13 février 2011

Tout près le bout du monde – Maud Lethielleux

coup_coeur_voh1

tout_pr_s_le_bout_du_monde

Flammarion – novembre 2010 – 509 pages

Quatrième de couverture :
« Moi j'aime bien l'idée du journal. Il paraît que personne ne lira ce que j'écris alors je peux tout dire, c'est pratique, j'aime bien tout dire quand personne ne peut l'entendre. Je sais pas ce que je peux raconter, si je dois dire mon âge et me présenter, par exemple écrire sur la première page « Bonjour, je m'appelle Malo, je viens d'arriver chez Marlène... » ou si je dois parler de ce qu'on fait tous les jours, ou plutôt de mes pensées, de mes rêves ou de mes cauchemars. Je sais pas si je peux parler de Jul et de Solam. Je sais pas si je dois expliquer pourquoi je suis là, toute façon, je suis pas sûr et certain de savoir. »

Auteur : Maud Lethielleux est musicienne et metteur en scène. Elle a parcouru le monde, de l’Asie à la Nouvelle-Zélande. Elle a publié Dis oui Ninon en 2009 et D’où je suis, je vois la lune en 2010.

Mon avis : (lu en février 2010)
« Le bout du monde » est une ferme isolée où Marlène accueille trois jeunes en difficultés.
Il y a Malo, un jeune garçon sensible qui regrette de ne pouvoir vivre à Cynthia, sa mère. Il y a Jul, jeune fille anorexique qui n'arrive pas à oublier son petit ami qui lui a fait du mal. Et enfin, Solam qui déverse toute sa haine sur Marlène.
Jour après jour, ils vont devoir apprendre à vivre ensemble, ils vont se reconstruire et chaque soir, ils se confient en écrivant leur journal. C'est à travers les pages des trois journaux que le lecteur découvre peu à peu les douleurs, puis les transformations de chacun et chacune.
C'est un roman très émouvant qui m'a fait verser quelques larmes. Malo, Jul, Solam et Marlène sont très différents et très attachants.
Ce livre est pour moi un grand coup de cœur !

Extraits : (début des écrits de Malo, Jul et Solam)

Le plus difficile c'est de commencer. Il faut attendre que ça vienne sans se forcer et à un moment, sans qu'on s'en rende compte, ça vient tout seul.
C'est la première fois que j'écris un journal. J'ai essayé une fois à l'époque mais j'ai pas tenu plus de deux jours. Pourtant la patience ça me connaît, mais pas toujours aussi simple qu'on le croit. Il y a des choses qui paraissent simples aux autres, mais quand c'est à nous que ça arrive c'est pas simple du tout. Des fois c'est même compliqué.
Moi j'aime bien l'idée du journal. Il paraît que personne ne lira ce que j'écris alors je peux tout dire, c'est pratique, j'aime bien tout dire quand personne ne peut l'entendre. Je sais pas ce que je peux raconter, si je dois dire mon âge et me présenter, par exemple écrire sur la première page « Bonjour, je m'appelle Malo, je viens d'arriver chez Marlène... » ou si je dois parler de ce qu'on fait tous les jours, ou plutôt de mes pensées, de mes rêves ou de mes cauchemars. Je sais pas si je peux parler de Jul et de Solam. Je sais pas si je dois expliquer pourquoi je suis là, toute façon, je suis pas sûr et certain de savoir.


Ley.
Je vais partir cette nuit, je ne sais pas où exactement. La seule chose dont je suis sûre c'est que tu n'auras pas mon adresse. Ils m'ont fait promettre de ne pas te chercher, ni de t'écrire, j'ai dit oui pour avoir la paix mais tu t'en doutes, je n'en pense pas un mot.
Cette nuit, dans mon rêve je te cherchais. Tu avais disparu. Je courais dans les rues, je demandais où tu étais mais quand je disais ton prénom personne ne réagissait, comme si tu n'existais plus. Même Bidouille était différent. Papillon aussi. Je me suis réveillée en sueur, j'avais mal. J'ai toujours plus mal au réveil, tu sais.
On m'a laissé le choix entre une ferme et une maison au bord de la mer pour les filles comme moi. Quand ils ont dit « comme toi », j'ai fait semblant de ne pas comprendre. J'ai choisi la ferme parce que j'ai aimé son nom : Le bout du monde.
Ils ont besoin de bras, paraît-il, pour les aider à rénover une ruine. J'ai regardé mes bras...


La putrie de ta mort, quand j'y pense ça me débecte de savoir que c'est là qu'on m'a jeté ! T'as voulu que j'écrive ? Tu vas en avoir pour tes yeux, la vioque. Une page minimum que je vais t'arracher et coller à la porte de ta piaule pourrie, vieille meuf tu fais pitié à voir. T'es misérable dans ton pull de vioque, t'es moche à crever. Tu t'en fous des fautes d'orthographe ? Tu vas être gâtée, grognasse, fallait pas me la faire antiscolaire. Comment tu vas regretter ta décision ! J'vais tout niquer ta baraque qui pue la merde. Sur ma vie que tu vas le regretter. Tu veux me connaître, eh ben tu vas me connaître ! Tes champs de bouseux, je vais te labourer avec les dents tellement j'ai la haine. La haine, tu sais ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tu vas en baver grave et que dans trois jours tu pleureras ta grand-mère. Qu'est-ce que je dis ? T'es trop vieille pour avoir une grand-mère, t'es carrément trop vieille, c'est pour ça que tu m'as fait venir, t'es pressée de clamser.
Tu veux qu'on écrive et tu fais croire que tu liras pas, tu nous prends pour des débiles, ma parole, on sait comment vous êtes alors tu vois, je te déchire la page et je te la colle sur ta face tordue.

Posté par aproposdelivres à 08:58 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,