Challenge Destination Cuba : 15 octobre 2011
proposé par evertkhorus
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Albin Michel – août 2007 – 286 pages

10/18 – janvier 2011 – 286 pages

traduit de l'espagnol par Bernard Cohen

Titre original : El Nido de la Serpiente, 2006

Quatrième de couverture :
Dans le Cuba délabré des années soixante, coincé entre désir de liberté et volontarisme castriste, un jeune garçon fait l’apprentissage de la vie. Le sexe, la violence, mais aussi la soif de culture et le désir d’écrire vont constituer le matériau d’une œuvre à venir, unique et fulgurante. Celle de Pedro Juan Gutiérrez, un des plus grands écrivains cubains contemporains.

Auteur : Né en 1950 à Cuba, Pedro Juan Gutiérrez a exercé différents métiers - marchand de glaces, coupeur de canne à sucre, dessinateur industriel... Avec Trilogie sale de La Havane, il rencontre un succès international. Son deuxième livre, Animal tropical, a quant à lui remporté, parmi cent treize romans candidats, le prestigieux prix Alfonso Garcia-Ramos. Également sculpteur et poète, Pedro Juan Guttiérrez collabore aujourd'hui à plusieurs revues en Amérique latine et aux États-Unis, et vit toujours à La Havane. Après Le Roi de La Havane, il publie Le Nid du serpent.

Mon avis : (lu en octobre 2011)
Lorsque qu'il m'a fallu choisir un livre cubain ou sur Cuba, je me suis rendu compte que je ne connaissais aucun auteur cubain... J'ai donc choisi ce livre un peu par hasard.
Une note de l’auteur est présente au début du livre « Ce livre est une œuvre de fiction. Les situations et personnages que l’on y trouvera sont purement imaginaires. »
Pourtant après lecture du livre et en comparant la biographie de Pedro Juan Gutiérrez, cela ressemble beaucoup à des souvenirs autobiographiques… La date de naissance, le prénom, la profession correspondent.
Le narrateur, Pedro Juan, raconte son adolescence à Cuba, en 1965, il a quinze ans. En toile de fond, les premières années de la révolution castriste. « Personne ne comprenait vraiment ce qui se passait et où on allait avec ce merdier. La ville était comme un bateau à la dérive qui donne de la bande dans la tempête. » Tous les commerces et industries ont été nationalisés, c’est l’abolition de la propriété privée, tous les étrangers ont quitté le pays.
Pedro Juan a la nostalgie d’avant. « Dès l’âge de huit ans, j’avais découvert près de chez nous une bibliothèque publique absolument parfaite, et sans personne ou presque. C’était un monde à part, le moyen rêvé d’oublier tout le merdier ambiant. Il y avait l'air conditionné, ça sentait la lavande. Je lisais des tas de livres à la fois, mais je les choisissais au pif. Une main magique me guidait le long des rayonnages jusqu'à Truman Capote, Faulkner, Erskine Caldwell, Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Nietzsche, Wright Mills, Sherwood Anderson, Carson McCullers, Hermann Hesse, Dos Passos, Hemingway. Que des écrivains tourmentés par leurs obsessions et leurs fantasmes. »
Dans les années cinquante, il a eu accès à la culture grâce à deux oncles « Avec eux, et leur famille, j’ai appris à apprécier la musique classique, à comprendre le théâtre et le ballet, à passer de longs moments au Musée national, à baragouiner un peu d’anglais et même à me servir d’une fourchette, d’un couteau et d’une serviette. »
« Et le cinéma : au cours des années 50, j’ai vu tous les grands films américains. Les salles de la ville passaient six ou sept titres différents par semaine, et l’entrée ne coûtait presque rien. Ensuite, quand il a été décidé que le cinéma de l’ennemi ne devait plus être regardé, nous avons commencé à avoir plein de films européens. »
Depuis, la vie a changé, « Contrôle ! Discipline ! Ordre ! C’est comme ça, maintenant. »
« Cette double vie entre la rue et la bibliothèque me plaisait bien. Elle m'éloignait de mon étouffante maison, pour commencer. Je n'avais personne à qui parler de mes lectures. Autour de moi, personne ne lisait. Les adultes étaient ennuyeux à crever, ils ne parlaient que politique. C'était le seul horizon. Un aveuglement total, asphyxiant, auquel j'étais obligé de tourner le dos. »
Bientôt, Pedro Juan devra partir faire ses trois ans de service militaire. « La vie militaire était trop. Six mois à couper la canne, puis six mois d'entraînement pour gladiateurs, avec manœuvres en montagne, exercices de tir, séances de sport. »

L’écriture est choquante, violente, outrancière. Le style est oral, vulgaire, il y a beaucoup d’argot et le sujet de prédilection de l’auteur est le s-e-x-e… C’est comme une obsession, cela commence dès le premier chapitre sur plus de cinq pages et cela revient très très fréquemment.
Ce côté cru m’a vraiment gênée au début du livre, surtout que je ne m’y attendais pas. Mais plus le livre avance et on comprend que cela n’est pas gratuit... En effet pour Pedro Juan, le s* c’est l’ultime espace de liberté qui lui reste dans ce pays étouffé par le régime de Castro.
Mise à part cela, ce livre est très intéressant pour connaître la vie des Cubains à cette époque. Pedro Juan est vraiment attachant et surprenant.
Belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Je voulais être quelqu'un dans la vie. Pas la passer à vendre des glaces. Je me suis dit que la solution serait peut-être d'apprendre un métier. Quelque chose qui me serve à embobiner les gens. Et je me suis lu Comment briller en public et se faire des amis, de Dale Carnegie. C'est ça, la clé : entortiller les autres. Les séduire. Celui qui sait parler se retrouve toujours du bon côté du manche. C'est pour ça que les niais crèvent en trimant et ne connaissent jamais rien d'autre, alors que les beaux parleurs font carrière dans la politique et deviennent présidents.
Ce livre de Carnegie, il m'avait été donné par un oncle qui était allé à Miami. Toute une caisse de vieux bouquins. Le Pouvoir de la volonté, L'Hypnose dans la vie quotidienne, Hymnes et psaumes de l'Église scientifique du Seigneur, Histoire de la police montée du Canada, Apprenez à photographier votre famille, Bibliothèque abrégée du Reader's Digest... Le truc sur l'hypnose me plaisait beaucoup ; il prétendait qu'on pouvait hypnotiser tout le monde autour de soi et vivre comme un roi sans jamais en branler une. C'était parfait, ça : séduire avec la langue, hypnotiser avec l’esprit. Le chariot de glaces pesait très lourd, et le soleil, et la sueur… J’avais quinze ans mais j’étais grand et fort pour mon âge. Je disais : « J’ai vingt ans », et on me croyait. C’était plus facile pour tout.
A cette époque, mes amis me surnommaient « Suce-Mémé », « le Charognard », « le Chacal ». Je ne l’avais pas volé à force de m’exhiber. « La prochaine fois, je dois être plus malin », je me disais, « ça suffit de se donner en spectacle avec de vieilles putes ! » par la suite, j’ai appris à être plus discret, à vivre seul et sans que quiconque connaisse mes secrets.

Pour découvrir quelques photos de Cuba :  Destination Cuba - carnet de voyage

 

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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