31 mai 2010

Delirium tremens – Ken Bruen

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Gallimard – novembre 2004 – 312 pages

Folio – juin 2006 – 383 pages

traduit de l’anglais (Irlande) par Jean Esch

Quatrième de couverture : Il n'y a pas de détectives privés en Irlande. Les habitants ne le supporteraient pas. Le concept frôle de trop près l'image haïe du mouchard. Jack Taylor le sait. Viré pour avoir écrasé sciemment son poing sur le visage d'un ministre, cet ancien flic a gardé sa veste de fonction et s'est installé dans un pub de Galway. Son bureau donne sur le comptoir. Il est chez lui, règle des broutilles, sirote des cafés noyés au brandy et les oublie à l'aide de Guinness. Il est fragile et dangereux. Une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans le supplie d'enquêter. " On l'a noyée " sont les mots qu'elle a entendus au téléphone, prononcés par un homme qui savait. De quoi ne plus dormir. Surtout si d'autres gamines ont subi le même sort. Surtout si la police classe tous les dossiers un par un...

Auteur : Ken Bruen est né en 1951 à Galway. Après une carrière qui le mène en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, il crée les inspecteurs Roberts & Brant, puis le privé Jack Taylor dont Delirium Tremes est la première enquête. Son style incisif et la férocité désarmante de ses personnages l'ont d'emblée placé parmi les meilleurs d'une génération en passe de renouveler le roman noir anglo-saxon.

Mon avis : (lu en mai 2010)
J’avais fait connaissance avec Jack Taylor lors de sa troisième enquête Le Martyre des Magdalènes.
Comme le suggère le titre de ce livre, l'auteur nous donne une vision de l’Irlande un peu embrumée par les abus d’alcool... On découvre ce beau pays à travers le whisky et la Guiness. L'intrigue policière n'est pas l'essentiel, le personnage de Jack Taylor est le centre de ce polar. C’est un ancien policier devenu détective privé, il enquête sur le suicide suspect d’une adolescente. C’est un anti-héros attachant qui combat surtout pour résoudre ses problèmes et lutter contre son alcoolisme. Autour de lui gravite également une galerie de personnages remarquables.
L'écriture est vive, pleine d'humour et de dérision. Cette histoire est malgré tout pleine d'humanité. J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à suivre Jack Taylor. Et je compte bientôt retrouver Jack Taylor dans une nouvelle enquête…

Extrait : (début du livre)
Il est quasiment impossible de se faire renvoyer de la Garda Siochana. Il faut vraiment y mettre du sien. Tant que vous ne devenez pas un objet de honte, ils sont prêts à tolérer presque n'importe quoi.
J'avais atteint la limite. Plusieurs
Mises en garde
Avertissements
Dernières chances
Sursis
Et je ne m'améliorais toujours pas.
Je ne dessoulais pas non plus. Ne vous méprenez pas : les gardai et l'alcool entretiennent une vieille relation, presque amoureuse. A vrai dire, un garda abstinent est considéré avec méfiance, quand ce n'est pas avec une totale dérision, à l'intérieur et l'extérieur de la police.
Mon supérieur à la caserne de formation disait : « On aime tous boire une pinte. »
Hochements de tête et grognements chez les jeunes recrues. « Et le public aime qu'on aime ça. »
De mieux en mieux.
« Ce qu'ils n'aiment pas, c'est les canailles. »

Dix ans plus tard, j'en étais à mon troisième avertissement. Je fus convoqué devant un responsable, et on me conseilla de me faire aider.
- Les temps ont changé, mon gars. De nos jours, il existe des programmes de soins, des centres spécialisés, toutes sortes d'aides. Avoir un penchant pour la bouteille, c'est plus une honte. Là-bas, vous côtoierez le clergé et les politiciens.
J'avais envie de dire : - C'est censé me motiver ?
Mais j'y suis allé. Une fois libéré, je suis resté sobre pendant quelque temps, mais, petit à petit, je me suis remis à boire. 
Il est rare qu'un garda soit affecté chez lui, mais on estimait que ma ville natale me serait bénéfique.
Une mission un soir de février dans un froid mordant. Noir comme dans un four. Mise en place d'un contrôle de vitesse à la périphérie de la ville. Le sergent avait stipulé : « Je veux des résultats, pas d'exceptions. »
Mon collègue était un type de Roscommon nommé Clancy. D'un tempérament accommodant, il semblait ignorer mon alcoolisme. J'avais emporté une thermos de café, blindée au brandy. Tout se passait bien.
Trop bien.
C'était calme. L'info concernant notre emplacement s'était répandue. Les automobilistes respectaient la limitation de vitesse de manière suspecte. Clancy poussa un soupir et dit :
- Ils nous ont repérés.
- C'est sûr.
C'est alors qu'une Mercedes passa en trombe. Clancy s'exclama :
- Nom de Dieu !
J'enclenchais la marche avant et on démarra. Assis à la place du mort, Clancy dit :
- Ralentis, Jack. Vaut mieux laisser tomber.
- Hein ?
- La plaque... tu l'as vue ?
- Ouais, et alors ?
- C'est un type du gouvernement.
- C'est scandaleux !
Je fis beugler les sirènes, mais dix bonnes minutes s'écoulèrent avant que la Merco s'arrête. Au moment où j'ouvrais ma portière, Clancy me retint par le bras et dit :
- Un peu de doigté, Jack.
- Ouais, c'est ça.
Je frappai à la vitre du conducteur. Il prit tout son temps pour la baisser. Avec un petit sourire narquois sur les lèvres, le chauffeur demanda :
- Il y a le feu quelque part ?
- Descendez.
Avant qu'il ait le temps de réagir, un homme assis à l'arrière se pencha et demanda :
- Que se passe-t-il ?
Je le reconnus. Un politicien en vue. Je dis :
- Votre chauffeur conduisait comme un dingue.
Il demanda : - Savez-vous à qui vous parlez ?
- Oui. Au peigne-cul qui a niqué les infirmières.
Clancy essaya d'intervenir et il murmura :
- Bon Dieu, Jack, arrête.
Le politicien était descendu de voiture et il s'approchait de moi. Indigné au plus haut point, il braillait :
- Je vous ferai foutre dehors, espèce de blanc-bec impudent. Vous savez ce qui va se passer ?
Je répondis : - Je sais exactement ce qui va se passer.
Et je lui écrasai mon poing sur la gueule.

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30 mai 2010

Le baby-sitter – Jean-Philippe Blondel

le_baby_sitter Buchet-Chastel – janvier 2010 – 297 pages

Quatrième de couverture :
Dix-neuf ans. Étudiant. Pas d'argent. Pour pouvoir remplir son frigo et s'amuser un peu, il n'y a guère de solutions. Travailler dans un fast-food. Surveiller les activités périscolaires. Ou opter pour le baby-sitting C'est ce que choisit Alex, finalement. Mais lorsqu'il dépose son annonce à la boulangerie du coin, il est loin d'imaginer la série de personnages qu'il va rencontrer, et à quel point cet emploi va modifier sa perception du monde. Il ne peut surtout pas se douter combien sa présence va influer sur la vie de ses nouveaux employeurs. Parce que, au fond, ce que l'on confie à un baby-sitter, pour quelques heures, c'est ce que l'on a de plus précieux ses enfants, sa maison, le cœur même de son existence. Un roman sur les liens que l'on tisse et sur ceux que l'on tranche - et sur cette humanité qui tente, bon an mal an, de tenir et d'avancer, en rêvant de courir et de dévaler les pentes.

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais dans un lycée de province depuis bientôt vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007). Au rebond est son deuxième livre pour la jeunesse après Un endroit pour vivre (2007).

Mon avis : (lu en mai 2010)
Alex est étudiant en anglais, il a 19 ans. Sa bourse et l'argent qu'il a gagné l'été précédent ne lui suffisent pas pour remplir son frigo. Il décide de donner des cours de langue pour boucler les fins de mois. Quand tout à coup ce sont les pleurs du bébé de l'étage du dessus qui lui donne l'idée de devenir baby-sitter. Dès le lendemain, il dépose une petite-annonce à la boulangerie et Mélanie, la boulangère devient sa première cliente. Ensuite, le bouche à oreille fera le reste et de nombreux parents feront appel à lui.
Alex ne fait pas seulement des gardes d'enfants, il entre dans l'intimité des parents et devient un confident. Grâce à cela il va les aider et il va lui-même grandir. Une histoire pleine d’humanité sur les relations parents-enfants mais aussi sur les relations entre adultes. Des personnages attachants. J'ai passé un très bon moment en lisant ce livre.

Extrait : (page 18)
C’est un appartement minuscule de deux pièces et demie (la demie, c’est la kitchenette très fonctionnelle), niché dans un lieu improbable – un demi-étage. En fait, il faut monter l’escalier jusqu’au deuxième, emprunter un morceau de couloir dissimulé, sur la droite, redescendre quelques marches et on se trouve face à la porte de cette extension inutile et décalée – un studio très ancien qui a dû cacher de nombreux adultères, voire servir de refuge à quelques catins embourgeoisées. Catherine trouve que cela sent le moisi. Les copains d’Alex trouvent que c’est vraiment cher. Alex s’en moque éperdument. Il est amoureux de son appartement. Même si ses nuits sont régulièrement troublées par les pleurs du bébé Guilbert.
Et surtout par les angoisses de ses parents. Eux, ce dont ils auraient vraiment besoin, c’est une baby-sitter.

Et soudain, l’illumination.
Alex ne le sait pas encore, mais il repensera souvent à ce moment-là : le milieu de la nuit, le demi-étage, les placards ouverts, la décision de se faire un thé – il paraît que ça cale les estomacs creux.
Le moment où l’idée s’est imposée, dans toute sa simplicité – une femme nue sortant de la rivière, inconsciente des regards qui l’épient, par-delà les fourrés.
Baby-sitter
.
Oui, ça peut être dans ses cordes.
A condition que les enfants aient au moins trois ou quatre ans, qu’il ne faille pas changer les couches – à condition, donc, qu’on n’ait pas besoin de puéricultrice.
Alex n’a pas beaucoup l’habitude des enfants, mais il se débrouille plutôt bien avec ses petits cousins et avec le frère de son ex, un monstre de neuf ans, accro à la Wii et qui s’exprime avec à peu près autant de clarté qu’un androïde défectueux. Et ce serait une bonne expérience, comme les cours particuliers. Dans la brume de son avenir, Alex entrevoit la possibilité de devenir prof ou instit – même si ce désir n’a encore que de vagues contours. Ce serait peut-être justement l’occasion de vérifier si cette chimère pourrait se transformer ou non en réalité.

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29 mai 2010

Chinoises - Xinran

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (19/26)

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Éditions Philippe Picquier – janvier 2003 – 336 pages

Philippe Picquier poche – janvier 2005 – 351 pages

Présentation de l'éditeur :
Un dicton chinois prétend que " dans chaque famille il y a un livre qu'il vaut mieux ne pas lire à haute voix ". Une femme a rompu le silence. Durant huit années, de 1989 à 1997, Xinran a présenté chaque nuit à la radio chinoise une émission au cours de laquelle elle invitait les femmes à parler d'elles-mêmes, sans tabou. Elle a rencontré des centaines d'entre elles. Avec compassion elle les a écoutées se raconter et lui confier leurs secrets enfouis au plus profond d'elles-mêmes.
Épouses de hauts dirigeants du Parti ou paysannes du fin fond de la Chine, elles disent leurs souffrances incroyables : mariages forcés, viols, familles décimées, pauvreté ou folie... Mais elles parlent aussi d'amour. Elles disent aussi comment, en dépit des épreuves, en dépit du chaos politique, elles chérissent et nourrissent ce qui leur reste.

Un livre bouleversant, " décapant, à lire de toute urgence pour voir l'importance du trajet que la femme chinoise a dû et doit encore accomplir " (Diane de Margerie, Le Figaro littéraire).

Auteur : Xinran est née à Pékin en 1958. En 1997, elle s'installe à Londres et se marie. Chinoises est son premier livre. Il paraît dans vingt pays, dont la Chine.

Mon avis : (lu en mai 2010)
J’ai déjà lu et beaucoup aimé les livres « Funérailles célestes » et « Baguettes chinoises » du même auteur. « Chinoises » est son premier livre. Ce livre n’est pas un roman, mais un livre de témoignages de femmes chinoises qui se sont livrées auprès de l’auteur lorsqu’elle animait une émission de radio la nuit. Xinran a écrit ce livre pour témoigner et contribuer à un changement. On découvre des conditions de vie effroyables de la femme chinoise lors de la Révolution culturelle.

J’ai été bouleversée par chacune de ces histoires marquantes sur la souffrance de femmes qui subissent des violences. Un livre magnifique où les histoires de chacune des femmes sont émouvantes et m'ont fait pleurer. En tant que femme, on réalise la chance que nous avons de vivre à notre époque dans un pays "privilégié" et que dans certains pays comme la Chine ce n'est pas simple d'être une femme...

Extrait : (page 17)

Personne ne m'a félicitée d'avoir sauvé cette jeune fille, par contre, j'ai eu droit à des critiques pour « avoir mis les troupes en branle et troublé l'ordre public » et avoir gaspillé le temps et l'argent de la station de radio. Ces reproches m'ont ébranlée. Une jeune fille s'était trouvée en danger et quand on allait à son secours, on vous accusait de « dilapider les deniers publics ». Que valait donc la vie d'une femme en Chine ?

Cette question a commencé à me hanter. La majeure partie des lettres que je recevais à la station de radio étaient écrites par des femmes. Leurs lettres étaient souvent anonymes, ou écrites sous un nom d'emprunt. Ce qu'elles me racontaient me surprenait et me choquait profondément. Je croyais connaître les Chinoises. A les lire, je me suis rendu compte à quel point je me trompais. Mes compatriotes menaient des vies et se débattaient avec des problèmes dont je n'avais pas la moindre idée.

Nombre des questions qu'elles posaient avaient trait à la sexualité. L'une d'elles voulait savoir pourquoi les battements de son cœur s'accéléraient quand il lui arrivait d'entrer accidentellement en contact avec le corps d'un homme dans le bus. Une autre demandait pourquoi elle se mettait à transpirer quand un homme lui touchait la main. Pendant trop longtemps, toute discussion ayant trait à la sexualité avait été interdite et tout contact physique entre un homme et une femme qui n'étaient pas mariés avait encouru la condamnation publique – avait été combattu, et même puni d'emprisonnement. Jusqu'aux « conversations sur l'oreiller » entre mari et femme qui pouvaient servir de preuves d'un comportement délinquant ; dans les querelles de famille, les gens menaçaient souvent de dénoncer leurs conjoints à la police pour s'y être adonnés. En conséquence de quoi, deux générations de Chinois avaient grandi en se défiant de leurs instincts naturels. Moi-même, j'étais si ignorante qu'à l'âge de vingt-deux ans j'avais refusé de donner la main à un professeur pendant que nous assistions à un feu d'artifice, de peur d'être enceinte. Ce que je connaissais de la conception, je le tenais d'un vers glané dans un livre : « Ils se tinrent la main au clair de lune... Au printemps, ils eurent un fils vigoureux. » Cela m'a donné envie d'en savoir plus sur les vies intimes des Chinoises et j'ai décidé de débuter mon enquête par l'étude de leur environnement culturel.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (19/26)

Déjà lu du même auteur :

Baguettes_chinoise Baguettes chinoises    fun_railles_c_lestes1 Funérailles célestes

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28 mai 2010

L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

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Belfond – mars 2008 – 231 pages

10/18 – novembre 2009 -

traduit de l’anglais par Michèle Valencia

Quatrième de couverture :
A Edimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées resurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l'existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l'isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d'une enfance douloureuse ? De l'amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu'une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ?

Auteur : Née en 1972 en Irlande du Nord, Maggie O'Farrell a grandi au pays de Galles et en Ecosse. Depuis le succès de son premier roman, Quand tu es parti, elle se consacre à l'écriture. Maggie O'Farrell a également publié La Maîtresse de mon amant, La Distance entre nous, qui a reçu le prix Somerset Maugham, et L'Etrange disparition d'Esme Lennox, qui a connu un immense succès en Angleterre.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre m’a été conseillé après ma lecture de "
Le testament caché – Sebastian Barry".
Elles sont 3 femmes : Esme, internée depuis soixante et un ans, cinq mois et quatre jours, Kitty, sa sœur ainée qui est atteinte aujourd'hui d'Alzheimer et Iris, la petite fille de Kitty.
A Édimbourg, l'asile de Cauldstone ferme ses portes et contacte Iris à propos de sa grande tante Esme Lennox qui y est pensionnaire depuis plus de soixante ans. Iris n'a jamais entendu parler d'elle jusque-là, elle va donc chercher à comprendre pourquoi Esme a été enfermée à l'âge de 16 ans dans cet asile.
A travers les souvenirs du passé d’Esme et les quelques mots souvent confus de Kitty, Iris va découvrir peu à peu les secrets de sa famille. Maggie O'Farrell décrit avec beaucoup de sensibilité le destin de ses femmes du début du XXème siècle. Le personnage d’Esme est très attachant.

La construction du livre est particulière, en effet, il n'y a pas de chapitre et les trois voix se succèdent et j'ai eu parfois un peu de mal à comprendre qui parlait. Une très belle histoire.

Extrait : (page 21)
Au bout de la ville, Esme se tient devant une fenêtre. A sa gauche, un escalier monte ; à sa droite, un autre descend. Son souffle s'accumule sur le verre froid. Dehors, la pluie cingle la vitre et le crépuscule commence à teinter les brèches entre les arbres. Esme observe la route, les deux files de voitures qui se croisent et, en arrière-plan, le lac, avec des canards qui strient sa surface ardoise.
En bas, des voitures sont arrivées et reparties toute la journée. Des gens y montent après avoir franchi la porte de derrière, le moteur est lancé, et les automobiles s’éloignent dans l’allée courbe en faisant crisser le gravier. Au revoir, s’écrient des gens sur le pas de la porte en agitant la main, au revoir.
« Hé là ! » La voix crie au-dessus de sa tête.
Esme se retourne. Un homme se trouve en haut de l’escalier. Le connaît-elle ? Il lui semble familier, mais elle n’en est pas sûre.
« Qu’est-ce que vous fabriquez ? » lâche l’homme d’un ton exaspéré, ce qui est curieux pour quelqu’un qu’elle n’a peut-être jamais vu. Esme ne sait pas quoi répondre, alors elle se tait.
« Ne traînez pas devant la fenêtre comme ça. Venez. »
Esme jette un dernier coup d’œil à l’allée et voit une femme qui occupait le lit voisin du sien plantée à côté d’une voiture marron. Un vieil homme range une valise dans le coffre. La femme pleure et ôte ses gants. L’homme ne la regarde pas. Esme pivote et monte l’escalier.

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27 mai 2010

Ma sœur, ce boulet – Claire Scovell-Lazebnik

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Fleuve noir – décembre 2004 – 369 pages

Edition France Loisirs – 2006 – 498 pages

traduit de l’américain par Valérie Dariot

Présentation de l’éditeur :
Comment faites-vous quand vous avez vingt ans, une mère farfelue, et un père remarié qui se tue dans un accident de voiture, vous laissant en héritage une immense maison et une gamine de trois ans, la demi-sœur que vous ne voyez qu'une fois par an ? Comment faites-vous quand votre chargé de cours, ce Joe Lowden qui tombe les filles comme des mouches, vous fait les yeux doux ? Comment faites-vous quand un confrère et ami de votre père vous force la main pour accepter cet encombrant héritage ? Et surtout, comment faites-vous, vous qui n'avez aucune habitude des gosses, pour calmer une petite Célia qui réclame sa maman en hurlant ?

Auteur : Claire Scovell LaZebnik, originaire de Boston, a été diplômée de l'Université de Harvard avec les félicitations du jury. Elle vit à Los Angeles avec son mari, également écrivain, et ses quatre enfants. Ma sœur, ce boulet est son premier roman.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre se lit très facilement et rapidement, pour ma part ce fut le week-end dernier lors d'un voyage en TGV vers l'Ouest.

Olivia a vingt et un ans, elle est étudiante en littérature. Elle a un caractère assez fort, elle n'a pas sa langue dans sa poche et elle est égoïste, un peu rebelle. Mais son père et sa jeune belle-mère disparaissent dans un accident de voiture et lui laisse en héritage non seulement une belle maison et beaucoup d'argent mais surtout sa demi-sœur Célia âgée de trois ans... Olivia la connaît à peine et ne se sent pas de taille à assumer ce rôle de tutrice. Pour l'aider, sa mère est là, mais sera-t-elle vraiment une vrai ? Il y aura aussi Dennis Klein le bras droit de son père et Joe Lowden son professeur qui dit être amoureux d'Olivia.

Le ton est léger, plein d'humour et tout au long du livre on découvre le personnage d'Olivia évoluer dans son rôle de grande sœur responsable. J'ai passé avec ce livre un très agréable moment de détente.

Extrait : (début du livre)
- Tu crois qu'elle sera là ?
C'est la première question de ma mère lorsqu'elle grimpe dans la voiture. Je n'ai pas pris la peine de descendre. J'ai juste donné un coup d'avertisseur et j'ai attendu. Je supporte stoïquement son baiser sur ma joue puis passe la première et démarre en trombe sans même lui laisser le temps de boucler sa ceinture.
- Oui, Barbara, je crois qu'elle sera là, vu qu'elle est la maîtresse de maison et qu'il est son mari. Question suivante ?
Elle baisse le pare-soleil et étudie son reflet dans le miroir.
- Pour le moment, oui, il est son mari, mais ça ne durera pas. Avec lui, ça ne dure jamais.
- Avec deux tourtereaux comme Richard et Alicia, ça durera forcément.
- Quand j'y pense, j'ignore pourquoi je vais là-bas. De quoi j'ai l'air ?
- Tu es superbe. Il va retomber amoureux de toi, il la quittera pour revenir avec nous, je retrouverai mon petit papa et ma petite maman et nous vivrons heureux tous ensemble comme avant.
- Je ne le reprendrais pas, même s'il me suppliait à genoux.
- T'en fais pas pour ça, il ne te suppliera jamais.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi j'y vais, répète-t-elle.
À vrai dire, moi non plus. Mais notre famille dysfonctionnelle éprouve ce besoin irrépressible de se réunir pour Thanksgiving. Ça fait pourtant belle lurette que nous ne formons même plus une famille, elle, moi et le paternel.
Et me voilà donc en train de conduire ma mère à un dîner de Thanksgiving chez mon père qui ne peut pas la souffrir, mais qui retrouve en moi assez de lui-même pour supporter cette épreuve une fois l'an. Pas étonnant, je suis sa copie conforme, même cheveux noirs, même yeux bruns. Comme lui, je suis nerveuse et courte sur pattes, autrement dit l'exact opposé de la femme qui m'a mise au monde. Ainsi que vous pouvez l'imaginer, ce dîner est pour nous tous une vraie partie de plaisir.

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26 mai 2010

L'homme chauve-souris - Jo Nesbø

Une enquête de l'inspecteur Harry Hole

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (18/26)

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Gaïa – février 2003 – 374 pages

Folio – mars 2005 – 474 pages

traduit du norvégien par Elisabeth Tangen et Alexis Fouillet

Quatrième de couverture :
Parce qu'une jeune Norvégienne a été sauvagement jetée d'une falaise à l'autre bout du monde en Australie, l'inspecteur Harry Hole de la police d'Oslo est envoyé sur place par une hiérarchie soucieuse de l'évincer. Ce qui n'aurait dû être que routine diplomatique va se transformer en traque impitoyable au fur et à mesure de meurtres féroces qu'Harry Hole refuse d'ignorer. Autre hémisphère, autres méthodes... Associé à un inspecteur aborigène étrange, bousculé par une culture neuve assise sur une terre ancestrale, Hole, en proie à ses propres démons, va plonger au cœur du bush millénaire. L'Australie, pays de démesure, véritable nation en devenir où les contradictions engendrent le fantastique comme l'indicible, lui apportera, jusqu'au chaos final, l'espoir et l'angoisse, l'amour et la mort : la pire des aventures.

 

Auteur : Né en 1960, Jo Nesbø est journaliste économique, chanteur et a été propulsé sur le devant de la scène littéraire en 1998 en recevant le prix du meilleur roman policier nordique de l'année. L'homme chauve-souris inaugure la série des enquêtes menées par Harry Hole. Du pur thriller.

Mon avis : (lu en mai 2010)
C'est le premier livre que je lis de cet auteur norvégien. J'ai donc été surprise que l'histoire se déroule en Australie. L'inspecteur Harry Hole de la police d'Oslo a été envoyé en Australie pour suivre l'enquête menée par la police australienne à propos de la mort d'une jeune Norvégienne sauvagement assassinée. Harry enquête en double avec Andrew, un policier aborigène. Andrew lui fait découvrir Sydney et les coutumes locales. Nous apprenons ainsi beaucoup d'informations intéressantes sur l'Australie et les Aborigènes.
On découvre dans le personnage d'Harry Hole un être très attachant, ancien alcoolique, il n'est pas parfait mais je l'ai beaucoup aimé. L'intrigue est captivante, elle est construite autour d'une vieille légende aborigène et l'enquête est très bien menée.
Un bon roman dépaysant qui m'a donné très envie de lire de nouvelles enquêtes de l'inspecteur Harry Hole. Encore un auteur venu du froid qui me plaît beaucoup !

Extrait : (début du livre)
Quelque chose clochait.
La préposée au contrôle des passeports avait d'abord souri de toutes ses dents :
" Comment ça va, mon pote ?
- Bien ", avait menti Harry Hole. Cela faisait plus de trente heures qu'il était parti d'Oslo via Londres, il avait passé tout le voyage depuis le transfert à Bahrein assis dans ce satané fauteuil, juste devant l'issue de secours. Pour des raisons de sécurité, il ne pouvait s'incliner que partiellement, et la colonne vertébrale de son occupant avait commencé à se tasser avant l'arrivée à Singapour.
Et à présent, pour ne rien arranger, la fille derrière son comptoir ne souriait plus.
Elle avait parcouru le passeport avec un intérêt stupéfiant. Il était difficile de dire si c'était la photo ou la façon dont s'écrivait le nom de son possesseur qui l'avait mise de si bonne humeur.
« Boulot ? »
Harry Hole avait conscience que dans d'autres pays les préposés au contrôle des passeports auraient ajouté « Monsieur », mais à ce qu'il avait lu, les formules de politesse de ce type n'étaient pas très usitées en Australie. Peu importait d'ailleurs, Harry n'étant ni un grand voyageur ni un snob impénitent ; tout ce qu'il désirait pour l'heure, c'était une chambre d'hôtel et un lit, et ce le plus rapidement possible.
« Oui », avait-il répondu en laissant ses doigts tambouriner sur le comptoir.
Et c'est à ce moment-là que la bouche de la fille s'était crispée, avait perdu son charme, et demandé d'une voix désagréable : « Pourquoi n'y a-t-il pas de visa dans votre passeport, Monsieur ? »
Le cœur de Harry avait fait un bond dans sa poitrine, comme il le fait fatalement au pressentiment d'une catastrophe imminente. On n'employait peut-être « Monsieur » qu'à partir du moment où la situation se gâtait ?
« Désolé, j'ai oublié », murmura Harry tout en cherchant fébrilement dans sa poche intérieure. Pourquoi n'avaient-ils pas fixé son visa spécial dans son passeport, comme ils le font avec les visas classiques ? Il entendit juste derrière lui le faible grésillement d'un baladeur, et sut que c'était celui de son voisin dans l'avion. Il avait écouté la même cassette tout au long du voyage. Et pourquoi Diable n'était-il jamais fichu de se souvenir dans quelle poche il mettait les choses ? La chaleur l'importunait aussi, même s'il n'était pas loin de vingt-deux heures. Harry sentit une démangeaison naître à la base de son crâne.
Il finit par trouver le document qu'il cherchait et le déposa, soulagé, sur le comptoir.
« Officier de police, n'est-ce pas ? »
La préposée abandonna le visa spécial et leva des yeux scrutateurs vers son détenteur, mais la bouche n'était plus pincée.
« J'espère qu'aucune blonde Norvégienne ne s'est fait tuer ? »
Elle partit d'un grand rire et apposa joyeusement son cachet sur le visa spécial.
« Eh bien, juste une », répondit Harry Hole.

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22 mai 2010

La Belle et la Bête - Thierry Jonquet

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Gallimard – avril 1995 – 157 pages

Gallimard – septembre 1998 - 156 pages

Folio – septembre 1999 – 156 pages

CDL – novembre 2005 (3 CD audio)

Folio – avril 2010 – 1014 pages (Les orpailleurs ; Moloch ; Mygale ; La Belle et la Bête)

Quatrième de couverture :
Léon est vieux. Très vieux. Lévi, est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

Auteur : Né en janvier 1954 à Paris et décédé le 9 août 2009, Thierry Jonquet, ergothérapeute, enseignant, scénariste et militant durant toute sa vie, a écrit son premier roman noir, Mémoire en cage, en 1982. La construction impeccable et parfois jubilatoire de ses livres a tout simplement dynamité le roman noir français et l'a imposé comme un auteur majeur du genre.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre a le titre d'un conte de fée. Il y a bien une Bête, une Belle, mais c'est loin d'être un conte de fée ! C'est un polar comme sait les écrire Thierry Jonquet avec des flashbacks qui nous permettent peu à peu de découvrir les personnages et les dessous de l'intrigue.
Parmi les personnages, seul le commissaire Rolland Gabelou a un nom, les autres sont le Gamin, la Vieille, le Commis, le Visiteur, l'Emmerdeur, le Coupable. Mais il ne faut pas oublier Léon, le vieil ami de l'assassin et principal témoin et qui par moment sera le narrateur. Et pour ne pas dévoiler les surprises bien cachées de l'histoire, je n'en dirai pas plus...

J'ai lu très facilement, rapidement et avec beaucoup de plaisir ce roman policier. J'ai encore été surprise par cette histoire et à aucun moment je n'ai deviné la révélation finale du livre. A lire !

Extrait : (page 22)
Je sais tout, je sais tout, c'est vite dit... S'ils comptent sur moi pour les aider, les flics peuvent toujours s'accrocher ! Je ne ferai pas le moindre geste ! Tant pis pour tout le monde. Parce que c'est mon copain. Le seul que j'ai jamais eu dans ma sale vie. Et le Gabelou, je le regarde s'agiter sans broncher. Il voudrait bien savoir, pourtant. Mais la Vieille, le Gamin, le Commis, et le Visiteur, je m'en tape, moi...
Je suis là, tassé dans mon coin, assis dans un fauteuil à côté du bureau de Gabelou qui est parti en vadrouille je ne sais où. Je moisis ici depuis cinq jours... Le Visiteur et le Coupable, on les a retrouvés le 2 janvier, ah les Joyeuses Fêtes! Cinq jours... ça n'en finit plus. Les flics, ça les énerve, de me voir patienter sans m'énerver. Ils ne vont pas me torturer, ça servirait à rien. Je suis pas responsable. Juste un peu pour le Visiteur, mais c'est bien tout.
Le Coupable, c'est mon copain, mon pote, mon n'importe quoi, mettez le nom que vous voudrez là-dessus, c'est ce qui fait que je vais pas le trahir, quelque chose de plus fort que toutes leurs salades et il n'y a rien à ajouter. Ah, ils ont essayé, pourtant. Et mon Vieux Léon par ci, et mon Vieux Léon par là, la pommade, les compliments, le baratin, total : néant, c'est tout juste si je leur fais un petit signe de la tête quand ils m'apportent à manger. Un mur. Ils auraient mieux fait de s'adresser à un mur, à une vieille godasse perdue dans un tas d'ordures...
Ils sont là, les flics, tout autour de moi; à me lancer des regards vachards, comme dans les films, avec la lampe braquée dans la gueule, leurs gros bras poilus, et de temps en temps, en prime, ils se foutent de moi. «Vieux Léon, qu'ils braillent, dis-nous tout, t'es le seul à avoir tout vu...» Et ça les fait rire. Je collaborerai pas. Je me le suis juré sur ce qu'il me reste de dignité. Et ça les étonne, ça, la dignité. Eux. S'imaginent du haut de leurs certitudes que tout leur est dû, eh bien, non, moi, Vieux Léon, je les envoie sur les roses.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch  mygale_p Mygale

le_secret_du_rabin_p Le secret du rabbin

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18 mai 2010

Allumer le chat – Barbara Constantine

allumer_le_chat_ allumer_le_chat

Calmann-Lévy – décembre 2006 - 261 pages

Points – septembre 2008 – 261 pages

Présentation de l'éditeur :
Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat ! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille !

Auteur : Barbara Constantine, romancière, céramiste et scripte - elle a travaillé avec Cédric Klapisch - vit en région parisienne. Elle est également l'auteur d'A Méli, sans mélo, son second roman.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Un petit livre de 70 chapitres très courts qui nous racontent des tranches de vie. Cela commence avec Raymond et Mine qui « ce sont des vieux qui s’aiment ». Sous prétexte que « Quand il le regarde, il a l’impression qu’il se fout de sa gueule », Raymond veut « allumer » son chat Bastos avec son fusil. Raymond est fâché depuis sept ans avec sa fille Josette, elle a épousé un crétin, Martial. Mais Rémi, 5 ans, le fils de Josette a de l’eczéma et c’est l’occasion de renouer les liens avec Raymond qui est un peu guérisseur…
On va croiser une galerie de personnages : en premier lieu Bastos, un chat qui parle, Paul, alcoolique de dix ans, Pierrot passionné de photos et employé des pompes funèbres, Marie-Rose grande cuisinière dont les spécialités sont le ragoût de vipère aux châtaignes et le pâté de rat…
On va assister à des situations loufoques, émouvantes ou improbables : la rencontre de Martial et d’un cerf, la complicité qui se noue entre Raymond et son petit fils Rémi…
Une lecture où le tendre, le cruel, le léger ou l’émouvant se mêlent… Un livre qui se lit facilement qui nous fait sourire et même rire aux éclats, avec pleins de situations cocasses ou poétiques… A lire pour se détendre !

Extrait : (début du livre)
Il se plante devant la porte ouverte, jambes écartées, poings sur les hanches. Il hume l’air. La nuit s’annonce douce et tranquille. Mais d’un coup, ses sourcils se froncent, une ombre passe, et sans se retourner…
- Passe-moi le fusil, j’vais allumer le chat !
Il n’a pas bu pourtant, juste quelques verres de rouge au dîner, autant dire rien.
- Et pourquoi tu veux l’allumer, dis ?
- Quand il me regarde, j’ai l’impression qu’il se fout de ma gueule. Alors, là, j’en ai marre… Je vais lui régler son compte à ce salopard !
Elle, ça ne l’amuse pas du tout. Parce qu’à chaque fois qu’il se sert de son fusil, et malgré tout l’amour qu’elle lui porte, elle ne peut que constater son peu de talent pour cet instrument. Les cages à lapins étaient loin de la direction qu’avait prise le chat la dernière fois, et pourtant elle en avait ressorti quatre, criblés de plombs ! Les huit autres n’avaient pas survécu longtemps et même en civet, n’avaient pas été bons à manger… Ca leur avait tourné les sangs, cette histoire. Et le chat, lui, moins d’une heure après le carnage, était tranquillement retourné se chauffer près du poêle.
Depuis ce jour-là, elle aussi le soupçonne de se foutre de leur gueule… Mais ça, elle le garde pour elle, parce que quand même, un chat, c’est pas autre chose qu’une bête, hein… alors, se foutre…
Et maintenant, elle aimerait essayer de détourner Raymond de son idée. Elle se dit que c’est vraiment le moment de lui parler de…
- Tu sais qui j’ai croisé au marché ce matin ? Et qui est même venu me saluer et me demander comment tu allais, par la même occasion ?
- Tu veux me détourner de mon idée, ou quoi ?
- Non, juste gagner du temps, c’est tout…
- Ah ! ben, dit comme ça, d’accord. Alors, c’est qui que t’as vu ce matin, ma petite Mine ?
- Josette…
Il s’emporte immédiatement. Elle s’y attendait. Elle le connaît par cœur, son bonhomme. Il rougit d’un coup et les veines de tempes enflent légèrement.
- Elle est venue te voir ? Elle t’a parlé… et toi, tu lui as répondu ?
- Eh ! C’est que je ne pouvais pas faire autrement !
- Ah oui, bien sûr ! Tu ne pouvais pas ! Et qu’est-ce qu’elle voulait ?
- Elle a besoin de toi. Son petit Rémi est couvert d’eczéma et le docteur Lubin ne sait pas bien quoi faire pour le soigner. C’est même lui qui lui qui a conseillé de te…
- Lubin ? Il est juste bon qu’à soigner sa tenue, celui-là ! De l’eczéma, tu dis ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Et puis, son môme à Josette, c’est sûrement qu’un petit merdeux !

Déjà lu du même auteur : a_M_lie__sans_m_lo A Méli, sans mélo

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16 mai 2010

Par un matin d’automne – Robert Goddard

Livre lu dans le cadre d'un partenariat  Blog-O-Book et Sonatine

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Belfond – janvier 1996

Sonatine – mai 2010 – 454 pages

traduit de l'anglais par Marie-José Astre-Démoulin

Quatrième de couverture :
« Je suis tombé sur cet écrivain par le plus grand des hasards. J’ai lu Par un matin d’automne
, et j’ai tout de suite enchaîné sept autres livres du même auteur. Les romans qui vous tiennent éveillé jusqu’au petit jour sont denrée rare. Il me reste quelques Robert Goddard à lire, je vais essayer, si j’y arrive, de prendre mon temps, le plaisir qu’on y trouve est trop jubilatoire pour être gaspillé d’un seul coup. On est emporté par les rebondissements. Dans un style parfait Goddard vous manipule d’une main de maître. » Stephen King
Entre Un long dimanche de fiançailles et Les Âmes grises, un thriller passionnant dans la tourmente de la Première Guerre mondiale

Fin des années 1990. Leonora Galloway entreprend un voyage en France avec sa fille. Toutes deux ont décidé d’aller à Thiepval, près d’Amiens, au mémorial franco-britannique des soldats décédés durant la bataille de la Somme. Le père de Leonora est tombé au combat durant la Première Guerre mondiale, mais la date de sa mort gravée sur les murs du mémorial, le 30 avril 1916, pose problème. Leonora est en effet née près d’un an plus tard.
Ce qu’on pourrait prendre pour un banal adultère de temps de guerre cache en fait une étrange histoire, faite de secrets de famille sur lesquels plane l’ombre d’un meurtre jamais résolu et où chaque mystère en dissimule un autre. Le lecteur est alors transporté en 1914 dans une grande demeure anglaise où va se jouer un drame dont les répercussions marqueront trois générations.
Dans ce livre envoûtant à l’épaisseur romanesque exceptionnelle, Robert Goddard allie le cadre et l’atmosphère des plus grands romans anglais, ceux d’Elizabeth George ou de Ruth Rendell, à un sens du suspense et de la réalité historique remarquables.

« L’un des meilleurs romans qu’on ait lu depuis très longtemps » The Washington Post

Auteur : Robert Goddard vit dans les Cornouailles. Il publie un livre tous les ans depuis 1986. Longtemps souterraine, son œuvre vient d’être redécouverte en Angleterre et aux États-Unis, où elle connaît un succès sans précédent.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre a été écrit en 1988, il a été traduit en français et édité une première fois en 1996. Il est réédité en 2010 aux Éditions Sonatine.
C'est une histoire en trois parties sur fond de Première Guerre Mondiale.
Dès le début du prologue, l'auteur nous annonce le fond du livre : « Aujourd'hui, en ce bout du monde, une page va être tournée sur un rêve, un secret va être dévoilé ». Leonora Galloway, soixante-dix ans, a choisi de se rendre avec sa fille Penelope, trente-cinq ans, dans la Somme, là où se dresse le Mémorial britannique de Thiepval pour lui raconter son histoire. Une histoire que Leonora a mis toute une vie à découvrir.
Dans la première partie, Leonora Galloway revient sur son enfance, elle a été élevée par son grand-père et sa femme Olivia et elle sait peu de choses sur ses parents. Elle sait très tôt qu'ils sont morts tous les deux, son père est mort à la guerre, sa mère est morte peu de temps après sa naissance. Mais le sujet est tabou, ses nombreuses questions restent sans réponse.
La seconde partie, se situe en 1953, le narrateur est Flanklin, un ami du père de Leonora qui réapparait après la mort d'Olivia. Il raconte à Leonora ce qu'il s'est passé durant l'été 1916, à Meongate. Cette partie commence comme un Agatha Christie, avec un meurtre, puis un suicide et peu à peu après de multiples rebondissements nous découvrons certains secrets de la famille. Il reste encore des questions en suspend, la troisième partie va permettre à Leonora de comprendre les derniers secrets de cette histoire de famille et les révéler au lecteur.

Ce livre est passionnant, je l'ai littéralement dévoré... L'écriture est très belle, l' histoire est riche, pleine rebondissements, les personnages sont multiples et très intéressants : beaucoup sont attachants, quelques uns odieux.

Un grand merci à Blog-O-Book et aux Éditions Sonatine pour cette très belle découverte.

Extrait : (page 21)
Les souvenirs d'enfance suivent une logique complexe qui leur est propre et échappe à toute règle. Impossible de les faire se conformer à la version que l'on voudrait leur imposer. Ainsi, je pourrais dire que la richesse qui entoura mon enfance remplaça aisément le sourire de ma mère, que la beauté de la demeure où Lord et Lady Powerstock m'hébergèrent me fit oublier que j'étais une orpheline... Si je le prétendais, chaque souvenir de mes jeunes années viendrait me contredire.
Meongate avait été, dans le passé, la maison bourdonnante de bruits et de rires de l'insouciante famille Hallows. Tout l'art du bien-être dans les pièces spacieuses et le parc paysager, tous les présents de la nature dans les collines douces du Hampshire et les pâtures de la vallée du Meon semblaient réunis pour former le cadre de vie idéal d'un petit enfant.
Pourtant, cela n'était pas suffisant. Tandis que je grandissais à Meongate, au début des années 1920, sa splendeur était depuis longtemps ternie. De nombreuses chambres avaient été condamnées, une partie de son parc mise en fermage. Et les gens gais que j'imaginais se promenant sur les pelouses aujourd'hui désertes ou dans les pièces désormais vides avaient disparu dans un passé hors de ma portée.
Je grandis en sachant que mes parents étaient morts tous les deux, mon père tué dans la Somme, ma mère emportée par une pneumonie quelques jours après ma naissance. On ne me le cachait pas. Au contraire, on me rappelait souvent ces tristes évènements, sans perdre une occasion de me faire comprendre que j'étais responsable de l'ombre qui planait sur leur mémoire. Les raisons de ma culpabilité m'échappaient et j'ignorais si le silence qui régnait autour de la mort de mes parents était dû au chagrin ou à quelque chose de pire. Je n'avais qu'une triste certitude : je n'étais pas la bienvenue à Meongate, je n'y étais pas aimée.

Livre lu dans le cadre d'un partenariat logo_bob_partenariat  et sonatine

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15 mai 2010

Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements... - Macha Makeieff et Stéphane Goudet

Livre lu en partenariat avec les Éditions Naïve

Jacques_Tati Éditions Naïve - avril 2009 – 304 pages

Mot de l'éditeur :
Sous la direction de Macha Makeïeff et Stéphane Goudet, des artistes de différents horizons témoignent de leur attachement à l’œuvre de Jacques Tati ( Pierre Étaix, David Lynch, Olivier Assayas, Jean-Claude Carrière, Sempé, Philippe Delerm, Jean-Philippe Toussaint…). Si le livre reproduit les objets, souvenirs, photogrammes des films rassemblés dans l’exposition que la Cinémathèque française consacre au cinéaste, il est, au-delà d’un catalogue, une création graphique, un objet ludique qui réussit à restituer l’esprit et la fantaisie si singulière de Tati.

Auteurs :
Née à Marseille en 1953, fondatrice, avec son acolyte Jérôme Deschamps, de la Compagnie Deschamps, Macha Makeïeff est une artiste complète, auteur, metteur en scène mais aussi costumière et décoratrice. Formée au Conservatoire d'art dramatique de Marseille, puis à la Sorbonne où elle étudie l'histoire de l'art, elle choisit la voie de la mise en scène grâce à sa rencontre avec Jérôme Deschamps au début des années 1970. La communion de leurs esprits est évidente et fait naître une langue nouvelle, celle des Deschiens. Intarissable, elle monte pièce sur pièce - plus de vingt-cinq pièces en moins de trente ans -, souvent présentées dans le cadre du Festival d'Avignon (' En avant', 'Les Petits Pas', 'Les Pieds dans l'eau') et jouées sur des scènes renommées. Ainsi 'Les Etourdis' est représentée au théâtre national de Chaillot tandis que 'L' Affaire de la rue de Lourcine' plante son décor sur la scène de l'Odéon. Makeïeff théorise son approche du théâtre et publie des essais comme 'Poétique du désastre' sorti en 1998. Multipliant les projets, l'artiste se plonge avec son complice dans la réalisation cinématographique avec 'Tam Tam', 'C' est dimanche' ou le film d'animation 'La Véritable Histoire du Chat Botté', sorti en 2009. Son travail investit également galeries et musées : l'exposition 'Le Grand Ordinaire et le petit ménager' qui se tient à la Villette dans la Grande Halle, en 1992, est suivie de 'Vestiaire et défilé' à la Fondation Cartier. Directrice du théâtre de Nîmes de 2002 à 2008, Macha Makeïeff s'investit de manière totale dans son art jusqu'à créer une véritable identité visuelle, décrite dans l'ouvrage 'Bréviaire pour une fin de siècle'. En 2009, elle est la co-commissaire et scénographe de l'exposition “Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements” à la Cinémathèque.

Stéphane Goudet est un exploitant, critique de cinéma et universitaire français. Il est directeur du cinéma Le Méliès à Montreuil depuis 2002. Il a participé en tant que critique à la revue Positif. Il est enfin maître de conférences en cinéma à l'Université Paris I et est auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma et notamment Jacques Tati, sur lequel il a écrit une thèse en 2000. Il est membre du « Club des 13 ».

Jacques Tatischeff :
Né à Le Pecq le 09 octobre 1908, d'un père russe et d'une mère française, il commence son observation du monde extérieur dès l'école. Amateur de sport, il pratique la boxe et le rugby et se produit à ses débuts dans des cabarets et des music-halls. A partir de 1936, il travaille pour le cinéma en scénarisant et en jouant dans des courts métrages. En 1947, il remplace le réalisateur René Clément sur 'L' Ecole des facteurs'. Véritable pied à l'étrier, ce film lui permet de tourner et de produire 'Jour de fête' (1947) qui remporte le prix de la Mise en scène à la Biennale de Venise deux ans après sa sortie. Tati entame alors un combat contre une société moderne qui fait d'une déshumanisation inhérente le lot de chacun. Il crée pour cela un personnage burlesque et rêveur : Hulot. Il sera le personnage principal des 'Vacances de monsieur Hulot' (1952), 'Mon oncle' (1958), 'Playtime' (1968) et 'Trafic' (1971). Malheureusement, l'échec financier de 'Playtime' mine ses dernières productions. Ses œuvres seront néanmoins récompensées par un césar d'honneur en 1977. Il est décédé à Paris le 04 novembre 1982.

Mon avis : (lu en mai 2010)

J'ai eu la chance de voir avec mon fils, l'Exposition “Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements” qui a eu lieu du 8 avril au 2 août 2009 à la Cinémathèque Française.

Ce livre est non seulement le catalogue de l'exposition mais aussi une mine de renseignements sur Jacques Tati et son œuvre. Dès la réception de ce livre, j'ai commencé à le feuilleter, à retrouver ce que j'avais vu à l'exposition mais à découvrir également beaucoup d'autres images... puis mon fils m'a emprunté le livre et il est devenu son livre de chevet pendant plus d'une semaine !

Jacques Tati évoque pour moi mon enfance, en effet mon père aimait beaucoup ses films et me les a fait découvrir. Avant de nous emmener voir les films de Jacques Tati au cinéma, mon père nous les racontait et nous mimait la partie de tennis, les Arpel enfermés dans leur garage à cause de leur petit chien... Et lorsque que nous allions en famille au cinéma, nous restions deux séances de suite pour mieux apprécier le film et ne rater aucun des gags !

Ce livre est constitué d'une première partie avec des notes et des croquis faits lors de la conception de l'exposition, dans la deuxième partie, on retrouve beaucoup d'images vues à l'exposition en 15 sensations (ou chapitres) décrivant le monde de Jacques Tati et en troisième partie, il y a des témoignages d'artistes variés sur Jacques Tati. Des auteurs, des architectes, des cinéastres et certaines personnes qui ont travaillé avec lui nous raconte des anecdoctes ou comment ils ressentent le cinéma de Jacques Tati.

Presque un an après l'Exposition “Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements”, j'ai eu beaucoup de plaisir à revivre les émotions que j'avais eu lors de ma visite. Et nous avons pu partager ce que nous avions vu avec le reste de la famille.

Un grand Merci à Camille et aux Éditions Naïve de m'avoir permis de découvrir ce très Beau Livre.

Avis de P'tit Aproposdelivres2 (15 ans) :
Ce livre est très amusant et très complet, on y retrouve bien l'expo. Il est plein de petits détails et de photos. On découvre également Tati vu par d'autres (des auteurs, des cinéastes et des architectes). J'ai trouvé cela très intéressant et j'ai beaucoup aimé ce livre.

Extrait : (début du livre)
Le monde selon Tati
Serge Toubiana

Ceux qui évoquent le cinéma de Jacques Tati, parce qu'ils ont connu ou approché de près le cinéaste, ou parce qu'ils connaissent parfaitement son œuvre, parlent de sa manière de travailler, de son obsession à trouver et mettre en scène des gags visuels toujours ancrés dans la vie quotidienne. Donc, le travail, le travail, toujours le travail. Tati a passé sa vie à travailler. Mais le résultat de son travail est tout le contraire : la fête (Jour de fête, son premier long métrage), les vacances (Les Vacances de monsieur Hulot), la famille sous l'angle le plus fantaisiste (Mon Oncle), les jeux de quiproquo et le déséquilibre à l'échelle d'une ville, voire du monde: Play Time. Et ainsi de suite avec Trafic et Parade. Sur l'écran le monde défile et parade, tandis que derrière Tati est au travail. Cet homme a travaillé à nous (spectateurs) rendre fainéants, à nous faire aimer par-dessus tout la vie buissonnière. Rien que pour cela, il a droit à notre estime et à notre admiration éternelles.

L'autre idée qui me vient à l'esprit c'est que Tati a filmé quelque chose d'essentiel au cours du XXe siècle : il a filmé la campagne, la vie à la campagne (période Jour de fête), puis il a filmé la vie pavillonnaire (Mon Oncle), l'aspiration au confort petit-bourgeois de l'après-guerre et la découverte du formica, et il a surtout filmé et capté de manière ultrasensible, tel un sismographe de génie, le passage de la campagne à la ville, cette grande transhumance des hommes et des objets, d'un monde ancien vers un monde moderne. Le vélo du facteur a laissé place à la voiture et aux ennuis qu'inéluctablement elle génère, les encombrements. Tout est bouleversé, les gestes et les parcours, les ambiances et les costumes. Et bien sûr l'architecture. La villa Arpel de Mon Oncle a laissé place aux buildings ultramodernes de Play Time, génial film d'anticipation. À eux seuls les mots n'arrivent pas à décrire cette mutation.

C'est la raison pour laquelle les films de Tati ne parlent pas. Ils sont. Ils bruitent. Ils observent. Et ils fixent du regard, d'un regard précis et entomologiste, le monde des humains fait de un plus un plus un, dans ses affolements et ses paniques, devant les inéluctables transformations de la vie matérielle. Monsieur Hulot est un homme parmi les hommes. Mais il est aussi la quintessence de l'homme: maladroit, désarticulé, mutique, lunaire, gentil (mais en est-on certain ?), guère sexué. L'Homme au cours du XXe siècle a changé : Tati en a saisi les étapes et les mutations.

Cette multitude de «légers décalages» dont parle le génial Sempé constitue l'univers graphique et plastique de Jacques Tati. Tout part du dessin, de la forme, avant de s'incarner. Le geste premier est abstrait, puis prend de la chair et s'évertue à saisir le mouvement. Il y a de la pensée, à tous les stades de l'élaboration de l'œuvre, car Tati est un cinéaste intelligent et conceptuel. Avec Tati nous en sommes toujours, ou nous y revenons, à l'art primitif du cinématographe. Plus exactement: passage par l'art forain, le cirque, la scène, puis la mise en scène. En six films, Tati fait œuvre. Son œuvre. Elle est unique et généreuse. Matricielle. Elle scintille de mille feux avec un fond de mélancolie, de tristesse russe. Comment ne pas aimer Tati ? Cet amour se transmet de génération en génération. Tati c'est notre oncle à nous, celui qu'on n'a pas eu : l'excentrique de la famille.

Lorsque Macha Makeïeff et Stéphane Goudet sont venus me voir il y a deux ans pour me parler d'une exposition consacrée à Tati, j'ai dit oui dans la seconde. Exposer Tati à la Cinémathèque française relève de l'évidence. Encore faut-il faire preuve d'imagination. Avec Macha Makeïeff je me sens rassuré. Le monde selon Tati, je sais qu'elle le connaît et qu'elle saura nous le faire re-connaître et re-voir. Un monde de féerie, de poésie et d'humour. Un monde fait sur mesure pour l'homme. Plus précisément, pour la part d'enfance qui continue de vivre en lui.

Films de Jacques Tati en DVD :

dvd_play_time     dvd_mon_oncle     dvd_les_vacances_de_monsieur_hulot
    Play Time      Mon Oncle / My Oncle   Les vacances de Monsieur Hulot

L_Illusionniste_de_Sylvain_Chomet_diaporama

Sept ans après Les triplettes de Belleville, Sylvain Chomet sortira son nouveau film d’animation L’illusionniste, adapté d’un scénario inédit de Jacques Tati, le 16 juin 2010, distribué par Pathé.

Livre lu en partenariat avec les Éditions _naive

Posté par aproposdelivres à 17:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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