15 mars 2010

Mal tiempo – David Fauquemberg

mal_tiempo Fayard – août 2009 – 280 pages

Présentation de l'éditeur :

Cuba, le meilleur de la boxe. Des champions méconnus, éternels amateurs enfermés dans leur île. Je devais accompagner de jeunes espoirs français partis s'endurcir à Pinar del Rio. Chaleur caraïbe, sessions d'entraînement intenses, riz-haricots noirs au menu, dortoir collectif... Le stage s'annonçait rude. Très rude. A trente ans, la fin de carrière approchait. Je le pressentais. Claquement des gants sur les sacs, cuir contre cuir. Dans la fournaise du gynmase, j'ai remarqué Yoangel. Catégorie poids lourds. Un prodige. Le tempo, la présence, tout ce qui m'avait manqué. Lui, le paysan d'un pueblo perdu, cet esprit ombrageux traversé par l'antique magie de ses ancêtres Yorubas, réussirait-il l'impossible ? Vaincre, vraiment ? Yoangel Corto ne combattait pas l'adversaire. Il combattait la boxe.

Auteur : Né en 1973, David Fauquemberg vit dans le Cotentin. Études de philosophie, il enseigne quelque temps avant de prendre la tangente. Années de voyage – Cuba, Patagonie, Laponie, Andalousie, Californie, Europe de l’est, Atlantique à la voile... Il séjourne deux ans en Australie ; un périple tragique dans l’ouest de l’île-continent lui inspirera son premier roman, Nullarbor(2007). De retour en France, il sera, entre autres, critique de théâtre, auteur de guides chez Dakota et Gallimard. Écrivain et traducteur, notamment de l'Écossais James Meek , de l’Américain Willy Vlautin ou du Canadien Robert Hunter, il est également grand reporter pour la revue XXI et le magazine Géo. Son second roman, Mal tiempo (Fayard, 2009) a obtenu le prix Millepages 2009.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Livre que je n'aurai sans doute jamais lu sans les conseils du «Café lecture» de la Bibliothèque auquel je participe chaque mois avec beaucoup de plaisir. En effet, ce livre nous plonge dans l’univers de la boxe à Cuba mais pas seulement, il est question de rythme, de tempo. Le narrateur, est un boxeur français en fin de carrière sur le point de raccrocher les gants, il part encadrer un stage à Cuba avec deux jeunes boxeurs en devenir. Cuba est le pays où la boxe, en amateur, reste l’art noble suprême et la référence absolue. Là-bas, le narrateur croise et sympathise avec un champion atypique, Yoangel Corto. C’est un colosse indocile qui n'écoute personne. Il poursuit son combat, lui seul sait vers quoi. L’auteur ne s’intéresse pas seulement au boxeur mais également à l’homme, il est tout en force mais il a également ses faiblesses. L’auteur nous fait des descriptions réalistes, minutieuses, précises des difficiles séances d’entraînements, des combats, mais aussi de Cuba et des cubains. Tous nos sens sont en éveil, on sent la sueur, on entend les coups : crochet, direct du droit, uppercut. Malgré un sujet qui évoque la violence, les coups, il y a dans ce livre beaucoup de poésie. A découvrir.

Extrait : (début du livre)

Foutu protège-dents, je ne peux plus respirer. Je happe l’air, jamais assez, sur le temps mort entre deux frappes. Pas moyen de sortir des cordes, Toufik me cadre, il presse, son pied toujours devant le mien m’empêche de tourner, il m’expose à son bras arrière, c’est lui qui mène l’assaut. Direct, je bloque, aussitôt je remise. Changement d’appuis, mon poing droit cherche le menton, hors tempo, Toufik accompagne la gifle. Il ne bronche pas, il a souri. Son visage rougi par l’effort s’approche puis bascule dans l’angle mort du casque, ses gants flous et pesants s’abattent au ralenti. J’encaisse, je recule. Des silhouettes vaporeuses oscillent autour du ring, des cris me parviennent, assourdis, le fracas de la salle. Un coup d’œil à l’horloge en douce. Plus que trente secondes à tenir. Trente secondes. J’étouffe, cœur dans la gorge, mes mains cèdent à la pesanteur. Je cligne des yeux malgré moi, secoué par un choc à la tempe. Baisse pas les bras. Toufik se désaxe, il tire une longue série de jabs. Il accélère encore, sans rage. Sûr de sa force. Dix secondes, en apnée. Je vois partir une autre droite, esquive, je m’engouffre dans l’ouverture. Je lance le coude en uppercut, au bout il y a le vide. Je sais déjà ce qui m’attend. Un crochet lourd me cueille au foie, impact précis, sans appel, au creux des côtes flottantes. Il me cisaille. Mes jambes se dérobent, me voici à genoux.

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