18 juin 2011

Arrêtez-moi là ! – Iain Levison

arr_tez_moi_l_ Liana Levi – mars 2011 – 245 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzalez Batle

Quatrième de couverture :
Charger un passager à l'aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi ? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c'est le début des emmerdes... Tout d'abord la cliente n'a pas assez d'argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d'amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens !). Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l'une d'elles déverse sur la banquette son trop-plein d'alcool. La corvée de nettoyage s'avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d'une inconnue !). Après tous ces faux pas, comment s'étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes ? Un dernier conseil : ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer ! Dans ce roman magistral, Levison dissèque de manière impitoyable les dérives de la société américaine et de son système judiciaire.

Auteur : IAIN LEVISON, né en Écosse en 1963, arrive aux États-Unis en 1971. A la fin de son parcours universitaire, il exerce pendant dix ans différents petits boulots, de conducteur de camions à peintre en bâtiments, de déménageur à pêcheur en Alaska ! Tous ces jobs inspireront son premier livre, Tribulations d'un précaire. Le succès arrivera de France avec Un petit boulot et les romans qui suivront.

Mon avis : (lu en juin 2011)
C’est le premier livre que je lis de cet auteur, je l’ai pris un peu par hasard à la Bibliothèque attirée par la couverture jaune du taxi new-yorkais !
Publié en mars 2011, ce livre est dans l’actualité car il nous permet de découvrir le système juridique américain. En effet, un chauffeur de taxi américain sans histoire se retrouve malgré lui inculpé dans une affaire d'enlèvement. Quelle terrible soirée ! Il n’aurait pas du rentrer dans l’appartement d’une cliente pour être payé et toucher à l’une des fenêtres. Il n’aurait pas du nettoyer à la vapeur son taxi après avoir pris en stop deux étudiantes saoules qui ont vomi sur la banquette…
Ce livre se lit comme un policier car le lecteur s’attache à Jeff Sutton et se demande jusque où l'erreur judiciaire va-t-elle l’entraîner et comment va-t-il pouvoir s’en sortir… C’est à la fois plein d’humour et de tension, on découvre l’Amérique des petits, des laissés pour compte.

Extrait : (début du livre)
Ce mardi-là je vais à l’aéroport en fin d’après-midi. Juste après six heures, quand ceux qui voyagent pour affaires ont l’habitude de rentrer. Il y a d’ordinaire une longue file de taxis à la station, tous les chauffeurs le savent, et s’il y a plus de taxis que de clients, vous pouvez attendre là pendant des heures pour rien. C’est pour ça qu’en général je laisse tomber l’aéroport de la gare, et que je ne vais plus à la gare routière depuis des années (si ces gens-là avaient de l’argent pour un taxi ils n’auraient pas pris le car), mais ce soir je me sens en veine.
Et j'en ai. La circulation est fluide, et il n'y a que deux taxis devant moi à la station. L'un des chauffeurs est Charlie White, qui a probablement passé tout l'après-midi là, rien que pour pouvoir être le premier aux arrivés. Charlie conduit depuis trente ans, et sa philosophie est qu'une grosse course vaut mieux qu'une douzaine de petites. Dans les années quatre-vingt il a fait une course de l'aéroport Fort Worth de Dallas jusqu'à Waco, plusieurs centaines de dollars plus le pourboire assorti. Depuis, il traîne à l'aéroport.
Un plein avion de cadres supérieurs sort par les portes automatiques, chacun traînant sa mallette à roulettes. Je réfléchis à l'évolution des styles de bagages quand j'entends ma portière s'ouvrir. Je me retourne et vois une jolie blonde en tailleur marron clair. Je hume un parfum de luxe.
Elle me demande : « Vous connaissez Westboro ?
- Ouais, je connais. » Je sais que c'est à une demi-heure au moins. Ça devrait faire dans les soixante dollars. Je vois Charlie démarrer et je me demande si sa longue attente lui a procuré une aussi bonne course. La plupart des voyageurs ne vont que jusqu'à un hôtel du centre.
Elle jette sa mallette sur le siège, monte, et me donne l'adresse. Puis, comme tout le monde, elle sort son portable.

 Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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16 juin 2011

Un jour glacé en enfer – Anne B. Ragde

un_jour_glac_ Balland – novembre 2010 – 301 pages

 

traduit du norvégien par Hélène Hervieu

 

Quatrième de couverture :
Dans un chalet isolé, perdu dans les montagnes norvégiennes, vit un homme rustre et sauvage, entouré de ses chiens. On ne sait ni comment ni pourquoi "elle" est arrivée là, une jeune femme délicate sans nom ni passé. De ce roman érotique se dégage une atmosphère à la fois poétique et singulière. Entre soumission acceptée, animosité ambiguë et jeux sensuels, le rapport de force homme-femme s'installe progressivement, magnifié par la nature hostile du Grand Nord. Avec la même tension sexuelle que L'Amant de Lady Chatterley et la même puissance que Le Boucher d'Alina Reyes, Anne B. Ragde déploie dans ce roman toutes les nuances de son style et démontre, une nouvelle fois, la force de son écriture.

 

Auteur : Anne Birkefeldt Ragde est née en Norvège en 1957. Auréolée des très prestigieux prix Riksmal (équivalent du Goncourt français), prix des Libraires et prix des Lecteurs pour sa "Trilogie de Neshov", Anne B. Ragde est une romancière à succès, déjà traduite en 15 langues, aux millions d'exemplaires vendus.

 

Mon avis : (lu en juin 2011)

Lorsque j’ai lu Zona frigida, j’ai découvert que j’avais « raté » la parution de ce livre. Voilà l’erreur réparée.

J’avais lu la quatrième de couverture en diagonale et l’image de la couverture aurait du me mettre la puce à l’oreille… J’ai pourtant été surprise dès la première page, car malgré le titre glacial, ce livre est plutôt chaud ou érotique…

C’est l’histoire d’une femme qui vit avec un homme rustre dans la forêt norvégienne. Nous ne savons rien du passé de la jeune femme et pourquoi elle est arrivée là. Tout deux cohabitent et s’occupent d’un élevage de chiens de traineau. La relation qu’il existe entre les deux êtres est particulière, elle accepte avec soumission les assauts sexuels de son compagnon. L’auteur décrit avec beaucoup de lenteur la vie de ce couple, la nature fait partie intégrante de l’histoire, elle est rude, le froid, l’hiver donnent  une atmosphère spéciale, un peu inquiétante au roman.

Dans la Trilogie des Neshov, nous avions beaucoup appris sur l’élevage des cochons, après la lecture de Un jour glacé en enfer l’élevage des chiens de traîneaux n’a presque plus de secrets pour le lecteur…

Ce livre d’Anne B. Ragde se lit plutôt facilement mais j’avoue que c’est celui que j’ai le moins aimé.

 

 

 

Extrait : (début du livre)
Elle a débarqué dans un endroit si boueux que ses chaussures de ville ne lui sont plus d’aucune utilité et qu’elle a dû enfiler une paire de gros sabots, un endroit où elle ne peut plus porter ses vêtements noirs d’avant. C’est pourquoi il lui a acheté une combinaison de travail rouge à manches longues, un modèle bon marché. Elle n’est jamais venue dans un endroit comme celui-ci, n’a jamais connu un homme comme lui, n’aurait jamais cru qu’elle serait capable de coucher avec quelqu’un aux mains si crasseuses et au jean si crotté, un homme taciturne qui n’ouvre la bouche que pour parler de ses chiens.
Elle déplace le dernier sac de croquettes et le range à côté des autres. Voilà. Maintenant, le passage est dégagé.
- C’est pas à toi de traîner ces gros sacs, lui dit-il dans son dos.
Elle ferme les yeux.

Prends-moi par derrière, là, tout de suite, enlève ce que j’ai sur le dos et […]
- Mais j’y arrive très bien, proteste-t-elle en se redressant.
Il croise son regard.
- Ce genre de corvée, c’est moi qui m’en charge. Qu’est-ce-que t’as ? Tu chiales ?
- Non, pourquoi ça ?
- T’as les yeux qui brillent.

Son regard s’attarde sur le dos de l’homme qui se dirige vers les enclos et elle entend les aboiements des trente-deux chiens de traineau se propager à la vitesse d’un feu de brousse. Dès que l’un d’eux aperçoit le maître, il se met à aboyer et entraîne tous les autres. Elle n’en revient pas que certains chiens soient capables de faire la différence entre différents types d’aboiement. Parfois, alors que la meute se repose à l’ombre, il suffit d’un chien, s’imaginant avoir repéré quelque chose à l’orée du bois, donne de la voix pour qu’aussitôt cinq ou six chiens – les plus jeunes et les plus craintifs – se lèvent et fassent un boucan d’enfer, la tête tournée en direction de la forêt, le poil dressé, prêts à affronter un danger invisible et s’excitant entre eux, dans un mouvement allant crescendo, avant d’admettre qu’ils se sont trompés et, penauds, de s’allonger à nouveau en formant un gros tas de fourrures. Pendant tout ce cirque, les chiens plus âgés se sont contentés de cligner des yeux d’un air agacé, car au premier aboiement, ils avaient compris qu’il s’agissait d’une fausse alerte, bref, un moyen un peu hystérique de passer le temps. Eux aimeraient seulement faire leur sieste en paix.

 

Déjà lu du même auteur :

la_terre_des_mensonges La Terre des mensonges  la_ferme_des_Neshov La Ferme des Neshov
l_h_ritage_impossible L'héritage impossible zona_frigida  Zona frigida

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
dc3a9fi_scandinavie_blanche
Norvège

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Norvège

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit'
Viking_Lit

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13 juin 2011

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [33]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou et proposé par Galleane 

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

vargas les enfants de la liberté un_juif_pour_l_exemple_p la_septi_me_vague 

L'Armée furieuse – Fred Vargas
Les enfants de la liberté – Marc Levy 
(relecture)

Un Juif pour l'exemple – Jacques Chessex
La septième vague – Daniel Glattauer

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

En mémoire de la forêt - Charles T.Powers (partenariat)

Que lirai-je cette semaine ?

Un jour glacé en enfer - Anne B. Ragde
Arrêter-moi là ! - Iain Levison

Bonne semaine, bonnes lectures et à lundi prochain !

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12 juin 2011

La septième vague – Daniel Glattauer

la_septi_me_vague Grasset – avril 2011 – 352 pages

traduit de l'allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret

Quatrième de couverture :
Leo Leike était à Boston en exil, le voici qui revient. Il y fuyait la romance épistolaire qui l'unissait en esprit avec Emmi. Elle reposait sur trois principes : pas de rencontres, pas de chair, pas d'avenir. Faut-il mettre un terme à une histoire d'amour où l'on ne connaît pas le visage de l'autre ? Où l'on rêve de tous les possibles ? Où l'on brûle pour un(e) inconnu(e) ? Où les caresses sont interdites ? "Pourquoi veux-tu me rencontrer ?" demande Léo, inquiet. "Parce que je veux que tu en finisses avec l'idée que je veux en finir" répond Emmi, séductrice. Alors, dans ce roman virtuose qui joue avec les codes de l'amour courtois et les pièges de la communication moderne, la farandole continue, le charme agit. Léo et Emmi finiront de s'esquiver pour mieux... s'aimer

Auteur : Daniel Glattauer, né à Vienne en 1960, écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour journal Der Standaard. Il est l’auteur entre autres de Quand souffle le vent du nor (Grasset, 2010), vendu à plus de 800.000 exemplaires en Allemagne, traduit dans le monde entier.

Mon avis : (lu en juin 2011)
J'étais à la fois contente et inquiète de retrouver les échanges épistolaires entre Emmi et Léo. Contente, car j'avais beaucoup aimé le livre précédent Quand souffle le vent du nord et inquiète car une suite est parfois décevante... Finalement, mon inquiétude était infondée.
Lorsque le livre précédent s'était terminé, Leo était parti à Boston laissant entendre à Emmi que leurs échanges de mails étaient terminés. En tant que lecteur, j'avais trouvé cette fin un peu brutale mais heureusement que j'avais vu qu'une suite (pas encore traduite en français) existait sinon cela aurait gâché ma lecture.
C'est Emmi qui relance Léo, au départ sans grand résultat puisqu'elle n'obtient comme seule réponse le message automatique suivant « ATTENTION. ADRESSE MAIL MODIFIÉE. LE DESTINATAIRE NE PEUT PLUS REGARDER CETTE BOÎTE. LES NOUVEAUX MESSAGES SERONT AUTOMATIQUEMENT EFFACÉS. LE MANAGER DU SYSTÈME EST A VOTRE DISPOSITION POUR PLUS D'INFORMATIONS. »
Mais elle persévère en envoyant régulièrement des messages et neuf mois plus tard Leo, de retour de Boston, lui répond enfin... Le dialogue va reprendre, l'histoire sera moins virtuelle puisqu'il y aura plusieurs rencontres entre Emmi et Leo.
J'ai pris beaucoup de plaisir à les retrouver plus d'un an après même si ces échanges sont moins surprenants (il y a quand même quelques rebondissements) et la conclusion est celle que j'attendais... Une histoire facile à lire, j'ai passé un très bon moment en compagnie d'Emmi et Leo !

Extrait : (page 225)
Pourquoi est-ce que je t'écris ? Parce que j'en ai envie. Et parce que je ne veux pas atteindre en silence la septième vague.
Oui, ici on raconte l'histoire de l'implacable septième vague. Les six premières sont prévisibles et équilibrées. Elles se suivent, se forment l'une sur l'autre, n'amènent aucune surprise. Elles assurent une continuité. Six départs, si différents qu'ils puissent paraître vus de loin, six départs - et toujours la même arrivée.
Mais attention à la septième vague ! Elle est imprévisible. Elle est longtemps discrète, elle participe au déroulement monotone, elle s'adapte à celles qui l'ont précédées. Mais parfois elle s'échappe. Toujours elle, toujours la septième vague.
Elle est insouciante, innocente, rebelle, elle balaie tout sur son passage, remet tout à neuf.
Pour elle, il n'y a pas d'avant, mais un maintenant. Et après, tout a changé.
En bien ou en mal? Seuls peuvent en juger ceux qui ont été emportés, qui ont eu le courage de se mettre face à elle, de se laisser entraîner.
Je suis assise ici depuis une bonne heure, je compte les vagues et j'observe ce que font les septièmes. Pour l'instant, aucune ne s'est emballée. Mais je suis en vacances, je suis patiente, je peux attendre. Je ne perds pas d'espoir ! Ici, sur la côte ouest, souffle un fort et chaud vent du sud. Emmi.

Déjà lu du même auteur : quand_souffle_le_vent_du_nord  Quand souffle le vent du nord

 

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Autriche

 

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Concours chez Miss Alphie

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Miss Alphie propose un petit concours avec le Livre de Poche.
A la clé, la possibilité pour l'un d'entre vous de gagner un exemplaire de
Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi.

Renseignements ICI

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11 juin 2011

Un Juif pour l'exemple – Jacques Chessex

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Grasset & Fasquelle – janvier 2009 – 102 pages

Livre de Poche – septembre 2010 – 88 pages

Quatrième de couverture :
1942 : l’Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. À Payerne, ville de charcutiers « confite dans la vanité et le saindoux », le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d’un « gauleiter » local, le garagiste Fernand Ischi, et du pasteur Lugrin, proche de la légation nazie à Berne, s’organise un complot de revanchards au front bas, d’oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux. À la suite du Vampire de Ropraz, c’est un autre roman, splendide d’exactitude, à l’atmosphère lourde, que nous donne Jacques Chessex. Les assassins sont dans la ville.

Jacques Chessex, notre nouveau Flaubert, n’a pas son pareil pour décrire sans trembler des abominations, pour hurler à voix basse, pour fouiller la culpabilité dans une prose de confessionnal. Jérôme Garcin, Nouvel Observateur.

Un petit chef-d’œuvre. Il écrit en peintre, mais sobre, incisif, mordant, effarant et bref. Beauté du monde, fatalité du mal, silence de Dieu, tout est là, qu’on reçoit comme une claque. Marie-Françoise Leclère, Le Point.

Auteur : Romancier, essayiste et poète, Jacques Chessex est né en 1934 dans le canton de Vaud, en Suisse. En 1973, il a obtenu le prix Goncourt pour L’Ogre et, en 2007, le Grand Prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre. Jacques Chessex est décédé le 9 octobre 2009.

Mon avis : (lu en juin 2011)
Voilà un livre qui se lit d’une traite puisqu’il ne fait qu’une centaine de pages. L’auteur nous raconte un drame qui a eu lieu dans son village suisse en avril 1942, alors qu’il était âgé de huit ans. Cet évènement sordide semble l’avoir hanté toute sa vie.
En 1942 à Payerne « les lieux sont beaux, d'une intensité presque surnaturelle », « Campagnes perdues, forêts vaporeuses à l'odeur de bête froide à l'aube, vallons giboyeux déjà pleins de brume, harpes des grands chênes à la brise tiède. » La guerre est loin de ce village prospère. Et pourtant, quelques antisémites, quelques sympathisants fascistes comme le pasteur Philippe Lugrin ou Fernand Ishi cherchent à faire grandir leur cause, admiratifs de ce qui se passe en Allemagne... Ils « ont galvanisé son public de chômeurs, d'aigris, de paysans déçus, d'appauvris, de gueulards impuissants et convulsifs ». En avril 1942, Ishi et ses compagnons décident de passer à l'action, ils choisissent une victime, Arthur Bloch un marchand de bestiaux. Ils organisent et exécutent un assassinat bestial. Les coupables seront rapidement arrêtés et jugés. Jamais ils ne manifesteront de regrets par rapport à leur acte. Et Payerne ne réagira pas, le village s'empressera d'oublier cet épisode odieux, seul reste l'inscription sur la pierre tombale : « Gott weiss warum » (Dieu sait pourquoi).
Au crépuscule de sa vie, Jacques Chessex nous dévoile avec beaucoup de sobriété un visage caché de la Suisse, soi-disant neutre et sage. Le lecteur est saisi par cette histoire vraie qui nous est raconté de façon factuelle. Le fanatisme, la violence et la bêtise ont entraîné la mort d'Arthur Bloch, « Un Juif pour l'exemple ». En lisant ce livre, je me suis pris une vraie claque.

Extrait : (début du livre)
Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d'Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l'extrémité de la plaine de Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l'a dotée d'une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu'elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.

Le commerce du bétail et du tabac fait la richesse apparente de la ville. Et surtout la charcuterie. Le cochon sous toutes ses formes, lard, jambon, pied, jarret, saucisson, saucisse au chou et au foie, tête marbrée, côtelettes fumées, terrine, oreille, atriaux, l'emblème du porc couronne le bourg et lui donne son aspect débonnaire et satisfait. Dans l'ironie des campagnes, on appelle les Payernois les « cochons rouges ». Cependant les courants opaques circulent et se cachent sous la certitude et le commerce. Teint rose et cramoisi, terres grasses, mais menaces dans la cloison.
C'est loin, la guerre, pense-t-on communément à Payerne. C'est pour les autres. Et se toute façon l'armée suisse nous garantit de son dispositif invincible. Infanterie helvétique d'élite, artillerie puissante, aviation aussi performante que celle des Allemands et surtout, un dispositif anti-aérien décisif avec le 20 millimètres Oerlikon et le canon de 7.5. Sur tout le territoire accidenté les barrages, les fortins surarmés, les toblerones, et si ça se gâte, ultime défense, l'imprenable « réduit national » dans les montagnes du Vieux-Pays. Bien malin celui qui nous prendra en défaut.
Et dès le soir, l'obscurcissement. Rideaux clos, volets fermés, toutes sources de lumières éteintes. Mais qui obscurcit quoi ? Qui cache quoi ? Payerne respire et transpire dans le lard, le tabac, le lait, la viande des troupeaux, l'argent de la Banque Cantonale et le vin de la commune qu'on va chercher à Lutry sur les bords du lointain Léman, comme au temps des moines de l'abbatiale. Le vin qui soûle solairement, depuis bientôt un millénaire, une capitale confite dans la vanité et le saindoux.
Au printemps où commence cette histoire les lieux sont beaux, d'une intensité presque surnaturelle qui tranche sur les lâchetés du bourg. Campagnes perdues, forêts vaporeuses à l'odeur de bête froide à l'aube, vallons giboyeux déjà pleins de brume, harpes des grands chênes à la brise tiède. A l'est les collines enserrent les dernières maisons, les vallonnements s'allongent dans la lumière verte et dans les plantations à perte de vue le tabac commence à monter au vent de la plaine.
Et les bois de hêtres, bocages aérés, bosquets de pins, haies profondes, taillis clairs qui couronnent les collines de Grandcour. Mais le mal rôde. Un lourd poison s'insinue. O Allemagne, Reich de l'infâme Hitler. O Niebelungen, Wotan, Walkyries, Siegfried étincelant et buté, je me demande quelle fureur instille ces fantômes vindicatifs de la Forêt-Noire dans la douce sylve de Payerne. Rêve dévoyé d'absurdes chevaliers teutoniques qui assomme l'air de la Broye, un matin du printemps 1942, où Dieu et une bande d'autochtones fous se sont fait berner, une fois de plus, par Satan en chemise brune.

 

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Suisse

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10 juin 2011

Les enfants de la liberté – Marc Levy

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Robert Laffont – mai 2007 – 433 pages

Pocket – juin 2008 – 375 pages

Pocket – décembre 2009 – 367 pages

Quatrième de couverture :
Jeannot, Tu leur diras de raconter notre histoire dans leur monde libre. Que nous nous sommes battus pour eux. Tu leur apprendras que rien ne compte plus sur cette terre que cette putain de liberté capable de se soumettre au plus offrant. Tu leur diras aussi que cette grande salope aime l'amour des hommes, et que toujours elle échappe à ceux qui veulent l'emprisonner, qu'elle ira toujours donner la victoire celui qui la respecte sans jamais espérer la garder dans son lit. Dis-leur Jeanne, dis-leur de raconter tout cela de ma part, avec leurs mots à eux, ceux de leur époque. Les miens ne sont faits que des accents de mon pays, du sang que j'ai dans la bouche et sur les mains.

Auteur : Né en 1961 à Boulogne dans les Hauts-de-Seine, il quitte la France pour les États-Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l'image de synthèse. Il reste en Amérique du Nord, sa seconde patrie, pendant sept ans et revient à Paris avec le projet de créer un cabinet d'architecture avec deux de ses amis. Il en est directeur pendant près de dix ans. Aimant raconter des histoires, Marc Levy se met à l'écriture en amateur. Finalement, il décide d'envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Son premier roman 'Et si c'était vrai ...' est très bien accueilli par le public et adapté au cinéma en 2005. Depuis, il se consacre à l'écriture et emmène le lecteur dans son univers où tout est possible. 'La Prochaine Fois' paraît en février 2005. En janvier 2006, les ventes de ses cinq livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les dix millions d'exemplaires. Ses romans, 'Mes amis, mes amours' et 'Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites' sont venus confirmer l'engouement pour cet auteur. Marc Levy vit à Londres.

Mon avis : (relu en mai 2011)
Les enfants de la liberté est le septième roman de Marc Levy, il est très différent des histoires habituelles de l'auteur.
Ce livre est un bel hommage aux étrangers qui se sont battus pour la France lors de la Seconde Guerre Mondiale. Marc Levy raconte ici l'histoire de son père et de son oncle, deux jeunes Juifs qui rentrent dans la Résistance, ils combattent, ils ont peur, ils tuent, des camarades se font tuer ou se font arrêter, ils passeront quelques temps dans la prison St Michel de Toulouse, puis se feront déporter après un périple long et pénible en train... Malgré les trahisons, les arrestations et la mort, l'espoir, le courage et la liberté sont toujours présents pour les faire avancer et espérer à un avenir meilleur.

Ce livre est bouleversant, car ses jeunes sont des enfants devenus trop vite adultes qui rêvaient de liberté ! Je n'oublierai pas Jacques, Boris, Rosine, Ernest, François, Marius, Enzo, Antoine, Charles, Claude, Alonso, Catherine, Sophie, Marc, Emile, Robert, Damira... des copains, espagnols, italiens, polonais, hongrois, roumains, les enfants de la liberté.

Extrait : (page 13)
« Ce 21 mars 1943, j'ai dix-huit ans, je suis monté dans le tramway et je pars vers une station qui ne figure sur aucun plan : je vais chercher le maquis.
Il y a dix minutes, je m'appelais encore Raymond, depuis que je suis descendu au terminus de la ligne 12, je m'appelle Jeannot. Jeannot sans nom. A ce moment encore doux de la journée, des tas de gens dans mon monde ne savent pas ce qui va leur arriver. Papa et maman ignorent que bientôt on va leur tatouer un numéro sur le bras, maman ne sait pas que sur un quai de gare, on va la séparer de cet homme qu'elle aime presque plus que nous.
Moi je ne sais pas non plus que dans dix ans, je reconnaitrai, dans un tas de paire de lunettes de près de cinq mètres de haut, au Mémorial d'Auschwitz, la monture que mon père avait rangée dans la poche haute de sa veste, la dernière fois que je l'ai vu au café des Tourneurs. Mon petit frère Claude ne sait pas que bientôt je passerai le chercher, et que s'il n'avait pas dit oui, si nous n'avions pas été deux à traverser ces années-là, aucun de nous n'aurait survécu. Mes sept camarades, Jacques, Boris, Rosine, Ernest, François, Marius, Enzo, ne savent pas qu'ils vont mourir en criant « Vive la France », et presque tous avec un accent étranger.
Je me doute bien que ma pensée est confuse, que les mots se bousculent dans ma tête, mais à partir de ce lundi midi et pendant deux ans, sans cesse mon coeur va battre dans ma poitrine au rythme que lui impose la peur ; j'ai eu peur pendant deux ans, je me réveille encore parfois la nuit avec cette foutue sensation. Mais tu dors à côté de moi mon amour, même si je ne le sais pas encore. Alors voilà un petit bout de l'histoire de Charles, Claude, Alonso, Catherine, Sophie, Rosine, Marc, Emile, Robert, mes copains, espagnols, italiens, polonais, hongrois, roumains, les enfants de la liberté.

Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
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Baby Challenge - Contemporain Livraddict :
12/20 déjà lus  Médaille de bronze

 

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08 juin 2011

L'Armée furieuse – Fred Vargas

vargas Viviane Hamy – mai 2011 – 427 pages

Quatrième de couverture :
- Cette nuit-là, dit-elle lentement, Lina a vu passer l'Armée furieuse. Et Herbier y était. Et il criait. Et trois autres aussi.
- C'est une association ?
- L'Armée furieuse, répéta-t-elle tout bas. La Grande Chasse. Vous ne connaissez pas ?
- Non, dit Adamsberg en soutenant son regard stupéfait.
- Mais vous ne connaissez même pas son nom ? La Mesnie Hellequin ? chuchota-t-elle.
- Je suis désolé, dit Adamsberg. Veyrenc, l'Armée furieuse, vous connaissez cette bande ?
Un air de surprise intense passa sur le visage du lieutenant Veyrenc.
- Votre fille l'a vraiment vue ? Avec le disparu ? Où cela ?
- Là où elle passe chez nous. Sur le chemin de Bonneval. Elle a toujours passé là.
Veyrenc retint discrètement le commissaire.
- Jean-Baptiste, vraiment, tu n'as jamais entendu parler de ça ?
Adamsberg secoua la tête.
- Eh bien, questionne Danglard, insista-t-il.
- Pourquoi ?
- Parce que, pour ce que j'en sais, c'est l'annonce d'une secousse. Peut-être d'une sacrée secousse. Nul doute que la fratrie "maudite" du village normand rejoindra la galaxie des personnages mémorables de Fred Vargas. Quant à Momo-mèche-courte, il est le fil conducteur de la double enquête que mène ici le commissaire Adamsberg, confronté à l'immémorial Seigneur Hellequin, chef de L'Armée furieuse.

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : (lu en juin 2011)
Quelle plaisir de retrouver le commissaire Adamsberg et son équipe avec ce nouveau livre de Fred Vargas. J'avais été déçue par le l'enquête précédente d'Adamsberg et très rapidement j'ai su que ce livre allait beaucoup me plaire.
Cela commence doucement avec la présence de miettes de pain qui intrigue Adamsberg, à la fin du chapitre, la première enquête est résolue... Puis il va venir au secours d'un pigeon dont des «enfants de salauds» ont entravé les pattes. Et l'enquête principale commence avec une petite dame âgée qui vient de Normandie, elle demande à voir le commissaire car dans son village, Ordebec, une nuit, sa fille a vu «l’Armée furieuse». C'est une vieille légende médiévale : une cohorte de morts vivants qui vient enlever ceux qui ont commis des crimes. Cette vision est le signe que de multiples meurtres vont se produire.
En même temps, à Paris, Adamsberg enquête sur le meurtre d'un industriel qui a été retrouvé carbonisé dans sa Mercédès et on suspecte très rapidement un jeune incendiaire surnommé "Mo-la-mèche-courte". Mais intrigué par cette «Armée curieuse», Adamsberg accepte facilement d’aller enquêter à Ordebec, terrorisé par les superstitions et les rumeurs...
Le plus délicieux dans les livres de Fred Vargas, ce sont les personnages étonnants et haut en couleur : Adamsberg, son fils Zerk, ses équipiers Danglard, Retancourt, Veyrenc...
Dans cette enquête, il faut rajouter Léo et son chien Flem, la famille Vendermot avec Lina et ses frères Antonin, Martin et Hippo, le capitaine Emeri, le comte Valleray...
Une intrigue bien construite, des fausses pistes, une écriture agréable à lire et une solution impossible à découvrir avant la conclusion, voilà un cocktail réussi qui mêle un pigeon, des miettes de pain, du sucre, des amours, des lacets de chaussures, une voiture incendiée... Un vrai bonheur !

Extrait : (début du livre)
Il y avait des petites miettes de pain qui couraient de la cuisine à la chambre, jusque sur les draps propres où reposait la vieille femme, morte et bouche ouverte. Le commissaire Adamsberg les considérait en silence, allant et venant d'un pas lent le long des débris, se demandant quel Petit Poucet, ou quel Ogre en l'occurrence, les avait perdues là. L'appartement était un sombre et petit rez-de-chaussée de trois pièces, dans le 18ème arrondissement de Paris.
Dans la chambre, la vieille femme allongée. Dans la salle à manger, le mari. Il attendait sans impatience et sans émotion, regardant seulement son journal avec envie, plié à la page des mots croisés, qu'il n'osait pas poursuivre tant que les flics étaient sur place. Il avait raconté sa courte histoire : lui et sa femme s'étaient rencontrés dans une compagnie d'assurances, elle était secrétaire et lui comptable, ils s'étaient mariés avec allégresse sans savoir que cela devait durer cinquante-neuf ans. Puis la femme était morte durant la nuit. D'un arrêt cardiaque, avait précisé le commissaire du 18ème arrondissement au téléphone. Cloué au lit, il avait appelé Adamsberg pour le remplacer. Rends-moi ce service, tu en as pour une petite heure, une routine du matin.
Une fois de plus, Adamsberg longea les miettes. L'appartement était impeccablement tenu, les fauteuils couverts d'appuie-tête, les surfaces en plastique astiquées, les vitres sans trace, la vaisselle faite. Il remonta jusqu'à la boîte à pain, qui contenait une demi-baguette et, dans un torchon propre, un gros quignon vidé de sa mie. Il revint près du mari, tira une chaise pour s'approcher de son fauteuil.
- Pas de bonnes nouvelles ce matin, dit le vieux en détachant les yeux de son journal. Avec cette chaleur aussi, ça fait bouillir les caractères. Mais ici, en rez-de-chaussée, on peut garder le frais. C'est pour ça que je laisse les volets fermés. Et il faut boire, c'est ce qu'ils disent.
- Vous ne vous êtes rendu compte de rien ?
- Elle était normale quand je me suis couché. Je la vérifiais toujours, comme elle était cardiaque. C'est ce matin que j'ai vu qu'elle avait passé.
- Il y a des miettes de pain dans son lit.
- Elle aimait ça. Grignoter couchée. Un petit bout de pain ou une biscotte avant de dormir.
- J'aurais plutôt imaginé qu'elle nettoyait toutes les miettes après.
- Pas de doute là-dessus. Elle briquait du soir au matin comme si c'était sa raison de vivre. Au début, c'était pas bien grave. Mais avec les années, c'est devenu une obnubilation. Elle aurait sali pour pouvoir laver. Vous auriez dû voir ça. En même temps, cette pauvre femme, ça l'occupait.
- Mais le pain ? Elle n'a pas nettoyé hier soir ?
- Forcément non, parce que c'est moi qui lui ai apporté. Trop faible pour se lever. Elle m'a bien ordonné d'ôter les miettes, mais à moi, ça m'est drôlement égal. Elle l'aurait fait le lendemain. Elle retournait les draps tous les jours. A quoi ça sert, on ne sait pas.

Déjà lu du même auteur :

Ceux_qui_vont_mourir_te_saluent Ceux qui vont mourir te saluent l_homme_aux_cercles_bleus L'Homme aux cercles bleus

Debout_les_mort Debout les morts Un_peu_plus_loin_sur_la_droite Un peu plus loin sur la droite

sans_feu_ni_lieu Sans feu ni lieu l_homme___l_envers L'Homme à l'envers

Pars_vite_et_reviens_tard Pars vite et reviens tard sous_les_vents_de_neptune  Sous les vents de Neptune

Dans_les_bois__ternels Dans les bois éternels un_lieu_incertain Un lieu incertain

les_quatre_fleuves Les Quatre fleuves (BD)

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06 juin 2011

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [32]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou et proposé par Galleane 

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

petite soeur, mon amour le_pays_des_grottes_sacr_es quatre_jours_en_mars glac_ 

Petite sœur, mon amour – Joyce Carol Oates 
Le pays des grottes sacrées  - Jean M. Auel (Partenariat) (abandon)
Quatre jours en mars - Jens Christian Grøndahl (LC avec Canel : 3/06/2011)
Glacé - Bernard Minier (Partenariat Livraddict)

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Les enfants de la liberté - Marc Levy (relecture)

Que lirai-je cette semaine ?

L'armée furieuse - Fred Vargas
La septième vague - Daniel Glattauer
Un juif pour l'exemple - Jacques Chessex

Bonne semaine, bonnes lectures et à lundi prochain !

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05 juin 2011

Glacé - Bernard Minier

Lu dans le cadre du partenariat Livraddict et XO Éditions

glac_ XO éditions – février 2011 – 560 pages

Quatrième de couverture :
Décembre 2008, dans une vallée encaissée des Pyrénées. Au petit matin, les ouvriers d'une centrale hydroélectrique découvrent le cadavre d'un cheval sans tête, accroché à la falaise glacée.
Le même jour, une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, 40 ans, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier cette enquête, la plus étrange de toute sa carrière. Pourquoi avoir tué ce cheval à 2 000 mètres d altitude ? Serait-ce, pour Servaz, le début du cauchemar ?
Une atmosphère oppressante, une intrigue tendue à l extrême, une plongée implacable dans nos peurs les plus secrètes, ce premier roman est une révélation !

Auteur : Bernard Minier a grandi au pied des Pyrénées. Primé à l'issue de plusieurs concours de nouvelles, il publie avec Glacé son premier roman.

 

Mon avis : (lu en juin 2011)
Voilà un premier roman plutôt bien réussi. Un thriller très prenant et « glacial » avec une bonne intrigue et des personnages variés qui se déroule dans une vallée étroite et enneigée des Pyrénées à Saint-Martin-de-Comminges.

Tout commence par la découverte du cadavre d'un cheval suspendu au-dessus d'une plateforme du téléphérique qui mène à la centrale hydroélectrique, à deux mille mètres d'altitude. Une mise en scène macabre. Ce cheval, Freedom, appartient à Éric Lombard, celui-ci appartient à « une dynastie de financiers, de capitaines d'industrie et d'entrepreneurs qui régnaient sur ce coin des Pyrénées, sur le département et même sur la région depuis six décennies. » Éric Lombard ayant le bras long et c'est le commandant de police Martin Servaz qui est appelé de Toulouse pour mener l'enquête sur ce crime étrange, conjointement avec Irène Ziegler, capitaine de gendarmerie. Servaz trouve injuste d'être obligé de laisser son enquête en cours sur la mort d'un SDF pour la mort d'un cheval !
A une dizaine de kilomètres de Saint-Martin, isolé au milieu des sapins, se trouve le centre de psychiatrie pénitentiaire Charles Wargnier. La suissesse Diane Berg, jeune psychologue, vient d'y arriver comme adjoint au chef de l'établissement. Quatre-vingt-huit dangereux psychotiques sont enfermés à l'Institut Wargnier. L'auteur va commencer lentement son histoire, il prend le temps de présenter les lieux, les différents protagonistes, puis c'est la découverte d'un premier cadavre humain et un huis clos captivant et avec beaucoup de rythme s'installe dans cette vallée glacée et glaçante pyrénéenne.
Tout s'accélère dans les cent dernières pages, plusieurs fois j'avais cru deviner qui était le coupable mais plusieurs rebondissements inattendus m'ont fait mentir et j'ai été complètement surprise par le final de l'histoire...
La construction du livre avec des semblants de sous-chapitres dans chaque chapitre où le lecteur suit à la fois ce qui se passe au centre de psychiatrie pénitentiaire et l'enquête de Servaz, Ziegler et leurs équipiers donne beaucoup de rythme dans ce thriller que l'on ne veut pas lâcher.
Les épisodes avec Diane la psychologue dans le centre Wargnier créent une atmosphère oppressante et fait monter chez le lecteur un sentiment d'angoisse...
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier roman et j'espère pouvoir lire dans le futur d'autres enquêtes avec Servaz et/ou Ziegler...
Un grand Merci à Livraddict et XO Éditions pour m'avoir permis de découvrir ce thriller très réussi. 

Extrait : (Prologue)
Dgdgdgdgdgd – tactactac – ddgdgdgdgdg – tactactac

Les bruits : celui, régulier, du câble et, par intermittence, les roues des pylônes lorsque le sabot du téléphérique passait dessus, communiquant ses secousses à la cabine. A quoi s'ajoutait la plainte flûtée du vent, omniprésente, comme des voix d'enfants en détresse. Et celles des occupants de la cabine, gueulant pour couvrir le vacarme. Ils étaient cinq – Huysmans compris.

Dgdgdgdgdgd – tactactac – ddgdgdgdgdg – tactactac

- Putain ! J'aime pas monter là-haut par ce temps ! dit l'un d'eux.
Silencieux, Huysmans guettait l'apparition du lac inférieur – mille mètres plus bas, à travers les rafales de neige qui cernaient la cabine. Les câbles semblaient étrangement lâches, décrivant une double courbe qui s'enfonçait paresseusement dans la grisaille.
Les nuages s'entrouvrirent. Le lac apparut. Brièvement. Pendant un instant, il eut l'air d'une flaque sous le ciel, un simple trou d'eau entre les cimes et les bandes de nuages qui se déchiraient sur les hauteurs.
- Qu'est-ce que ça peut foutre, le temps ? dit un autre. On va passer une semaine coincés sous cette putain de montagne, de toute façon !
L'usine hydroélectrique d'Arruns : une série de salles et de galeries creusées à soixante-dix mètres sous terre et perchées à deux mille mètres d'altitude. La plus longue mesurait onze kilomètres. Elle conduisait l'eau du lac supérieur vers les conduites forcées : des tubes d'un mètre et demi de diamètre qui dévalaient la montagne et précipitaient l'eau du lac supérieur vers les turbines assoiffées des groupes de production, en bas dans la vallée. Pour accéder à l'usine, au cœur de la montagne, un seul chemin : un puits d'accès dont l'entrée se trouvait presque au sommet, la descente en monte-charge jusqu'à la galerie principale qu'on suivait, vannes neutralisées, à bord de tracteurs à deux places : un voyage d'une heure au cœur des ténèbres, le long de huit kilomètres de galeries.
L'autre moyen, c'était l'hélico – mais uniquement en cas d'urgence. Une aire avait été aménagée près du lac supérieur, accessible quand le temps s'y prêtait.

- Joachim a raison, dit le plus vieux. Avec un temps pareil, l'hélico ne pourrait même pas atterrir.
Ils savaient tous ce que cela voulait dire : une fois les vannes rouvertes, les milliers de mètres cubes d'eau du lac supérieur s'engouffreraient en rugissant dans la galerie qu'ils allaient emprunter dans quelques minutes. En cas d'accident, il faudrait deux heures pour la vider à nouveau, une autre heure en tracteur à travers la galerie pour revenir au puits d'accès, quinze minutes pour remonter à l'air libre, dix de descente en télécabine jusqu'à la centrale et trente autres de route jusqu'à Saint-Martin-de-Comminges – à supposer que la route ne fût pas coupée.
Si un accident survenait, ils ne seraient pas à l'hôpital avant quatre bonnes heures. Et l'usine vieillissait... Elle fonctionnait depuis 1929. Chaque hiver, avant la fonte des neiges, ils passaient là-haut quatre semaines, isolés du monde, pour l'entretien et la réfection de machines d'un autre âge. Un travail pénible, dangereux.
Huysmans suivait le vol d'un aigle qui se laissait porter sur le plat du vent, à cent mètres environ de la cabine.
Silencieux.
Il tourna son regard vers les vertiges glacés qui s'étendaient sous le plancher.
Les trois énormes tuyaux des conduites forcées plongeaient vers l'abîme, collés au relief de la montagne. La vallée avait depuis longtemps quitté leur champ de vision. Le dernier pylône était visible trois cents mètres plus bas, dressé là où le flanc de la montagne formait un épaulement, se profilant solitaire au milieu du brouillard. A présent, la cabine grimpait tout droit vers le puits d'accès. Si le câble venait à rompre, elle ferait une chute de plusieurs dizaines de mètres, avant d'exploser comme une noix sur la paroi rocheuse. Elle se balançait dans la tempête tel un panier au bras d'une ménagère.

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