21 janvier 2010

Ravel - Jean Echenoz

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (7/26)

ravel_ Les Editions de Minuit - janvier 2006 – 123 pages

Présentation de l'éditeur :

Ravel fut grand comme un jockey, donc comme Faulkner. Son corps était si léger qu'en 1914, désireux de s'engager, il tenta de persuader les autorités militaires qu'un pareil poids serait justement idéal pour l'aviation. Cette incorporation lui fut refusée, d'ailleurs on l'exempta de toute obligation mais, comme il insistait, on l'affecta sans rire à la conduite des poids lourds. C'est ainsi qu'on put voir un jour, descendant les Champs-Élysées, un énorme camion militaire contenant une petite forme en capote bleue trop grande agrippée tant bien que mal à un volant trop gros. Ce roman retrace les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937).

Auteur : Né en 1947, Grand nom de la littérature française contemporaine, Jean Echenoz s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans 'géographiques'. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopek dans 'Courir'. Amené à l'écriture suite à la découverte d''Ubu Roi' d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour 'Je m'en vais', l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec 'Cherokee' ou le roman d'espionnage avec 'Le Lac'. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Lu dans le cadre du Challenge des coups de cœur de la blogosphère proposée par Denis et du Challenge ABC 2010.

Ayant beaucoup aimé « Courir » de Jean Echenoz, j’étais très curieuse de découvrir ce livre qui nous raconte les dix dernières années de la vie de Ravel.

Cela commence avec son départ et son voyage sur le paquebot France pour sa tournée triomphale aux Etats-Unis. Grace à des recherches très documenté de l’auteur, le lecteur découvre ses goûts, ses manies, son quotidien mais aussi son travail. Ravel s’enferme dans la solitude, il est angoissé et insomniaque. Il est également conscient qu’il perd progressivement ses capacités à cause d’une maladie neurologique d’abord la mémoire puis l’usage de ses mains… Le style d'écriture donne de la fluidité à la lecture, le récit est concis et précis.

Je n’ai pas autant aimé ce livre que « Courir », mais j’en ai appris beaucoup sur Maurice Ravel et été très émue par sa fin de vie. une belle lecture.

Extrait : (page 20)

Une fois les lieux rapidement inspectés, Ravel jette un coup d’œil par l’un des hublots qui, pour un moment encore, commandent le quai : il observe la masse de parents et alliés qui s’y pressent en agitant des mouchoirs comme à Saint-Lazare, mais également des chapeaux et des fleurs et d’autres choses encore. Il ne cherche pas à reconnaître qui que ce soit dans cette foule : s’il a bien voulu qu’on l’escorte à la gare, c’est tout seul qu’il préfère embarquer. Une fois qu’il a ôté son manteau, déplié trois affaires et disposé son nécessaire de toilette autour des lavabos, Ravel va réserver une place dans la salle à manger auprès du maître d’hôtel puis, auprès du chef de deck, un emplacement de chaise longue. En attendant qu’on appareille, il s’attarde un moment au fumoir le plus proche dont les murs d’acajou sont incrustés de nacre. Il y grille encore une ou deux Gauloises et, à certains regards qui s’attardent ou se détournent, certains sourires discrets ou connivents, il croit comprendre qu’on le reconnaît.

Il y a de quoi, et c’est assez normal : il est à cinquante-deux ans au sommet de sa gloire, il partage avec Stravinsky le rôle de musicien le plus considéré du monde, on a pu voir souvent son portrait dans le journal. C’est assez normal aussi vu son physique : son visage aigu rasé de près dessine avec son long nez mince deux triangles montés perpendiculairement l’un sur l’autre. Regard noir, vif, inquiet, sourcils fournis, cheveux plaqués en arrière et dégageant un front haut, lèvres minces, oreilles décollées sans lobes, teint mat. Distance élégante, simplicité courtoise, politesse glacée, pas forcément bavard, il est un homme sec mais chic, tiré à quatre épingles vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (7/26)

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Denis

Posté par aproposdelivres à 10:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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