au_pays_des_vermeilles Seuil – octobre 2009 – 171 pages

Présentation de l'éditeur :

C'est un événement banal et universel : une femme entre dans la " grand-maternité ". Inspirée par la venue au monde de sa première petite-fille, Noëlle Châtelet nous livre le récit minutieux, rare en littérature, de ce lien mystérieux qui se construit et des multiples émotions réveillées par cette expérience. À la manière d'Alice qui traverse le miroir du temps et de l'espace, elle nous convie au doux émerveillement des retrouvailles avec la part oubliée de soi-même, la toute petite enfance, celle des souvenirs d'avant les souvenirs. En écho à sa trilogie des couleurs, et en particulier à La Femme coquelicot, la teinte vermeille vient compléter, ici, la palette des métamorphoses féminines. Dans ce livre à la fois drôle et profond, Noëlle Châtelet s'adresse à sa petite-fille mais aussi à sa mère, poursuivant ainsi l'inoubliable dialogue de La Dernière Leçon.

Auteur : Noëlle Châtelet, universitaire et écrivain, élabore depuis plus de trente ans une réflexion originale sur la question du corps, à travers ses essais, ses nouvelles et ses romans, dont Histoires de bouches (prix Goncourt de la nouvelle), La Dame en bleu (prix Anna de Noailles de l'Académie française) et Le Baiser d'Isabelle. Ses ouvrages sont traduits dans une douzaine de langues.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Beaucoup de tendresse et de poésie pour raconter l'aventure d'être grand-mère. La première rencontre, les premiers regards, les premiers sourires, les échanges de câlins, les premiers mots, les premiers pas… A travers la découverte de devenir grand-mère, la narratrice pense à sa mère et à son fils, le papa de cette petite-fille. C’est aussi l'occasion pour Noëlle Chatelet de chercher l'enfant qui est en elle et d’essayer de comprendre le lien si particulier qu’elle a avec sa petite-fille.

Je ne suis pas encore grand-mère et je ne pense pas le devenir avant une bonne dizaine d’années… mais ce livre a été l’occasion pour moi de me souvenir de merveilleux moments de ma vie. J'ai repensé à la naissance de chacun de mes enfants à nos premiers regards échangés, à nos premiers câlins… puis en avançant dans le livre j’ai retrouvé leurs premières découvertes de la petite enfance (la chasse aux insectes, la peur du toboggan, les grands discours avec des mots que l’on a jamais pu comprendre…). J’ai également pensé à ma grand-mère et à mes séjours, seule, avec elle, cela avait créée entre nous une complicité unique et de beaux souvenirs que je n’oublierai jamais.

Ce livre se lit vraiment facilement, les mots sont simples mais forts et l’on ressent beaucoup d’émotions. A lire !

Extrait : (début du livre)

Tu me regardes.

Jusqu'ici, tu me voyais. J'étais un élément, une présence parmi d'autres du décor de ta vie.

Mais voilà que tes yeux se posent sur les miens autrement.

Ce matin, surprise : tu me regardes. Cette fois tes yeux me considèrent. Ils me semblent mesurer le poids de mes propres yeux, posés sur les tiens, avec la même application, la même persistance.

Il ne s'agit pas encore, sans doute, d'un véritable échange, plutôt d'une disposition commune et simultanée. Une coïncidence. Nous partageons ce mouvement du corps qu'on appelle regard, unies dans la contemplation de l'autre, et c'est la première fois.

Je suis seule à savoir que je suis ta grand-mère et toi ma petite-fille. D'en être sûre m'emplit d'un ravissement que tu ne mesures pas encore.

Envie pressante de t'y associer au plus tôt.

Nous avons chacune notre place.

Je me dis : Je suis la mère de ton père et toi l'enfant de l'enfant, mais toi et moi ignorons encore comment nous l'occuperons, cette place, jusqu'à quel degré de connivence et d'invention. Car il nous faudra l'inventer, comme des milliards et des milliards d'humains qui avant nous l'ont vécue, la vivent, la vivront, cette posture universelle et cependant unique de notre relation. Faire de ce lien quelque chose de différent. S'employer à le rendre singulier. Je souris à cette idée. Joie contenue. Et toujours sur mes yeux tes yeux arrêtés, grands ouverts, comme s'ils suivaient secrètement ma pensée, mais en réalité, bien sûr, occupés ailleurs.

Ailleurs... Où donc ? A quoi ?

Envie pressante d'y être associée, au plus tôt, à cet ailleurs.

Allons. Surtout pas d'impatience. Prendre le temps, au contraire. Non. Ne pas le « prendre », justement. Le laisser libre, le temps. Je me dis : Ne le bouscule pas à vouloir le hâter ou le ralentir. Laisse-le te porter.