31 octobre 2010

Jours toxiques – Roxana Robinson

Lu dans le cadre du partenariat Blog-O-Book et les éditions Buchet - Chastel

jours_toxiques Buchet-Chastel – septembre 2010 – 583 pages

traduit de l'américain par Julie Sibony

Quatrième de couverture :
Cet été-là, Julia Lambert, professeur d'art à New York et artiste peintre, accueille ses parents dans sa petite maison vétuste du Maine, au bord de l'Atlantique.
Elle tient à s'occuper de son père, un ancien neurochirurgien autoritaire, et de sa mère, toujours heureuse et stoïque, qui perd inexorablement la mémoire. Quand Julia apprend de Steven, son fils aîné, que Jack, son cadet, se drogue à l'héroïne, elle s'effondre. Héroïne. Le mot résonne avec incrédulité et angoisse dans cette famille cultivée, tolérante et sans histoire de la bourgeoisie américaine, et rend toxiques ces jours de vacances.
Julia met tout en oeuvre pour arracher son fils, esclave du velours noir que l'enfer de ses veines réclame goulûment, au danger et à une mort certaine. Elle rassemble autour de lui, pour une improbable médiation, outre ses parents et Steven, Wendell, son ex-mari, Harriet, sa soeur complexée, et Ralph, un ancien héroïnomane devenu spécialiste de la désintoxication. Mais en s'invitant avec fracas au coeur d'une famille confrontée pour la première fois à l'addiction, l'héroïne convie aussi le blâme, la rage, la honte, les regrets et ravive d'intimes blessures.
La tragédie de Jack fera voler en éclats les non-dits du cercle familial et révélera les failles de chacun sous les apparences du bonheur. Et s'il est vrai que le bonheur a un prix, pourquoi Jack serait-il le seul à en payer le lourd tribut ?

Auteur : Journaliste et critique littéraire, Roxana Robinson est l'auteur de quatre romans, de plusieurs recueils de nouvelles et d'une biographie de Georgia O'Keeffe. Elle vit à Manhattan et enseigne l'écriture à la New School de New York.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
C'est l'histoire d'une famille qui est bouleversée par la toxicomanie d'un fils. Julia est professeur d'histoire de l'art à l'Université, divorcée. C'est l'été, et elle reçoit ses vieux parents Edward et Katharine dans sa petite maison de vacances du Maine. Son fils aîné Steven vient les rejoindre et avoue à sa mère que son jeune frère Jack ne va pas bien, il se drogue à l'héroïne. C'est un choc pour Julia qui veut se battre pour sortir son fils de ce cauchemar. Avec son ex-mari Wendell, elle rassemble la famille autour d'eux pour tenter une médiation et aider Jack à s'en sortir. L'auteur nous donne une description de la dépendance à l'héroïne avec un criant réalisme. Les différents personnages de l'histoire ont chacun leurs caractères, leurs faiblesses et leurs secrets. On découvre les conséquences du mal-être de Jack sur chacun des membres de la famille. Chacun va faire le point sur ses relations qu'ils ont avec les autres membres de la famille. Un livre juste, avec de la douleur et des regrets, mais aussi de l'espoir. Le récit est dur et bouleversant. C'est un roman plein d'émotions qui ne peut pas laisser indifférent.

Merci à Blog-O-Book et aux éditions Buchet - Chastel pour m'avoir permis de découvrir ce livre fort et bouleversant.

Extrait : ici

Livre 19/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

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30 octobre 2010

Seul dans Berlin - Hans Fallada

Livre lu dans le cadre du partenariat Livraddict et Folio

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Denoël – juin 2002 – 558 pages

Folio – janvier 2004 – 560 pages

traduit de l'allemand par A. Virelle et A. Vanevoorde

Quatrième de couverture :
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Mme Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quengel, désespérés d'avoir perdu leur fils au front, qui inondent la ville de tracts contre Hitler et déjouent la Gestapo avant de connaître une terrifiante descente aux enfers. De Seul dans Berlin, Primo Levi disait, dans Conversations avec Ferdinando Camon, qu'il était "l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie". Aucun roman n'a jamais décrit d'aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Auteur : Hans Fallada, pseudonyme de Rudolf Ditzen (1893-1947), exerça une multitude de métiers - gardien de nuit, exploitant agricole, agent de publicité - avant de devenir reporter puis romancier. Écrivain réaliste populaire, il dressa un tableau très fidèle de la société allemande entre les deux guerres, et termina en 1947 par Seul dans Berlin, son chef-d'œuvre.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Folio. Le livre prévu (Les fantômes de Breslau) n'étant finalement pas disponible, Folio nous a proposé de choisir un titre de son catalogue. J'ai donc choisi Seul dans Berlin de Hans Fallada.

A travers une galerie de personnages, l'auteur dépeint la vie quotidienne des allemands à Berlin sous le régime nazi à partir de mai 1940. Dans un même immeuble modeste de la rue Jablonski, cohabitent, Madame Rosenthal, Otto et Anna Quangel, un couple tranquille, la famille Persick, Borkhausen et sa famille, le conseiller Fromm...
Madame Rosenthal est juive, son mari a été arrêté par la Gestapo et elle est persécutée par la famille Persick. Chez les Persick, le père a ses entrées au Parti, les deux fils aînés sont à la SS, le jeune fils, Baldur est le plus talentueux de la famille il va bientôt rentrer dans l'école des futurs cadres nazis. Borkhausen est un mouchard et un voleur. Après avoir appris la mort de leur fils lors de la Campagne de France, et pour donner un but à leur vie, les Quangel entrent en résistance, en écrivant des cartes postales appelant à la rébellion et en les déposant dans toute la ville de Berlin. Nous découvrons les différentes attitudes possible : la résistance, la lâcheté, le profiteur, la passivité, la collaboration, la délation... Toute la population allemande est sous l'emprise de la peur.

Ce livre est très intéressant pour connaître la réalité de la vie à Berlin pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il se lit lentement, le style est littéraire, les descriptions sont précises. L'auteur a construit son histoire en lui donnant un certain suspens : la Gestapo va-t-elle oui ou non découvrir qui est le mystérieux « Trouble-fête » ? et parfois des passages plutôt drôles : lorsque Borkhausen se fait avoir à ses propres entourloupes...
Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour m'avoir permis de découvrir ce livre que j'ai beaucoup aimé.

Extrait : (page 34)
Involontairement, il prend les mains de Trudel dans les siennes, et il l’éloigne de l’affiche.
- Qu’y a-t-il donc ? demande-t-elle, toute surprise.
Mais elle suit le regard de Quangel et lit également le texte. Une exclamation, qui peut tout signifier, lui vient aux lèvres : protestation contre ce qu’elle vient de lire, désapprobation du geste de Quangel, ou indifférence. Elle remet son agenda en poche et dit ;
- Ce soir, c’est impossible, père. Mais je serai chez vous demain vers huit heures.
- Il faut que tu viennes ce soir, Trudel, répond Otto Quangel... Nous avons reçu des nouvelles
d’Otto...
Il voit que toute gaieté disparaît des yeux de la jeune fille.
- Otto est mort, Trudel !
Du fond du coeur de Trudel monte le même “Oh !” profond qu’il a eu lui aussi en apprenant la nouvelle. Un moment, elle arrête sur lui un regard brouillé de larmes. Ses lèvres tremblent. Puis elle tourne le visage vers le mur, contre lequel elle appuie le front. Elle pleure silencieusement.
Quangel voit bien le tremblement de ses épaules, mais il n’entend rien.
“Une fille courageuse ! se dit-il. Comme elle tenait à Otto !... À sa façon, il a été courageux, lui aussi.
Il n’a jamais rien eu de commun avec ces gredins. Il ne s’est jamais laissé monter la tête contre ses parents par la Jeunesse Hitlérienne. Il a toujours été contre les jeux de soldats et contre la guerre, cette maudite guerre !...”
Quangel est tout effrayé par ce qu’il vient de penser. Changerait-il donc, lui aussi ? Cela équivaut presque au “Toi et ton Hitler” d’Anna.
Et il s’aperçoit que Trudel a le front appuyé contre cette affiche dont il venait de l’éloigner. –Au dessus de sa tête se lit en caractère gras :
AU NOM DU PEUPLE ALLEMAND
Son front cache les noms des trois pendus...
Et voilà qu’il se dit qu’un jour on pourrait fort bien placarder une affiche du même genre avec les noms d’Anna, de Trudel, de lui-même... Il secoue la tête, fâché... N’est-il pas un simple travailleur manuel, qui ne demande que sa tranquillité et ne veut rien savoir de la politique ? Anna ne s’intéresse qu’à leur ménage. Et cette jolie fille de Trudel aura bientôt trouvé un nouveau fiancé...
Mais ce qu’il vient d’évoquer l’obsède :
“Notre nom affiché au mur ? pense-t-il, tout déconcerté. Et pourquoi pas ? Être pendu n’est pas plus terrible qu’être déchiqueté par un obus ou que mourir d’une appendicite... Tout ça n’a pas d’importance... Une seule chose est importante : combattre ce qui est avec Hitler... Tout à coup, je ne vois plus qu’oppression, haine, contrainte et souffrance !... Tant de souffrance !... “Quelques milliers”, a dit Borkhausen, ce mouchard et ce lâche... Si seulement il pouvait être du nombre !... Qu’un seul être souffre injustement, et que, pouvant y changer quelque chose, je ne le fasse pas, parce que je suis lâche et que j’aime trop ma tranquillité...”
Il n’ose pas aller plus avant dans ses pensées. Il a peur, réellement peur, qu’elles ne le poussent implacablement à changer sa vie, de fond en comble.

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29 octobre 2010

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... – Eric-Emmanuel Schmitt

suivi de Kiki van Beethoven

quand_je_pense_que_Beethoven Albin Michel – septembre 2010 – 198 pages

Quatrième de couverture :
Lors d'une exposition de masques, Beethoven revient dans la vie d'Eric-Emmanuel Schmitt : surpris, il se rappelle l'avoir aimé passionnément pendant son adolescence. Pourquoi ne l'écoute-t-il plus ? Pourquoi n'a-t-il plus eu besoin de sa passion, sa véhémence, sa noblesse ? Réfléchissant à partir de sa propre vie, Schmitt médite sur notre époque qui ne croit ni en Dieu ni en l'homme, où l'individu se sent broyé et inutile. Il ausculte notre temps désespéré que l'idéal de grandeur a quitté
Un essai brillant et intime, fait d'émotions, de surprises et d'émerveillements où Schmitt élucide ce génie, créateur d'une ''messe pour l'humanité'', un homme infirme, seul, malheureux, accablé par le sort, qui écrit pourtant une oeuvre énergique couronnée par un hymne à la joie. Comment peut-on avoir le sens du tragique et se montrer optimiste ? Tel sera le défi pour notre siècle ; tel est le message de Beethoven : il nous propose une philosophie et une morale humaniste dont nous avons un urgent besoin.

Auteur : Dramaturge, essayiste, romancier, scénariste à succès, Eric-Emmanuel Schmitt est l'un des auteurs les plus célèbres en France et dans le monde (traduit dans 42 pays). Son dernier livre, Concerto à la mémoire d'un ange, a été un des best-sellers du printemps 2010.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Ce livre fait partie de la série "Le bruit qui pense",(en hommage à la phrase de Victor Hugo : "La musique, c’est du bruit qui pense"). Cette série a été créée par Éric-Emmanuel Schmitt en 2005 avec le titre "Ma vie avec Mozart",et il prévoit de la poursuivre avec Bach et Schubert.
Ce livre se divise en deux parties. Tout d'abord « Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...» et son CD avec six œuvres de Beethoven. Dans cet essai l'auteur nous évoque les différentes émotions
qu'il a eu grâce à la musique de Beethoven. Tout en lisant Éric-Emmanuel Schmitt, on écoute la musique, et on comprend encore mieux ce que l'auteur nous raconte.
Et le titre du livre qui ne laisse personne indifférent... "Quand je pense que Beethoven est mort alors que d’autres crétins vivent", c’est une phrase que prononçait Mme Vo Than Loc le professeur de piano d'Éric-Emmanuel Schmitt.
Dans la deuxième partie, Éric-Emmanuel nous raconte l'histoire Kiki, femme ayant la soixantaine, elle va, grâce à un masque de Beethoven découvert dans une brocante, changer sa vie ainsi que celle de ses trois amies. Il est question de jeunesse perdue, d'émotions et de secrets ensevelis.
Une histoire drôle et émouvante.
A noter que Kiki van Beethoven sera créée sous forme de comédie monologue à partir du 21 septembre 2010, au théâtre de la Bruyère, dans une mise en scène de Christophe Lindon, interprétée par Danielle Lebrun.

Extrait : (début du livre)
Entre Beethoven et moi, ce fut une histoire brève mais forte.
Il apparut dans ma vie lorsque j’avais quinze ans puis la quitta quand j’atteignais les vingt. Pendant cette période, il s’installa, poussa les meubles, cala ses disques à côté de mon électrophone, empila ses partitions sur le piano droit, enseigna à mes doigts ses pages les plus passionnées, m’arracha des larmes avec ses symphonies et devint le maître de mes doigts ses pages les plus passionnées, m’arracha des larmes avec ses symphonies et devint le maître de mes émotions, m’en insufflant de nouvelles, bouleversantes. Afin de marquer son territoire dans ma chambre d’adolescent, il introduisit, par l’entremise d’une tante qui revenait d’Allemagne, son buste en résine peinte, sculpture tourmentée qu’il me conseilla de placer sur ma table de nuit, sous le portrait de Mozart épinglé au mur. Ce fut la seule fois où je lui résistai ; par je ne sais quelle prudence – sans doute la crainte de ne pas m’endormir auprès de ce front où saillaient les tumultes du génie -, je laissai trôner son effigie dans l’ombre de la bibliothèque paternelle, à plusieurs murs de distance.
Intensément présent pendant cinq années, il s’éclipsa les décennies suivantes. Son départ coïncida avec la fin de ma longue adolescence. Il fuit quand je désertai la maison familiale. Au loin, le Beethoven ! Absent, anéanti ! Je n’y pensais plus, je ne l’interprétais plus, je ne l’écoutais plus.

Livre 18/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

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27 octobre 2010

Un secret - Philippe Grimbert

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

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Grasset – mai 2004 – 192 pages

LGF – avril 2007 – 184 pages

LGF – septembre 2007 – 184 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2004

Prix des Lectrices de Elle 2005

Quatrième de couverture :
Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents
Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence
Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La Petite Robe de Paul. Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'œuvre dans nos vies.

Auteur : Philippe Grimbert est psychanalyste. Il a précédemment publié trois essais : Psychanalyse de la chanson, Pas de fumée sans Freud et Chantons sous la psy, et son premier roman, La Petite robe de Paul (2001).

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Ce livre est un roman autobiographique.
Le narrateur vit une vie simple et tranquille, fils unique élevé par des parents Maxime et Tania qui s'adorent. Ils sont l'un et l'autre deux grands sportifs, elle, championne de plongeon de haut vol et lui gymnaste et lutteur. Le narrateur est un enfant chétif et souvent malade.
Ce dernier a toujours ressenti la présence d'un frère, il croyait même l'avoir inventé. Un jour, en présence de sa mère, il découvre au grenier un vieux chien en peluche : d'où vient-il ? À qui a-t-il appartenu ? Il sent le malaise de sa mère. Lorsqu'il sera adolescent, grâce aux confidences que lui fait petit à petit Louise, une vieille amie de la famille, il apprendra peu à peu l'histoire bouleversante et tragique de ses parents. Le lecteur suit la démarche du narrateur, comment de l'enfance à l'âge adulte il met en place les différentes pièces d'un puzzle pour découvrir un terrible secret de famille. Il comprend que le silence de ses parents étaient, pour eux, un moyen de continuer à vivre.
Un Secret est un roman magnifique sur la culpabilité, sur le mensonge.

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Le Film : le livre a été adapté en 2007 dans un film de Claude Miller avec Cécile de France, Patrick Bruel, Julie Depardieur, Ludivine Sagnier. Un très beau film qui est resté très fidèle au texte.

Extrait : (début du livre)
Fils unique, j'ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes amis de passage. J'avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.
J'étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s'ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des cheveux en bataille, un sourire en coin qu'on me présentait en deux mots : « Mon frère. » Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait tout partager, y compris l'amour. Un vrai frère. Un semblable dans le visage duquel on se découvrait pour trait commun une mèche rebelle ou une dent de loup, un compagnon de chambrée dont on savait le plus intime, les humeurs, les goûts, les faiblesses, les odeurs. Une étrangeté pour moi qui régnais seul sur l'empire des quatre pièces de l'appartement familial.

Unique objet d'amour, tendre souci de mes parents, je dormais pourtant mal, agité par de mauvais rêves. Je pleurais sitôt ma lampe éteinte, j'ignorais à qui s'adressaient ces larmes qui traversaient mon oreiller et se perdaient dans la nuit. Honteux sans en connaître la cause, souvent coupable sans raison, je retardais le moment de sombrer dans le sommeil. Ma vie d'enfant me fournissait chaque jour des tristesses et des craintes que j'entretenais dans ma solitude. Ces larmes, il me fallait quelqu'un avec qui les partager.

Challenge Prix Goncourt des Lycéens
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2004

Challenge Goncourt des Lycéens
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chez Enna

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26 octobre 2010

Le fille du docteur Baudoin – Marie-Aude Murail

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

la_fille_du_docteur_Baudoin L'École des Loisirs – octobre 2006 – 260 pages

Quatrième de couverture :
Ils sont deux à se partager la clientèle du cabinet. Jean Baudoin, le fondateur, la cinquantaine à la fois fringante et fatiguée. Il ne garde jamais les gens plus de dix minutes, distribue les médocs comme les regards méprisants. Les malades l'énervent de plus en plus. Et Vianney Chasseloup, un débutant, avec des yeux d'âne, un prénom de saint, une triste figure de chevalier, les cheveux en pagaille et le veston froissé. C'est lui qui soigne tous ceux dont Baudoin ne veut plus : les vieux, les gâteux, les paumés, les cas désespérés. Mais voilà qu'un jour, parmi les patients du docteur Chasseloup, se glisse une toute jeune fille aux yeux bleus, presque violets. Violaine. Aussi jolie que son prénom peut le laisser espérer. Elle a tout pour être heureuse. C'est la fille du docteur Baudoin. Alors, qu'est-ce qu'elle fait là ?

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009).

Mon avis : (lu en octobre 2010)
C’est l’histoire  de Violaine Baudoin, à 17 ans, elle vit dans une famille aisée et sans problèmes. Son père est médecin, sa mère dirige un laboratoire d'analyses médicales. Son frère Paul-Louis, 15 ans, est l'adolescent typique qui aime les vêtements de luxe et MSN. Sa petite sœur, Cerise, 8 ans, elle élève des cochons virtuels, des vaches ou des dragons sur Internet...
La vie du cabinet médical est présente en toile de fond dans cette histoire. On découvre les différents patients et l’on suit leur état de santé au fil de leurs visites chez le médecin.
Il existe une petite rivalité entre les deux collègues, l'un et l’autre n’ayant pas les mêmes méthodes de travail. D’un côté le docteur Jean Baudoin, surmené et un peu blasé par son métier et qui enchaîne rapidement ses consultations, prescrivant facilement de nombreux médicaments et des analyses inutiles. De l’autre le jeune associé le docteur Vianney Chasseloup beaucoup plus consciencieux et plus à l’écoute des ses malades, il prend du temps pour les recevoir.
Violaine vie une adolescence heureuse et insouciante jusqu’au jour où elle découvre qu'elle est enceinte  d'un garçon qu'elle n'aime pas. Ne voulant rien dire à ses parents, elle confie son secret à sa meilleure amie, Adelaïde. Toutes deux vont faire des démarches au planning familial. Et c’est là, que Violaine  rencontrera le docteur Chasseloup, qui est l'associé de son père...

Un sujet important et grave traité avec beaucoup de justesse.

Extrait : (début du livre)
Le docteur Baudoin connaissait chaque soir de la semaine un moment de bonheur, par ailleurs assez bref, quand il prenait l'ascenseur. Tandis que la petite cage vitrée s'envolait vers son luxueux appartement, il lâchait un gros soupir en même temps que sa mallette en cuir. Voilà, encore une journée de boulot terminée.

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple  papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity

Ce soir-là, il rentrait de bonne heure. Il allait pouvoir dîner en famille avec sa femme, Stéphanie, et avec ses trois enfants, chair de sa chair, prunelle de ses yeux, Violaine, dix-sept ans, Paul-Louis, quinze ans, et Cerise, huit ans. Cinquième étage, tout le monde descend.

- Ah, tiens, papa ! Sixte m'invite à sa soirée de rallye le mois prochain.
Paul-Louis agita devant lui son téléphone portable pour faire comprendre qu'il était en ligne.
- Mais il me faut un costume.
Le docteur Baudoin regarda son fils sans rien trouver à lui répondre, pas même le classique : « Ca fait plaisir d'être accueilli. » Il entra au salon, où les flics de Miami canardaient le canapé en laissant hurler leur sirène.
- Tu es sourde ? cria le docteur Baudoin à sa fille aînée.
Violaine, un coussin serré sur la poitrine en guise de gilet pare-balles, fit : « Hein ? », et se contenta de zapper sans baisser le son.
- C'est OK pour le costume ? reprit Paul-Louis dans le dos de son père.
- Votre mère est là ? demanda le docteur Baudoin.
Puis, sans espérer de réponse, il partit en quête de Stéphane et se heurta dans le couloir à sa petite dernière.
- Oh, papa ! S'exclama Cerise. Je sais que c'est pas vrai et qu'il y a d'autres raisons de pleurer dans la vie, mais j'avais réussi à gagner deux cochons, et ils allaient faire un bébé en plus ! Mais il y a quelqu'un qui est entré chez moi et il a lâché un loup qui a mangé ma cochonne. Et mon pauvre cochon, il n'a plus de joie de vivre, maintenant.
Elle était au bord des larmes.
- Mais de quoi tu me parles ? S'écria son père, ahuri.
- C'est à Kochonland, précisa la petite en reniflant. Sur Internet.
- Papa, gémit Paul-Louis, qu'est-ce que je réponds à Sixte ?
Le docteur Baudoin leva les yeux au plafond. Dire qu'il avait idolâtré ce gamin quand il avait trois ans et qu'on l'appelait Pilou !
 

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25 octobre 2010

Blue cerise – Octobre : saison 1

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Ils sont quatre : Zik, Satya, Violette et Amos. Quatre ados inséparables, aussi différents qu’unis.
Unis dans leur vie d’ado, mais aussi par un secret qui pèse lourd. À chaque épisode sa voix.
 

Amos : Cibles mouvantes - Sigrid Baffert

blue_cerise1_amos Édition Milan – mai 2009 – 59 pages

Quatrième de couverture :
Octobre; Les vacances. Pour Amos, le temps des questions. Qui est ce débile qui le harcèle au téléphone ? Comment s'y prendre avec Lucas, le nouveau du tir à l'arc ? Et puis, qu'est-ce qu'il irait bien faire au Québec ? Surtout sans les cerises.

Auteur : Née en 1972 à Lyon, Sigrid Baffert a poursuivi des études de cinéma et de théâtre. Alors qu’elle est encore étudiante, elle écrit déjà des histoires pour enfants et des chansons, dont Ballade pour une gardienne de prison interprétée par Serge Reggiani. Aujourd’hui, elle se consacre entièrement à l’écriture et à la création.

Satya : L'attentat - Jean-Michel Payet

blue_cerise1_satya Édition Milan – mai 2009 – 63 pages

Quatrième de couverture :
Octobre. Les vacances. Pour Satya, un vrai jeu de piste. Qui est cette fille qui le mène de rendez-vous fantômes en happenings bizarres ? Un soir au musée, une nuit sur un toit et un attentat d'un genre un peu particulier. Une drôle de fille, vraiment, mais tellement fascinante...

Auteur : Jean-Michel Payet est avant tout connu comme illustrateur jeunesse et de bandes-dessinées. Questions pour un crapaud est son premier roman pour la jeunesse. Il est aussi l’auteur de la bande-dessinée Les énigmes de Zack et Zelda dans le magazine « Toutalire ». Il est né à Paris le 1er mai 1955. Père de trois enfants, il habite à Combs-la-ville (77).

Zik : l'Ange des toits - Maryvonne Rippert

blue_cerise1_zik Édition Milan – mai 2009 – 55 pages

Quatrième de couverture :
Octobre. Les vacances. Pour Zik, ça commence sur le toit de son immeuble pour finir dans une cave, dans un hallucinant concert de rock. Entre nulle part et demain. Et avec des musiciens d'avant-hier. Spécial.

Auteur : Après de nombreuses années passées à Paris où elle travaille à la documentation d’un grand hebdomadaire d’information, Maryvonne Rippert s’installe près de Lyon et se consacre à l’écriture de textes pour la jeunesse et de romans policiers. La différence, l’apprentissage de la liberté, la séparation, tels sont les thèmes qui lui sont chers.

Violette : L'amour basta ! - Cécile Roumiguière

blue_cerise1_violette Édition Milan – mai 2009 – 57 pages

Quatrième de couverture :
Octobre. Les vacances. Pour Violette, c'est l'exil : dix jours chez le tio Ernesto, au fin fond des Corbières, loin de tout signe de civilisation. Une planète où même les portables ne passent pas...

Auteur : Originaire de l’Aveyron, Cécile Roumiguière vit et travaille à Paris. Après des études de lettres modernes orientées théâtre et cinéma, elle plonge dans l’univers du spectacle où elle mène une carrière riche et éclectique. Aujourd’hui, elle se consacre également à l’écriture de romans et d’albums pour la jeunesse.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
J'ai dévoré ces 4 petits livres en un peu plus d'une heure. L'originalité de cette série c'est de raconter une même histoire avec 4 points de vues différents, celui de chacun des 4 personnages et amis qui constituent les Blue cerises. Autre originalité, les 4 auteurs différents pour chacun des livres de la série. Pour chaque saison, ces 4 livres peuvent être lus dans un ordre quelconque.

Un mystérieux inconnu harcèle la famille d’Amos au téléphone. Amos avec sa sœur Chani tentent de mener l’enquête. Lucas un de ses camarades de son club de tir à l'arc a avec lui un comportement troublant. Amos vient  d’apprendre  leur prochain déménagement au Québec. C’est difficile pour Amos de l’annoncer à ses copains.

Dans la librairie de ses deux grands-mères Satya croise une belle inconnue, Indiana qui ne le laisse pas indifférent. A l’occasion de plusieurs rendez-vous, elle le promène dans un univers d’absurde et de poésie. Qui est cette fille ? Que veut-elle vraiment ? Satya va découvrir le triste secret d’Indiana.Les 4 personnages sont attachants, ils sont très différents mais ils sont unis par une immense amitié. Dès que possible, je me procurerai la saison 2 et la saison 3. Une belle découverte !

Violette va passer les vacances de Toussaint chez le tió Ernesto dans les Corbière. Loin des blue Cerises, Violette va faire la rencontre d’apprentis travailleurs humanitaires qui s'entraînent. Violette va-t-elle savoir se protéger ?

Zik fait une curieuse rencontre. Elle va suivre sur les toits de Paris un bel inconnu dans un monde de la nuit et de la musique. En cette première nuit de novembre,  elle assistera à un concert très particulier !

Pour en savoir plus, allez voir le site des Blue cerises, vous y trouverez les liens des blogs de chacun des Blues cerises.

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24 octobre 2010

En pause...

Je pars quelques jours en famille prendre l'air à la campagne

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Il n'y aura pas d'internet... mais de nombreux livres à lire !

A très bientôt.

(mes derniers billets de mes lectures du Read-A-Thon ont été programmés pour les jours suivant...)

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23 octobre 2010

Sans un adieu – Harlan Coben

sans_un_adieu Belfond – octobre 2010 – 459 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Quatrième de couverture :
Suspense magistral, intrigue machiavélique à souhait, tension psychologique à son comble. Des côtes australiennes aux parcs de Boston et aux banlieues new-yorkaises, le tout premier roman de celui qui allait révolutionner le monde du thriller.
Laura Ayars et David Baskin, l'ancienne top model devenue femme d'affaires et la superstar de l'équipe de basket des Celtics : un couple béni des dieux !
Mais, en pleine lune de miel, la tragédie frappe.
David part nager et disparaît.
Sans un adieu...

Accident ? Meurtre ? Suicide ? Laura se lance dans l'enquête et découvre bientôt des secrets vieux de trente ans, que ses proches ont tout fait pour enfouir...

Mensonges, trahisons, jalousies, meurtres... Quand le passé menace de ressurgir, un tueur tapi dans l'ombre est prêt à tout pour empêcher la vérité d'éclater.

Auteur : Harlan Coben est né et a grandi dans le New Jersey, où il vit avec sa femme et leurs quatre enfants. Ne le dis à personne... (2002), prix des Lectrices de Elle et adapté au cinéma par Guillaume Canet, Disparu à jamais (2003), Une chance de trop (2004), Juste un regard (2005), Innocent (2006), Promets-moi (2007), Dans les bois (2008), Sans un mot (2009) et Sans laisser d'adresse (2010).

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Dès la préface, le lecteur est prévenu, ce livre a été écrit par Harlan Coben il y a une bonne vingtaine d'années et il n'a pas voulu le réécrire et il nous livre tel quel son premier polar.
Voici un couple idéal, Laura Ayars et David Baskin. Elle est un ancien mannequin et elle dirige sa propre marque de vêtements. Lui est un grand champion de basket de l'équipe des Celtics. Ils sont tous les deux superbes et fous amoureux. Ils sont partis clandestinement pour leur lune de miel en Australie. Pour ses affaires, Laura part à un rendez-vous professionnelle. Lorsqu'elle revient à l'hôtel, David est parti nager. Malheureusement, David ne reviendra pas…
Voilà comment commence ce livre. L'histoire est bien construite : le lecteur est spectateur de l'intrigue, il comprend certaines choses avant les protagonistes, l'intrique est captivante. En effet, lorsqu'on commence ce livre, on a du mal à le lâcher, car le suspens est là en permanence, les pistes vraies et fausses sont multiples et le livre nous entraîne de rebondissements en rebondissements. Je croyais avoir compris avant la fin la conclusion de l'histoire et bien sûr je m'étais trompée...
J'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce premier Harlan Coben, vraiment réussi.

Un grand MERCI à Romane de l'agence Athomedia et aux éditions Belfond pour l'envoi de ce livre.

Extrait : (début du livre)
PROLOGUE
29 mai 1960
CE SERAIT UNE ERREUR DE LA REGARDER EN FACE pendant qu’elle parle. Ses paroles, il le savait, n’auraient aucun effet sur lui. Son visage et son corps, si.
Tandis qu’elle refermait la porte, Sinclair pivota vers la fenêtre. Il faisait beau : dehors, un grand nombre d’étudiants se prélassaient au soleil. Quelques-uns jouaient au touch football, mais la plupart étaient allongés – les amoureux blottis l’un contre l’autre –, livres ouverts pour faire croire à leurs intentions studieuses.
Un reflet d’or attira son regard sur une chevelure blonde. Se tournant, il reconnut la jolie fille de son cours de 14 heures, entourée d’une demi-douzaine de garçons qui se disputaient son attention dans l’espoir de lui arracher son plus beau sourire. Par la fenêtre d’une chambre, on entendait beugler à travers tout le campus le dernier single de Buddy Holly. Il jeta un nouveau coup d’œil sur la ravissante blonde qui n’arrivait pas à la cheville de la beauté brune derrière lui.
— Alors ? fit-il.
À l’autre bout de la pièce, la sublime créature hocha la tête avant de se rendre compte qu’il lui tournait le dos.
— Oui.
Il poussa un énorme soupir. Sous la fenêtre, quelques-uns des garçons s’écartèrent de la blonde, la mine déconfite, comme s’ils venaient de se faire éliminer de la compétition, ce qui du reste devait être le cas.
— Tu es sûre ?
— Évidemment.
Sinclair hocha la tête sans trop savoir pourquoi.
— Et que comptes-tu faire ?
Elle le contempla, incrédule.
— Corrige-moi si je me trompe, commença-t-elle avec une exaspération manifeste, mais il me semble que ça te concerne aussi.
Une fois de plus, il hocha la tête, sans aucune raison apparente. Dehors, sur la pelouse, un autre garçon s’était fait éjecter du ring. Ne restaient en lice que deux candidats aux faveurs potentielles de la blonde. Il reporta son attention sur la partie de touch football et suivit des yeux le ballon qui traversait lentement l’air humide. Un garçon au torse nu tendit les mains. Le ballon décrivit une spirale, rebondit sur le bout de ses doigts et retomba à terre. Sinclair se concentra sur le jeu, partageant la déception du joueur, s’efforçant d’ignorer l’emprise qu’elle exerçait sur son esprit. Son regard revint par inadvertance sur la blonde. Elle avait fait son choix. Tête basse, le perdant s’éloigna, bougon.
— Tu veux bien te retourner, dis ?
Un sourire joua sur ses lèvres. Il n’était pas fou au point de s’exposer à son arsenal dévastateur, de se laisser prendre dans ses filets. Il regarda le jeune homme qui avait réussi à conquérir la blonde. Même de sa fenêtre au premier étage, on pouvait lire la concupiscence dans les yeux agrandis du garçon, lorsqu’il s’empara de la proie tant convoitée et l’embrassa. Ses mains se mirent à vagabonder.
Le butin au vainqueur.
Il se tourna vers la bibliothèque. Maintenant que leur relation avait pris un tour plus physique, il avait l’impression de violer l’intimité du jeune couple. Il glissa une cigarette dans sa bouche.
— Va-t’en.
— Quoi ?
— Va-t’en. Fais ce que tu veux, mais je ne veux plus te voir ici.
— Tu n’es pas sérieux.
— Si.
Il alluma la cigarette.
— On ne peut plus sérieux.
— Mais j’allais annoncer…
— N’en parle à personne. C’est déjà allé trop loin.
Il y eut un moment de silence. Lorsqu’elle reprit la parole, ce fut d’un ton implorant, un ton qui lui écorcha les nerfs.
— Mais je croyais…
Il tira sur sa cigarette comme s’il avait voulu la terminer en une seule bouffée.
De la pelouse lui parvint le bruit retentissant d’une gifle. La blonde avait coupé court aux débordements hormonaux du jeune homme qui avait tenté de franchir le stade du simple pelotage.
— Eh bien, tu as eu tort. Maintenant va-t’en.
Sa voix n’était plus qu’un murmure.
— Salaud.

Livre 17/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

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22 octobre 2010

Je me souviens… - Boris Cyrulnik

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L’esprit du temps – mars 2009 - 80 pages

Odile Jacob – mars 2010 – 83 pages

Quatrième de couverture :
"Ça fait soixante-quatre ans que je n'ai rien pu dire, c'est la première fois que je le fais. Je me rappelle, j'habitais ici. Et puis un jour, ou plutôt une nuit - c'était tôt le matin quand j'ai été arrêté -, la rue a été barrée de chaque côté par des soldats en armes. C'étaient des Allemands, mais j'ai été arrêté par la police française. Il y avait des camions en travers de la rue et puis, devant la porte, une traction avant avec des inspecteurs en civil, des inspecteurs français qui étaient là pour arrêter un enfant de six ans et demi !".

Boris Cyrulnik évoque, dans ce livre très personnel, son enfance, son arrestation, son évasion et surtout l'insoumission aux hommes et aux idées.

Auteur : Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d'enseignement à l'université de Toulon. Il est l'auteur d'immenses succès, notamment Un merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards et Autobiographie d'un épouvantail.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Dimanche dernier, j’ai regardé l’émission de La Grande Librairie sur France 5, Boris Cyrulnik était l’un des invités pour son nouveau livre et le lendemain, je vois ce petit livre à la bibliothèque et comme j’y étais de permanence, dans les moments sans lecteur, j’ai commencé à le lire, et je n’ai pas pu le lâcher.

A partir de son expérience personnelle, Boris Cyrulnik s'interroge sur le travail de mémoire. Plus de soixante après, il revient sur les traces de son enfance. Il lui reste certains souvenirs très précis des évènements qu'il a vécu alors qu'il avait 5 ans ou 6 ans ½. Boris Cyrulnik est devenu orphelin à 5 ans, son père a été déporté en 1942, sa mère également un an plus tard. Boris sera caché par de nombreuses familles d'accueil dont il ne garde très peu de souvenirs. Il est arrêté le 10 janvier 1944 et emmené dans une synagogue. Il nous raconte avec beaucoup de précision son incroyable évasion. Il se rappelle être un petit garçon rebelle, qui ne faisait pas une confiance aveugle aux adultes, il ne s'est pas fait piéger par une boîte de lait Nestlé ou une couverture. Boris Cyrulnik se rend compte que certains de ses détails extrêmement précis ont été réarrangés par la mémoire, ceux qui font souffrir ont été gommés, mais l'histoire reste cohérente.

Un témoignage très fort et émouvant sur l’enfance de Boris Cyrulnik.

Extrait : (page 15)
Je me souviens… C’était près de chez moi, rue de la Rousselle, il y avait une grande porte, une sorte d’arc de triomphe et, venant du pont de la Garonne, l’armée allemande qui défilait. Je les trouvais très beaux avec leurs uniformes, leurs chevaux, il y avait aussi de la musique. Comme elle ne pouvait pas passer sous la porte, la troupe se séparait en deux puis se reformait juste après. Je trouvais ça tellement beau que je ne comprenais pas pourquoi tout le monde pleurait autour de moi.
C’était l’entrée des Allemands à Bordeaux.
J’ai vécu un paradoxe : pour moi, enfant de cinq ans, ce jour était un jour de fête, un jour magnifique, tandis que tous les adultes vivaient un cauchemar. La mémoire traumatique est très particulière. Ce n’est pas une mémoire normale. Elle transforme, elle amplifie, elle minimise. Au plus profond de nous, il existe une trace extrêmement précise – plus encore que les archives -, mais ensuite, pour rendre cohérent le souvenir, on arrange le pourtour. On prend bien conscience de cela dans le cas d’un traumatisme. S’il y a trauma, c’est que le réel est invraisemblable, que les évènements défient l’humanité. Alors, pour rendre le trauma cohérent, reviennent des souvenirs extrêmement précis, la couleur, le mot, le son, l’odeur, gravés dans le marbre et, autour d’eux, un halo imprécis d’arrangement du souvenir.

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21 octobre 2010

Cosmétique de l'ennemi – Amélie Nothomb

Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
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Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 9/20 déjà lus
Médaille en chocolat

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Albin Michel – août 2001 – 140 pages

Livre de Poche – mai 2003 – 120 pages

Livre de Poche – mai 2003 – 120 pages

Digital publishing – 2007 - CD

Quatrième de couverture :
« Sans le vouloir, j'avais commis le crime parfait : personne ne m'avait vu venir, à part la victime. La preuve, c'est que je suis toujours en liberté. »
C'est dans le hall d'un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d'avance. Il lui a suffi de parler. Et d'attendre que le piège se referme.
C'est dans le hall d'un aéroport que tout s'est terminé. De toute façon, le hasard n'existe pas.

Auteur : Née à Kobe (Japon) en 1967, issue d'une illustre famille bruxelloise, Amélie Nothomb découvre la Chine, New York, et l'Asie du Sud-Est lors des déplacements professionnels de son père, un ambassadeur belge. Née au Japon, elle reste profondément marquée par la culture nippone qu'elle porte dans son coeur et transpose dans ses écrits. Elle retourne en Belgique à l'âge de 17 ans et suit des études gréco-latines. En 1992, son roman 'Hygiène de l'assassin' est accueilli avec un énorme succès et se voit adapté sur grand écran. Frustrée de ne pas être restée au Japon, l'auteur y retourne et retranscrit cette expérience plus que déroutante dans 'Stupeur et tremblements', couronné Grand prix de l'Académie française en 1999. Ce livre marque une période de retrait médiatique pour l'écrivain qui aime provoquer, puis est adapté au cinéma en 2003. Se définissant elle-même comme une 'graphomane malade de l'écriture', elle sort un roman par an. Dans le 'Robert des noms propres', Amélie Nothomb romance la vie de son amie la chanteuse Robert. Son dix-huitième roman, 'Le voyage d'Hiver', est publié en 2009. Adulée, critiquée, marginale, Amélie Nothomb reste fidèle à ses idées, laisse vagabonder sa plume au gré des pages blanches et couche sur le papier des récits toujours plus originaux les uns que les autres.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Voilà un livre qui se lit d’une traite, l’action se situe dans un aéroport. Jérôme Angust attend son avion qui est annoncé avec un retard indéterminé. Son voisin Textor Texel commence a engager la conversation et commence à lui raconter sa vie. Le lecteur assiste au dialogue entre ses deux hommes et s’interroge, qui est ce Textor Texel ? Pourquoi a-t-il besoin de raconter sa vie à un inconnu ? Petit à petit, nous allons découvrir la psychologie des personnages et c’est après des rebondissements inattendus que nous comprendrons le fin mot de l’histoire dans les toutes dernières pages. Un livre typique de l’univers d’Amélie Nothomb.

Extrait : (début du livre)
Cosmétique, l’homme se lissa les cheveux avec le plat de la main. Il fallait qu’il fût présentable afin de rencontrer sa victime dans les règles de l’art.
Les nerfs de Jérôme Angust étaient déjà à vif quand la voix de l’hôtesse annonça que l’avion, en raison de problèmes techniques, serait retardé pour une durée indéterminée.
« Il ne manquait plus que ça », pensa-t-il.
Il détestait les aéroports et la perspective de rester dans cette salle d’attente pendant un laps de temps pas même précisé l’exaspérait. Il sortit un livre de son sac et s’y plongea rageusement.
- Bonjour, monsieur, lui dit quelqu’un avec cérémonie.
Il souleva à peine le nez et rendit un bonjour de machinale politesse.
L’homme s’assit à côté de lui.
- C’est assommant, n’est-ce pas, ces retards d’avion ?
- Oui, marmonna-t-il.
- Si au moins on savait combien d’heures on allait devoir attendre, on pourrait s’organiser.
Jérôme Angust approuva de la tête.
- C’est bien, votre livre ? demanda l’inconnu.
« Allons bon, pensa Jérôme, faut-il en plus qu’un raseur vienne me tenir la jambe ? »
- Hm hm, répondit-il, l’air de dire : « Fichez-moi la paix. »
- Vous avez de la chance. Moi, je suis incapable de lire dans un lieu public.
« Et du coup, il vient embêter ceux qui en sont capables », soupira intérieurement Angust.
- Je déteste les aéroports, reprit l’homme. (« Moi aussi, de plus en plus », songea Jérôme.) Les naïfs croient que l’on y croise des voyageurs. Quelle erreur romantique ! Savez-vous quelle espèce de gens l’on voit ici ?
- Des importuns ? grinça celui qui continuait à simuler la lecture.
- Non, dit l’autre qui ne prit pas cela pour lui. Ce sont des cadres en voyage d’affaires. Le voyage d’affaires est à ce point la négation du voyage qu’il ne devrait pas porter ce nom. Cette activité devrait s’appeler « déplacement de commerçant ». Vous ne trouvez pas que cela serait plus correct ?
- Je suis en voyage d’affaires, articula Angust, pensant que l’inconnu allait s’excuser pour sa gaffe.
- Inutile de la préciser, monsieur, cela se voit.
« Et grossier, en plus ! » fulmina Jérôme.

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