11 septembre 2010

Le cercle du silence – David Hepburn

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Éditions Les Nouveaux Auteurs - mai 2008 – 640 pages

Pocket – mai 2009 - 757 pages

Grand Prix FEMME ACTUELLE Roman de l'été 2008

Quatrième de couverture :
La nuit s’installe sur le port de La Haye. Un cortège de limousines foncées glisse lentement vers la jetée où attendent deux transbordeurs.
Le procureur général descend de l’une des voitures, suivi de Tom Dorvan, son nouveau substitut. L’angoisse grandissante de Tom est imperceptible, mais pour combien de temps encore ?

Le superbe paquebot tout illuminé qui mouille à quelques centaines de mètres du rivage et vers lequel ils se dirigent, dissimule un secret inavouable.

Si Tom s’était douté que son univers bien établi allait s’écrouler ce soir-là, il n’aurait jamais mis les pieds sur ce transbordeur… il n’aurait d’ailleurs même pas accepté sa récente nomination.

Mais le destin en avait décidé autrement…

Auteur : David Hepburn, 33 ans, francophone, vit dans le sud de la France. A vécu et voyagé dans de nombreux pays. Il signe avec "Le cercle du silence" son 1er roman.

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Voici un thriller captivant et très réaliste avec une intrigue qui tourne autour d'un réseau pédophile secret qui est protégé par des personnes très haut placées. Tout commence par des enlèvements d'enfants, puis un certain Frank Moldair vient faire des déclarations aux Services Spéciaux à propos de soirées privées et de proxénétisme d'adolescents. Et quelques heures plus tard, Moldair se "suicide"... L'agent Clarke Foster va mener son enquête le plus discrètement possible, il pourra compter sur l'aide de son ami Tom Dorvan, substitut du procureur.
Malgré la gravité du sujet de fond, il n'y a pas de scènes trash ou sanglantes. Le démarrage du livre est un peu lent, car il faut mettre en place l'histoire. Puis, tout s'accélère et comme dans un film on participe à l'enquête et l'on stresse pour les personnages qui se trouvent parfois dans des situations plutôt périlleuses, risquant leur vie à plusieurs reprises... La psychologie de chacun des personnages est très bien travaillée.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, le style est agréable à lire, la construction de l'intrigue est parfaite : riche en suspense, avec beaucoup d'intensité. Il est question de technologies de pointe, de drogues de synthèse, d'espionnage, de tueurs à gage...

Extrait : (début du livre)

Il faisait un froid presque mordant et la fine brume enveloppant la majeure partie de la côte Est, en ce petit matin d’automne, renforçait la mélancolie du port qui s’éveillait lentement, aux pas lourds des dockers. L’écœurante odeur de malt et de houblon d’une brasserie voisine dominait encore dans l’air humide. Deux sirènes plaintives retentirent presque simultanément dans cet immense port marchand alors que, sur le quai numéro douze, le « Carioca », chargé de containers multicolores, était prêt à lever l’ancre. C’était un cargo vieux d’une trentaine d'années, mal entretenu, battant pavillon brésilien. La rouille de la coque réapparaissait sous les couches de peinture brune superposées, appliquées au fil du temps ; l'état de délabrement du bateau était très avancé et, dix jours auparavant, dans le port de Belém, les experts de la commission maritime brésilienne l’avaient d’abord jugé impropre à la navigation.

Mais l’armateur connaissant les vertus d’un bon arrosage, un jour et deux enveloppes plus tard, les experts reconnurent avoir été un peu sévères et lui donnèrent un nouveau sursis de quelques mois.

Au milieu de l’incessant va-et-vient des manutentionnaires, un homme en habit d’officier sortit d'un cabanon de chantier posé au milieu du quai et s’embarqua à bord du navire. Il disparut à l’intérieur et parvint rapidement à la hauteur d’une cabine où l’attendait le capitaine. Ce dernier le fit entrer en silence, referma la porte à clef, puis repartit aussitôt en s’assurant de ne pas avoir été remarqué. A l’intérieur, deux personnes étaient allongées sur des couchettes sans drap ni couverture éloignées d'un peu plus d'un mètre l’une de l’autre ; les matelas étaient fins, en mousse grise fatiguée.

Il s’agissait d’une femme et d’un homme enveloppés dans de grandes housses noires, en matière cirée épaisse empestant le plastique, généralement utilisées pour les macchabées, et dont la grosse fermeture Éclair ventrale avait été remontée jusqu’à la base de leur thorax. Les deux individus étaient ficelés solidement, les bras le long du corps, la bouche recouverte de plusieurs épaisseurs d’un large ruban adhésif argenté.

Couvert d’hématomes, leur visage était ensanglanté et défiguré mais les moribonds étaient encore vivants. La tête tournée l'un vers l'autre, ils ne cessaient de se regarder au travers de leurs yeux rougis et larmoyants. Ils parvenaient tout de même à se voir malgré leurs œdèmes et leurs cils mouillés remplis de sang coagulé.

Il s’agissait d’un jeune couple d’un peu plus d’une trentaine d’années. Eduardo Ribeiro était originaire de l’île de Marajo au Brésil ; Jodie Ribeiro, quant à elle, était née à Brooklyn où ils avaient encore habité quelques mois après s’être mariés. Puis, il y a douze ans, le couple avait décidé de s'installer dans le New Jersey peu après la naissance de leur fils Kevin. Bien que travaillant tous deux à plein temps, ils avaient réussi à préserver un bon équilibre dans leur couple et vivaient une vie simple et tranquille. Mais il y a un peu plus de six mois, le 12 avril très exactement, le temps, pour eux, s’arrêta : ce fut le jour où leur fils disparut.

Ils s’en souvenaient dans les moindres détails, comme si c’était arrivé la veille. Ils n'avaient pas prévenu la police tout de suite ; non, malgré le sentiment d'angoisse qui les avait gagnés tous les deux, ils s'étaient ravisés : il fallait commencer par garder son sang-froid. Leur fils était peut-être tout simplement allé chez un copain. Il n’aurait pas vu le temps passer et aurait oublié de les prévenir. Ils avaient donc commencé par téléphoner à tous les parents de ses camarades. Mais à chaque fois, c’était la même réponse : personne ne l’avait revu après la sortie de l’école. Le dernier appel avait été le plus pénible. Figée, le téléphone pressé contre l’oreille, Jodie avait appelé les parents du meilleur ami de son fils, mais eux non plus ne l’avaient pas vu. Ce jour-là, Kevin n'avait pas pris le bus avec les autres, mais aucun des enfants n’y avait attaché d’importance car il restait quelquefois dans l'enceinte de l'établissement scolaire en attendant son cours de piano. Certains de ses copains avaient même cru qu'il était rentré à la maison un peu plus tôt pour regarder sa série préférée. Jodie et Eduardo avaient tenté de joindre le professeur de piano, mais n'y étaient pas parvenus avant neuf heures du soir. Lorsqu'ils avaient enfin pu lui parler, ce dernier leur avait fait part de son étonnement de ne pas l’avoir vu au cours. Leur profonde inquiétude se mua brusquement en panique. C'est à ce moment-là seulement qu’ils avaient décidé d'appeler à l’aide. C’est elle qui, la main tremblante, avait composé le numéro de la police locale.

L’agent Greg Commoy était venu le soir même ; Jodie lui avait proposé du café pour qu'il se sente à l'aise et qu'il prenne son temps. Mais il ne leur avait posé que deux ou trois questions banales, énoncé les procédures d’usage puis leur avait expliqué qu'il fallait encore attendre vingt-quatre heures avant de lancer un avis de recherche officiel.

Jodie s’était montrée insistante : « Ne peuvent-ils pas commencer les recherches tout de suite ? », avait-elle suggéré en lui resservant du café, prévenir les postes de police alentour ? Mettre des barrages partout ? Elle ne savait pas trop, mais au moins faire quelque chose. Elle avait mal supporté qu’il ne réagisse pas davantage et qu’il reste planté là à les gaver de théories et de règles de procédure. Autant de conneries, avait-elle pensé. Car si Kevin avait été enlevé, son ou ses ravisseurs l’éloignaient certainement un peu plus à chaque minute qui passait. « Êtes-vous sûr de ne pas perdre un temps précieux ? » avait-elle encore ajouté, d’une voix étranglée, en désespoir de cause. Mais l’agent Commoy avait répondu par la négative et le dialogue qu’il avait tenu ensuite avait agacé Jodie au plus haut point. « En général, huit cas sur dix sont des fugues ou de simples coups de tête. Imaginez, si on devait organiser des recherches à grande échelle, déclencher les plans d’alertes enlèvement et monopoliser tous les hommes disponibles à chaque téléphone signalant une disparition, on ne ferait que ça toute la journée » ... Mais il ne connaissait pas son fils, avait-elle pensé, jamais il n’aurait été capable de s’en aller sans rien dire ; il ne supportait pas de leur faire de la peine … Oui, bien sûr, dans l'absolu elle comprenait l’agent Commoy. Mais la police avait-elle au moins une équipe qui, précisément, faisait « ça » toute la journée ?
Non … et toujours cette même réponse : l'État ne leur donnait pas assez de moyens.

Posté par aproposdelivres à 10:23 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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