06 février 2010

Perte et fracas – Jonathan Tropper

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (9/26)

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Fleuve noir – janvier 2008 – 369 pages

10x18 – février 2009 – 369 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) Nathalie Peronny

Présentation de l'éditeur :

Doug a vingt-neuf ans et il est veuf. Sa défunte femme, Hailey, est morte dans un accident d'avion il y a deux ans. Depuis, Doug se noie dans l'auto-apitoiement comme dans le Jack Daniel's, et a pour seules activités le lancer de canettes de bière sur les lapins qui envahissent sa pelouse et la rédaction d'une chronique hebdomadaire " Comment parler à un veuf ". Nul doute qu'il se consacrerait à plein-temps à cette douleur si sa sœur despotique, son beau-fils en mal d'attention et son père sénile ne venaient le sortir de sa léthargie. Et que dire de sa voisine qui s'obstine à lui susurrer des mots cochons à l'oreille... Qu'il le veuille ou non, plus question de se couper des autres. Mais pour Doug, ce retour à la vie ne se fera pas sans perte et fracas.

Auteur : Jonathan Tropper est né et a grandi à Riverdale, dans l'Etat de New York. Son premier roman, Plan B, a paru aux Etats-Unis en 2001. Il a écrit par la suite Le Livre de Joe, actuellement en cours d'adaptation pour le cinéma par les studios Warner, Tout peut arriver et Perte et fracas. Jonathan Tropper vit aujourd'hui à Westchester (New York).

Mon avis : (lu en février 2010)

Après avoir lu et aimé « Le livre de Joe » et « Tout peut arriver », j'ai trouvé ce nouveau livre de Jonathan Tropper tout aussi plaisant. Doug est une jeune veuf de trente ans, sa femme est morte l'année précédente dans un accident d'avion. Il sombre dans la dépression. Grâce à sa famille un peu déjanté, son beau-fils et son entourage il va reprendre peu à peu goût à la vie. Le sujet est plutôt sombre mais le livre est à la fois émouvant et amusant. L'auteur nous brosse une galerie de personnages attachants et parfois cocasses : sa sœur jumelle Claire, son père qui perd la tête, son beau-fils Russ, sa voisine Laney qui lui apporte chaque mardi soir du hachis de bœuf... Le lecteur passe facilement des larmes aux rires, on s'ennuie pas un instant. Un livre qui se lit facilement, avec une écriture fluide et beaucoup de rebondissements. A découvrir sans hésiter !

Extrait : (page 32)

Comment parler à un veuf par Doug Parker

J'ai perdu quelque chose à la mort de Hailey. J'ignore, au juste, comment l'appeler mais il s'agit de ce mécanisme qui vous retient de dire la vérité quand les gens vous demandent comment vous vous sentez, de cette valve indispensable qui vous permet de garder vos vrais sentiments sous clé, bien à l'abri. Je ne sais pas exactement quand je l'ai perdu, ni comment le récupérer. Par contre, pour l'instant, en matière de tact, de politesse et de discrétion, je suis une bombe à retardementprête à exploser à tout moment.

Et, sur le plan des relations humaines, disons que cela a plutôt tendance à m'attirer des ennuis.

J'étais à la Pharmacie CVS l'autre jour, comptoir « ordonnances », pour venir renouveler mon stock de somnifères, quand je suis tombé sur une copine de Hailey.

« Doug », m'a-t-elle lancé en s'avançant vers moi pour me prendre par l'avant-bras, non sans m'enfoncer au passage les diamants de son alliance dans la peau comme les dents d'un petit animal.

« Je voulais te téléphoner. Comment vas-tu ? »

Là, je connais le script. J'ai étudié le dialogue. Je suis censé dire que « ça va », qu'il y a des hauts et des bas ou encore que je fais de mon mieux et je vous jure qu'au moment d'ouvrir la bouche c'est vraiment ce que j'ai l'intention de répondre. Pourtant, je brandis mon petit flacon orange en déclarant : « J'avale des putains de pilules pour dormir mais je ne dors pas, alors j'en reprends d'autres, et je fais des cauchemars de peur de ne pas me réveiller à cause de ces putains de pilules, et quand je me réveille je suis encore plus crevé que la veille, sauf que de toute manière je n'ai aucune envie de me réveiller car je repense aussitôt à Hailey et je me dis que je voudrais dormir. Et toi, ça va ? »

Mon interlocutrice a nerveusement balayé l'allée du regard, déjà en quête d'une sortie de secours, et je me suis senti désolé pour elle, mais encore davantage pour moi. Alors je me suis contenté de secouer la tête, de lui faire un geste de la main comme si elle se tenait de l'autre côté du trottoir et non à quelques centimètres de moi, si près que je distinguais ses pores sombres et dilatées juste en dessous de ses yeux. Puis je suis sorti du magasin.

Ce genre de truc m'arrive tout le temps, maintenant. D'après ma sœur Claire, il s'agit d'un acte délibéré de ma part, d'une façon de maintenir les gens à distance. J'imagine qu'il y a une part de vérité là-dedans, mais je jure que je ne le fais pas exprès. Les mots jaillissent de ma bouche sans prévenir, comme une envie d'éternuer.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (9/26)

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