le_premier__t_ Éditions du Rouergue – août 2011 – 162 pages

Quatrième de couverture :
Deux sœurs se retrouvent une fin d’été en Haute-Saône, afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Depuis longtemps, Catherine, la benjamine, se tient loin de ce village… Pourtant, chaque coin de rue ou visage croisé font surgir en elle des souvenirs précis et douloureux. Sa sœur aînée a fondé une famille, elle, non. Devenue libraire, c’est une femme solitaire.
A l’adolescence déjà, elle passait ses heures dans les livres. Mais pour ce qu’elle a vécu ici, l’été de ces seize ans, l’été de sa lecture du Grand Meaulnes, « il n’y a pas eu de mots. Il n’y en a jamais eu, ni avant, ni après. » Quinze années ont passé, et personne n’a jamais su quel secret la tenaillait depuis tout ce temps, le drame dont elle a
peut-êtreété coupable.
C’est une histoire d’innocence et de cruauté que nous raconte Anne Percin. Belle et implacable à la fois, comme tous les crève-cœurs de l’enfance.

Auteur : Née en 1970 à Epinal, Anne Percin grandit à Strasbourg qu'elle quitte à 25 ans pour Paris, où elle commence à enseigner le français en collège. Marquée dans l'enfance par la lecture de Colette, elle cherche à revenir vivre à la campagne, un rêve accompli en 2003 où elle s'installe en Bourgogne avec son compagnon, l'écrivain Christophe Spielberger et leur enfant. Elle vit actuellement en Saône et Loire. Son premier roman pour adultes, Bonheur fantôme (la brune, 2009) a reçu le Prix Jean Monnet des jeunes lycéens européens.

Mon avis : (lu en septembre 2011)
Difficile de faire un billet sur ce livre sans en dire trop…
Le livre commence sur « une croix, plantée à la sortie du village. », « C’est juste un lieu, une borne, un espace délimité pour fixer le souvenir du drame qui s’est joué là, il y a quinze ans. Un drame auquel je n’ai pas assisté. Un drame dont je ne suis peut-être pas responsable. »
Catherine, la narratrice et sa sœur aînée Angélique sont de retour au village de Haute-Saône où vivaient leurs grands-parents et où elles venaient tous les étés durant les vacances. Elles sont venues vider la maison après le décès des grands-parents. C’est l’occasion pour les deux sœurs d’évoquer leurs souvenirs d’enfance et d’adolescence dans cette maison, dans ce village où elles se joignaient aux jeunes des lieux ou de la colo pour des après-midi à la piscine ou des soirées de bal…

Mais Catherine a un souvenir amer de l’été de ses seize ans et quinze ans après elle avoue à sa sœur un terrible secret dont elle n’a jamais parlé à personne. Un secret qui la ronge depuis tout ce temps…
Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue car Anne Percin prend le temps de planter le décor, de décrire l’atmosphère de cet été particulier, avant d’aborder lentement le cœur de l’intrigue.

C’est un roman sur l’adolescence à la fois bouleversant et dérangeant. Dans cette histoire, il y a également des clins d’œil musicaux : les deux sœurs sont des lectrices de Podium et cela permet de dater l’époque, ainsi « c’était l’été où Étienne Daho chantait Tombé pour la France »… Je suis de la même époque !
J’ai beaucoup aimé ce livre car j’ai été cueillie par l’histoire et à aucun moment, je n’ai pu imaginer le drame annoncé…

Extrait : (début du livre)
C’est une croix, plantée à la sortie du village. Je l’ai encore vue ce matin, en allant à la déchetterie. Elle est toujours là, au bord de la route. Longtemps, je n’ai pas osé tourner la tête de ce côté-là de la départementale. Lorsqu’on arrivait au village, je fixais les champs, la montagne un peu plus loin, le ciel, la vieille publicité Dubo, Dubon, Dubonnet peinte en bleu sur le pignon d’une maison.
Cette fois, je me suis arrêtée tout près d’elle, sans sortir toutefois de la voiture, laissant le moteur tourner.
J’ai regardé les fleurs, toujours les mêmes à en juger par leur usure. Ce sont des fleurs en plastique aux couleurs fanées qui tirent toutes vers le rose, exactement comme les photos qui restent trop longtemps au soleil, à croire que le rose est la couleur originelle de toute chose. On devine ce qu’elles ont été : des bouquets serrés de faux lys, d’orchidées, de freesias, le tout en nylon, noué contre le bois de la croix. Certains pétales sont déchirés, mangés par des bêtes ou par l’humidité.
La croix est surmontée d’un toit fait de deux planchettes. Le tout est couvert de mousse. Au sommet, pend une pochette en plastique qui a contenu une photographie. Le plastique a moisi, la photo est probablement décolorée comme les fleurs. Je n’ai pas eu le courage de l’extraire de la pochette. Je connais le visage qu’elle montre, mais le regarder est au-dessus de mes forces. Je préfère penser qu’elle est trop délavée pour qu’il soit reconnaissable.
Des coquelicots poussent dans les ornières, derrière la croix.
Ce n’est pas une tombe. Pas plus que ne le sont, sur les bords des nationales, les silhouettes noires découpées dans le métal, sur les sites des accidents meurtriers. C’est vide, ça ne contient rien, ça ne protège rien. C’est juste un lieu, une borne, un espace délimité pour fixer le souvenir du drame qui s’est joué là, il y a quinze ans. Un drame auquel je n’ai pas assisté. Un drame dont je ne suis
peut-être pas responsable.

 

Challenge 1%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
7/7