18 septembre 2010

Un été prodigue – Barbara Kingsolver

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (24/26)

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Rivages – mars 2002 – 496 pages

Rivages poche – avril 2004 – 558 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Guillemette Belleteste

Présentation de l'éditeur :
Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de femmes. Celle de Deanna, employée par l'office des forêts, dont la solitude va être bouleversée par l'arrivée d'un jeune chasseur. Celle de Lusa, une intellectuelle qui, devenue veuve, décide de rester dans la vallée et de gagner le cœur d'une famille hostile. Celle de Nannie, enfin, dont les opinions en matière de religion ou de pesticides suscitent des querelles de voisinage. Dans ce roman foisonnant et généreux, Barbara Kingsolver traite du thème qui lui est le plus cher - le respect de la nature - avec un charme et une grâce qui suscitent l'enthousiasme.

Auteur : Barbara Kingsolver, née le 8 avril 1955 à Annapolis (Maryland), avant de rejoindre Carliste (Kentucky) dès 1956, est une écrivaine américaine. Elle a poursuivi ses études en écologie et en biologie à l'université de l'Arizona. Ses romans décrivent souvent son Kentucky natal et l'Arizona (état dans lequel elle vit actuellement, à Tucson) avec toujours une forte empreinte d'écologie. Ses romans sont essentiellement inspirés par la nature et les grands espaces de sa région natale. L'Arbre aux haricots, Les Cochons au paradis, Les Yeux dans les arbres, Un été prodigue, Une rivière sur la lune, Une île sous le vent, Un jardin dans les Appalaches.

Mon avis : (lu en décembre 2004 et relu en septembre 2010)
Trois histoires de femmes, trois histoires parallèles dans le superbe décor des forêts dans les montagnes des Appalaches. Leur point commun c’est la nature.
Deanne travaille pour l'office des forêts, elle a quarante-sept ans, elle vit seule dans un refuge aménagé dans la montagne, elle piste les coyotes pour les observer et les protéger des chasseurs. Elle va croiser Eddie, un jeune chasseur, qui va libérer sa sensualité.
Lusa, jeune mariée, puis jeune veuve, ancienne scientifique et citadine, elle va prendre en main ferme dont elle a hérité malgré elle. Elle aime et connaît les insectes en particulier les papillons. Elle va se battre pour faire mentir les préjugés de sa belle-famille. Enfin, Nannie, une femme âgée, propriétaire d'un superbe verger biologique, elle est attentive à l'écologie et se dispute avec son voisin Garrett qui ne partage pas ses idées et qui n'hésite pas utiliser de puissant désherbant à proximité du verger bio.
Un livre qui est un vrai hymne à la nature avec des personnages parfaitement décrits et attachants.
Il y a beaucoup de poésie dans les nombreuses descriptions de la nature «Le brouillard gris de l'aurore qui régnait au fond de cette combe humide s'élevait avec la lenteur impérieuse d'une jupe de vieille dame enjambant une flaque d'eau.» Je gardais un très beau souvenir de ma première lecture, je n’ai pas été déçu en relisant ce livre, j’ai beaucoup aimé cette grande plongée dans une nature superbe et préservée.

Extrait : (début du livre)
Tous les mouvements de son corps dénotaient une franchise que donnent des habitudes de vie solitaire. Mais la solitude n'est vécue comme telle que par l'être humain. Chaque pas silencieux résonne comme le tonnerre dans la vie souterraine de l'insecte ; tout choix renouvelle l'univers de l'élu. Il n'existe pas de secret sans témoins.
L'aurait-on épiée dans cette forêt – un homme armé d'un fusil, par exemple, dissimulé dans un épais taillis de fayards -, qu'on aurait remarqué sa rapidité à remonter le sentier et son sérieux lorsque, le sourcil froncé, elle examinait le sol devant elle. Une femme en colère, sur les traces d'une créature haïssable.
On se serait trompé. Frustrée, elle l'était certainement de suivre dans la boue des empreintes qu'elle ne parvenait pas à identifier. Cette femme était sûre d'elle, d'habitude. Pourtant, si elle avait pris la peine de se poser la question en cette matinée détrempée et ensoleillée, elle aurait dit être heureuse. Elle aimait l'atmosphère qui succède à une pluie violente et la percussion sifflante dont se remplit une forêt de feuilles qui dégouttent à vous en retirer les mots de la tête. Son corps était libre d'obéir à ses propres lois : de marcher à longues enjambées trop difficiles à suivre, de s'asseoir sans façon sur ses talons, au milieu du sentier, là où il fallait palper les feuillages écrasés, une grosse natte de cheveux presque aussi épaisse que l'avant-bras balayant le sol depuis son épaule lorsqu'elle se baissait. De tous ses membres,elle se réjouissait d'être de nouveau à l'air libre, hors du refuge exigu dont les murs en rondins s'étaient couverts d'une barbe envahissante durant les longues pluies printanières. Le sourcil froncé n'était que de pure concentration, rien d'autre. Les deux années passées seule l'avaient rendue aussi indifférente qu'une aveugle à l'apparence de son propre visage.
Toute la matinée, la piste de l'animal l'avait menée vers les hauteurs, le long d'une touffe de rhododendrons, dans la montagne qu'elle gravissait maintenant à travers une forêt de très vieux arbres, tellement escarpée qu'elle avait toujours échappé à la coupe. Pourtant, même ici, où une solide voûte de chênes et de noyers d'Amérique protégeait le sommet de la crête, la pluie de la nuit précédente était tombé suffisamment fort pour brouiller les traces. La taille de la bête, elle avait pu la déterminer à la trouée faite dans la broussaille vernissée des podophylles, ce qui suffit à accélérer les battements de son cœur. Sans doute était-ce ce qu'elle cherchait depuis ces deux dernières années ou plus. Une éternité. Mais pour en être absolument sûre, certaines précisions lui étaient nécessaires, en particulier la marque ténue d'une griffe, au-delà du coussinet, celle qui distingue le doigt du canidé de celui du félin.

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