famille_mod_le Albin Michel – août 2011 – 544 pages

traduit de l'américain par France Camus-Pichon

Titre original : Model Home, 2010

Quatrième de couverture :
« Deux jours après que sa voiture – une Chrysler LeBaron avec sièges en cuir et options haut de gamme – eut disparu de l’allée du garage, Warren Ziller longeait discrètement les demeures cossues de ses voisins, s’appliquant à boiter au même rythme que son chien. »
Après La Musique des autres, recueil de nouvelles inventives et déroutantes, Eric Puchner réussit un premier roman saisissant de drôlerie et d’intelligence. Sur le ton de la tragicomédie, il raconte la chute de la famille Ziller, et plus particulièrement du père, Warren, qui a délaissé le bonheur paisible du Wisconsin pour la Californie du rêve américain. Mais rien ne se passe comme prévu et Warren ne peut avouer à sa femme et à ses trois enfants qu’il a investi toutes leurs économies dans un projet immobilier qui vient de tourner au désastre… Un mensonge qui ne sera pas sans conséquences.
Au cœur de ce fiasco, entre hilarité et désespoir, Puchner fait preuve d’une parfaite maîtrise du récit. Caustique et brillant, Famille modèle nous offre un portrait original et émouvant de la condition humaine.

Auteur : Professeur de littérature à l’université, Eric Puchner est l’auteur de La Musique des autres (2008), un recueil de nouvelles très remarqué.
Famille modèle, son premier roman, a été unanimement salué par la critique américaine en 2010.

Mon avis : (lu en octobre 2011)
C'est encore l'histoire d'une famille américaine, une famille attachante, mais plutôt originale...
La « Famille modèle », c'est la famille Ziller. Le père c'est Walter lorsque l'histoire commence il vient de se faire saisir sa voiture car il a investi toutes les économies de la famille dans un projet immobilier « foireux »... Et il n'a pas encore eu le courage de l'avouer à sa famille...
La mère Camille travaille comme réalisatrice de spots publicitaires sur la contraception.
Le fils aîné, Dustin est un garçon intelligent, beau et charmeur, il se prépare à partir à l'université. Avec des amis, ils ont créé un groupe de musique. Dustin s'imagine devenir un jour une star du punk. La fille de la famille, c'est Lyle, elle est toujours dans ses livres. Elle n'aime pas la Californie et la plage car sa peau de rousse ne lui permet pas de s'exposer au soleil. Elle est en conflit avec ses parents.
Le petit frère, Jonas est le mal-aimé, il a des idées étranges et morbides et qui s'habille en orange de la tête aux pieds. Et pour terminer, il y a le vieux chien de la famille Mister Leonard.
Le lecteur va suivre durant presque deux ans les tribulations de la famille Ziller, les déboires du père vont rejaillir sur toute la famille et entraîner sa chute...
C'est un livre qui se lit facilement, le style est fluide, le ton enjoué, la famille est attachante et j'ai été à la fois inquiète et pressée de connaître le dénouement de l'histoire pour savoir comment chacun des membres la famille Ziller allait pouvoir se sortir des problèmes et des tuiles que la famille avait accumulées... Je vous engage donc à découvrir ce premier roman.

Extrait : (début du livre)
Deux jours après que sa voiture – une Chrysler LeBaron avec sièges en cuir et options haut de gamme – eut disparu de l'allée du garage, Warren Ziller longeait discrètement les demeures cossues de ses voisins, s'appliquant à boiter au même rythme que son chien. Le brouillard qui enveloppait
Buggy Whip Lane embuait ses lunettes. On était en juin, mois des matins brumeux ; les lianes des bougainvillées grimpaient à l'assaut des poteaux télégraphiques, accrochées aux fils telles des guirlandes de Noël. Warren tirait sur la laisse de Mister Leonard, s'efforçant de suivre l'allée cavalière en bordure de la route. Une rassurante odeur de crottin montait des copeaux de bois à ses pieds. Il passa devant chez les Hathaway, les Wong, les Dunkirk, les Temple et les Starchild aux maisons blanches comme des dents, que seuls un cactus solitaire, un cerf en bronze dans le jardin ou une planche de surf appuyée au mur distinguaient de leurs voisines. Ces planches de surf étaient fascinantes. On les croyait prêtes à tomber, et elles restaient debout. Après trois ans dans le quartier, leur vue lui donnait encore le frisson. Lorsqu'il tentait de définir ce que la Californie représentait pour lui, la distance incommensurable qu'il avait parcourue depuis leWisconsin, Warren pensait toujours à ces magnifiques jouets en équilibre instable.
Mister Leonard s'immobilisa sur l'allée cavalière pour inspecter un rocher et se mit à chantonner. Une mélopée déchirante, comme pour inciter le rocher à chanter en duo avec lui. L'animal était vieux et perclus d'arthrite, mais l'idée qu'il puisse perdre la raison n'avait pas effleuré Warren. Pour un chien, il paraissait intelligent et plein de ressources, capable de retrouver les chaussures perdues ou d'ouvrir les portes d'un coup de patte.
« Vous n'avez rien remarqué d'anormal chez Mister Leonard ? » demanda Warren en rentrant chez lui. Les enfants étaient assis ensemble autour de la table de la cuisine, sûrement un effet du hasard. Une odeur de pieds et de McDo flottait dans la maison. Mister Leonard boitilla jusqu'à son écuelle et contempla sa maigre ration de croquettes.
« Mis à part le fait de chanter devant les rochers ? » répondit Lyle qui se coupait les ongles dans une chaussure de sport posée sur le sol. La sienne, apparemment.
« Donc tu as remarqué ?
– Devant chaque rocher. C'est plus fort que lui.
– Quelqu'un lui a peut-être donné du LSD, suggéra Jonas.
– Ça m'étonnerait, dit Warren.
– Est-ce qu'il saute par les fenêtres en croyant qu'il va s'envoler ? »
Dustin s'esclaffa. « C'est un mythe.
– Ah bon, les chiens ne volent pas ? » ironisa Lyle en posant son coupe-ongles sur la table.
Camille, la femme de Warren, leva les yeux de son évier.
« Je ne trouve pas ça drôle.
– Moi je trouve ça fabuleux, répliqua Dustin. Qu'il puisse rencontrer l'amour si tard dans l'existence.
– Au Vietnam, intervint Jonas, on tue les chiens quand ils ne servent plus à rien et on les mange. Il y a une recette de “chien aux sept sauces”.
– Ça suffit, les garçons ! s'écria Camille.
– Oui, approuva Lyle. Mister Leonard vous entend. »
Conscient qu'on parlait de lui, l'animal s'approcha de la table en traînant la patte et en agitant la queue. Dustin se pencha vers lui.
« Il y a si longtemps que je t'aime. Voyons à quelle sauce je vais te manger. »
Venant s'accroupir près de Mister Leonard pour lui caresser la tête, Camille foudroya ses enfants du regard. « J'espère que vous regretterez toutes ces moqueries, quand ce sera votre tour de chanter devant les rochers. »
Un silence coupable s'installa autour de la table. Warren eut pour une fois l'occasion d'observer ses trois enfants.
Dustin, sur le point d'entrer à l'université et torse nu comme à son habitude, engloutissait un Egg McMuffin qu'il avait dû acheter en revenant de sa séance matinale de surf, et se préparait pour une nouvelle journée de répétitions assourdissantes dans le garage avec son groupe. Lyle, seize ans, rouquine et misanthrope, portait un T-shirt avec l'inscription MORT AUX SANDWICHS en travers de la poitrine, dernière protestation en date contre les campagnes publicitaires de l'industrie agroalimentaire. Jonas, onze ans et obsédé par la mort…Que dire de Jonas ? Chaque matin il emplissait son bol de muesli, puis passait cinq minutes à enlever tous les raisins secs et les morceaux de dattes avant d'en recouvrir les céréales. Il préférait savoir où ils étaient, pour «ne pas tomber dessus parsurprise ». Ce jour-là il avait revêtu un coupe-vent orange sur un T-shirt de la même couleur. Le cœur de Warren se serra ; le désespoir le gagna. Il jeta un coup d'œil sous la table : jean de velours orange et, bien visibles, dépassant des mocassins de bateau, deux chaussettes couleur corail.
« Jonas, tu es orange des pieds à la tête. »
L'intéressé opina du chef.
« Il affirme sa personnalité », déclara Lyle.
Dustin donna à Jonas une tape sur l'épaule. « Bravo, grâce à toi les autres membres de la famille se sentent normaux. »
Warren regarda son fils orange retirer les raisins secs de son muesli. Il avait assez de soucis comme ça sans s'inquiéter pour la santé psychique de Jonas. « Tu ressembles à une carotte.
– Merci », répondit poliment Jonas.
Warren fronça les sourcils. Il prit la première page du journal et se trouva face à Mandy Rogers, la fillette handicapée mentale qui avait disparu de l'école. Les recherches duraient depuis deux semaines. Sa photo était placardée dans toute la ville : un visage lisse, genre marsouin, qui vous souriait sous un chapeau de cow-boy. Inquiétant et omniprésent. Chaque jour, pour aller au bureau, Warren passait en voiture devant la maison des Rogers et son escadron de camions hérissés d'antennes paraboliques.
« Si seulement on retrouvait le cadavre de cette malheureuse…
– Qui te dit qu'elle est morte ? lança Camille. Tu ne pourrais pas être un peu moins morbide…
– Parce que tu crois qu'elle a fait une fugue ?
– C'est vrai, maman, renchérit Lyle. Tu crois qu'elle attend au bureau des objets trouvés ?
– Et si c'était le type qui a volé la Chrysler ? suggéra Dustin.
– Ça m'étonnerait. Les voleurs de voitures ne kidnappent pas les enfants. »
Warren prononça ces mots sans ciller. Alors que les voisins laissaient leurs planches de surf sans surveillance dans le jardin, sa famille l'avait cru sur parole quand il avait annoncé qu'on venait de leur voler la Chrysler. Tout avait paru si facile que c'en était affligeant. Un coup de téléphone bidon à la police, un tour en ville pour porter plainte. (En réalité, il avait passé l'après-midi au bureau.) Il avait endormi leurs soupçons en évoquant les bandes de malfaiteurs qui sévissaient dans les résidences sécurisées, où tout le monde savait que les gens laissaient les clés sur leur voiture. Il avait traité les familles d'Herradura Estates de « doux rêveurs ».
À vrai dire, il avait nié l'évidence pour la Chrysler. Il espérait – bien qu'il n'ait pas fait un seul versement en six mois, ignorant les rappels de plus en plus secs et menaçants – que la société de recouvrement l'oublierait. Au lieu de quoi elle avait envoyé quelqu'un la nuit, pendant qu'il dormait.
Quand il était sorti dans l'allée avec Mister Leonard, il ne restait qu'une tache d'huile à l'emplacement de la voiture. Cette tache était le signe avant-coureur des ennuis à venir. Les meubles allaient suivre, le nouveau lave-linge Maytag, et même la maison. Dustin termina son petit-déjeuner, lécha la sauce qui avait coulé sur son poignet. Réflexe si enfantin, si innocent et spontané que Warren ravala son angoisse. Il protégerait cette innocence quoi qu'il lui en coûte. S'il fallait mentir à sa famille jusqu'à ce qu'il trouve le moyen de sortir de ce pétrin, il mentirait.

 

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Rentrée Littéraire 2011
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7/50 : Wisconsin
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Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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