12 novembre 2011

Du domaine des Murmures - Carole Martinez

du_domaine_des_murmures Gallimard - août 2011 – 208 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2011

Quatrième de couverture :
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et son souffle parcourra le monde jusqu'en Terre sainte.
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d’une sensualité prenante.

Auteur : Carole Martinez, née en 1966, a été comédienne avant de devenir enseignante. Son premier roman, Le cœur cousu (2007) a connu un grand succès de librairie et a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Renaudot des lycéens et le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs.

Mon avis : (lu en novembre 2011)
J'avais beaucoup aimé son livre précédent "Le cœur cousu". J'ai pu emprunter celui-ci à la bibliothèque le vendredi précédent l'annonce du Prix Goncourt des Lycéens... J'avais également entendu Carole Martinez à la Grande Librairie raconter la naissance de ce livre.
Cette histoire se déroule à la fin du XIIe siècle, en Franche-Comté, au domaine des Murmures. Esclarmonde est une jeune fille de quinze ans qui ose dire « non ». Esclarmonde ne veut pas épouser l'homme que son père lui destine. Elle trouve Lothaire violent, « gorgé de rage et d'ambition ». Le jour des fiançailles officielles, Esclarmonde refuse de dire « oui ».
« Jamais fille d'ici n'avait osé pareil affront. 
Et, sachant qu'un tel acte ne me serait pas pardonné, j'ai sorti le petit couteau que je tenais caché sous ma robe d'apparat et, prenant pour modèle Ode, la future sanctifiée, je me suis tranché l'oreille. M'adressant alors à l'archevêque, j'ai déclaré que je m'étais déjà offerte au Christ, mais que personne jusqu'ici n'avait voulu l'entendre, tant il est dur pour une fille d'être écoutée même d'un père juste et aimant. »
C'est la première fois, qu'Esclarmonde dit non à l'évêque, à son père, à son futur fiancé.
Elle demande alors à devenir une recluse dans le château de son père.
« J'ai ajouté que Christ voulait que ma dot servît à lever une chapelle en pierre aux Murmures et qu'on aménageât, contre ses murs, un réduit où l'on m'enfermerait à jamais. Dieu avait d'autres projets pour moi que ces noces avec Lothaire. La chapelle, une fois construite, serait dédiée à Sainte Agnès et, depuis ma tombe, je prierais, à la fois vivante et morte, pour tous ceux que je venais par mon refus d'offenser. »
La construction de la chapelle, puis de son tombeau dureront deux ans. Et c'est le jour pour Esclarmonde de rentrer dans sa tombe. « Qu'il faisait doux au matin de ma mort ! », voilà comment elle évoque le jour de son enfermement. 
Après une célébration, la bénédiction de l'évêque, Esclarmonde est conduite et enfermée dans sa cellule. Ensuite la porte est murée. Après quatre jours de jeûne et d'obscurité, Esclarmonde sera autorisée à ouvrir le volet de sa fenestrelle grillée, ouverture lui permettant d'être nourrie et de parler avec ceux qui viennent la rencontrer.
Et contrairement à ce qu'elle avait imaginé ce n'est pas la solitude qui occupe sa vit de recluse... Beaucoup de voyageurs font le détour pour venir la rencontrer et Esclarmonde découvre le monde à travers toutes ces rencontres...
A travers cette histoire de recluse,
Carole Martinez évoque des thèmes variés comme celui de la femme, de la religion, des croyances populaires, des Croisades, de l'amour d'un père pour sa fille...
Cette histoire se lit comme un conte, l'écriture est superbe, pleine de poésie et de beauté, je me suis laissée porter par la narration d'Esclarmonde.

Elles ont également aimé ce livre, Canel, Clara, Isabelle, Aifelle, Gambadou, Sandrine.

Extrait : (page 17)
Je suis l'ombre qui cause.
Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.
Je suis la vierge des Murmures.
A toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l'espoir des emmurées.

En cet an 1187, Esclarmonde, Damoiselle des Murmures,
prend le party de vivre en recluse à Hautepierre, enfermée
jusqu'à sa mort dans la petite cellule scellée aménagée pour elle
par son père contre les murs de la Chapelle qu'il a bâtie sur
ses terres en l'honneur de sainte Agnès, morte en martyre à
treize ans de n'avoir pas accepté d'autres époux que le Christ.

J'ai tenté d'acquérir la force spirituelle, j'ai rêvé de ne plus être qu'une prière et d'observer mon temps à travers un judas, ouverture grillée par où l'on m'a passé ma pitance durant des années. Cette bouche de pierre est devenue la mienne, mon unique orifice. C'est grâce à elle que j'ai pu parler enfin, murmurer à l'oreille des hommes et les pousser à faire ce que jamais mes lèvres n'auraient pu obtenir, même dans le plus doux des baisers.
Ma bouche de pierre m'a offert la puissance de la sainte. J'ai soufflé ma volonté depuis la fenestrelle et mon souffle a parcouru le monde jusqu'au portes de Jérusalem. Mes yeux, dans la tombe entrouverte, ont suivi les croisés en route vers Saint-Jean-d'Acre, jadis nommée Ptolémaïs.
Mais ma voix a déplu, on me l'a arrachée. Et les phrases avalées, les mots mort-nés m'étouffent. La foule des peines souterraines me tourmente.

Déjà lu de cette auteur :
coeur_cousu Le cœur cousu

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Rentrée Littéraire 2011
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21/21

Challenge Prix Goncourt des Lycéens2011

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chez Enna

 

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