Lu durant le Read-A-Thon Avril 2011RAT_9_10_04_2011

taxi Actes Sud – août 2009 – 189 pages

traduit de l'arabe (Egypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne

Quatrième de couverture :
Portant chacune sur un aspect particulier de la vie sociale, économique ou politique en Égypte, ces cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays à un moment clé (avril 2005-mars 2006) du règne du président Hosni Moubarak – qui sollicitait alors un cinquième mandat. Tout y est, en effet : les difficultés quotidiennes de la grande majorité de la population, la corruption qui sévit à tous les échelons de l'administration, l'omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système poli-tique, les humiliations sans fin que la population subit en silence, les ravages du capitalisme sauvage... Consignés en dialecte égyptien avec un humour décapant et un admirable sens de la mise en scène, ces échanges librement reconstitués par l'auteur, sinon entièrement inventés par lui, relèvent à la fois de la création littéraire et de l'enquête de terrain. S'ils font connaître les griefs des « gens d'en bas », ils laissent aussi entrevoir les raisons pour lesquelles le pouvoir en place tient bon mal-gré sa décrépitude et son impopularité. C'est sans doute cette combinaison inédite de lucidité politique, de tendresse pour les plus faibles et d'humour qui explique la diffusion de Taxi, dans sa version originale, à plus de cent mille exemplaires.

Auteur : Né au Caire, Khaled Al Khamissi est producteur. réalisateur et journaliste. Diplômé de sciences politiques de l'université du Caire et de relations internationales de l'université de Paris-Sorbonne, il a publié en 2007 ce premier livre, devenu rapidement un best-seller et aussitôt traduit en plusieurs langues européennes. Son deuxième opus, Safinat Nûh (L'Arche de Noé), paraîtra au Caire à la fin de 2009.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Voilà un livre qui se lit très facilement, il regroupe cinquante-huit courtes histoires qui racontent des conversations entre un chauffeur de taxi et son client dans la ville du Caire. C'est une façon très originale de découvrir l'Egypte d'aujourd'hui et sa capitale. Au cours de ses conversations, beaucoup de sujets sont abordés : la politique, la vie quotidienne, la corruption, le football, la culture... Ces conversations réelles ou imaginaires sont tour à tour drôles, émouvantes ou touchantes. Un voyage agréable et très instructif.

Extrait : (page 23)
- On se demande pourquoi l'économie est foutue ! s'est exclamé le taxi. Ce sont les gens qui la foutent en l'air. Vous y croyez, vous ? En Egypte, les gens paient plus de vingt milliards de livres chaque année en factures de téléphone. Vingt milliards de livres, ça veut dire que si on ne parlait pas pendant deux ou trois ans, l'Egypte serait transformée. Les Egyptiens sont tarés, je vous jure. Ils n'ont pas de quoi manger mais chacun se balade avec son téléphone portable et une cigarette à la bouche.
Les hommes sont censés être raisonnables mais ils dilapident tout leur argent dans le téléphone et les cigarettes. Quels fléaux ! Et après, ils vont se plaindre que le pays ne va pas bien.
L'argent de tous les Egyptiens atterrit dans les poches de quatre sociétés : Egypt Telecom, Mobinil, vodafone et Eastern Tobacco Company.
Et les pubs, malheur à elles, elles abrutissent les gens : « Abonnez-vous à Mobinil... Non... Abonnez-vous à Vodafone. » Le monde est fou. Il faut absolument interdire ces pubs. Nous vivons dans un univers de mensonges, ouvert jour et nuit. Tu marches dans la rue, tu vois des pubs, tu allumes la radio... des pubs... tu rentres à la maison, la télé est allumée... des pubs. Et elles sont toutes vulgaires et mensongères.
Les gens sont comme des animaux, à gober les pubs et à jeter leur argent par les fenêtres. Ensuite ils nous disent qu'il n'y a pas d'argent dans ce pays. Comment ça, pas d'argent ? Et les milliards dépensés en paroles, ils viennent d'où ?
Vous pensez pas qu'il faudrait mieux que cet argent serve d'abord à la nourriture, au logement, à l'éducation et à la santé ? Mais à qui on peut dire ça ? ! Si notre Premier ministre est le patron des téléphones, c'est lui qui est à la tête des bavardages.
Moi, si on me donnait les rênes de ce pays un seul jour, non, une seule minute, la seule décision que je prendrais serait d'interdire les pubs.
Avant, de mon temps, les pubs étaient au service de la société. Et il n'y en avait quasiment pas. Alors qu'aujourd'hui, les pubs sont faites pour détruire la société. Et elles vont effectivement la détruire et s'asseoir sur ses ruines. Vous pourrez dire qu'Abou Ismaïl vous avait prévenu.

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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