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Le Cherche Midi – mars 2006 – 765 pages

10/18 – avril 2008 – 1045 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard

Titre original : The Time of our Singing, 2003

Quatrième de couverture :
En 1939, lors d'un concert de Marian Anderson, David Strom, un physicien juif allemand émigré aux États-Unis pour fuir les persécutions nazies, rencontre une jeune femme noire, Delia Daley.
Ils se marient et élèvent leurs trois enfants dans le culte exclusif de la musique, de l'art, de la science et de l'amour universel, préférant ignorer la violence du monde autour d'eux.
Cette éducation va avoir des conséquences diverses sur les trois enfants. Jonah devient un ténor de renommée mondiale, Ruth va rejeter les valeurs de sa famille pour adhérer au mouvement de Black Panthers, leur frère Joseph tentera de garder le cap entre l'aveuglement des uns et le débordement des autres, afin de préserver l'unité de sa famille en dépit des aléas de l'histoire.
Avec des personnages d'une humanité rare, Richard Powers couvre dans cet éblouissant roman polyphonique un demi-siècle d'histoire américaine, nous offrant, au passage, des pages inoubliables sur la musique. Le Temps où nous chantions a été élu meilleur livre de l'année par The NewYork Times et The Washington Post.

Auteur : Richard Powers est né en 1957 aux États-Unis. Trois fermiers s'en vont au bal, son premier roman, a valu à l'auteur d'être cité par le magazine Esquire comme l'un des trois plus grands auteurs de la décennie, aux côtés de Martin Amis et de Don DeLillo. Richard Powers a écrit depuis une dizaine d'autres ouvrages, dont Le temps où nous chantions, élu meilleur livre de l'année 2003 par le New York Times et le Washington Post. Il vit aujourd'hui dans l'Illinois. Son dernier roman, La Chambre aux échos, couronné par le National Book Award, a paru en 2008 aux éditions du Cherche Midi.

Mon avis : (lu en août 2011)
Je voulais absolument lire ce livre qui m'avait été plusieurs fois conseillé. Mais ce livre est énorme au moins pour son poids, plus de 1000 pages en poche... Je préférais donc me le réserver pour les vacances plutôt que pour mes voyages quotidiens en train.
Ce livre est vraiment formidable et passionnant. Il raconte l'histoire d'une famille américaine durant plus de soixante ans. Tout commence en 1939 avec la rencontre de Delia Daley et David Strom lors d'un concert de Marian Anderson. Delia Daley est une jeune femme noire. David Strom est un physicien juif allemand qui a fuit le nazisme. Ils ont une passion commune : la musique. Et n'écoutant que leur cœur, sans tenir compte des conventions de l'époque, ils vont s'aimer, se marier et élever leurs trois enfants Jonah, Joseph et Ruth avec l'amour de la musique, des arts et des sciences. Delia et David veulent protéger leurs enfants de la violence du monde extérieur. Jonah fera une carrière de ténor, Ruth adhérera au mouvement de Black Panthers par opposition à sa famille et Joseph cherchera a préserver l'unité de la famille en étant proche tour à tour avec son frère ou sa sœur.
Les relations entre parents et enfants ou entre frères et sœur sont souvent difficiles, il est question de mixité, de racisme blanc-noir, noir-blanc, de métissage... L'Histoire est également partie prenante de cette fresque familiale. Sans oublier la Musique et le Chant qui font vibrer le livre et enchante le lecteur. Une très très belle découverte, qui me donne envie de découvrir "Trois fermiers s'en vont au bal" le premier livre de Richard Powers.

Extrait : (début du livre)
Décembre 1961
Quelque part dans une salle vide, mon frère continue de chanter. Sa voix ne s'est pas encore estompée. Pas complètement. Les salles où il a chanté en conservent encore l'écho, les murs en retiennent le son, dans l'attente d'un futur phonographe capable de les restituer.
Mon frère Jonah se tient immobile, appuyé contre le piano. Il a juste vingt ans. Les années soixante ne font que commencer. Le pays finit de somnoler dans sa feinte innocence. Personne n'a entendu parler de Jonah Strom en dehors de notre famille – du moins ce qu'il en reste. Nous sommes venus à Durham, en Caroline du Nord, nous voilà dans le vieux bâtiment de musique de l'université de Duke. Il est arrivé en finale d'un concours vocal national auquel il niera par la suite s'être jamais inscrit. Jonah se tient seul à droite du centre de la scène. Il se dresse sur place, il tremble un peu, se replie dans le renfoncement du piano à queue, c'est le seul endroit où il soit à l'abri. Il se penche en avant, telle la volute réticente d'un violoncelle. De la main gauche, il assure son équilibre en s'appuyant sur le bord du piano, tout en ramenant la droite devant lui, comme pour tenir une lettre étrangement égarée. Il sourit : sa présence ici est hautement improbable, il prend une inspiration et chante.
Pendant un moment, le Roi des Aulnes est penché sur l'épaule de mon frère, il lui murmure une bénédiction mortelle. L'instant d'après, une trappe s'ouvre dans les airs et mon frère est ailleurs, il fait naître Dowland du néant, un zeste de culot enchanteur pour ce public amateur de lieder, abasourdi, sur lequel glissent des rets invisibles :

Le temps s'immobilise et contemple cette jeune femme au beau visage,
Ni les heures, ni les minutes ni les ans n'ont de prise sur son âge.
Tout le reste changera, mais elle demeure semblable,
Jusqu'à ce que le temps perde son nom, et les cieux reprennent leur cours inévitable.

Deux couplets, et son morceau est terminé. Le silence plane dans la salle, il flotte au-dessus des sièges comme un ballon à l'horizon. L'espace de deux mesures, même respirer est un crime. On ne saurait survivre à cette surprise, sauf en la chassant à coups d'applaudissements. La bruyante reconnaissance des mains relance le temps, la flèche file vers sa cible, et mon frère vers ce qui l'achèvera.

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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Lu dans le cadre du Défi des Mille organisé par Fattorius

 

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3/50 : Pennsylvanie
Delia Daley est originaire de Pennsylvanie