Lu dans le cadre du partenariat bibliofolie_2011_logo_1501 et Points

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Phébus - janvier 2010 – 336 pages

Points – mars 2011 – 315 pages

Libra Diffusio – janvier 2011 – Grands Caractères

traduit de l'anglais (Irlande) par Joseph Antoine

Titre original : Disguise, 2008

Quatrième de couverture : 
L'Allemagne nazie vit ses derniers jours. Maria fuit la capitale, tombeau de son fils Gregor. Dans la foule des réfugiés, sa main saisit celle d'un petit garçon : elle nommera l'orphelin du nom de son enfant défunt. Cet héritage va hanter le garçon sa vie durant et le jeter sur les routes de l'Europe. Persuadé d'être juif, il quitte sa famille adoptive, en quête de ses véritables origines...

Auteur : Hugo Hamilton est né à Dublin en 1953. Auteur du sulfureux Berlin sous la Baltique (2005) et de polars Déjanté (2006), et Triste flic (2003), il rencontre avec Sang impur un succès international (Prix Femina étranger 2004). Hugo Hamilton s'affirme une fois de plus comme l'auteur des enfances perdues, de la quête obsédante des origines et confirme ici qu'il est un des plus importants écrivains irlandais contemporains.

Mon avis : (lu en juillet 2011)
Lorsque Bibliofolie a proposé ce partenariat, je n’ai pas hésité et j’ai été ravie d’avoir été choisie pour ce premier partenariat. En effet, j’ai déjà lu "Sang impur" du même auteur, un livre autobiographique très touchant sur son enfance à Dublin dans les années 50.
Dans « Comme personne », Hugo Hamilton nous raconte l'histoire de Gregor, petit rescapé de la Seconde Guerre Mondiale, il a été adopté par Maria Liedmann qui fuyait Berlin après avoir perdu son fils âgé de trois ans dans un bombardement. « Il venait de trouver sa mère, et elle avait retrouvé le fils qu'elle avait perdu. » Mais Maria a promis à son père, Emil de ne jamais révéler à quiconque qu’il n’est pas son fils. Pas même à son mari encore sur le front.
Gregor a peu de souvenirs de l'époque, seulement quelques images. Il s'est toujours interrogé sur son passé, il a toujours eu le sentiment d'être juif et que Maria n'était pas sa vrai mère...
Soixante ans plus tard, Gregor a été invité par son ex-femme à la campagne pour participer à la cueillette des pommes avec des amis et son fils. Alternativement, le lecteur va suivre l'histoire de Gregor depuis son arrivée dans la famille Liedmann à l’âge de trois ans et le récit du week-end paisible à la campagne.
Gregor est touchant, toute sa vie, il a été déstabilisé par ce passé plein de mensonges et de non-dits. Il est toujours hanté par la quête de ses origines. Il ne sait toujours pas qui il est. 
Une histoire belle et bouleversante.

Un Grand Merci à Bibliofolie et aux éditions Points pour m’avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
Ils avaient dû être fous de terreur. Ils s’étaient précipités dans les caves en se tenant par la main, hurlant, encore à moitié endormis, se bousculant dans le noir. Les enfants pouvaient percevoir les tremblements des adultes. Ils pouvaient entendre la panique dans leurs voix. Ils pouvaient entendre les hurlements des sirènes traverser les immeubles et le bourdonnement profond de la musique des orgues autour de la ville, lorsque les avions la survolaient.
Quand la première bombe siffla dans les airs, ils se blottirent les uns contre les autres et prièrent.
- c’est notre tour. Que Dieu nous aide.
Ils avaient si peur qu’ils en perdaient leur personnalité. Certains marquaient à la craie les nuits de bombardement sur les murs des caves. Créatures sans défense réfugiées sous terre, se bouchant les oreilles tandis qu’au-dessus d’eux les sombres escadrilles traversaient le ciel nocturne. Par vagues successives entrecoupées de silences mortels. Ils suivaient la chute de chacune des bombes, essayant d’évaluer à quelle distance elle se trouvait. Ils sentaient chaque fois tressaillir la terre, ils sentaient la force de l’explosion dans leurs cheveux, le long de leur crâne. Une explosion qui faisait voler les fenêtres en éclats et aspirait l’ardoise des toitures. Qui fendait les immeubles et les ouvrait en deux, laissant voir une maison de poupée en plan de coupe, révélant le quotidien des habitants, leurs intérieurs bien tenus, leurs lits, leurs commodes, leurs tables et leurs services à thé. Certains périssaient chez eux parce qu’ils avaient tardé à se réfugier dans les caves, ou parce qu’ils avaient décidé de rester et d’ignorer leur peur, se réconfortant avec un dernier verre de vin et leur vain humour noir pendant que le ciel, tel un sapin de Noël, lâchait des pluies d’étincelles. Le phosphore se répandait dans les escaliers, les salles à manger et les chambres où il scintillait le long des murs jusqu’à ce que tout s’enflamme.

Gregor Liedmann dormait dans on lit et jamais il ne se réveilla. Il avait presque trois ans et passa de son rêve à la mort, entouré de ses crayons, du carnet, et du navire en bois que son grand père Emil avait fabriqué pour lui. Sa mère disait qu’il était doué avec les mots. Il avait appris à parler très tôt, savait déjà compter et écrire. De grandes lettres dégringolant vers le coin de la page. Voilà comment il se couchait chaque soir : le carnet sous l’oreiller, entouré des crayons bien taillés que sa mère serait obligée d’enlever avec beaucoup de précaution, comme des baguettes de Mikado, pour ne pas le réveiller.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Irlande

Déjà lu du même auteur :

sang_impur_p Sang impur