31 août 2010

L'amour est à la lettre A – Paola Calvetti

Lecture commune avec Cynthia, Enitram, George, Loulou, Mango et Miss Alphie

lecture_en_commun_l_amour_est___la_lettre_A

l_amour___la_lettre_A l_amour_est___la_lettre_A_p

Presse de la cité – avril 2009 – 381 pages

10/18 – juin 2010 – 470 pages

traduit de l'italien par Françoise Brun

Quatrième de couverture :
Tout quitter pour ouvrir la librairie de ses rêves, voilà le pari fou que fait Emma, une Milanaise énergique et romantique, à l'aube de ses cinquante ans.
Unique en son genre, la librairie Rêves & Sortilèges, spécialisée dans les romans d'amour, devient le lieu de rendez-vous des coeurs brisés, amoureux ou solitaires passionnés. Et c'est justement entre les rayons " Pour l'éternité " et " A corps libres " qu'Emma va retrouver Federico, son flirt de jeunesse. Marié, il vit aujourd'hui à New York. Pourtant une correspondance secrète s'établit entre les anciens amants qui, au fil des jours, vont réapprendre à se connaître et à s'aimer.
Un roman hors normes, vibrant hommage au pouvoir des mots et de la littérature.

Auteur : La Milanaise Paola Calvetti a longtemps été journaliste à La Repubblica, et écrit aujourd'hui dans le Corriere della Sera. De 1993 à 1997, elle a dirigé le bureau de presse du théâtre de la Scala de Milan. Premier de ses romans à être publié en France, L'amour est à la lettre A s'est placé dès sa parution en Italie en tête des meilleures ventes.

Mon avis : (lu en août 2010)
C’est une histoire d’amour, autour des livres et d’une librairie que j’aimerai bien explorer…
Emma est divorcée, elle est la mère de Mattia un adolescent de 18 ans. Elle vient d'ouvrir une librairie "Rêves & Sortilèges" à Milan. Cette librairie n’est pas comme les autres, elle est spécialisée dans la littérature amoureuse.
Un jour d’avril 2001, en époussetant les livres, Emma découvre dans un livre un post-it avec un prénom (Frederico) et un numéro de téléphone. Ce sont des retrouvailles après plus de trente ans. Frederico est architecte, il est marié à Anna et il a une grande fille Sarah, Frederico vit à New-York et travaille sur le projet de restauration et d’agrandissement de la Morgan Library. Et c’est le début d’un échange de lettres entre New-York et Milan. A travers leur correspondance, le lecteur suit en parallèle la vie de Frederico et l’évolution de son projet de la Morgan Library et la vie d’Emma dans sa librairie "Rêves & Sortilèges" à Milan.
J’ai trouvé cette lecture très plaisante, en particulier tout ce qui concerne la librairie où les livres sont rangés par thèmes comme «Cœurs brisés», «Géographies amoureuses», «Amour et crimes», « Amours sans espoir », « Maintenant et pour l’éternité »… Tout est organisé pour le bien-être du client : des fauteuils sont à la disposition de la clientèle, on lui offre le café ou le thé… 
J’ai eu du mal à quitter cette fabuleuse librairie que j’aimerai bien connaître dans la réalité.

Extrait : (début du livre)
Maintenant, je me réveille tôt.
Mais avant, juste avant, c'est à Alice et à la librairie que je dédie cet espace de béatitude qui sépare le sommeil de la veille. Il se présente autour de six heures, six heures et quart maximum, ce moment, quand l'infusion qui a remplacé les pilules tueuses de rêves a fait son devoir et que je me retrouve clouée sur le lit les yeux grands ouverts, avec cette surprise : c'est dans le silence creux de ma chambre que naissent les meilleurs idées.
Et mon cœur se calme.
Il y a une contrepartie à mes réveils précoces : aussitôt après le déjeuner, je glisse dans un piteux état de léthargie et mes paupières s'abaissent comme le rideau de fer d'une boutique. Si je pouvais, je croiserais les bras sur le comptoir de la librairie pour y poser ma tête et faire un somme, même court, ou bien je m'étendrais sur le kilim à mes pieds, nez entre les pattes et queue sur le côté comme Mondo, le setter gordon de Gabriella.
Évidemment je ne peux pas, et je résiste.
Pour m'arracher à cette torpeur, je monte à l'étage et, sous prétexte de remplir les thermos, je me réfugie dans le coin-repas. Oh, rien d'extraordinaire, ce n'est pas une cafétéria, simplement deux fauteuils, des tables et des chaises bistrots achetées au marché aux puces de Clignancourt, et expédiées jusqu'ici comme les reliques d'un saint pour un prix exorbitant.
A dix heures précises, Rêves&Sortilèges ouvre ses portes au monde.

Lecture commune avec Cynthia, Enitram, George, Loulou, Mango et Miss Alphie

lecture_en_commun_l_amour_est___la_lettre_A

Posté par aproposdelivres à 07:11 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,


29 août 2010

Juliet, Naked – Nick Hornby

juliet__naked 10/18 – mai 2010 – 312 pages

traduit de l'anglais par Christine Barbaste

Quatrième de couverture :
A Gooleness, petite station balnéaire surannée du nord de l'Angleterre, Annie, la quarantaine sonnante, se demande ce qu'elle a fait des quinze dernières années de sa vie... En couple avec Duncan, dont la passion obsessionnelle pour Tucker Crowe, un ex-chanteur des eighties, commence sérieusement à l'agacer, elle s'apprête à faire sa révolution. Un pèlerinage de trop sur les traces de l'idole et surtout la sortie inattendue d'un nouvel album, Juliet, Naked, mettent le feu aux poudres. Mais se réveiller en colère après quinze ans de somnambulisme n'est pas de tout repos ! Annie est loin de se douter que sa vie, plus que jamais, est liée à celle de Crowe qui, de sa retraite américaine, regarde sa vie partir à vau-l'eau... Reste plus qu'à gérer la crise avec humour et plus si affinités...

Auteur : Nick Hornby est né en 1957. Il est devenu un auteur culte outre-Manche avec ses romans : Haute fidélité, A propos d'un gamin, La Bonté : mode d'emploi, Vous descendez ? (finaliste pour le Whitbread Award), Slam et Juliet, Naked. Il a également écrit des ouvrages de non-fiction, Carton jaune, qui obtient le William Hill Sports Book of the Year Award, et 31 songs, finaliste pour le National book Critics Circle Award. En 1999, Nick Hornby s'est vu remettre l'E.M. Forster Award de l'Académie américaine des Arts et Lettres et remporte en 2002 le W.H. Smith Award For Fiction. Il a signé récemment le scénario du film Une Education, réalisé par Lone Sherfig et nominé aux Oscars. Nick Hornby vit et travaille à Highbury, au nord de Londres.

Mon avis : (lu en août 2010)
Un livre plein d'humour et critique sur les fans de... et sur le temps qui passe.
Annie a quarante ans, elle travaille au musée local de Gooleness petite station balnéaire. Son compagnon, Duncan consacre tout son temps à Tucker Crowe, rock star américaine qui a stoppé brutalement et sans explication sa carrière il y a plus de vingt ans. Duncan lui a dédié un site internet et avec une communauté de fans, il imagine des théories les plus farfelues sur la vie de leur idole. Lorsqu'ils partent en vacances, c'est pour visiter aux États-Unis les lieux qui ont vus un jour Tucker Crowe... Annie ressent que Duncan et elle-même ne sont plus trop sur la même longueur d'onde concernant leur couple.
Un jour, Duncan reçoit un album inédit de Tucker Crowe, Juliet Naked, un recueil des démos du précédent album Juliet. L'excitation de Duncan est telle qu'il en fait une critique dithyrambique. Mais Annie n'est pas d'accord et publie une chronique plus négative sur le site de son compagnon. En retour, elle recevra un mail du « vrai » Tucker Crowe, avec qui elle nouera une e-correspondance régulière et secrète puis qu'elle finira par le rencontrer.

Des personnages attachants, de l'humour, une histoire très bien racontée font de ce livre une lecture vraiment plaisante. A lire sans hésiter !

Extrait : (début du livre)
Ils étaient venus d'Angleterre jusqu'à Minneapolis pour visiter des toilettes. La vérité pure de ce fait ne frappa Annie qu'une fois sur place : excepté les graffitis sur les murs, dont certains faisaient allusion à l'importance de ces toilettes dans l'histoire de la musique, l'endroit était froid et humide, chichement éclairé, malodorant et parfaitement banal. Les Américains avaient le don pour tirer le meilleur parti de leur héritage, mais là, il n'y avait pas grand-chose à en tirer.
« Annie, tu as l'appareil photo ? demanda Duncan.
- Oui. Mais tu veux faire une photo de quoi ?
- Eh bien, tu sais...
- Non.
- Eh bien... des toilettes.
- Quoi, les... Comment on appelle ça ?
- Les urinoirs. Ouais.
- Tu veux être sur la photo ?
- Je devrai faire semblant de pisser ?
- Si tu veux. »
Duncan se posta donc devant l'un des trois urinoirs, celui du milieu, plaça les mains de façon convaincante devant lui, et sourit à Annie par-dessus son épaule.
« C'est bon ?
- Je ne sais pas si le flash a marché.
- Prends-en une autre. Ce serait idiot d'avoir fait tout ce chemin et de ne pas en avoir une bonne. »

Posté par aproposdelivres à 10:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

28 août 2010

Venir au monde – Margaret Mazzantini

venir_au_monde Robert Laffont - mars 2010 – 454 pages

traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Quatrième de couverture :
"Il est écrit sur son passeport qu'il est né à Sarajevo. Il pense que cette ville est un no man's land où j'ai échoué par hasard, pour suivre un père qu'il n'a pas connu. Une seule fois, il m'a demandé comment il était né. Il était en neuvième, il fallait qu'il raconte sa naissance dans un devoir. Nous avons collé une photo de lui, bébé, sur une feuille cartonnée. "Qu'est-ce que j'écris, maman ?" [...] Puis j'ai vu son devoir affiché avec ceux des autres enfants sur le grand tableau scolaire de fin d'année. [...] J'ai fait face aux mots de mon fils, un gobelet d'orangeade à la main. Il avait décrit une naissance banale et douceâtre. Et cette banalité m'émouvait. Nous étions comme les autres - moi, une maman "très douce", et lui, un "nouveau-né joufflu". Notre histoire absurde se perdait parmi tous ces récits de naissances normales, aux rubans bleus et roses. Il avait inventé cela mieux que moi. Aussi maigre que son père, le visage pâle du citadin, tournant vers moi ses yeux paisibles de parfait complice, il m'a lancé : "Ça te plaît, maman ?" Une de mes larmes a coulé dans l'orangeade."

Auteur : Née à Dublin, fille d'une peintre irlandaise et d'un écrivain italien, Margaret Mazzantini a été révélée avec Ecoute-moi (2002), immense succès critique et public, traduit dans trente-deux pays et lauréat du prix Strega, le Goncourt italien. Venir au monde, salué par le prix Campiello, est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en août 2010)
La couverture de ce livre est à la fois superbe et mystérieuse.
En 2008, Gemma reçoit un coup de téléphone de Bosnie pour l'inviter à une exposition de photos. Elle part à Sarajevo avec son fils Pietro âgé de 16 ans. C'est un retour sur le passé, c'est l'occasion pour Pietro de découvrir la ville où il est né et de d'aller sur les lieux où son père Diego, photographe, est mort sans vraiment le connaître.
En premier lieu, ce livre nous raconte l'histoire d'amour entre Diego et Gemma, ils se sont rencontrés à Sarajevo au cours des Jeux olympiques d’hiver de 1984 grâce Gojko, poète bosnien. A l'époque, Gemma était sur le point de se marier avec Fabio. Mais leur amour sera plus fort. Ils ont aussi un grand désir d'enfant, mais ce cheminement ne sera pas facile. En parallèle au destin de Diego et Gemma se mêle l'histoire de la ville de Sarajevo : la guerre, le siège, les snipers...
Le lecteur est plongé à la fois dans le cheminement pleins d'embûches de la maternité et dans le siège et la guerre de Sarajevo dont on a vu beaucoup d'images à la télévision mais la réalité est autrement féroce et injuste.
Ce livre est vraiment très fort et très bien écrit (et traduit). Les personnages sont terriblement attachants et l'histoire de Gemma, Diego et Pietro nous tient en haleine avec de nombreux rebondissements et une conclusion inattendue.
Ce livre m'a vraiment beaucoup émue, il faut le lire !

Extrait : (page 16)
Je vais dans la chambre de Pietro, j'ouvre les volets. D'un geste brusque, il remonte le drap sur sa tête. Je me plante à côté d'une momie.
Cette année, il a mué ; il a laissé ses os d'enfant, pour se transformer en un gros héron boiteux, qui ne maîtrise pas bien encore ses mouvements. Son regard est braqué au sol comme celui d'un chercheur d'or, il s'est mis à sortir sans dire au revoir, à manger debout devant le réfrigérateur. Au lycée, on l'a fait redoubler, il est devenu d'une stupidité désarmante, il n'a pas fourni le moindre effort, et ces derniers mois, au lieu de mettre les bouchées doubles, il s'est enfermé dans une arrogance ridicule. Je me retourne, agacée par son grognement hargneux qui ne s'adresse à moi que pour exiger, pour me reprendre. Qu'est devenue la petite voix plaintive qui m'a accompagnée pendant tant d'années ? Nous savions si bien parler ensemble, elle était comme accordée à la mienne.
A présent il me désole. Quand il dort, quand son visage est détendu, je me dis qu'à lui aussi, ce corps si aimable, dévoré depuis quelques mois par l'ogre de la puberté, doit manquer, et qu'il le cherche peut-être dans son sommeil. Que c'est pour cette raison qu'il ne veut pas se réveiller.
Je me penche, ôte le drap de sa tête, pose ma main sur ses cheveux ébouriffés. Il me repousse.
Il vit mal son redoublement. Maintenant que l'été est venu, il sort avec sa raquette de tennis et ses chaussures pointure 43, et revient furieux contre ses amis, en marmonnant qu'il ne veut plus les voir, parce qu'ils ne seront plus dans la même classe l'année prochaine, et qu'il lui semble qu'ils l'ont trahi.
« Il faut que je te parle. »
Il se redresse brusquement, torse nu.
« J'ai faim. »
Je lui parle donc à la cuisine, pendant qu'il étale du Nutella sur ses biscuits. Il se prépare de petits sandwiches qu'il avale d'une seule bouchée.
Il a la bouche sale, il a mis des miettes partout sur la table, il a mal ouvert et déchiré le paquet de biscuits.
Je ne dis rien, je ne peux pas le gronder en permanence. J'assiste en silence au banquet de mon fils, puis j'évoque le voyage.
Il secoue la tête.
« C'est hors de question, m'man. Vas-y toute seule.
- Tu sais, Sarajevo est une ville magnifique... »
Il sourit, joint les mains, les agite, me lance son habituel regard sympathique et rusé.
« Mais qu'est-ce que tu racontes, maman ! C'est pathétique, ce que tu dis. La Yougoslavie craint ! Tout le monde le sait. »
Je me raidis, croise les bras.
« On ne dis plus la Yougoslavie. »
Il avale un autre gâteau dégoulinant de Nutella. Il recueille les gouttes sur son doigt, et le lèche.
« C'est pareil.
- Ce n'est pas pareil. »
Je baisse le ton, je l'implore presque.
« Une semaine, Pietro, toi et moi... Ce sera sympa. »
Il pose les yeux sur moi, et pour la première fois me regarde vraiment.
« Je vois pas comment ça pourrait être sympa. Arrête, m'man...
- Nous irons sur la côte. La mer est sublime.
- Dans ce cas, allons en Sardaigne. »
Je me bats pour ne pas craquer, et voilà que cet imbécile me parle de la Sardaigne. Il se lève, s'étire, se retourne. Je contemple son dos, le duvet sur sa nuque.
« Vraiment, tu te moques de savoir où ton père est mort ? »
Il lâche sa tasse dans l'évier.
« Fait chier, m'man... »
Je le supplie, j'ai la voix d'une enfant, hésitante, incertaine, la voix qu'il avait quant il était petit.
« Pietro... Pietro.
- Quoi ? »
Je me lève à mon tour, renverse par mégarde le carton de lait.
« Comment ça, "quoi"? C'était ton père ! »
Il hausse les épaules, les yeux rivés au sol.
« Fait chier cette histoire. »
Cette histoire, c'est son histoire, notre histoire, mais il ne veut pas l'entendre. Quand il était petit, il était plus curieux, plus courageux, il posait davantage de questions. Il observait son père, jeune homme... cette photo de Diego sur le réfrigérateur, maintenue par un aimant, jaunie par les vapeurs de cuisine. Il se serrait contre moi, s'accrochait. En grandissant, il a cessé de m'interroger. Son univers s'est restreint à ses besoins, à son petit égoïsme. Il n'a pas envie de se compliquer la vie, ni les pensées. Pour lui, son père c'est Giuliano, c'est lui qui l'a accompagné à l'école, lui qui l'a amené chez le pédiatre. C'est lui qui lui a flanqué une gifle, un jour au bord de la mer, où il a plongé dans une eau trop peu profonde.

Posté par aproposdelivres à 11:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

27 août 2010

Le chien jaune – Georges Simenon

Lu dans le cadre du Challenge Maigret organisé par Ferocias

challenge_maigret

Lu dans le cadre du Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

lire_et_cin_ma

le_chien_jaune_p le_chien_jaune_p2000 le_chien_jaune_p1989

le_chien_jaune_p1980 le_chien_jaune_p1974 le_chien_jaune_p1970 le_chien_jaune_p1963 le_chien_jaune_1961

Livre de Poche - Janvier 2003 - 190 pages
Pocket – janvier 2000 – 183 pages
Pocket – septembre 1989 – 183 pages
Presse Pocket – septembre 1980 – 183 pages
Edito-Service S.A. - 1974 – 136 pages
LGF – 1970 – 189 pages
LGF – janvier 1963 – 189 pages
Fayard – 1961 -

Quatrième de couverture :
Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L'horloge lumineuse de la vieille ville, qu'on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq. C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. Le vent dans les rues, où l'on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai l'Aiguillon, il n'y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules les trois fenêtres de l'Amiral, à l'angle de la place et du quai, sont encore éclairées...

Auteur : Né à Liège le 13 février 1903, après des études chez les jésuites, et amené de bonne heure à gagner sa vie, Georges Simenon est contraint d'exercer divers métiers. Un temps reporter à La Gazette de Liège, il circule volontiers de par le monde, séjournant notamment à Paris. 'Le Roman d'une dactylo', publié sous un pseudonyme en 1924, est un véritable succès populaire. Dès lors, cet auteur prolifique rédige roman sur roman, à un rythme impressionnant, et donne naissance au fameux commissaire Maigret. L'univers de Simenon est marqué par un réalisme cru - ses personnages sont des êtres veules et médiocres - auquel se mêle toutefois une poésie particulière, liée à la restitution de l'atmosphère des lieux, ou à l'angoissante solitude qui enserre les hommes. En vertu de leurs qualités dramatiques intrinsèques, nombre de ses œuvres ont été adaptées au petit et au grand écran. Simenon gravit les marches de l'Académie royale de Belgique en 1952, rendant au genre policier toutes ses lettres de noblesse. Décédé à Lausanne le 04 septembre 1989.

Mon avis : (lu en août 2010)
J'ai choisi un peu au hasard cette aventure de Maigret qui a été écrite en 1931.
Maigret mène l'enquête à Concarneau.. Un notable de la ville, Mostaguen, principal négociant en vin du pays a été grièvement blessé d'un coup de revolver. Puis une série de tentative de meurtres est perpétrée : empoisonnements, disparition... Et avec tout cela un mystérieux chien jaune erre dans les rues de la ville. Tout se passe autour de l’Hôtel de l’Amiral et de notables de la ville habitués de l'hôtel. Je ne peux pas dire avoir été passionné par cette enquête que j'ai trouvé lente et longue. Malgré tout, l'enquête est bien contruite et la conclusion inattendue.

chienjaune_film5 chienjaune_film1

chienjaune_film2 chienjaune_film3

Film : Le Chien jaune a été adapté au cinéma par Jean Tarride en 1932 avec Abel Tarride dans le rôle Commissaire Maigret.
Il existe également deux épisodes « Le Chien jaune » à la télévision, celui réalisé par Claude Barma en 1968 (noir et blanc) avec Jean Richard dans le rôle du Commissaire Maigret et celui réalisé par Pierre Bureau en 1988 (couleur) avec Jean Richard dans le rôle du Commissaire Maigret et Annick Tanguy dans le rôle de Madame Maigret.

dvd_le_chien_jaune

J'ai pu emprunter à la Bibliothèque le DVD de l'épisode réalisé par Claude Barma en 1968 (noir et blanc).
Ce téléfilm est une adaptation très fidèle du roman de Simenon. On retrouve les dialogues mots pour mots. Seules entorses au livre, le film situe l'histoire à Boulogne-sur-Mer dans les années 50 ou 60 plutôt qu'à Concarneau dans les années 30. L'impression de longueur et de lenteur de l'histoire est décuplée dans le film. Le côté noir et blanc donne également au film un côté vieillot.

Extrait : (début du livre)
Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L’horloge lumineuse de la vieille ville, qu’on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq.
C’est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s’entrechoquer les barques dans le port. Le vent s’engouffre dans les rues, où l’on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol.
Quai de l’Aiguillon, il n’y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules, les trois fenêtres de l’Hôtel de l’Amiral, à l’angle de la place et du quai, sont encore éclairées.
Elles n’ont pas de volets mais, à travers les vitraux verdâtres, c’est à peine si on devine des silhouettes. Et ces gens attardés au café, le douanier de garde les envie, blotti dans sa guérite, à moins de cent mètres.
En face de lui, dans le bassin, un caboteur qui, l’après-midi, est venu se mettre à l’abri. Personne sur le pont. Les poulies grincent et un foc mal cargué claque au vent. Puis il y a le vacarme continu du ressac, un déclic à l’horloge, qui va sonner onze heures.
La porte de l’Hôtel de l’Amiral s’ouvre. Un homme paraît, qui continue à parler un instant par l’entrebâillement à des gens restés à l’intérieur. La tempête le happe, agite les pans de son manteau, soulève son chapeau melon qu’il rattrape à temps et qu’il maintient sur sa tête tout en marchant.
Même de loin, on sent qu’il est tout guilleret, mal assuré sur ses jambes et qu’il fredonne. Le douanier le suit des yeux, sourit quand l’homme se met en tête d’allumer un cigare. Car c’est une lutte comique qui commence entre l’ivrogne, son manteau que le vent veut lui arracher et son chapeau qui fuit le long du trottoir. Dix allumettes s’éteignent.
Et l’homme au chapeau melon avise un seuil de deux marches, s’y abrite, se penche. Une lueur tremble, très brève. Le fumeur vacille, se raccroche au bouton de la
porte. Est-ce que le douanier n’a pas perçu un bruit étranger à la tempête ? Il n’en est pas sûr. Il rit d’abord en voyant le noctambule perdre l’équilibre, faire plusieurs pas en arrière, tellement penché que la pose en est incroyable.
Il s’étale sur le sol, au bord du trottoir, la tête dans la boue du ruisseau. Le douanier se frappe les mains sur les flancs pour les réchauffer, observe avec humeur le foc dont les claquements l’irritent.
Une minute, deux minutes passent. Nouveau coup d'œil à l’ivrogne, qui n’a pas bougé. Par
contre, un chien, venu on ne sait d’où, est là, qui le renifle.
« C’est seulement à ce moment que j’ai eu la sensation qu’il s’était passé quelque chose ! » dira le douanier, au cours de l’enquête.

Posté par aproposdelivres à 07:55 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

26 août 2010

Une affaire conjugale – Éliette Abécassis

07_chronique_de_la_rentree_litteraire  ulike_logo

« Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec le site Chroniquesdelarentreelitteraire.com
et dans le cadre de l’organisation du Grand Prix Littéraire du Web Cultura. »

une_affaire_conjugale Albin Michel – août 20110 – 336 pages

Présentation de l'éditeur :
Entre Agathe, parolière de chansons, et Jérôme, dirigeant d'une start-up, c'était le grand amour. Huit ans de mariage et deux jumeaux plus tard, tout a changé : elle écrit de moins en moins, happée par l'éducation des enfants ; il s'absente de plus en plus et la délaisse pour ses maîtresses. Bafouée, rabaissée, Agathe s'interroge : aura-t-elle le courage de demander le divorce ? Commence alors un chassé-croisé entre les époux qui se déchirent jusque devant les enfants, déterminés l'un et l'autre à en obtenir la garde, et, accessoirement, à triompher de l'autre. Agathe aura-t-elle gain de cause ? Pourra-t-elle surmonter la dévastation de son monde et de ses idéaux ? Aura-t-elle droit à une deuxième chance ?
Juste, drôle, émouvant et cinglant, ce roman délibérément ancré dans le monde contemporain, dévoile les dessous du divorce.

Auteur : Normalienne, agrégée de philo, Eliette Abécassis alterne textes intimistes (Mon père, Un heureux événement), thrillers (la trilogie de Qumran), sagas (Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible). Elle collabore par ailleurs régulièrement à des journaux (Le Monde des Religions, Le Figaro littéraire, Elle) et travaille pour le cinéma (Kadosh, bientôt Un heureux événement).

Mon avis : (lu en août 2010)
En quatrième de couverture, la phrase qui résume le livre "Pour bien faire les choses, il faudrait commencer par divorcer. Et se marier ensuite".
C’est une histoire de couple assez courante de nos jours. Après huit ans de mariage et la naissance de jumeaux, Agathe découvre que son mari Jérôme ne l’aime plus. Elle commence par le surveiller en fouillant son portable, son ordinateur, ses mails. Convaincue qu’il la trompe, une seule solution : le divorce.
Agathe résume ainsi : « Telle était l’histoire. Si je devais en faire un pitch, je dirais ceci : j’ai rencontré un homme. Je suis tombée amoureuse de lui, nous nous sommes mariés, nous avons eu des enfants. Aujourd’hui, cet homme est devenu mon pire ennemi. »
Nous suivons donc pas à pas le processus du divorce entre ce couple de quarantenaires, c’est un vrai parcours du combattant. On découvre alors le vrai visage de son conjoint, les masques tombent et il faut désormais lutter pour se protéger.
Il y a l’annonce aux enfants, Sacha et Max ont six ans et ils ne comprennent bien ce qui arrive, ils se croient coupables. «J'aurais préféré ne pas savoir. Maintenant je sais. Et la tristesse est dans mon cœur. Et je ne pourrai plus jamais l'enlever de mon cœur.»
Il faut réunir des témoignages auprès des proches, des amis, des connaissances.
Il faut continuer à vivre dans le même appartement tout en faisant la guerre. « La tension était à son comble. Je sortais tous les matins pour accompagner les enfants à l'école avec ma valise. La nuit, je me couchais avec mon ordinateur, mon téléphone, mon agenda, tous les documents nécessaires pour le divorce, ceux que je lui avais pris et les miens, qu'il n'avait pas pu me prendre. Je dormais en chien de fusil, au beau milieu de mes affaires. »
Et la préparation du dossier qui est longue et coûteuse… « L’équipe du divorce était maintenant au complet. J’étais devenue à moi seule une PME qui employait une dizaine de personnes : un avocat, un notaire, un avoué, un expert-comptable, un détective, un coach de divorce et une psychiatre, sans compter les assistants et les secrétaires. J’avais vidé mon compte en banque, mais j’avais quand même fini par réunir toutes les pièces nécessaires à mon dossier. »

Avec ironie, sans aucune concession et avec férocité, Eliette Abécassis décortique et analyse les sentiments et les trahisons des deux protagonistes.
Le livre se lit facilement, j’ai suivi cette prise d’armes entre Agathe et Jérôme avec à la fois sourire, compassion et parfois colère. Il y a un même un certain suspens quand à la conclusion de l’histoire.
Un petit bémol sur le personnage de Jérôme qui est souvent décrit comme « un vrai salaud ».

Extrait : (début du livre)
Il n'y a pas de vol entre époux.
La serrure toute simple, ancienne, ne devait pas poser de problème. Elle avait été lubrifiée, sans doute pour pouvoir être fermée à clef facilement. Avec un rayon de roue, pris sur un vieux vélo, je fis rebondir le crochet, en appliquant une pression régulière sur les goupilles. Je me concentrais sur le geste et non sur l'ouverture. Mes mains étaient correctement positionnées : certaines articulations immobiles, d'autres en mouvement. Pendant que le majeur et l'annulaire fournissaient un point d'appui, l'index manipulait le rayon. Il fallait visualiser la serrure pour en venir à bout. À force de tâtonnements, je commençais à m'en faire une image précise. Je remarquai qu'une seule goupille bloquait l'ouverture des deux plaques. Grâce au crochet, je forçai sur la serrure en poussant sur la plaque du bas.
Tout en maintenant la pression, je consultai ma montre : il ne devait pas revenir avant deux heures. Même s'il ne m'avait jamais fait la surprise de rentrer plus tôt, je redoutais une arrivée intempestive. Les oreilles dressées comme un chien pour entendre la porte d'entrée s'ouvrir, j'étais prête à bondir à la minute même où il surgirait. La serrure semblait de plus en plus réceptive. Je la sentis prête, cette fois, à céder. Je tentais de rester calme. Encore un tout petit effort. Enfin, j'entendis le déclic. La porte s'ouvrit.

Le bureau était dans un désordre indescriptible. Il y régnait une odeur de cendre froide, d’alcool, de haschisch, et un air de fin du monde. Un bric-à-brac encombrait la pièce : ordinateurs de plusieurs générations, scanner, imprimante, chaussettes, caleçons, livres, photos, séries de câbles et de fils, vieux emballages. Partout, des cadavres de bouteilles de bière, des mégots de cigarettes. Je consultai à nouveau ma montre : dix minutes avaient passé. Avec mon Iphone, je pris une photographie de l’ensemble de la pièce, puis d’une série de détails. J’avais préparé un sac en plastique pour collecter les pièces à conviction. A l’aide d’une spatule, j’y fis tomber les miettes de haschisch qui parsemaient son bureau. Puis je m’installai sur son siège, devant l’ordinateur. L’écran affichait la page d’accueil de son profil sur Facebook. Je me mis au travail. Tandis que je cliquais sur la fenêtre des messages reçus, je branchai un disque dur externe pour faire une copie de ses fichiers. L’ordinateur indiqua que l’opération prendrait une heure quarante-sept minutes. Je sentis mes pupilles se dilater et de nouveau la sueur sur mes paumes : j’avais à peine le temps. Je me hâtai. J’ouvris ses tiroirs les uns après les autres, photographiai les papiers administratifs, les relevés bancaires, les feuilles de salaire et les factures. Puis je revins devant l’écran de l’ordinateur pour consulter ses messages.
C’est à cet instant, je crois, que ma vie bascula.

Livre 2/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

Posté par aproposdelivres à 12:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,


Desert Pearl Hotel - Pierre Emmanuel Scherrer

07_chronique_de_la_rentree_litteraire  ulike_logo

« Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec le site Chroniquesdelarentreelitteraire.com
et dans le cadre de l’organisation du Grand Prix Littéraire du Web Cultura. »

desert_pearl_hotel La Table Ronde – août 2010 – 246 pages

Présentation de l'éditeur :
Pour Pandora Petersen, il n’y aura pas de Noël en famille. Doris, sa mère, vient d’être enterrée. Ellroy, son père et Tom, son frère, ont regagné l’Idaho. Dans son appartement de Los Angeles, transformé en camp retranché, la jeune femme rumine son chagrin jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre de condoléances glissée dans une gerbe de lys — les fleurs préférées de Doris. Son auteur, un certain Gil Sanders, conseille à Pandora de prendre contact avec Rebecca, une amie de sa mère, qui aurait, laisse-t-il entendre, des révélations à lui faire.
Pandora ne supporte pas de se voir dicter sa conduite. Mais elle ne comprend pas non plus pourquoi cette intime de Doris n’est pas venue à l’enterrement, ne s’est même pas manifestée. Elle finit donc par appeler Rebecca Hamilton, qui l’invite à passer quelques jours chez elle, à Santa Fe.
Au volant de sa Honda délabrée, la jeune femme entame un étrange voyage en forme de jeu de piste. Elle progresse entre grands espaces et sentiment de perte, chaos urbain et souvenirs d’enfance. Messages sybillins, rencontres tour à tour inquiétantes et cocasses ponctuent sa route. De motels miteux en snacks déserts, de serveurs taciturnes en pompistes tatoués, d’embouteillages urbains en tempêtes de neige, elle se rapproche, sans le savoir, d’un secret bien gardé.

Auteur : Pierre-Emmanuel Scherrer est né en 1976. Il vit à Toulouse, où il exerce la profession d'avocat. Co-fondateur en 2003 d’Anabase, il part aux États-Unis en 2007 avec son groupe de musique pop pour une traversée d’est en ouest, de New-York à San Francisco. Des chansons naissent de ce voyage, puis Desert Pearl Hotel, son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Pandora vivait seule avec sa mère Doris Petersen à Los Angeles. « Une fois par an, on partait avec la Dodge pour retrouver Ellroy. Ellroy, c'est mon père. Il habite dans l'Idaho. On passait Noël en famille. »

Fin décembre 2008, Pandora Petersen vient de perdre sa mère Doris. Elle est déboussolée par ce deuil, elle commence par rester plusieurs semaines cloîtrée dans son appartement à noyer son chagrin dans du Whiskey Irlandais en évoquant les souvenirs du passé avec Doris.

Un jour, Pandora reçoit un bouquet de lys qui sont les fleurs préférées de Doris avec une lettre de condoléances signé d'un inconnu, Gil Sanders. Celui lui suggère de rencontrer Rebecca Hamilton, une amie de sa mère. Pandora se demande pourquoi cette amie n'est même pas venue à l'enterrement et elle décide de lui téléphoner. Celle-ci l'invite à venir passer quelques jours chez elle. Pandora décide donc de partir vers le Nouveau-Mexique dans sa vieille voiture. Elle ressent que ce voyage seule va l'aider à s'apaiser. « Face aux quatre voies de l'interstate, face au ciel qui s'étale comme un écran vide, il n'y a qu'à lire pour comprendre ce qui déconne dans votre vie. Sentir les heures s'empiler dans sa chair, les lombaires, les tendons du pied sur l'accélérateur, tout ça libère des idées. Il n'y a qu'à lâcher les chiens de la pensée. Fatalement ça vous fait revisiter le passé, et vous vous mettez à imaginer l'avenir avec simplicité. Avaler des miles rend libre. »

Elle commence un long voyage sur les routes américaines de Los Angeles à Santa Fe en passant par l'État de l'Idaho. Comme dans un voyage initiatique, aux gré des rencontres et de ses souvenirs, Pandora va au devant d'un secret que sa mère lui a toujours caché.

Un roman qui se lit facilement, l'auteur utilise des phrases courtes et simples qui décrivent de façon précise les actions et le ressenti de Pandora tout au long de ce voyage qui nous fait traverser les États-Unis. Pandora est un personnage touchant et Pierre-Emmanuel Scherrer sait parfaitement faire monter le suspense jusqu'à la conclusion du livre. Une très belle découverte.

La bande originale du roman est disponible sur : www.desertpearlhotel.com

Livre 1/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

Posté par aproposdelivres à 06:50 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

25 août 2010

Swap in' Follies... gourmandise

swap_in_follies

J'ai enfin trouvé le temps de réaliser la recette du « Cheesecake au citron et à la ricotta » que m'avait envoyée Papillon début juillet à l'occasion du Swap in'Follies.

Voici le résultat en photo :

P1100277_20_c

Toute la famille s'est régalée après avoir salivée d'envie
car la recette préconisait de mettre le « Cheesecake »
24 heures au réfrigérateur avant de le consommer !

Posté par aproposdelivres à 20:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

Les trois vies de Babe Ozouf – Didier Decoin

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (23/26)

les_3_vie_de_Babe_Ozouf_2 les_3_vies_de_Babe_Ozouf les_trois_vies_de_babe_ouzouf_p

Seuil – avril 1983 – 376 pages

Points - mai 1984 – 376 pages

Points – juin 2001 – 409 pages

Quatrième de couverture
Là-haut, tout au bout de la France, c'est la Hague, terre de granits et de landes fauves, qui poignarde l'une des mers les plus dangereuses du monde.
Babe Ozouf, Catherine et Carole sont filles de la Hague. Leur saga - qui s'étend sur trois générations - est scandée par un même geste, un acte que l'amour inspire: faire naître la lumière et le feu dans la nuit. Par trois fois, ce geste simple et fatal provoquera un naufrage: naufrage de navires et naufrage de trois destins.
Emmenée par deux gendarmes, Babe Ozouf va vivre une mise à l'épreuve qui sera aussi une délivrance. Sa fille Caherine, mariée à quinze ans, connaîtra l'exil, de l'autre côté de l'océan. Et Carole, la fille de Catherine, sera irrésistiblement rappelée vers cette falaise, lieu de rencontre avec la nuit et le brouillard.
Trois hommes traverseront la vie de ces jeunes femmes: Michael Bernstein, le pianiste; le peintre Louis Asfrid et le mystérieux Recruteur qui hante les quais de Liverpool. Ils apprendront que l'amour est aussi ce calme effrayant qui précède et annonce les tempêtes.
« La Hague, dit l'auteur, ne m'a pas inspiré ce roman : elle me l'a imposé. Je l'ai écrit dans la solitude, le tulmute et la passion, à l'image du pays étrange qui l'a fait surgir. »

Auteur : Né le 13 mars 194, fils du cinéaste Henry Decoin, Didier Decoin commence sa carrière comme journaliste. Il passe par des quotidiens comme Le Figaro et France-Soir. Il participe aussi à la création du magazine VSD. Il touche aussi à la radio en intervenant sur Europe 1. Mais le journaliste est passionné d'écriture et entame une carrière de romancier. A tout juste 20 ans, il publie son premier livre intitulé 'Le Procès à l'amour'. Ecrivant plus d'un vingtaine d'ouvrages, il est récompensé en remportant le Prix Goncourt pour 'John l'enfer' en 1977. Membre fondateur de la Société civile des auteurs multimédia – SCAM – il assure aussi la présidence de la Société des gens de lettres de France. En 1995, il devient le Secrétaire général de l'Académie Goncourt. Attiré par le cinéma et la télévision, il devient scénariste pour la fiction de France 2. On lui doit des séries comme 'Les Misérables', 'Le Comte de Monte-Cristo', 'Balzac' et 'Napoléon'. Fort d'un parcours hors du commun, Didier Decoin est aujourd'hui considéré comme un membre précieux de la culture française.

Mon avis : (lu en août 2010)
Voici l'histoire de trois femmes de la Hague, qui s'étend sur trois générations : il y a Babe Ozouf, Catherine et Carole. Chacune d'elles par amour fera naître un feu dans la nuit, un feu qui aura des conséquences malheureuses. Babe, par amour pour le pianiste Michael Berstein, allumera un grand feu qui causera le naufrage d'un navire. Catherine va illuminer sa maison et son jardin de toutes les bougies et lanternes pour se rassurer en l'absence de son mari le peintre Louis Asfrid. Elle sera alors obligée de fuir. Enfin, Carole qui allumera un grand feu pour couler le croiseur lourd Admiral von Severloh.
Toute la magie du récit vient du lieu où se déroule ce roman, la Hague avec ses landes de bruyères sauvages, ses rochers de granit, sa mer froide, ses embruns salés, son brouillard. Les descriptions sont superbes et le lecteur est envoûté autant par ce lieu que par ces trois histoires liées.

P1060274_20

Extrait : (début du livre)
Barbe Ouzouf aimait trop la beauté pour supporter longtemps le prénom qu’on lui avait infligé : à huit ans, elle en fit sauter le r et on la connut désormais sous le nom de Babe. Habitant une région proche des îles anglo-normandes, la Hague, certains prononçaient Babe à l’anglaise, comme un diminutif de baby. Cela lui alla plutôt bien jusqu’à la puberté, ensuite elle prit de la poitrine, des hanches, ses cheveux roux se mirent à pousser au point de lui battre les fesses, elle devint femme, et les gens cessèrent de dire Babe à l’anglaise pour, au contraire, insister sur le a, et même le multiplier comme si Babe s’écrivait Baaabe.
A six heures tous les soirs, elle se baignait sur la grève d’Ecalgrain. En 1893, il n’existait aucun aménagement, juste un sentier pour descendre de la falaise jusqu’au premier lit de galets. En avril, les ajoncs étiraient leurs pousses en travers du passage, et plus d’une fois Babe déchira sa robe à leurs épines, et souvent son jupon, ses cuisses à travers l’étoffe noire.

Elle agit aujourd’hui comme d’habitude, malgré les deux gendarmes à cheval qui l’attendent, qui la surveillent depuis la route de la falaise. L’un d’eux, Jean Le Nackeis, a déjà déroulé la corde rugueuse qui servira tout à l’heure à lier ensemble les poignets de Babe.

Elle n’a jeté qu’un coup d’œil distrait sur cette entrave.
Sur une roche elle pose sa coiffe, sa longue écharpe et ses souliers, en recommandant aux gendarmes de bien veiller à ce que le vent ne les enlève pas ; peu lui importe de retrouver ou non ses affaires quand elle remontera de la grève, parce qu’alors tout lui sera indifférent, mais dans le souci qu’elle manifeste de ne pas abandonner ces quelques accessoires au vent il y a une façon de promesse : « Je reviendrai me livrer, vous avez eu raison de me faire confiance. »

Posté par aproposdelivres à 10:34 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 août 2010

Un palais dans les dunes – Annie Degroote

un_palais_dans_les_dunes un_palais_dans_les_dunes_p

Presses de la Cité – septembre 2008 – 363 pages

Pocket – mars 2010 – 405 pages

Quatrième de couverture :
Sur la Côte d'Opale, durant les Années folles, une modeste fille de pêcheurs est prête à tout pour changer de condition. C'est au Royal Picardy, considéré comme le plus bel hôtel du monde, au Touquet-Paris-Plage, que son destin va basculer... La jeune Laurette vit au port d'Etaples, où ses parents sont simples pêcheurs. A quinze ans, affublée d'un physique ingrat, elle est bien décidée à changer le cours de son existence et à côtoyer le beau monde. Non loin, la superbe station du Touquet, en pleine extension, attire le gotha mondial : souverains britanniques, maharajas et vedettes de l'époque. Grâce à une rencontre providentielle, Laurette entre comme femme de chambre au prestigieux Royal Picardy... Son rêve impossible est-il enfin à portée de main ?
Deux Nord s'entrecroisent ici : l'un, tranquille et travailleur, au cœur d'un port de pêche ; l'autre, théâtre splendide des plaisirs futiles. A chaque page de ce superbe roman vibre l'attachement profond d'Annie Degroote pour cette terre de caractère.

Auteur : Originaire des Flandres, Annie Degroote est devenue un auteur et une personnalité du Nord de premier plan. Elle a publié de nombreux romans aux Presses de la Cité: La Kermesse du diable, Le Cœur en Flandre, L'Oubliée de Salperzvick, Les Filles du Houtland, Le Moulin de la Dérobade, Les Silences du maître drapier, La Splendeur des Vaneyck, Les Amants de la petite reine sont autant d'hommages à l'histoire et aux traditions des Flandres, et L'Etrangère de Saint-Pétersbourg, une évasion dans une autre terre du Nord.

 

Mon avis : (lu en août 2010)
Le Touquet, dans les années 1920, c’est le rendez-vous obligé de la haute société.
Laurette est fille de pêcheurs du village voisin d’Etaples, elle rêve de vivre un conte fée et de rencontrer son prince charmant. C’est l’écrivain anglais George Walter Aston qu’elle voit comme son prince charmant. Il va la sauver de la noyade, puis l’aider à trouver un emploi dans le nouvel hôtel le Royal Picardy « le plus bel hôtel du monde »…
Ce livre nous raconte l’histoire du Touquet Paris-Plage entre les deux guerres. C’est la confrontation entre deux mondes : celui des pêcheurs, travailleurs, simples et dignes et le monde fortuné des plaisirs futiles et de la démesure.
Un livre qui se lit facilement qui rend très bien l’ambiance du Touquet Paris-Plage dans ses années folles. J’ai passé un très bon moment en lisant les aventures de Laurette.

Extrait : (page 15)
Elle était décidée. La fille des voisins au regard sournois s’était moquée d’elle :
« Tu n’as qu’à essayer ! Tu verras bien ! »
Eh bien, oui, elle allait essayer.
Souvent, elle s’imaginait transformée par une bonne et belle fée, telle la marraine de Cendrillon ou celle de Peau d’Ane, du livre offert par sa propre marraine qui, elle, n’avait rien d’une fée.
Elle était à présent bien installée, coincée contre l’épave ancrée dans le sable. Avec la marée montante, soit elle serait vite engloutie et on ne l’appellerait plus « Laurette la laideronnette », soit, comme dans les contes, un prince charmant surgirait, par miracle, et la sauverait. Et la voisine en serait verte de rage.
De nombreux badauds se risquaient jusqu’ici en promenade, pour contempler ce qu’il restait du vapeur, échoué depuis dix ans, en 1915, au retour de Sydney.
Allait-on la sauver ? Elle attendit.
Des nuages s’amoncelaient. Le ciel s’assombrit. Le temps tournait à l’orage. Elle n’avait pas prévu cela. L’eau devint menaçante, la panique s’empara d’elle. Que faisait-elle ici ? Sa mère lui avait bien interdit… Des promeneurs, il en passait, oui, mais à basse mer. Pas à la marée montante, et encore moins par ce temps. Et si certains flânaient dans les parages, ils n’allaient pas s’éterniser et devaient, en cet instant précis, faire demi-tour…

Non, elle ne voulait pas mourir. Mais l’eau froide avait serré la corde et plus elle essayait de la relâcher, moins elle y arrivait. Elle grelotta. Personne à l’horizon. D’ailleurs, on ne voyait plus l’horizon, avec la tempête qui s’annonçait. Personne ne se hasarderait par un temps pareil. Idiote ! Elle n’était qu’une pauvre idiote de quinze ans. Elle allait se noyer. Bêtement, sans l’avoir vraiment voulu. Elle, l’insatiable Laurette, qui avait de trop grands désirs pour sa condition, une soif de vivre comme ces riches. Laurette, la fille de pêcheurs, le vilain petit canard. Elle devait étouffer son orgueil, rabaisser ses prétentions, c’est ce que lui disait sa mère. Qui lui reprochait d’avoir aussi la tête dans les nuages. Dans les rêves. Comment peut-on aspirer à un destin quand on a ce physique ? Petite, fluette, le visage enlaidi par une dentition affreuse et proéminente, un nez busqué et long comme le pauvre Pinocchio. Et elle venait de désobéir, elle aussi.

Posté par aproposdelivres à 19:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

21 août 2010

Les Trois médecins – Martin Winckler

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (22/26)

les_trois_m_decins les_trois_m_decins_p

POL – août 2004 – 523 pages

Folio – octobre 2006 – 741 pages

Quatrième de couverture :
Un médecin, ça n'a pas toujours été médecin.
En 1974 – vingt ans avant La Maladie de Sachs - Bruno Sachs entre à la faculté de médecine de Tourmens. Il se lie d’amitié avec André Solal, Basile Bloom et Christophe Gray, trois étudiants voués à la médecine générale. Il ne sait pas qu’au cours des sept années suivantes, ils vont apprendre leur métier mais aussi côtoyer les militants de l’IVG et de la contraception, contester l’enseignement de mandarins hospitaliers plus préoccupés de pouvoir que de soin, et militer pour une médecine plus humaine.
Pour devenir médecins – pour devenir des hommes –, Bruno et ses trois camarades devront vivre plusieurs histoires à la fois : l’histoire d’une formation ; l’histoire d’un grand amour ; l’histoire d’un engagement moral et politique ; l’histoire d’une profonde amitié. Des histoires comiques et tragiques. Des histoires où l’on vit pleinement et où, parfois, l’on meurt.
Comme dans un roman d’aventures.

Auteur : Martin Winckler, de son vrai nom Marc Zaffran, est né en 1955 à Alger. Après son adolescence à Pithiviers (Loiret) et une année à Bloomington (Minnesota), il fait des études de médecine à Tours entre 1973 et 1982. Ses premiers textes paraissent dans Nouvelles Nouvelles et la revue Prescrire au milieu des années 80 et son premier roman, La Vacation (1989). Entre La Maladie de Sachs (1998, adapté au cinéma en 1999 par Michel Deville) et Les Trois Médecins (2004), il a publié une trentaine de romans et d'essais, consacrés au soin et aux arts populaires. En 2001 et 2002, il est le premier écrivain français à prépublier en feuilleton interactif, sur le site de P.O.L, deux grands livres autobiographiques: Légendes et Plumes d'Ange. Médecin à temps partiel et écrivain à temps plein, il anime en outre le Winckler's Webzine, un site personnel très fréquenté (www.martinwinckler.com).

 

Mon avis : (lu en août 2010)
J'avais adoré "La Maladie de Sachs" et j'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à retrouver Bruno pendant ses études de médecine. Bruno Sachs est fils de médecin, il va suivre la trace de son père et va faire ses études de médecine à Tourmens. Nous sommes en 1973, et il rencontre André Solal , Basile Bloom et Christophe Gray, trois étudiants en médecine qui deviennent ses amis et ses frères. Par vocation et par amour des autres, ils vont apprendre leur métier, travailler dur, ils veulent une médecine plus juste et plus humaine, ils vont également côtoyer les militants de l'IVG,et de la contraception mais aussi contester la toute puissance des médecins hospitaliers et la toute puissance des labos pharmaceutiques. C'est l'histoire d'une amitié vrai et solide entre quatre hommes avec un grand cœur et qui ont choisi de consacrer leur vie à soigner.

Ce livre est à la fois instructif et divertissant, il se dégage de chacune des pages une formidable humanité. J'ai dévoré ce livre, il est passionnant !

Extrait : (page 19)
Il nous regarde avec ses yeux mauvais, et se met à nous cracher dessus. Il a commencé en disant que nous étions des veaux, des bons à rien, et comme les voix s'élevaient il a réagi immédiatement en criant qu'il lui suffisait de ne pas faire cours pendant un mois pour qu'on soit tous dans la merde, et bien malins ceux qui sauraient ce qu'il nous balancerait au concours ! Alors, évidemment, tout le monde s'est tu, à commencer par les redoublants. Il fulmine, il a l'écume à la bouche, on dirait qu'il va lui sortir de feu par les yeux. Il lève le bras, tend l'index vers nous et vomit : La plupart d'entre vous ne sont que de petits crétins.

Extrait : (page 138)
Et la colère m'emplit quand je pense aux femmes croisées depuis que je suis née, aux femmes qui ont porté grossesse sur grossesse, en espérant que, de temps à autre, une fausse couche les délivrerait ; aux femmes mortes en couches parce que le médecin n'est pas arrivé à temps ; aux femmes déchirées, mutilées par un bébé trop gros sorti trop vite ; aux femmes mortes d'hémorragie parce qu'on ne les a pas surveillées ; aux femmes stériles que l'on a répudiées ; aux femmes à qui on arrache leurs enfants ; aux femmes violées contraintes de mettre au monde l'enfant de leur agresseur ; aux femmes soumises à l'inceste de leur père ou de leur mère ; aux femmes à qui on a refusé une contraception et qui sont mortes d'une grossesse - la grossesse de trop... ; aux femmes aliénées que l'on stérilise 'pour leur bien '; aux femmes que l'on contraint à porter un enfant qu'elles abandonneront à la naissance en le donnant à des étrangers ; aux femmes atteintes de cancer que l'on ampute sans hésiter ; aux femmes qui saignent et à qui un homme fait 'sauter l'utérus 'parce que c'est plus simple [... ].

Extrait : (page 506)
Comment leur dire que soigner, ça ne s'apprend pas le stylo sur la page mais les yeux sur les lèvres et les doigts sur la peau et la bouche à l'oreille et mon corps sur ton corps.
Comment leur dire que soigner, c'est comme vivre, ça n'attend pas qu'on ait appris, ça se fait tout de suite
Comment leur dire que soigner s'apprend avec les autres - tous les autres : ceux qu'on admire, ceux qu'on déteste, ceux qui nous font vomir et ceux qui nous attirent, celles et ceux qui nous font peur et nous maltraitent, ceux qui nous entourent et ceux qui nous sont hostiles, nos amis nos ennemis, nos frères nos sœurs, ceux qui sont assis là autour de nous et que nous ne connaissons pas, et qui ont tous quelque chose à nous dire si seulement nous voulions tendre un peu l'oreille, si seulement nous voulions bien les toucher du doigt.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (22/26)

Posté par aproposdelivres à 16:43 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,