06 août 2010

Les vieilles – Pascale Gautier

les_vieilles Éditions Joëlle Losfeld – janvier 2010 – 193 pages

Quatrième de couverture :
Il y en a une qui prie, une autre qui est en prison, une autre encore qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu'elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n'est plus rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez te coiffeur, à boire et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone, à commenter les faits divers, à critiquer leur progéniture qui ne vient pas assez, à s'offusquer de l'évolution des mœurs... Elles savent que le monde bouge, et qu'elles devraient changer leurs habitudes, mais comment faire, à leur âge? Aussi, l'arrivée de Nicole, une " jeunesse " qui entame tout juste sa retraite, et l'annonce d'une catastrophe imminente, vont perturber leur quotidien. Ce nouveau roman de Pascale Gautier est irrésistible par sa fraîcheur, sa volonté de prendre avec humour le contre-pied de certaines idées reçues sur la vieillesse. On y retrouve avec délectation la causticité et la liberté de ton qui caractérisent ses précédents textes.

Auteur : Pascale Gautier est directrice littéraire aux Editions Buchet-Chastel. Ses romans ont été reconnus comme des textes singuliers et littérairement exigeants. Parmi eux Trois grains de beauté, qui a reçu le Grand Prix SGDL du roman, et Fol accès de gaîté.

Mon avis : (lu en août 2010)
Cette histoire se passe dans la ville du Trou, là où il fait beau 365 jours par an, la plupart des habitants sont des personnes âgées. Il y a Madame Rousse, elle est sourde et elle pousse le son de sa télé si fort qu'elle dérange tout l’immeuble, Mme Daspet qui ne pense qu’à s’envoyer en l’air, Madame Rouby qui a peur des voleurs, Madame Chiffe qui est dépendante de Dieu et qui aime également déclamer des poèmes, la vieille mère de Paul qui est toujours désagréable avec sa famille et il y a également Nicole la jeunette de 60 ans. Elle était postière à Moisy, une ville du Nord, elle a passé sa vie de célibataire à s'occuper de ses vieux parents. Le seul homme, ou presque, c’est Pierre Martin, il a 90 ans et se prépare pour le marathon de Londres, il est « auréolé de gloire dans son short bleu ». Un livre distrayant et drôle qui veut nous faire réfléchir à la place des personnes âgées dans notre société.
La dernière partie du livre m’a surprise, je n’ai pas compris pourquoi l’histoire frisait la science fiction… avec l’annonce de l’arrivée de l’astéroïde « Bonvent » pour le dimanche suivant sur la terre. Les différents personnages ont des réactions si peu crédibles que je n’ai pas aimé la conclusion de ce livre.

Extrait : (début du livre)
La télé est à fond. L’immeuble entier en profite. C’est Mme Rousse qui est sourde comme un pot. Elle est gentille à part ça, Mme Rousse. Elle est vieille depuis si longtemps ! Tous les mardis, elle va au salon de coiffure « chez Josée ». Un salon minuscule, à l’abri des intempéries et des métamorphoses. Josée aux cheveux rouges coiffe avec application une kyrielle d’octogénaires qui viennent chez elle parce qu’elles se sentent en confiance et parce qu’elles sont toujours venues là. Mme Rouby expliquait ça l’autre jour pendant que Josée lui faisait sa permanente. Quand on est toujours allée chez quelqu’un, on a du mal à changer, c’est bête, mais c’est comme ça. Mme Rousse, donc, a les cheveux en casque permanenté bleu-violet. Aujourd’hui est le jour des amies. Elle a acheté une tarte aux pommes à la pâtisserie Miale, sorti les assiettes à dessert en porcelaine de Limoges et préparé le thé. Elle ne sait pas qui viendra. C’est chaque fois la surprise. La salle à manger de Mme Rousse est de toute beauté. Des rideaux roses tricotés main ornent les trois fenêtres qui donnent sur la rue Jean-Eymard. Une tapisserie bleu azur décorée d’oiseaux blancs qui volent dans tous les sens couvre les murs. Un lustre façon bronze qui doit peser trois tonnes reste bizarrement accroché au plafond et menace la table en bois massif qui est pile dessous. Mme Rousse est une amie des arts. Chaque année, le 15 août, des artistes locaux à la retraite exposent leurs œuvres à la salle des fêtes. Chaque année, Mme Rousse achète une toile et la fixe sur la tapisserie aux oiseaux blancs. Cela fait un mélange de couleurs idéal pour vous donner la migraine. La télé est sise sur le petit meuble qui jouxte la table en bois massif. Impossible de la rater. C’est ce qui agace Mme Rouby. On ne s’entend pas chez Mme Rousse, il y a toujours le poste qui braille. Mme Rousse n’en a cure, le bruit la berce. Enfant, elle vivait au bord d’une nationale où des hordes de camions, nuit et jour sans jamais s’arrêter, bombaient comme des malades. Elle se souvient encore de ce huit tonnes qui avait heurté la maison des voisins, pété le mur et foncé dans la cuisine et les cabinets avec un bruit de ferraille extraordinaire. Elle avait été éblouie par cette fanfare sauvage. La télé, à son âge, c’est pour le plaisir. Même Mitsou pense comme elle. D’ailleurs, il est passé où, celui-là ? Elle s’est installée sur sa chaise et attend. Les publicités s’en donnent à cœur joie. On dirait des cigales qui, dans le bois, sur un arbre, font entendre leur voix charmante. Mme Rousse entend leur doux bourdonnement et ne s’étonne même plus. « Sauvez un cochon, mangez un chat ! » Pourquoi pas, finalement. La pendule à coucou que ses enfants lui ont offerte pour Noël sonne avec virulence. Sur l’écran, des Chinois castagnent des Tibétains. Elle en voit un qui saute à bas de son char et fonce droit sur l’ennemi. Prompt, il lance sa javeline : elle fend et le casque et l’os ; la cervelle est toute fricassée. Le Chinois bondit et achève le quidam ; il lui coupe les mains, lui tranche le col, et l’envoie rouler, tout comme un billot, à travers la foule. C’est dégoûtant. Puis elle voit un Tibétain féroce foncer sur le Chinois qui se prend pour un héros. De sa dague, il le frappe à l’épaule, lui tranche le bras droit. Le bras tombe à terre, sanglant, et dans ses yeux du Chinois entre en maître la mort rouge. Ça sonne. Et comme elle n’entend rien. Ça entre. Voici Mme Rouby, essoufflée, qui marche à petits pas. Puis qui se fige devant la télé. D’autres Chinois torturent à petits feux d’autres Tibétains. C’est horrible et c’est en direct.
« Madame Rousse, je ne peux pas boire mon thé devant ça !
- Vous êtes trop sensible, madame Rouby. »
Heureusement, les publicités reprennent et s’en donnent à cœur joie. On dirait des cigales qui, dans le bois, sur un arbre, font entendre leur voix charmante. Mme Rouby s’assied. Mme Rousse prépare le thé.

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