26 décembre 2010

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
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Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
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Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 10/20 déjà lus
Médaille en chocolat

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Série noire - 1985 - 288 pages

Folio - mars 1988 - 286 pages

Folio - octobre 1997 - 286 pages

Gallimard - mai 2003 - 308 pages

Quatrième de couverture :
Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.
Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don...

Auteur : Né en 1944, à Casanblanca au Maroc d'un père officier de la Coloniale, Daniel Pennacchioni grandit en Afrique et en Asie du Sud. Il obtient sa maîtrise de lettres à Nice et commence par être professeur dans un collège de Soissons. Il s'installe à Belleville, qu'il se plaira à décrire dans ses romans. En 1973, il publie son premier essai, 'Le Service militaire au service de qui ? ', un pamphlet sur le service national. Puis il écrit pour les enfants. En 1985, il donne le jour à la famille Malaussène avec 'Au bonheur des ogres' puis ' La Fée carabine', 'La Petite Marchande de proses' - prix Inter 1990 -, 'Monsieur Malaussène' et 'Aux fruits de la passion'. En 1992, il écrit un essai sur la lecture, 'Comme un roman', dans lequel il définit les droits du lecteur. En 1997, autre roman, 'Messieurs les enfants', ou un conte adressé aux grands enfants que nous sommes tous, avec une adaptation cinéma à la clé, par Pierre Boutron. 'Merci' paraît en octobre 2004 aux éditions Gallimard. En 2006, Daniel Pennac sort encore 'Nemo par Pennac', un ouvrage dans lequel il présente le parcours du dessinateur Nemo, qui illustre depuis plusieurs années les murs de son quartier de Belleville. En 2007, il reçoit le prix Renaudot pour son essai Chagrin d'école. En 2009, l'écrivain cède la place à l'orateur en montant sur scène pour défendre un texte d'Herman Melville, 'Bartleby le scribe'. Une histoire de Wall Street en pleine crise financière : Daniel Pennac démontre, une fois de plus, son intérêt pour le monde qui l'entoure et son enracinement dans l'actualité.

Mon avis : (relu en décembre 2010)
Au Bonheur des ogres est le premier roman de la Saga Malaussène publié en 1985 par Daniel Pennac. Le titre est librement inspiré du roman d'Émile Zola « Au bonheur des dames ». Nous découvrons la drôle de famille des Malaussène : Le mère est souvent absente, elle va d’amourette en amourette. Benjamin Malaussène, le fils aîné est devenu le chef de famille, c'est lui qui s'occupe de tous ses demi-frères et demi-sœurs. Il y a Clara passionnée de photographie, Louna infirmière, Thérèse qui voit l'avenir dans les astres et les lignes de la main, Jérémy qui adore faire de nouvelles expérience et le Petit qui est encore à la maternelle et rêve d'Ogres de Noël et il ne faut pas oublier Julius le chien épileptique.
Benjamin travaille comme Bouc Émissaire dans un grand magasin, lorsqu'un client vient se plaindre pour un produit c'est à lui de prendre toute la responsabilité. Une bombe, puis deux, explosent dans le magasin. Toujours présent sur les lieux aux moments des explosions, Benjamin est le suspect numéro un de cette vague d'attentats aveugles...

Autour une intrigue pleines de surprise, Daniel Pennac nous livre une galerie de personnages terriblement attachants, le bonheur règne dans cette famille hétéroclite et ce livre est bourré d'humour. Le style est rythmé, plein d'espièglerie. Ce livre m'a autant amusée qu'à ma première lecture. Il va falloir que je prenne le temps de relire les épisodes suivant de la famille Malaussène : "La Fée carabine", "La Petite Marchande de proses" , "Monsieur Malaussène" et "Aux fruits de la passion".

Extrait : (page 44)
- Entrez !
Ouh! là, angoisse dans la voix de Lehmann. Le mastodonte ouvre lui-même la porte, sans se retourner. Je me faufile entre son bras et le chambranle avec la souplesse craintive du chien battu.
- Trois jours d'hosto et quinze d'arrêt de travail, il va y laisser son calbute, votre Contrôleur Technique.
C'est la voix du client. Neutre, comme je m'y attendais, et remplie d'une dangereuse certitude. Il n'est pas venu se plaindre, ni discuter, ni même exiger - il est venu imposer son droit par sa force, c'est tout. Suffit de lui jeter un coup d'oeil pour comprendre qu'il n'a jamais eu d'autre mode d'emploi. Suffit de lui en jeter un second pour constater que ça ne l'a pas mené bien haut dans la hiérarchie sociale. Il doit avoir un coeur qui le gêne quelque part. Mais Lehmann ne sent pas ces choses-là. Habitué à filer des coups, il n'a peur que d'une chose: en prendre. Et sur ce terrain-là, l'autre est crédible.
Je mets suffisamment de terreur dans mon regard pour que Lehmann trouve enfin le courage de m'affranchir. En deux mots comme en mille, M. Machin, ici présent, plongeur sous-marin de son état (pourquoi ce détail? Pour authentifier le muscle?) a commandé, la semaine dernière, un lit de 140 au rayon meubles plein bois.
- Le plein bois, c'est bien votre secteur, Malaussène?
Oui timide de mon bonnet.
- A donc demandé un lit de 140, noyer chantourné, ref. T.P. 885, à vos services, M. Malaussène, lit dont les deux pieds de tête se sont brisés au premier usage.
Pause. Coup d'œil au plongeur dont la mâchoire inférieure torture un atome de chewing-gum. Coup d'œil à Lehmann qui n'est pas mécontent de me refiler le paquet.
- La garantie, dis-je...
- La garantie jouera, mais votre responsabilité est engagée ailleurs, sinon je ne vous aurais pas fait venir.
Gros plan sur mes godasses.
- Il y avait quelqu'un d'autre, sur ce lit.
Ce genre de plaisirs, même au plus profond de sa trouille, Lehmann ne pourra jamais s'en passer.
- Une jeune personne, si vous voyez ce que je...
Mais le reste s'évapore sous le regard chalumeau du mastard. Et c'est lui-même qui achève, laconique:
- Une clavicule et deux côtes. Ma fiancée. A l'hopital.
- OOOH!
C'est un vrai cri que j'ai poussé. Un cri de douleur. Qui les a fait sursauter tous les deux.
- OOOH!
Comme si on m'avait frappé à l'estomac. Puis, compression de ma cage thoracique par la pointe de mon coude, juste au-dessous du sein, et je deviens aussi blanc que les draps du plumard fatal. Cette fois, Hercule fait un pas en avant, esquissant même le geste de me rattraper au cas où je tomberais dans les vapes.
- J'ai fait ça?
Voix blanche, début d'asphyxie. Chancelant, je m'appuye au bureau de Lehmann.
- J'ai fait ça?
D'imaginer seulement cette montagne de barbaque tombant du haut de son plongeoir sur les corps de Louna et de Clara, et faisant sauter tous leurs osselets, suffit à me voir des larmes certifiées conformes. Et, c'est le visage ruisselant que je demande:
- Comment s'appelait-elle?
Le reste marche comme sur des roulettes. Sincèrement ému par mon émotion, M. Muscle se dégonfle d'un seul coup. Impressionnant. On croirait presque voir la forme de son cœur. Lehmann en profite aussitôt pour me charger méchamment. Je lui présente ma démission en sanglotant. Il ricane que se serait trop facile. Je supplie, arguant que le Magasin ne peut vraiment rien attendre d'une nullité de mon espèce.
- La nullité, ça se paye, Malaussène! Comme le reste! Plus que le reste!
Et il se propose de me la faire payer si cher, ma nullité, que le client traverse soudain la pièce pour venir poser ses deux poings sur son bureau.
- ça vous fait bicher, de torturer ce type?
«Ce type», c'est moi. Ça y est, me voilà sous la protection de Sa Majesté le Muscle. Lehmann souhaiterait son fauteuil plus profond. L'autre s'explique: déjà, à l'école, ça lui foutait les boules de voir des caves s'attaquer à plus faibles qu'eux.
- Alors, écoute-moi bien, bonhomme.
«Bonhomme», c'est Lehmann. Couleur de cierge. De ces cierges qu'on brûle pour que ça passe. Ce qu'il a à écouter est simple. Primo, l'autre retire sa plainte. Deuxio, il viendra bientôt vérifier si je suis toujours en poste. Tertio, si je n'y suis pas, si Lehmann m'a fait jeter...
- Je te casse comme ça!
«Ça», c'est la jolie règle d'ébène de Lehmann, souvenir colonial, qui vient de péter net entre les doigts de mon sauveur.

Posté par aproposdelivres à 10:56 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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