, ce livre est une description détaillée d'un triste fait divers de 2006 : l'enlèvement, la séquestration, la torture et l'assassinat d'Ilan Halimi par le Gang des Barbares. 
L'auteur nous fait un récit détaillé, très documentés des faits, il présente tous les protagonistes et les prémices de cette triste histoire. Il nous décrit avec précision leurs parcours, leurs actes, leurs dires et leurs réflexions. Il ne porte aucun jugement, il énonce froidement les faits, seulement les faits.

J'avais suivi sans plus l'affaire en 2006 et ce livre m'a ouvert les yeux sur un monde de jeunes sans repère, sans morale, sans éducation. Ils ont pourtant des parents qui travaillent, des frères et sœurs qui font des études. Eux ne pensent qu'à l'argent facile et pour cela ils sont près à faire n'importe quoi, rien ne les arrêtent.

Cette histoire est un vrai gâchis, cela commence par des premiers essais de kidnapping ratés, puis l'enlèvement d'Elie simple vendeur de téléphones choisi par hasard ayant comme seul tort d'être Juif (donc certainement riche). Le cerveau de la bande, Yacef avait prévu de séquestrer Elie trois jours le temps d'obtenir la rançon. Mais les évènements ne se passeront pas comme il l'avait prévu, la police conseille à la famille de faire durer les négociations, l'otage va rester séquestré vingt-quatre jours dans des conditions inhumaines. Et à bout d'argument pour récupérer la « fameuse rançon », lâché par tous ces complices, Yacef décide enfin de libérer l'otage et de nettoyer toutes traces de ses méfaits comme dans les séries américaines... A plusieurs reprises, l'un ou l'autre des protagonistes auraient pu arrêter la machine infernale et inexorable de la folie meurtrière, les complices étaient trop faibles, la police avait mal cerné la psychologie de la bande...

Ce livre est passionnant, coup de poing qui fait froid dans le dos.

Extrait : (page 282)
Que devient Elie dans cette affaire ? Une chose. Un objet de négoce. Entre l'Etat et un petit voyou. Une sorte de fétiche aussi, sur lequel Yacef, pour passer sa rage, frappe et s'acharne. Une poupée de magie noire qu'on crible d'épingles. Un trésor encore, enterré au fond d'une cave. Un capital dont le récent « propriétaire » enrage de ne pouvoir tirer profit. Cette « marchandise », en effet, ne trouve pas à se « vendre ». Sa cote baisse donc. Mais, avec cette cote, c'est la cote même de Yacef qui s'écroule : à ses yeux à lui, comme à ceux des types de sa bande. Lui, le caïd, ne serait-il qu'un charlot ? Ceux de Bobigny, déjà, le laissent choir. Sniper a des doutes et crève de trouille. Il n’y a plus que les « petits » qui soient fidèles. Encore que l’un d’entre eux ait déserté, Tête de Craie, qu’il faudra remplacer… Yacef est un général sans armée, ou presque. Il avait suscité toutes sortes de rêves. Ces rêves s'écroulent, comme ceux de la Perrette du pot au lait : le pot au lait en l'occurrence est un jeune homme de 23 ans, crevant de froid, pieds et poings liés, nu, au fond d'une cave obscure.
La police craignait qu'en payant une part, ne serait-ce que minime, de la rançon, elle dévaluerait l'otage et augmenterait le risque qu'on le supprime comme témoin gênant susceptible d'identifier ses ravisseurs. Ainsi prêtait-elle à ceux-ci une rationalité : économique du moins. Mais si le ravisseur n'était qu'un fou dont toute résistance rencontrée accroît la rage ?

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Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
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Vidéo : Emission de la Grande Librairie
(13/10/2011 - Morgan Sportès : 3'15 à 19')

Posté par aproposdelivres à 07:08 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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