30 juillet 2010

Le quai de Ouistreham - Florence Aubenas

le_quai_ouistreham Éditions de l’Olivier – février 2010 – 269 pages

Quatrième de couverture :
«La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée. Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j'avais trop à faire là-bas. J'ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009. J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre.», Florence Aubenas.

Auteur : Née en 1961, Florence Aubenas a fait la plus grande partie de sa carrière de journaliste à Libération, avant de devenir grand reporter au Nouvel Observateur. Depuis juillet 2009, elle est présidente de l'Observatoire international des prisons.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Pour rendre compte de la crise, Florence Aubenas a voulu vivre de l'intérieur, l'expérience d'un travailleur précaire de février à juillet 2009. Elle s'est installée anonymement à Caen, elle a gardé son identité, elle s'est créée un CV avec un baccalauréat, obligée de trouver du travail après une séparation avec un homme qui subvenait à ses besoins depuis vingt-ans. Et l'aventure commence, Pôle Emploi qui lui propose de devenir femme de ménage, entretien avec les conseillers, formation, chasse aux heures de ménages chez différents employeurs (en général des sociétés de nettoyage).

Elle rencontre une foule de personnages qui accumulent aussi des petits boulots dans le secteur des sociétés de nettoyage, quelques heures à droite et à gauche de tâches peu qualifiées, épuisantes, sous payées. On découvre le monde du chômage et de Pôle Emploi avec ses entretiens obligatoires mais souvent inutiles. Il est admirable de constater l'acharnement que ces gens ont à travailler dans des conditions aussi difficiles pour maintenir l'estime de soi et un lien social. Florence Aubenas a arrêté son expérience le jour où on lui a offert un CDI de 2h30 par jour, ne voulant pas bloquer un travail réel. Cette expérience est très forte et intéressante, le livre se lit comme un roman.

Extrait : (page 71)
Tout le monde m'avait mise en garde. Si tu tombes sur une petite annonce pour un boulot sur le ferry-boat à Ouistreham, fais attention. N'y va pas. Ne réponds pas. N'y pense même pas. Oublie-la. Parmi ceux que j'ai rencontrés, personne n'a travaillé là-bas, mais tous en disent la même chose : cette place-là est pire que tout, pire que dans les boîtes de bâtiment turques qui te payent encore plus mal qu'en Turquie et parfois même jamais ; pire que les ostréiculteurs, qui te font attendre des heures entre les marées avant d'aller secouer les poches en mer par n'importe quel temps ; pire que dans le maraîchage, qui te casse le dos pour des endives ou des carottes ; pire que les grottes souterraines de Fleury, ces anciennes carrières de pierre, puis abris antiaériens pendant la guerre, devenues aujourd'hui des champignonnières, qui te laissent en morceaux au bout d'un après-midi de travail. Pour les pommes, on en bave aussi, mais la saison commence plus tard. Ces boulots-là, c'est le bagne et la galère réunis. Mais tous valent mieux que le ferry de Ouistreham.
[…] (page 85)
C'est le tout petit matin. La veille, pour être sûre de ne pas arriver en retard, j'ai fait deux fois le trajet avec le Tracteur, ma nouvelle voiture. Le rendez-vous est à 5h30, au port d'embarquement du ferry-boat, pour la matinée de formation. A la sortie de Caen, quelques camions naviguent doucement sur la voie rapide entre les ronds-points et les radars, comme en apesanteur ; d'autres sont encore garés en troupeaux à l'entrée des villes où ils ont passé la nuit.
[…]
Nous sommes cinq nouveaux embauchés ce jour-là, à l'embarcadère. Arriver jusqu'au ferry est un nouveau périple. Il faut pénétrer dans la zone sous douane en montrant un badge avec une photo, fourni par la société. Parfois, des vigiles sortent de la guérite et s'accroupissent pour ausculter les essieux ou les habitacles, en parlant de trafics et de clandestins.
Nous nous postons devant un bâtiment composé d'une petite salle nue flanquée de deux toilettes. Nous attendons l'autocar de la compagnie qui nous conduira jusqu'au ferry. La distance entre les deux ne doit pas excéder sept cents mètres, mais il interdit de les effectuer à pied. Entre l'attente, le trajet en car, l'attente à nouveau avant de grimper à bord, il faut compter une bonne demi-heure supplémentaire.

Posté par aproposdelivres à 18:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


Je vais bien, ne t'en fais pas – Olivier Adam

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Amy

Lu dans le cadre du Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

lire_et_cin_ma

je_vais_bien_ne_t_en_fait_pas je_vais_bien_ne_t_en_fait_pas_p1 je_vais_bien_ne_t_en_fait_pas_p

Le dilettante – décembre 1999 – 186 pages

Pocket – août 2006 – 155 pages

Pocket – novembre 2009 – 155 pages

Quatrième de couverture :
Une autre lettre de Loïc. Elles sont rares. Quelques phrases griffonnées sur un papier. Il va bien. Il n'a pas pardonné. Il ne rentrera pas. Il l'aime. Rien d'autre. Rien sur son départ précipité. Deux ans déjà qu'il est parti. Peu après que Claire a obtenu son bac. A son retour de vacances, il n'était plus là. Son frère avait disparu, sans raison. Sans un mot d'explication. Claire croit du bout des lèvres à une dispute entre Loïc et son père. Demain, elle quittera
son poste de caissière au supermarché et se rendra à Portbail. C'est de là-bas que la lettre a été postée. Claire dispose d'une semaine de congé pour retrouver Loïc. Lui parler. Comprendre.

Auteur : Né en 1974, Olivier Adam a grandi en région parisienne et vit actuellement en Bretagne. Son premier roman, Je vais bien, ne t'en fais pas (2000) ouvre un diptyque sur le thème de
la disparition qui se poursuit avec A l'Ouest (2001). Également scénariste et auteur pour la jeunesse, Olivier Adam a notamment écrit Poids léger (2002), adapté pour le cinéma par Jean-Pierre Améris et Passer l'hiver (2004) qui a reçu le Goncourt de la Nouvelle 2004. Falaises (2005). A l'abri de rien, Des Vents contraires.

Mon avis : (relu en juillet 2010)
Un livre de 150 pages qui se lit d'une traite. L'auteur nous dresse le portrait de Claire, une jeune femme solitaire qui est hantée par le souvenir de son frère Loïc qui a disparu deux ans auparavant sans donner de raison. Claire avait alors 20 ans et Loïc 18 ans. Avec son frère, ils étaient inséparables et avaient besoin l'un de l'autre pour vivre. Claire ne comprend pas pourquoi Loïc est parti sans aucune explication. Elle attend un signe de sa part. Claire va faire une dépression et refuser de s'alimenter. Et huit mois après la disparition de Loïc, Claire reçoit enfin une première carte avec quelques mots « je pense à toi, je t'embrasse, je vais bien, ne t'en fais pas. » Au bout de deux ans et après avoir reçu une carte de Portbail en Normandie, Claire décide de partir là-bas pendant une semaine de congés pour retrouver Loïc. On ressent toute la tristesse et toute la fragilité de Claire. C'est une histoire prenante et surprenante et c'est vraiment à la fin du livre que l'on découvre la vérité.

je_vais_bien_ne_t_en_fait_pas_film

Le film :
Ce livre a été adapté au cinéma en 2006 par Philippe Lioret avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier, Isabelle Renauld, Aïssa Maïga.

Il y a quelques petites différences entre le livre et le film : Claire est devenue Lili, son petit frère est devenu son frère jumeau. Cela renforce les liens qui unissent le frère et la sœur.

Le film nous présente l'histoire de façon chronologique et commence sur le retour de Lili après un voyage en Espagne et ses parents lui apprennent que son frère Loïc est parti depuis 5 jours après une dispute futile avec son père. Le livre commence deux ans après, Claire (Lili) est alors caissière à Shopi. Dans le film, la place des parents est plus importante que dans le livre.

L'adaptation de ce livre est vraiment très réussite et j'ai été beaucoup plus émue par le film que par le livre.

J'aime également beaucoup la chanson et thème principal de la B.O du film qui est U-turn (Lili) du duo français AaRON (Artificial Animals Riding On Neverland) composé de Simon Buret et Olivier Coursier. Simon Buret joue lui-même l'ami de Loïc qui fait écouter cette chanson à Lili composée en grande partie par Loïc.

Ce film a reçu de nombreuses récompenses :

  • César du meilleur acteur dans un second rôle pour Kad Merad.

  • César du meilleur espoir féminin pour Mélanie Laurent.

  • Prix Lumière du meilleur espoir masculin pour Julien Boisselier.

  • Prix Lumière du meilleur espoir féminin pour Mélanie Laurent.

  • Étoile d’or de la révélation féminine pour Mélanie Laurent.

  • Étoile d’or du scénario pour Philippe Lioret et Olivier Adam.

Extrait : (début du livre)
Claire claque la porte et tourne les clés.
Il est dix heures. Elle commence à onze. Le Shopi ferme à vingt et une heures, elle fait la fermeture. Elle descend les escaliers quatre à quatre. Au kiosque, elle achète Libé. Il fait déjà chaud et elle ôte son gilet. La brasserie où elle a ses habitudes est fermée. C'est le mois d'août. Elle entre dans un petit café où trois vieux discutent football, devant leur troisième ballon de rouge. La patronne la salue à peine, la fait répéter deux fois lorsqu'elle commande son café et son croissant. Elle étale son journal sur la table, va directement à la page des annonces. Avec Loïc, ils lisaient toujours cette page, alors elle se dit qu'il pensera peut-être à lui laisser un message. Le café est très chaud. Elle se brûle un peu, repose la tasse, souffle sur une mèche. Elle a relevé ses cheveux presque roux et très lisses en une sorte de chignon flou et artistique. Elle se voit dans le miroir. Les vieux la regardent. Machinalement, elle amorce le geste de tirer sur sa jupe. Mais aujourd'hui, elle porte un pantalon. Les vieux s'échangent vaguement quelques tuyaux, cochent les cases d'un bulletin de PMU. Claire feuillette son journal. Très distraitement. Elle grimace un peu en finissant son café. Juste au moment où elle avale le petit dépôt de sucre qui est resté au fond. Elle pose quelques pièces de monnaie près de sa tasse, se lève et s'en va. Elle dit au revoir. Personne ne lui répond.

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Amy

Lu dans le cadre du Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

lire_et_cin_ma

Posté par aproposdelivres à 06:23 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,