18 octobre 2010

De deux choses l'une – Christine Détrez

Lu dans le cadre du partenariat Blog-O-Book et des éditions Chèvre-feuille étoilée

de_deux_choses_l_une Chèvre-feuille étoilée - août 2010 – 168 pages

Quatrième de couverture :
Jeanne et Jeanne, les sœurs siamoises, les inséparables.
Vierge folle et vierge sage. Et inversement. A l'écart des autres. Il y avait elles, et nous. Comme dans les histoires d'enfants où dans les clairières peuvent survenir les loups, et parce que les libellules, en anglais, s'appellent dragons, c'est l'histoire d'une petite fille qui se fait manger par un ogre. C'est également l'histoire d'une amitié en miroir, entre deux Jeanne, où dans les jeux de reflets, l'une d'elle finit par se retrouver. C'est enfin l'histoire d'une rivière et de la lumière entre les feuilles, qui peut dissiper les ombres quand on apprend à la regarder. Christine Détrez joue avec bonheur de l'art de la fiction et du suspense. Elle réussit à nous tenir en haleine et à nous surprendre jusqu'à la dernière page de ce deuxième roman qui confirme son talent.

Auteur : Christine Détrez est écrivaine. Elle est agrégée de lettres classiques et docteur en sociologie. Elle s'intéresse également aux représentations du corps dans la littérature et dans le discours social et médiatique. Ses ouvrages font aujourd'hui figure de référence sur ces thématiques. Ce livre est son second roman.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Drôle de lecture... Ce livre est troublant, en lisant la quatrième de couverture, on ne comprend pas vraiment ce que va être ce livre. Le premier chapitre est plutôt obscure et j'ai eu peur de ne pas comprendre ce livre. Ensuite, l'auteur nous raconte la première rencontre entre les deux « Jeanne » au collège et ce prénom désuet qui va les lier. Ensuite alterne des chapitres qui parlent du présent ou de leur enfance. Au fil des chapitres, nous découvrons des petites comptines connues. Mais peu à peu l'histoire nous dévoile des zones d'ombres, l'histoire est plus complexe que ce que l'on imagine, un terrible secret va faire basculer le livre. Pour ma part, la surprise a été totale avec une révélation finale inattendue.

J'ai du mal à dire si oui ou non j'ai aimé ce livre... Il m'a dérangé, j'ai eu beaucoup de questions restées sans réponse, et j'ai pourtant relu certains passages après avoir terminé le livre pour tenter de répondre à mes interrogations.

Ce livre se lit facilement et il est très bien écrit. L'auteur sait installer une ambiance qui devient de plus en plus pesante.

Merci à Blog-O-Book  aux éditions Chèvre-feuille étoilée de m'avoir permise de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
Elle grossira, je maigrirai. Plus elle enflera, plus je me creuserai. Plus elle épaissira, moins je pèserai. Elle, pieds fichés en terre, plus que jamais soumise aux lois de la gravité, et moi, légère comme une plume, presque envolée. On ne verra plus qu’elle, peau du ventre bien tendue, et moi, je disparaitrai, m’effacerai. Elle resplendira, et moi reflet inversé. Elle, la photo, toute en sourires, moi, le négatif embrumé d’obscurité. Brioche levée, chairs moelleuses où se moirera la lumière, et moi, morceau de pain sec, épaules et hanches osseuses. Elle, le fruit, la chair pulpeuse, la fertile. Moi, branche noueuse et tordue, sèche comme du sureau, comme disait ma grand-mère – c’est du poison, les graines de sureau, et pourtant, on en fait de la gelée. Et pourquoi les oiseaux ne s’en empoisonnent-ils pas ?
     Moi, l’écorchée des planches anatomiques de Vésale, et on pourra lire le dessin de mes veines, de mon squelette, de mes muscles sous ma peau transparente à force d’être fine. La peau sur les os. Elle, opulente, toute en seins, la Vénus de Gautier D’Agoty, qui, l’air de rien, absente et maquillée, au fait c’est à moi que vous parliez, présente son ventre ouvert où dort un fœtus. Elle va avoir un bébé.
     Comme des vases communicants, les deux parties jumelles d’un sablier, sœurs siamoises, ce qui remplit l’une vide l’autre, par osmose, par écoulement harmonieusement équilibré. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». L’étreinte accomplie, où nos formes s’épouseront parfaitement. L’une complète l’autre, deux pièces d’un puzzle, elle en relief, moi en creux. À nous deux, on sera cette bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Elle pleine et ample, épanouie – c’est toujours beau une femme enceinte – moi avalée de vide, comme aspirée de l’intérieur.
Chair de ses entrailles, leur chair et leur sang mêlés. Question de liquide. C’est bien une question de fluide, de liquide, après tout, il a suffi de quoi, ça représente quoi, une toute petite goutte, rien du tout, invisible à l’œil nu. Elle, son corps nu, et lui en elle, il a bien fallu. Et voilà, une tache noire sur une échographie, flottant dans cet espace inconnu, amniotique, c’est donc ça, juste ça, l’intérieur de son ventre, ce balayage de pois gris en arc de cercle comme la trace des essuie-glaces sur un pare brise, hop, effacée la tache, un détritus ramassé dans une pelle à poussières. Un petit coup de chasse d’eau, et ça disparaitrait dans le tourbillon, adieu. Non, à la place des cataractes en trombe, comment dit-on, ils nagent dans un océan de bonheur ? Une vague de joie les a submergés...

Livre 14/14 pour le Challenge du 2% littéraire 1pourcent2010

Posté par aproposdelivres à 06:57 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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