Lu en partenariat avec Blog-O-Book et Éditions NiL

la_terre_fredonne_en_si_b_mol Éditions NiL – mars 2011 – 378 pages

traduit de l'anglais par Aline Azoulay-Pacvon

Présentation éditeur :
Âgée d'une dizaine d'années, Gwenni Morgan grandit dans un petit village du pays de Galles. Friande de romans policiers, elle se pose beaucoup de questions sur sa famille et la petite communauté au sein de laquelle elle évolue. Face aux énigmes et aux secrets du monde adulte, elle décide un jour de lancer son enquête, comme les détectives de ses livres préférés. Où est donc passé Ifan Evans, ce berger au visage tout rouge dont elle s'est toujours méfiée ? Pourquoi son épouse, la douce Mme Evans, semble-t-elle si mystérieuse et si troublée depuis quelque temps ? Et que veulent dire ses filles, la petite Catrin et sa sœur Angharad, lorsqu'elles répètent que leur père est parti avec un gros chien noir ? Lorsque le corps d'Ifan Evans est retrouvé, flottant dans le réservoir d'eau, c'est toute la petite communauté qui est soudain en émoi. S'agit-il d'un drame passionnel ou d'un crime commis par Guto, l'idiot du village ? Les langues commencent à se délier. Alwenna, la meilleure amie de Gwenni, bien " trop délurée " aux yeux de tous, semble disposer d'informations cruciales au sujet de sa grand-mère. A travers le regard fantaisiste d'une enfant un peu précoce, Mari Strachan nous montre combien il est difficile de construire son histoire dans un monde où tout se sait mais rien ne se dit. Lorsque la vérité éclate enfin au grand jour, les secrets de famille brisent l'harmonie apparente du petit village paisible de l'après-guerre. Mais Gwenni a compris depuis longtemps qu'il faut sortir des sentiers battus pour créer la carte géographique de sa propre vie... Le soir, portée par le murmure de la Terre, Gwenni s'envole de son lit pour parcourir la campagne, et alors certaines réponses se dessinent.

Auteur : Mari Strachan a toujours été entourée de livres. Elle a été bibliothécaire dans des écoles privées, publiques, des institutions et même des prisons. Elle a également été lectrice, traductrice et éditrice. Elle vit avec son mari la moitié du temps dans une petite maison perchée sur les collines de Ceredigion, à l'ouest du pays de Galles, et l'autre moitié sur une étroite péniche amarrée à un canal de Londres, où elle a écrit une bonne partie de son premier livre, La Terre fredonne en si bémol.

 

Mon avis : (lu en avril 2011)
Gwenni Morgan est une petite fille de douze ans et demi pleine de vie et très attachante. C'est la narratrice de ce livre, elle bouillonne d'idées, de fantaisie au grand dam de sa mère qui la gronde très souvent. Elle vit dans un petit village du Pays de Galles vers la fin des années 50. Elle adore lire et se passionne pour les romans policiers. La nuit, elle vole au dessus de la ville et de la campagne mais personne ne veut la croire.

Lorsque le berger Ifan Evans disparaît, elle décide de faire elle-même son enquête. Aidée de son amie Alwenna qui est au courant de tous les commérages du village, elle commence par interroger les membres de la communauté sans grand résultat car c'est uniquement la colère de sa mère qu'elle va obtenir. Elle va donc se contenter d'écouter les conversations des adultes... Et elle va découvrir certains secrets de famille qui va bouleverser sa vie.
Gwenni est un personnage très attachant, son imagination débordante, ses questions et remarques naïves et souvent innocentes exaspèrent sa mère, heureusement elle a le soutien de son père. Le récit qu'elle fait de sa vie est plein d'humour. L'auteure brosse également des portraits réalistes et sans concession de cette petite communauté galloise, et elle nous offre aussi beaucoup de belles descriptions pleines de poésie.
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre qui m'a renvoyé vers mes souvenirs de petit fille...

Un grand Merci à Blog-O-Book et aux éditions Nil pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Chaque nuit, je vole pendant mon sommeil. Quand j'étais petite, je pouvais voler éveillée, mais plus maintenant ; même si je m'entraîne sans arrêt. Et, après ce que j'ai vu hier soir, j'ai encore plus envie de voler éveillée. Ma' dit toujours : Vouloir n'est pas pouvoir. C'est bien vrai ?
La nuit dernière a débuté comme les autres nuits. Je suis montée dans ma chambre et je me suis changée sous les couvertures pour me cacher du regard de Buddy Holly. J'ai étalé mon ruban rose à pois au milieu du matelas pour le séparer en deux comme toujours, Bethan m'a lancé : J'ai pas envie de dormir de ton côté pourri de toute façon. Mais à peine commençait-elle à ronfler que son bras s'est abattu en travers de mon visage. Je l'ai pincée et elle a envoyé sa jambe sur mon ventre.
Après, j'ai eu du mal à m'endormir. Quand j'ai enfin réussi, j'ai abandonné tout le lit à Bethan et je suis montée en flèche vers le ciel, portée par l'air du soir, aussi léger et chaud qu'un duvet. J'ai tendu l'oreille vers la ville endormie, en bas, et écouté son souffle délicat, rhh, pfff, rhh, pfff. Et tout autour de moi, la terre chantait.
J'ai observé un moment le fatras des maisons, cramponnées à leurs rues comme si elles craignaient de rouler bouler jusqu'à la mer. Mais hier, comme chaque soir, aucune d'elles n'a relâché sa vigilance, je n'ai eu personne à sauver. Je me suis éloignée, j'ai pris de la hauteur pour esquiver le Dragon rouge qui battait contre son mât au-dessus de la demeure du gardien du château. Je suis redescendue, j'ai survolé la mairie et la plage en rase-mottes, puis filé vers la mer, où l'air forme toujours une croûte sur mes lèvres – comme si j'avais léché un de ces petits sachets de sel que l'on trouve dans les paquets chips.
La mer respire, elle aussi. Sa poitrine se soulève tant à chaque inspiration que j'ai peur que le Léviathan de la Bible jaillisse de ses profondeurs et m'asperge d'écume. Des baleines, des marsouins, des sirènes et des tritons, des marins morts, des poissons, des crabes, des petites crevettes : la mer est pleine d'yeux qui m'observent. Je ne vole jamais loin de la rive. Si ma ville était une carte, « Ici vivent les monstres » serait marqué à l'encre d'or sur la baie.
Comme chaque nuit, j'ai tourné le dos à la mer pour suivre la route qui serpente au-delà du bassin de baptême et du réservoir d'eau, puis grimper les collines qui dominent la ville. En passant au-dessus du bassin, j'ai vu un homme qui flottait à la surface de l'eau, les bras écartés. La lune se noyait dans ses yeux. C'était la première fois que ça m'arrivait, et j'ai eu si peur que je me suis écrasée sur le lit, en plein sur Bethan. Comme je n'arrivais pas à la repousser de son côté du matelas, je me suis levée de bonne heure pour m'entraîner à voler éveillée.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Grande-Bretagne