19 mars 2010

Le bon larron – Hannah Tinti

le_bon_larron Gallimard – novembre 2009 – 375 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Mona de Pracontal

Présentation de l'éditeur :

A douze ans, Ren le manchot n'a connu que l'orphelinat et, tout en rêvant d'une famille, appréhende les dangers du monde extérieur. Voici que survient Benjamin Nab, qui se prétend son grand frère et le prend sous son aile. Mais dit-il la vérité ? Du jour au lendemain, Ren se retrouve plongé dans une cour des Miracles, un monde de voleurs, de marginaux, de grands escrocs et de nantis maléfiques. Parmi les villes minières et les ports baleiniers de Nouvelle-Angleterre, il ne cesse de vouloir percer le mystère de ses origines... Hannah Tinti ressuscite ici, avec vigueur et malice, l'Amérique du dix-neuvième siècle, celle de Melville et de Mark Twain, tout en donnant à son jeune protagoniste une épaisseur et une vitalité dignes de Dickens. Ce conte foisonnant, au rythme trépidant, ne recule jamais devant les péripéties feuilletonnesques les plus échevelées, nous offrant avec Ren un inoubliable héros. L'élan romanesque qui l'anime, le plaisir contagieux du récit procurent un bonheur de lecture que l'on croyait perdu depuis l'âge d'or de la fiction. On connaissait Hannah Tinti nouvelliste hors pair. Avec ce livre, une romancière est née.

Auteur : Hannah Tinti est née à Boston en 1972 et a grandi à Salem. Elle vit maintenant à New York. Bête à croquer, son premier livre, a reçu un accueil enthousiaste de la critique et a été traduit dans seize pays. Le bon larron, son premier roman, a reçu de nombreux prix.

Mon avis : (lu en mars 2010)

C'est grâce à Amanda que j'ai découvert ce livre tout d'abord "on the radio : Gang des LIT" puis avec son article.

A douze ans, la vie de Ren c’est l’orphelinat catholique Saint-Anthony, il attend depuis toujours le jour où l’on viendra le chercher pour vivre dans une famille. Mais son bras en moins décourage les fermiers du coin à l’adopter car ceux-ci recherchent un enfant capable de travailler au champ. Un jour pourtant, Benjamin Nab, qui se fait passer pour son grand frère, vient le chercher. En fait, Benjamin est un escroc qui va utiliser Ren pour apitoyer ses victimes. Il a comme complice Tom, ancien instituteur et alcoolique. Ren étant déjà un voleur né va apprécier cette nouvelle vie. Les deux compères commercialisent des élixirs miraculeux, ils pillent des cimetières, détroussent des cadavres… Nous assisterons au retour à la vie d’un mort, nous rencontrerons un nain vivant sur les toits et qui descend chaque soir se nourrir en passant par la cheminée… Des aventures rocambolesques qui se succèdent, des personnages hauts en couleurs… Et Ren qui est à la recherche de ses origines. Cette histoire c'est l'Amérique au XIXème siècle, on retrouve à la fois l’atmosphère d'Oliver Twist de Dickens et les péripéties de Tom Sawyer et Huckleberry Finn de Mark Twain.

J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre.

Extrait : (début du livre)

L'homme arriva après la prière du matin. La rumeur se répandit rapidement, et les garçons de l'orphelinat Saint-Anthony jouèrent des coudes pour l'entrevoir pendant qu'il dételait son cheval et le menait à l'abreuvoir. Son visage était difficile à distinguer, sous le chapeau rabattu si bas que le bord lui touchait presque le nez. Il attacha les rênes à un poteau, puis resta près de sa monture à lui flatter l'encolure tandis qu'elle buvait. L'homme attendait, les enfants regardaient, et quand la jument releva enfin la tête ils le virent se pencher, caresser les naseaux de la bête et l'embrasser. Puis il s'essuya la bouche d'un revers de main, retira son chapeau et se dirigea vers le monastère, de l'autre côté de la cour.

Il était fréquent que des hommes viennent chercher des enfants. Parfois en quête de main-d'œuvre à bon marché, parfois pour s'acheter une bonne conscience. Les frères de Saint-Anthony alignaient les orphelins, et les hommes, allant et venant le long de la rangée, les jaugeaient. On pouvait facilement deviner ce qu'ils recherchaient en suivant leur regard. En général, celui-ci se portait sur les garçons de presque quatorze ans, les plus grands, les plus remuants, les plus forts. Ensuite il s'abaissait sur les gamins qui rampaient à peine, les petits deux-ans titubants - encore purs et innocents. Ce qui laissait les entre-deux - les gamins qui avaient perdu leurs boucles et leur gras de bébé, mais qui n'étaient pas encore assez grands pour se montrer utiles. Ceux-là avaient en général mauvais caractère, et presque rien d'autre à offrir que leur ventre vide et des poux. Ren en faisait partie.

Il n'avait aucun souvenir d'un début – d'une mère ou d'un père, d'une sœur ou d'un frère. Sa vie était tout entière contenue ici, à Saint-Anthony, et ses souvenirs commençaient au milieu des choses : l'odeur des draps bouillis et de la lessive ; le goût du porridge trop clair ; ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait fait tomber une brique sur une dalle de pierre et regardé les fragments rouges se disperser, s'était servi de ces éclats pour écrire sur le mur du monastère, puis avait reçu une gifle en punition et été forcé d'essuyer les traces avec un chiffon froid et mouillé.

Le nom de Ren était cousu dans le col de sa chemise de nuit : trois lettres brodées au fil bleu foncé. Le tissu était un lin de bonne qualité et Ren avait porté la chemise jusqu'à l'âge de deux ans ou presque. Après, les frères la lui avaient retirée pour la donner à un plus petit. Ren avait appris à surveiller Edward, puis James, puis Nicholas – et à les coincer dans la cour. Il plaquait au sol le gamin qui se débattait, puis il examinait attentivement les lettres délavées, en se demandant à quoi ressemblait la main qui les avait brodées. Le R et le E étaient cousus hardiment, au point croisé, mais le N était plus grêle et penchait vers la droite, comme si la personne qui maniait l'aiguille s'était dépêchée de finir. Une fois usée, la chemise avait été découpée en bandage. Frère Joseph avait donné à Ren le bout de col qui portait les lettres et, la nuit, le garçon le mettait sous son oreiller.

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