les_Monts_de_l_El_phant École des Loisirs – février 2009 – 161 pages

Quatrième de couverture : Henri de Lespagne, 47 ans, est issu d'une famille des beaux quartiers, ravagée par l'orgueil et l'argent. Une famille qui s'est coupée du reste du monde et a pourri. Après s'en être détaché, il y a longtemps, il est devenu veilleur de nuit dans une tour où Sok Kateka, femme étrange, fait le ménage. En khmer, Kateka signifie " Promesse "...

Auteur : Jean-François Chabas est né en région parisienne en 1967. Après une adolescence mouvementée, il a exercé trente-six métiers avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il vit en Provence, après avoir exploré entre autres le Pays basque et les Alpes. Il a publié plus de vingt romans pour la jeunesse et obtenu pour eux de nombreux prix, il fait son entrée en « littérature adulte » début 2004 avec un roman sur la mafia albanaise, "Les violettes".

Mon avis : (lu en janvier 2010)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. Ce sont les blogs de Clarabel et Sylvie qui m'ont donnée envie de découvrir ce livre.

« Il faut que je te raconte l'histoire de Promesse. » la première phrase nous annonce la couleur, mais avant de connaître Promesse, le narrateur, Henri 47 ans nous raconte avec beaucoup de détachement son enfance et sa famille durant plus de 100 pages... Henri est le petit dernier d'une famille de quatre enfants dans un milieu très riche. La famille de sa mère possédait des parts importante dans l'industrie de l'acier et celle de son père était propriétaire dans l'immobilier à Paris, en Belgique et au Luxembourg. Ils habitent un bel appartement avenue Kléber. Mais l'apparence est trompeuse, la famille ne va pas bien : le père est atteint d'une maladie mentale la dysmorphophobie que le pousse à se replier sur lui-même, la mère est une maniaque de l'ordre et est obnubilée par son argenterie, sa vaisselle et son mobilier de valeur. Sébastien le frère aîné est sarcastique, dès à 18 ans il deviendra délinquant, Paul « avait la musique dans l'âme » mais « n'était pas doué du tout, c'est un euphémisme. En nous écorchant les oreilles, il n'a pas contribué à rendre nos enfances faciles. » Ensuite il y a Charlotte « ma petite grande sœur chérie » discrète et courageuse et enfin Henri dit l'Hurluberlu « parce que j'étais toujours un peu ailleurs » « Je rêvais d'aventures, avec une application têtue, avec constance ». A travers l'enfance et l'adolescence, nous assistons à la chute de cette famille aux principes formatés. Avec les désastres de sa famille devant lui, Henri va se mettre à penser différemment, il ne veut pas les imiter. Sans diplôme, il devient coursier puis gardien de nuit dans un immeuble de bureau, c’est là, qu’Henri va rencontrer Promesse une femme de ménage qui rit tout le temps. Son vrai nom est Sok Kateka, elle est khmère et son histoire personnelle est bouleversante. Une histoire très touchante et drôle à la fois, destinée aussi bien aux adultes qu’aux ados. A découvrir !

Extrait : (page 32)

Tu sais, les familles... c'est un drôle de truc, les familles. Tu les regardes de loin et tu vois un groupe à peu près uni, tu te dis que les membres se ressemblent forcément, puisqu'ils sont du même sang, qu'ils grandissent ou vieillissent côte à côte... Et puis tu regardes de plus près les individualités, et tu te rends compte qu'ils peuvent différer les uns des autres à peu près autant qu'une carpe miroir, une crosse d'évêque et une pompe à vélo.
Une famille, ce n'est pas un puzzle. C'est plutôt une tas de bidules et de machins balancés ensemble dans une caisse, et plus ou moins forcés d'y cohabiter. Il y a une question de chance. Je veux dire que tu peux tomber sur des parents aimants, merveilleux, et qu'avec tes frères et sœurs, c'est aussi un peu la roulette. Nous connaissons tous des familles où on se hait, d'autres où on s'adore. Certaines où des clans se forment. Certaines dont les membres choisissent un mouton noir, un paratonnerre qui reçoit toutes les rancœurs, les jalousies et les hargnes recuites. Sébastien aurait pu être celui-là.

Tu imagines, un braqueur de dix-huit ans chez nous. Mais ça ne s'est pas du tout passé de cette façon. Pour chacun d'entre nous, il y a eu tant d'autres évènements qui ont suivi.

Non, tu sais, je me demande encore quelle sorte de famille nous étions. Aimante, ou pas ? Moche ? Arrogante ? Loufoque ? Divisée ? Je ne sais pas. A quarante-sept ans, je ne sais pas ce que c'est exactement qu'une famille.